•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Image : Steven Guilbeault dans un escalier à quelques jours du scrutin fédéral de 2019.

Plongée dans les dernières heures de la campagne du candidat vedette du PLC

Texte : Romain Schué; photos : Ivanoh Demers

Des ultimes stratégies jusqu’au soir du scrutin, Radio-Canada a passé les derniers moments de la campagne avec l'écologiste et recrue phare de Justin Trudeau dans Laurier–Sainte-Marie. Récit d’une incroyable fin de course électorale mêlant euphorie, doutes, sourires, nervosité, sondages défavorables, soutien familial, attaques et ripostes.

Kilomètre après kilomètre; étage après étage; tract après tract... tout a été mis en œuvre, localement, pour conquérir une circonscription loin d'être gagnée pour le Parti libéral du Canada (PLC), incapable d'y faire élire un des siens depuis près de 30 ans.

Photo: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Reportage 72 heures en coulisses avec Steven Guilbeault, candidat du Parti Libéral du Canada. 

Photo prise à Montréal, Québec, Canada.

Sur la photo: (Gauche à droite) Ambiance dans le bureau de comté de Steven Guilbeault. 

Le 19 Oct 2019   2019/10/19
Après des années d'approches de différents partis politiques, Steven Guilbeault a officialisé sa candidature avec le Parti libéral du Canada le 21 juin. Nous l'avons retrouvé vendredi, à moins de quatre jours du scrutin.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Vendredi

L’ambiance est studieuse. À l’arrière de cette ancienne chocolaterie servant de bureau de campagne située sur la rue Saint-Denis, à quelques mètres de l'animée avenue du Mont-Royal, des proches du militant écologiste terminent une poutine et discutent des prochains événements. L’intéressé, lui, est au téléphone à son bureau.

En cette fin d’après-midi, vendredi, à environ 72 heures du scrutin, l’heure est aux derniers préparatifs. Mais un message, publié quelques minutes plus tôt sur Twitter par l’ex-politicien devenu chroniqueur Bernard Drainville, sème le doute.

Celui-ci évoque un sondage donnant, pour la première fois de la campagne, l’auteur et représentant du Bloc québécois Michel Duchesne en tête des intentions de vote. Dans cet espace joliment décoré, entouré de deux magnifiques murs de briques et parsemé d’affiches de campagne, de caricatures, de cartes électorales et de calendriers remplis de Post-it, aucune ambiance d’effervescence.

Seules les voix d’une demi-douzaine de bénévoles passant des appels pour tenter de convaincre des électeurs encore indécis viennent troubler le calme ambiant. L’heure n’est assurément pas à la fête, et le goût d’une éventuelle victoire, dans cette circonscription de gauche – acquise à Projet Montréal et à Québec solidaire pour le municipal et le provincial – n’est pas à l’ordre du jour.

Steven Guilbeault va-t-il perdre son pari de devenir, près de trois décennies plus tard, le premier libéral élu dans l’ancienne circonscription de Gilles Duceppe, gagnée ensuite à deux reprises par le Nouveau Parti démocratique (NPD)? Cette idée, il y a quelques semaines, paraissait impensable tant le cofondateur d’Équiterre semblait surfer sur une belle dynamique – à l’instar de Justin Trudeau, qui a réussi là où tant d’autres chefs de parti ont échoué ces dernières années : convaincre cette vedette de l’écologie de se lancer en politique.

Assez critique pourtant par le passé contre le gouvernement Trudeau, l’accusant d’avoir acheté ce fameux pipeline Trans Mountain, l’ex de Greenpeace avait finalement fait le saut en mettant de l'avant sa volonté, simple, de vouloir changer les choses de l’intérieur, à l'aube de ses 50 ans.

Pourquoi Laurier–Sainte-Marie, alors qu’il aurait pu accepter d’autres propositions, dans des bastions libéraux, qui lui auraient permis de démarrer une nouvelle carrière à Ottawa sans vivre un insoutenable suspense? « Car c’est chez moi », précise ce résident du Plateau.

Et parce que je ne veux pas être élu pour être élu. Si j’étais assoiffé de pouvoir, je n’aurais pas fait si longtemps du communautaire, dira, au cours de la fin de semaine, Steven Guilbeault.

Steven Guilbeault dans le métro de Montréal.
Pour se déplacer tout au long de cette campagne, Steven Guilbeault a privilégié le métro ou le vélo.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

16 h 30

Direction Hochelaga, pour la trentième Nuit des sans-abri et une marche dans le secteur. Une première pour l’intéressé, qui, malgré la proposition de sa responsable des communications, Vanessa Adams, privilégie le transport en commun au détriment du taxi.

Debout, accolé à une barre du métro, Steven Guilbeault ne paraît ni secoué ni surpris par ce dernier coup de sonde. J’ai eu les mêmes infos que Bernard [Drainville], admet-il. Est-ce que je suis inquiet? C’est cliché, mais non. Ce n’est que des intentions de vote, pas le vote.

La remontée du Bloc, c’est beaucoup un phénomène québécois, ce n’est pas seulement dans le comté. Et Yves-François est un bon débatteur; je ne suis pas surpris.

Steven Guilbeault

Sur place, à proximité du métro Joliette, il se fond dans la foule, sac à dos sur les épaules. Je vous connais, je vous ai déjà vu, dit un manifestant.

Steven Guilbeault dans une rue de Montréal.
Le candidat libéral a participé, discrètement, à une manifestation où les organisateurs réclamaient notamment plus de logements sociaux.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Figure publique, Steven Guilbeault laisse rarement indifférent. Surtout sur les réseaux sociaux, où les insultes s’avèrent bien plus nombreuses que les températures positives de l’hiver. Mais dans la vraie vie, les gens sont civilisés. Juste deux fois, on m’a dit : "Tu vas perdre." C’est correct. Je m’attendais que le passage d’écolo à candidat soit plus difficile.

Les critiques, pourtant, s’étaient multipliées au sein des partis de gauche, accusant Steven Guilbeault de se lancer en politique dans une circonscription détenue par le NPD. Oui, j’aurais aimé affronter un conservateur, mais je n’allais pas aller à Québec, concède celui qui habite à proximité du parc Laurier.

Un parachute doré, ça ne m’intéressait pas, évoque-t-il, tout en marchant aux côtés de manifestants qui reprochent, en chanson, Justin Trudeau et son goût pour les égoportraits.

Je sais que je n’ai pas fait le choix le plus facile, et si je voulais la facilité, ce n’est pas ce que j’aurais choisi.

Steven Guilbeault
Steven Guilbeault entre dans son local de campagne à Montréal.
L'équipe libérale s'est installée dans un espace vacant situé sur la rue Saint-Denis.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En mars, se rappelle-t-il, il avait partagé la table avec Amir Khadir et sa femme, Nimâ Machouf – future candidate du NPD dans cette même circonscription –, dont les enfants communs fréquentaient la même école. La campagne va tester les limites de l’amitié, estime-t-il, un sourire en coin.

Le NPD et les verts lui ont déjà fait les yeux doux sur le plan fédéral. Le Parti québécois d’André Boisclair et le Parti libéral du Québec également, tout comme Projet Montréal, pour la chefferie du parti, et même Denis Coderre, l’ex-maire de Montréal. Avec Denis, je n’ai pas réfléchi bien longtemps. Denis aime bien s’entourer de personnes, avant de les réduire ensuite au silence, confie-t-il.

Avec le Parti libéral du Canada, il doit cependant composer avec l’achat de cet oléoduc, provoquant moult colères du milieu écologiste. Quelques membres de ce mouvement ont même publié une lettre ouverte, pour clamer leur rupture définitive avec Steven Guilbeault.

Ces gens ne m’aimaient déjà pas quand j’étais à Équiterre. Pourquoi? Il y a toujours des extrémistes, des gens plus sectaires qui trouvaient que je n’étais pas assez vert foncé, qui n’aimaient pas que je félicite des partis s’ils faisaient des bons coups. Ce procès d’intention, ce n’est pas nouveau.

Dans ses discussions avec Justin Trudeau, le nouvel homme politique avait pourtant négocié une liberté de parole pour pouvoir exprimer son désaccord sur le pipeline. Je voulais garder mon intégrité.

Ce qui n'empêche pas les critiques. Dans les rues, les reproches visant son adhésion à un parti qui a dépensé plus de 4 milliards de dollars pour cet achat sont fréquents, mais pas autant qu’il l’imaginait, révèle-t-il. Un répit lui est d'ailleurs accordé en ce vendredi soir où aucune voix dissidente ne se fait directement entendre.

Y a pas eu de surprise : l’écolo Steven Guilbeault savait très bien qu’il allait se faire parler du pipeline, dit-il en rigolant­.

Steven Guilbeault parle avec des électeurs dans un marché public.
Steven Guilbeault n'est pas l'homme politique le plus à l'aise qui soit, pour le moment, pour aller à la rencontre des électeurs.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Arrivé au Marché Maisonneuve, Steven Guilbeault, mains dans les poches, se laisse guider par son attachée de presse et aussi par la candidate libérale d’Hochelaga, Soraya Martinez, qui lui propose de passer entre les allées pour se présenter. Un exercice visiblement compliqué.

L’homme, qui a escaladé la Tour CN, à Toronto – la photo de ce coup d’éclat est d’ailleurs accrochée dans son bureau –, serait-il timide? Oui, murmure-t-il. J’apprends, souligne-t-il, tout en citant le ministre sortant François-Philippe Champagne qui est comme un poisson dans l’eau dans ce type d’événement.

Je ne suis pas la personne qui a le plus de facilité [pour serrer les mains et se présenter]. Je suis gêné.

Steven Guilbeault

Devant les caméras, pourtant, Steven Guilbeault n’est en revanche pas du genre à se cacher. Quelques jours plus tôt, il avait dû commenter l’escalade du pont Jacques-Cartier par des militants écologistes. Je marchais sur des œufs. J’ai fait de la désobéissance civile; j’aurais été bien hypocrite de dénoncer le geste, même si je suis dans un parti qui ne peut pas le cautionner.

Puisque ça ne va pas être publié avant le vote, je peux te dire que j’ai vraiment été surpris que les conservateurs et les gens de droite ne m’aient pas condamné. J’étais sûr qu’on allait me sauter dessus, car je n’ai pas dénoncé, affirme-t-il.

Steven Guilbeault descend un escalier dans une station du métro de Montréal.
Michael Brewster, à gauche, gère les activités sur le terrain au cours de cette campagne électorale.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De retour dans le métro, vers 18 h 30, son téléphone sonne : c'est son fils, Édouard, 16 ans.

Comme à l’ensemble de ses quatre enfants, âgés de 10 à 21 ans, Steven Guilbeault répond en anglais. Une pratique qu’il tient de sa mère, d’origine irlandaise, qui voulait rapidement enseigner la langue de Shakespeare au gamin né à La Tuque.

Il voulait savoir quoi porter avec sa blonde pour lundi soir. J’ai dit "casual", mais pas de vert ou d'orange, lâche-t-il en riant avec Vanessa. Puis, il s’interroge.

Je dois porter une cravate?

Tu n’en mets jamais, répond Vanessa, qui lui rappelle la teneur de sa garde-robe.

Une teinte de rouge? Même le boss ne porte pas trop de rouge. Le boss? Justin Trudeau.

Le visage de Steven Guilbeault, candidat du Parti Libéral du Canada.
Les dernières heures de cette campagne électorale n'ont pas été faciles pour Steven Guilbeault, qui a senti le souffle du Bloc. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Samedi

9 h 30

Malgré une magnifique et ensoleillée journée, l’ombre du Bloc plane sur la campagne de Steven Guilbeault. À peine arrivé dans son bureau, le candidat se plonge dans les attaques qu’il s’apprête à lancer, devant les médias, une heure plus tard.

Même si l’alarmisme n’est pas de mise, l’ambiance est assurément plus grave. Les yeux rivés sur ses fiches et sur son ordinateur, Steven Guilbeault ne sourit pas et finalise ses flammèches. Tu dois dire que t’es fier de ton bilan comme écologiste, insiste à ses côtés Vanessa, qui travaillait avant la campagne avec le ministre des Ressources naturelles, tandis que son voisin de table se concentre sur ses notes, lunettes sur le nez.

Quelques heures plus tôt, ce fameux sondage de Mainstreet – qui donnerait plusieurs points d’avance au bloquiste Michel Duchesne, lequel distribue au même moment des tracts devant le métro Mont-Royal – a été publié.

Deux conseillers de Steven Guilbeault, une femme et un homme, assis derrière des bureaux dans son local de campagne.
Vanessa Adams et Michael Brewster ont joué un rôle primordial dans la campagne de Steven Guilbeault.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Signe d’une fébrilité galopante, trois stratèges importants de la campagne libérale fédérale débarquent dans le bureau. « Ils viennent dans les moments importants », admet-on dans l’entourage de Steven Guilbeault.

Deux hauts placés dans les communications du Parti libéral s’isolent avec lui; illustration d’une course plus que serrée et importante pour le parti, qui a fait du cofondateur d’Équiterre l’une, voire sa tête d’affiche canadienne.

C’est rough, ce matin, contre nous dans les médias, souligne Vanessa alors que le Montreal Gazette donne son appui à Andrew Scheer et que Le Devoir met de l’avant l’importance du Bloc. Sans compter, insiste Thierry Bélair, l’un des nouveaux venus du jour, dans les chroniques du Journal de Montréal.

Bien qu’elle n’ait été annoncée qu’au dernier moment auprès des médias, cette conférence est envisagée depuis jeudi. Ce jour-là, l’équipe libérale a vent d’une nouvelle charge du Bloc contre Steven Guilbeault. Ce dernier en a assez et la réponse se prépare. Mais, finalement, rien ne sort. Silence radio du côté d’Yves-François Blanchet. Peu importe : les libéraux décident de convoquer la presse. Et d’armer les tournures de phrase et de style.

L’ex-homme d’action se transforme en homme de mots. À l’offensive.

Des employés installent une bannière avant un point de presse sur la rue St-Denis.
Une banderole est installée avant le point de presse, samedi, du candidat libéral.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

10 h 45

Steven Guilbeault livre le message attendu par son équipe et dénonce le bilan d’Yves-François Blanchet comme ministre provincial de l’Environnement. Louis Bélanger, l’un des stratèges présent ce matin, hoche la tête, puis souffle à l’intéressé de répéter, en français, une attaque lancée en anglais. Elle était bonne, sourit-il, caméras éteintes.

Habituellement responsable des communications de Pablo Rodriguez, ministre sortant, Louis Bélanger ne feint pas une campagne plus compliquée que prévu. Personne au Québec n’avait vu venir la montée du Bloc.

Justin Trudeau aurait-il fait une erreur en acceptant le débat de TVA, le 2 octobre, durant lequel le chef du Bloc a brillé? Il hésite, ne nie pas. Cette poussée bloquiste, on l’a sentie déjà avant. Des candidats en région nous disaient déjà vers le 15, 16 septembre qu’il se passe quelque chose. On sentait le vent tourner.

De retour à l’intérieur du bureau, Steven Guilbeault et Vanessa se congratulent. C’était parfait, glisse-t-elle alors que son patron confie avoir trouvé un peu cheap les dernières attaques d’Yves-François Blanchet à son égard.

Yves-François m’avait pourtant nommé sur un comité sur les changements climatiques. Il devait penser que j’étais un bon écolo.

Steven Guilbeault

Avant de démarrer un après-midi de tractage, l’environnementaliste, qui tient un croissant aux amandes dans les mains, livre son opinion sur l’affaire secouant au même instant Andrew Scheer, accusé d’avoir embauché une firme pour déstabiliser la campagne de Maxime Bernier. D'emblée, il avoue ne pas être étonné.

Cette histoire lui rappelle une anecdote remontant à 2009 et un voyage à Copenhague, pour un sommet des Nations unies.

Une vive prise de bec avec Dimitri Soudas – l’attaché de presse du premier ministre conservateur de l'époque, Stephen Harper – avait été interceptée par les caméras. Elle portait sur un canular réalisé par un groupe altermondialiste. À l'époque, les échanges avaient d'ailleurs fait les choux gras de la presse; en témoignent les nombreuses caricatures rappelant cet événement qui sont accrochées à l'entrée du bureau.

Une jeune fille de 11 ans et sa maman arrivent au bureau. Steven Guilbeault les a conviées pour une petite entrevue menée par cette future électrice. Veux-tu devenir journaliste? lui demande l’auteur de ces lignes. Plutôt première ministre, répond-elle instantanément.

Steven Guilbeault dans un parc de Montréal.
Steven Guilbeault est parti à la rencontre d'électeurs dans les Habitations Jeanne-Mance en compagnie de la députée sortante Emmanuella Lambropoulos.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Direction les Habitations Jeanne-Mance, un complexe d’habitation à loyer modique situé quasiment à l’extrême ouest d’une circonscription qui compte une forte diversité d’électeurs, à tous les points de vue.

Contrairement à la pensée populaire, Laurier–Sainte-Marie va bien au-delà des fameux « bobos du Plateau ». Séparée de Rosemont au nord par les rails du Canadien Pacifique, elle s’étire à l’ouest vers l’avenue du Parc et englobe le centre-ville jusqu’à l’autoroute 720, le Centre-Sud et une partie de l’arrondissement d’Hochelaga vers l’est.

En chemin, Steven Guilbeault ne cache pas une certaine appréhension, à deux jours du scrutin.

« Je sais que je peux perdre. » Même lorsque des analystes ou des sondages le donnaient grand favori?

Des amis me disaient de garder la tête froide. En politique, j’ai compris que tu ne peux pas avoir de garantie, à part celle de te faire critiquer.

Steven Guilbeault

Pourtant, il jure avoir encore du mal à croire à ces derniers coups de sonde. Sur le terrain, c’est à des années-lumière de ce que l’on a. Et on a ratissé large. On ne peut pas dire que notre échantillon est biaisé.

Steven Guilbeault devant un immeuble résidentiel à Montréal.
Un conseiller de Justin Trudeau, Mathieu Bouchard, a également aidé Steven Guilbeault samedi.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avant de frapper aux portes en compagnie de la députée libérale sortante de Saint-Laurent, Emmanuella Lambropoulos, qu’il a conviée pour l’aider, il confie avoir déjà pensé à des options en cas de défaite.

On m’a ouvert des portes. Des gens avec qui j’ai travaillé après avoir quitté Équiterre m’ont dit qu’ils étaient prêts à retravailler avec moi. Mais ce n’est pas précis; je n’ai pas vraiment eu le temps d’y penser. Mais un retour à Équiterre, non, explique-t-il.

La tournée du jour s’avère particulièrement ciblée. Avec l’aide d’une bénévole du quartier, Steven Guilbeault se concentre sur les noms et adresses mentionnés dans une application utilisée par le parti. Uniquement des sympathisants libéraux ou des indécis, prêts à voter rouge.

On n’a pas le temps et les ressources d’aller voir tout le monde. L’objectif? S’assurer au minimum du vote des quelque 7500 personnes répertoriées dans ce système.

Au troisième étage de l’un de ces logements sociaux, Noor, 18 ans, surprend le candidat en l’interpellant sur les engagements du parti. Très intéressée par la campagne, celle qui va voter pour la première fois évoque l’environnement, le prix des loyers et le développement économique de Montréal, mais aussi la loi québécoise sur la laïcité.

Dans sa famille, assure-t-elle, on est très contre cette mesure.

Steven Guilbeault discute avec des électeurs dans l'entrée d'un appartement à Montréal.
Noor, une jeune électrice de 18 ans, a longuement questionné Steven Guilbeault.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Alors qu’elle supplie Steven Guilbeault de contester cette loi en cas d’élection, ce dernier tente de la rassurer. Le seul qui a dit qu’on contesterait peut-être cette loi, c’est M. Trudeau. Aucun autre parti ne l’a dit. On s’est gardé la possibilité de le faire.

J’aimerais que le fédéral intervienne, conclut-elle avant que son interlocuteur se rende dans le quartier chinois en compagnie de sa directrice de campagne, Christina Lazarova. Âgée de 34 ans, elle était déjà présente en 2015 dans cette même circonscription, autour de l'ancienne candidate libérale.

Sur place, Steven Guilbeault multiplie les photos dans un restaurant chinois alors que son équipe et des bénévoles d’origine chinoise planifient la sortie du vote, lundi, dans ce secteur. Ce secteur, juge-t-on chez les libéraux, pourrait être stratégique.

On est venu plusieurs fois et on n’a jamais croisé les autres équipes, avance Christina. Ça donne un avantage, surtout si ça se joue à quelques centaines de votes, croit Steven Guilbeault, évoquant un potentiel millier d’électeurs.

Steven Guilbeault écoute des électeurs dans un bar du quartier chinois de Montréal.
Steven Guilbeault écoute des électeurs dans un bar du quartier chinois de Montréal.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un thé chaud englouti, il part, tracts à la main, rejoindre une partie de son équipe aux Habitations Jeanne-Mance. La soirée se passera cependant loin de la frénésie électorale. On m’a dit de me reposer pour être en forme lundi, avoue-t-il, les yeux tirés – synonyme d’une fatigue certaine et difficile à cacher.

Steven Guilbeault sur un vélo Bixi dans une rue de Montréal.
Le candidat libéral Steven Guilbeault à quelques jours du scrutinPhoto : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dimanche

10 h 15

La veille du vote, Steven Guilbeault retrouve Mélanie Joly devant le parc La Fontaine.

Aujourd’hui, je vais faire la plante verte, lance-t-il d’un ton amusé.

T’es un expert de la photosynthèse, dit en blaguant la ministre sortante, arrivée à pied, tout en désignant une rue voisine où elle résidait durant sa course à l’élection montréalaise, en 2013.

Quelques instants plus tard, une ultime conférence de presse est prévue avec différents candidats montréalais, mais pas question pour l’écologiste de prendre la parole. Une fois n’est pas coutume : rester debout, pour simplement applaudir ses collègues, n’est pas pour lui déplaire.

Ce matin-là, des centaines de personnes brisent l’humidité ambiante à l’occasion de la Classique du parc La Fontaine. Dans l'une des rues empruntées par ces coureurs doit pourtant se tenir le dernier point de presse québécois du Parti libéral avant le scrutin.

Un imprévu qui tombe mal pour un parti vivant une fin de campagne plus difficile qu'espéré, à l'interne, et qui avait envisagé cette rencontre ultime avec les médias sans penser à cet événement forçant la fermeture à la circulation des secteurs avoisinants.

Arrivé en BIXI, Steven Guilbeault, lui, paraît loin de ces tracasseries d’organisation. Et la forme, sans aucun doute, est bel et bien de retour. J’ai dormi de 22 h à 6 h; c’était le sommeil du juste. Je devais vraiment être fatigué, dit-il en souriant, un café à la main.

Steven Guilbeault prenant un café avec le journaliste Romain Schué.
Après une longue nuit de sommeil, Steven Guilbeault est plus fringant dimanche, à la veille du scrutin.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Alors que de nouveaux sondages confirment une tendance à la hausse du Bloc, il reste prudent. Et sa sincérité ne fait aucun doute. Dans cette circonscription, croit-il, les électeurs privilégient le candidat plutôt que le parti. Généralement, c’est l’inverse. D’ailleurs, son équipe met rarement de l’avant le nom de Justin Trudeau lors des porte-à-porte.

Ici, mon nom fonctionne mieux que celui du parti. Les gens du parti le savent.

Steven Guilbeault

Des libéraux, des vrais, il n’y en a pas beaucoup, ici, dit-il en plaisantant.

Et s’il perd demain soir, retentera-t-il sa chance quelques mois plus tard, si de nouvelles élections sont déclenchées en raison d’un gouvernement minoritaire? La question le prend de court, tout comme l’éventualité d’être nommé ministre sans être élu. Sincèrement, je n’y ai pas pensé. Je n’en ai aucune idée. Son ton et son regard, franc, ne laissent guère de place à une phrase dictée par des impératifs de communication.

Au bureau, une douce atmosphère de frénésie démarre. Ou, pour être plus précis, reprend après une journée, la veille, plus difficile. Ils lisent les mêmes infos, concède Steven Guilbeault.

Michael Brewster, l’un de ces trentenaires responsables de cette campagne, s’acharne à organiser la venue de bénévoles pour ces dernières heures. Au sein de l'équipe gouvernementale, les candidats pour travailler avec Steven Guilbeault étaient d'ailleurs nombreux.

Casquette à l’envers, l’air détaché avec son cellulaire constamment à la main, Michael – qui était aux côtés de Jean-Yves Duclos en 2015 – ne cache cependant pas son envie d’avoir plus d’aide.

On va être environ 50 bénévoles lundi, mais pour une meilleure sortie de vote, il faudrait être 150. Mais c’est dur de recruter des bénévoles.

Chargement de l’image
Steven Guilbeault a pu compter sur le soutien de sa famille, comme son fils Édouard.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En cette veille de scrutin, il peut compter malgré tout sur l’appui de la famille de son candidat. Sa mère et sa sœur sont respectivement venues de La Tuque et de Québec pour donner un coup de main. Édouard, le fils, est parti à vélo coller des autocollants sur des affiches vandalisées.

Dans les rues, d’ailleurs, de nombreuses pancartes ont disparu. Soit on les vandalise, soit on les arrache. C’est la même chose pour le Bloc, dit Michael en s'énervant. Au sein du bureau, on montre du doigt, selon des rumeurs, des sympathisants néo-démocrates.

La mère des quatre enfants de Steven Guilbeault vient elle aussi prêter main-forte, même si Steven et elle se sont séparés il y a près de 10 ans. Quelques années plus tôt, elle n’aurait jamais imaginé être dans une telle situation, dans un bureau teinté de rouge. Je n’ai jamais milité pour le Parti libéral, avoue Renée-Ann, sans feindre son plaisir et sa bonne humeur.

Cette dernière, militante écologiste avant tout, a connu son ex-conjoint dans les années 1990, à l’Université de Montréal. C’est l’fun de faire ça en famille, avec les enfants, clame-t-elle.

Chargement de l’image
Steven Guilbeault est entouré de Vanessa, responsable de ses communications, de sa fille Madeleine et de Christina Lazarova, sa directrice de campagne.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Comme elle, plusieurs bénévoles ne cachent pas être là pour Steven, et non par pure tradition libérale. À l’instar de Michel, venu dans ces derniers instants car c’est serré, ils promeuvent au téléphone ce champion de l’écologie, bien avant de parler du bilan de Justin Trudeau – si seulement son nom est évoqué.

Deux électrices dans la cinquantaine entrent dans le bureau. Steven Guilbeault lâche son téléphone pour les saluer, tout en s'excusant de les avoir fait patienter quelques courtes minutes.

Le pipeline, on l’a dans la gorge. Si vous êtes ministre de l’Environnement, vous allez avoir du trouble, préviennent-elles.

Je ne vous souhaite pas le même sort que Nicolas Hulot [l’écologiste français qui a démissionné de son poste de ministre].

Une électrice

Je sais que je ne gagnerai pas toutes mes batailles, mais c’est mon objectif, répond-il. Elles repartent, visiblement convaincues.

Que ce soit devant les portes ou dans les rues, rares sont pourtant celles ou ceux qui dévisagent, le regard noir, Steven Guilbeault. Personne n'arrache sa chemise pour l’accuser, ouvertement, de soutenir un gouvernement corrompu ou un traître (une allusion à Justin Trudeau) qui a acheté un pipeline, comme on peut le lire – d’une manière pas toujours très esthétique – sur des pancartes.

Globalement, l’accueil est positif et les bonne chance ne sont pas une exception lorsqu’il se balade du côté de l’avenue du Mont-Royal ou de l'avenue Laurier. Et même si une personne lui dit préférer un autre parti, il répond, du tac au tac : C'est correct, surprenant même son interlocuteur, sans chercher à le convaincre ou à l'induire en erreur.

Alors qu’une équipe de journalistes catalans débarque, Steven Guilbeault se rend avec ses filles dans l’ouest de cette circonscription couvrant neuf stations de métro, sans pourtant avoir eu le feu vert de son équipe. Le ministre sortant de la Justice David Lametti le rejoint, pour une longue distribution de tracts et d’affichettes à accrocher aux portes, en plusieurs équipes.

Chargement de l’image
Deux des trois filles de Steven Guilbeault ont activement participé, sur le terrain, à la campagne électorale de leur père.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nettement plus fringant que la veille, Guilbeault parcourt, avec la régularité d'un marathonien, les interminables étages d'une longue tour d’habitation. Mais, manque de chance, il se retrouve régulièrement avec Madeleine, sa fille de 12 ans, devant des portes closes ou des logements finalement loués sur Airbnb.

En cette veille d’élections, l’entrain du militant à distribuer ces affichettes – souvent seul ou accompagné de Vanessa, 29 ans – pourrait étonner. Ceux qui croyaient que le candidat vedette du PLC allait compter sur une panoplie de bénévoles et attendre son succès tranquillement, une bière à la main, se trompent. Empreint d’humilité malgré sa longue carrière publique, ce fada de course à pied engloutit les kilomètres et les montées d’escaliers à une vitesse impressionnante.

Il s’arrête sur des marches, entre le douzième et le quatorzième étage. Madeleine s’étonne : pas de treizième étage? C’est par superstition. Il y a beaucoup d’immeubles comme ça au centre-ville. Lorsque j’étais messager à vélo, pour payer mes études, je voyais souvent ça, raconte-t-il.

Une dame l’interpelle au douzième étage. Je vous reconnais, vous!

Honnêtement, ça me déçoit un peu que vous soyez libéral. Je vous aurais vu avec le Bloc. Mais je sais ce que vous avez fait pour la planète.

Une électrice

De retour au bas de l’immeuble, la plus jeune fille de Steven l’interroge sur la soirée à venir. L'homme sort l’artillerie lourde pour convaincre ses enfants de l’aider encore un peu. Ce soir, on va chercher des sushis.

Une promesse de campagne électorale qui sera respectée. Pour les remercier de leur travail, indique-t-il.

Chargement de l’image
Steven Guilbeault remercie les militants ayant travaillé pour lui pendant la campagne électorale.Photo : Radio-Canada

Lundi, jour du vote

10 h

Depuis près d’une heure, la responsable des communications, Vanessa Adams, peaufine un premier discours avant l’arrivée de son candidat. Le mot « Victory » trône en haut de son document.

Le plus facile à écrire, se réjouit-elle, tout en reconnaissant une certaine « fébrilité ». Deux scénarios sont mentionnés dans ce premier jet : un gouvernement majoritaire ou minoritaire, avec potentiellement une place sur le banc de l’opposition.

La deuxième version est en cours d’écriture. On verra plus tard si Steven voudra aller plus loin dans les propos, en référence à ce discours qui devrait être lu devant les nombreuses caméras, ce soir.

Pendant ce temps, Michael Brewster et Christina Lazarova se plaignent vigoureusement des retards d'ouverture dans deux bureaux, notamment dans le quartier chinois, où beaucoup d'efforts ont été mis par l'équipe.

Vêtu d'une chemise blanche, de jeans et de baskets, Steven Guilbeault arrive quelques minutes plus tard. Il serre la main de François Ouimet, l’ex-député provincial libéral de Marquette tassé l’an passé par Philippe Couillard, pour faire de la place à la candidature de l’ancien hockeyeur Enrico Ciccone. Habitant désormais sur le Plateau, l’ex-politicien est prêt à faire tout ce que vous voulez, dit-il à un bénévole.

Le stress monte. Les appels se multiplient et les ordres s’enchaînent pour pousser les bénévoles à rejoindre un maximum de secteurs afin de convaincre les électeurs de se rendre aux urnes. D’autres s’installent devant un ordinateur afin de remplir une feuille de bingo. Ces données permettent de répertorier, en direct, les personnes ayant déjà voté.

Steven Guilbeault tente de masquer son stress. Ça va; je suis fébrile, mais pas nerveux, dit-il après avoir remercié ses bénévoles.

Avec vous, j'ai vécu une aventure et une expérience extraordinaire.

Steven Guilbeault

Les phrases sont plus courtes. La concentration est forte. Après un passage dans un centre de santé avec des bénévoles pour discuter avec des personnes âgées – une visite écourtée en raison du refus d'une responsable de sillonner les allées –, Steven Guilbeault préfère s’isoler pendant près d’une heure, avec Vanessa, dans un café voisin.

En ce début d’après-midi, l’heure est aux derniers préparatifs et à la relecture des deux discours. En silence. L’intéressé livre peu de commentaires, mais tient à remercier, qu’importe le scénario, ses adversaires.

Chargement de l’image
Les deux versions du discours final du candidat libéral sont en cours d'écriture.Photo : Radio-Canada / Romain Schué

18 h

La tension et la nervosité sont palpables dans le bureau de campagne. Les va-et-vient se multiplient. Journalistes, bénévoles, accompagnateurs, conjoints ou conjointes : c'est l'effervescence.

Un bénévole approche, agité, un téléphone à la main. « Un ami me dit qu'en Europe, un site annonce qu'on a perdu. »

« Impossible; le dépouillement n'a pas commencé », répond Vanessa.

Michael, lui, témoigne de son bonheur. « Il y a plein de gens que je ne connaissais pas qui sont venus. Je ne les ai jamais vus de ma vie. On est clairement au-dessus de 50 [bénévoles]. Je ne me plains pas : je suis super content! »

Christina distribue le mot de passe du wi-fi aux intéressés. « victoire2019 », clame-t-elle. Un signe?

La confiance paraît de mise, et un air d'optimisme flotte même dans l'air lorsque Steven Guilbeault débarque peu avant 20 h, une cravate au cou, avant de l'enlever immédiatement, visiblement peu à l'aise. Ses enfants, leur mère et sa conjointe, Claude, l'accompagnent.

Les retours du pointage sur le terrain sont favorables, souffle-t-on. Au même moment, Christina exhorte les gens présents à quitter le bureau pour un ultime porte-à-porte. Il ne faut rien lâcher, insiste-t-elle, à moins de deux heures de la fermeture des bureaux de vote.

Ça peut se jouer à rien, entend-on au milieu de cette ébullition de commentaires de tous genres.

Steven Guilbeault trépigne d'impatience. Il marche; discute; revient; reste quelques secondes devant la télé; embrasse les nouveaux venus; parle avec d'autres personnes qui se félicitent des premiers résultats nationaux dévoilés... Mais, en tout temps, il garde un air neutre, lâchant très rarement un sourire.

A-t-il échangé avec Justin Trudeau ces dernières heures? Celui-ci l'a-t-il rassuré quant à son avenir? Aucune communication n'a eu lieu depuis la venue du premier ministre sortant à Montréal jeudi, certifie-t-il. Et je n'ai pas cherché à le joindre non plus, ajoute-t-il.

Devant la télé, deux bénévoles débattent sur l'idée d'une fusion entre les libéraux et le Nouveau Parti démocratique. J'espère que quelqu'un va se lever pour ça, dit l'un d'eux. L'autre insiste : Faut espérer, sinon les conservateurs font faire des gains.

Chargement de l’image
Steven Guilbeault arrive en famille au Palais des congrès.Photo : Radio-Canada / Romain Schué

21 h 45

Steven Guilbeault et ses proches arrivent au Palais des congrès de Montréal, lieu de rassemblement des libéraux.

Alors que le candidat écologiste cherche désespérément à se rafraîchir, un proche lui apporte un verre de rouge dans un gobelet en plastique. Il rit de bon cœur, malgré la nervosité. Je suis allé voir des membres du parti pour être sûr qu'il n'y avait rien d'autre, dit-il en plaisantant.

Petit à petit, les résultats défilent. Justin Trudeau voit sa victoire, dans un gouvernement minoritaire, être assez rapidement annoncée. Pendant ce temps, l'équipe de Steven Guilbeault prend son mal en patience. L'intéressé, disponible, enchaîne les entrevues, toujours dans l'attente de son propre avenir.

Puis son fils accourt, téléphone à la main. Dad, dad! crie-t-il. Une confortable avance pour l'environnementaliste est annoncée à l'écran. Clameur dans la salle, mais rien n'est joué.

Édouard, dans le même temps, lui apprend la défaite du chef du Parti populaire de Maxime Bernier, qui a maintes fois nié une quelconque urgence climatique. Steven Guilbeault ne feint pas son bonheur, loin des caméras. Il a perdu? Yes! clame-t-il en serrant le poing droit.

Près d'une heure après son arrivée, c'est son tour. Le grand jour. Sa victoire, plus confortable que le prédisaient les sondages, est proclamée. Son nom est scandé de longues secondes par la foule enthousiaste.

Chargement de l’image
La joie des enfants de Steven Guilbeault en apprenant la victoire de leur père, avec, de gauche à droite, Madeleine, Viviane, Édouard et son amiePhoto : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les yeux humides, il s'écarte, se replie à l'arrière et serre dans ses bras, un par un, ses enfants et ses proches.

Quelques minutes plus tard, le temps de savourer sa victoire, il s'installe dans les allées du Palais des congrès. J'étais fébrile et un peu nerveux, reconnaît-il. On en a parlé, toi et moi : les chiffres qu'on avait dressaient un portrait différent de ce que l'on voyait dans les sondages et les sites de projection.

Ces dernières heures, exprime-t-il, ont entraîné leur lot d'émotions, de tous les horizons. À commencer par cette matinée, difficile, de samedi. Ce sondage a semé le doute, absolument. Dire l'inverse, ce serait mentir. J'étais nerveux.

La première chose qui m'est passée par la tête, c'est un sentiment de gratitude envers les gens qui m'ont accordé leur confiance. Après ça, j'ai un peu perdu le contrôle.

Steven Guilbeault

Avant de penser à ses premières actions à Ottawa, il clame, devant sa conjointe qui le regarde avec attention, son envie d'aller au chalet le week-end suivant et de dormir. Mais aussi de réparer le pneu de [son] fils et de faire un peu de ménage à la maison.

Et de souper avec ta femme, renchérit Claude, entraînant un éclat de rire collectif, quatre mois jour pour jour après l'annonce de la candidature du futur nouveau député.

Chargement de l’image
L'émotion était forte pour Steven Guilbeault après sa victoire électorale.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Partager la page