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Image : Le point de passage entre Tijuana et San Diego (vu ici du côté mexicain).

La disparité internationale dans l’approvisionnement et l’administration de vaccins contre la COVID-19 pourrait avoir des conséquences même dans les pays où la campagne d’immunisation va bon train, comme en témoigne l’exemple du Mexique et des États-Unis.

Sur l’autoroute 5, à San Ysidro, la circulation est incessante.

Ce quartier de San Diego, le dernier avant d’entrer au Mexique, abrite le poste frontalier terrestre le plus achalandé des États-Unis. À l’échelle internationale, il s’agit du quatrième point de passage le plus fréquenté.

Pour traverser cette frontière, il faut parfois s’armer de patience, surtout pour passer du Mexique vers les États-Unis.

Derrière ces airs de normalité se cache néanmoins une activité qui tourne au ralenti, assure Gustavo de la Fuente, président de Smart Border Coalition, un groupe qui plaide en faveur d’une meilleure intégration à la frontière.

Gustavo de la Fuente, président de Smart Border Coalition, à San Diego.
Gustavo de la Fuente constate une diminution des activités dans la région frontalière de San Diego et Tijuana depuis le début de la pandémie.Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

C’est plus tranquille. Si on compare 2020 à 2019, il y a eu une baisse de 38 % des traversées d’une année à l’autre, assure-t-il.

La raison est simple : le 21 mars 2020, les États-Unis et le Mexique ont annoncé la fermeture terrestre de la frontière aux voyages non essentiels pour une durée indéterminée, tout comme l’ont fait Washington et Ottawa.

Dans la région de San Ysidro, où en temps normal 100 000 personnes passent quotidiennement d’un pays à l’autre, l’impact économique a été majeur.

Du côté américain, au moins 200 entreprises ont fermé et il y a peut-être un peu plus de 2000 emplois qui se sont perdus, et tout cela, c’est juste dans le quartier de San Ysidro.

Une citation de :Gustavo de la Fuente, président de Smart Border Coalition
Un tramway près de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
Ce tramway relie la zone frontalière au centre-ville de San Diego.Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Si de nombreux travailleurs mexicains qui occupent un emploi dans la région de San Diego peuvent toujours entrer aux États-Unis, l’accès est désormais suspendu pour les Mexicains qui disposent d’un visa de touriste et qui visitent généralement le pays en grand nombre, que ce soit pour visiter des proches ou faire des achats.

Nous ne faisons plus d’argent. Nous survivons, lance Sabas Ruacho, gérant d’une petite station d’autobus qui se trouve à quelques mètres des douanes américaines.

Comme la plupart de ses clients étaient des Mexicains qui se rendaient à Los Angeles pour des voyages non essentiels, l’achalandage a baissé de 65 % depuis le début de la pandémie.

Sabas Ruacho, gérant d'un service de transport près de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
La station d'autobus frontalière que gère Sabas Ruacho a perdu 65 % de son achalandage en un an. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Après une année difficile, Sabas Ruacho se dit convaincu que les restrictions à la frontière seront un jour levées. Pour lui, l'espoir porte un nom : la campagne de vaccination.

Mais la situation n’est pas aussi encourageante selon le côté de la frontière duquel on se trouve.

Pourcentage de la population qui a reçu au moins une dose :

  • Mexique : 8 %
  • Canada : 22 %
  • États-Unis : 38 %

Le Mexique vaccine à petite dose

En Californie, depuis jeudi dernier, toute personne de plus de 16 ans peut prendre rendez-vous pour obtenir une dose du vaccin.

Dans l'État mexicain de Basse-Californie, où se trouve la ville frontalière de Tijuana, la vaccination n’est ouverte qu’aux personnes âgées de plus de 60 ans et se faire vacciner peut présenter un défi, comme l’ont expérimenté certains travailleurs de la santé.

Des médecins du secteur privé au Mexique manifestent pour avoir plus facilement accès au vaccin contre la COVID-19.
Des médecins du secteur privé au Mexique manifestent pour avoir plus facilement accès au vaccin contre la COVID-19. Photo : Gracieuseté: Adelina Pazos

Le 4 avril, des professionnels du secteur privé ont fait part de leur mécontentement aux abords d’un des grands boulevards de Tijuana. Cette manifestation, la troisième en environ un mois, visait à dénoncer leur absence de la liste des personnes prioritaires.

Beaucoup d’employés d’hôpitaux privés, comme eux, n’en font pas partie.

Pourtant, les risques qu’ils courent sont importants. À preuve, pendant cette manifestation d’avril, les noms de médecins morts après avoir contracté la COVID-19 ont été lus, question de leur rendre hommage.

Des médecins mexicains manifestent contre la politique de l'État de la Basse-Californie en matière de vaccination.
Des médecins mexicains réclament un accès plus simple aux vaccins contre la COVID-19, invoquant le droit à la santé. Photo : Gracieuseté: Adelina Pazos

L’organisatrice de ce mouvement de protestation, la docteure Yesenia Espinoza, explique avoir finalement reçu une première dose d’un vaccin, mais seulement après avoir ouvertement critiqué les autorités.

Il a fallu sortir dans les rues parce qu’on ne nous écoutait pas. Ce sont des pressions qui ont permis d’obtenir le vaccin.

Une citation de :Yesenia Espinoza, présidente du collège de médecine générale de Basse-Californie
La docteure mexicaine Yesenia Espinoza.
La docteure mexicaine Yesenia Espinoza affirme n'avoir eu accès au vaccin qu'après avoir manifesté. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Le gouvernement du Mexique, où la pandémie a fait plus de 200 000 morts, justifie la lenteur de sa campagne de vaccination en invoquant notamment des problèmes d’approvisionnement.

En février, le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a profité d’un séjour officiel à Tijuana, à la frontière avec les États-Unis, pour dénoncer la stratégie de certains pays développés qui ont stocké des doses de vaccins, une ressource devenue rare et précieuse à l’échelle mondiale.

Quelques semaines plus tard, le Mexique est devenu le seul pays, avec le Canada, à recevoir sous la forme d’un prêt des vaccins excédentaires de l’immense réserve américaine. Washington a fait parvenir à ses voisins quelques millions de doses du vaccin d’AstraZeneca, qui n’a toujours pas été approuvé par les autorités sanitaires américaines.

Mexico, qui a aussi acheté des vaccins de Pfizer, s’est également tourné vers la Russie et la Chine, en se procurant des doses des produits Spoutnik et Sinovac.

Un homme d'Acapulco reçoit une dose du vaccin chinois Sinovac.
Un homme d'Acapulco reçoit une dose du vaccin chinois Sinovac. Photo : Getty Images / Hector Vivas

Des effets aux États-Unis

Même si la campagne de vaccination va bon train aux États-Unis, où plus de 125 millions de personnes ont reçu au moins une dose d’un vaccin contre la COVID-19, Washington devrait s’inquiéter de la lenteur de la campagne d’immunisation chez ses voisins et ailleurs sur le globe, avertit l’épidémiologiste Edward Jones-Lopez.

L’expert, basé à l'University of South California, explique que tant que le virus pourra circuler librement dans certaines régions du monde, le risque de création de variants plus résistants aux vaccins existants continuera de planer.

Le docteur Edward Jones-Lopez, à Los Angeles.
Le difficile accès au vaccin contre la COVID-19 dans certains pays pourrait avoir des impacts partout dans le monde, croit le docteur Edward Jones-Lopez.Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Une partie du problème, ce sont les variants qui vont émerger quelque part ailleurs. [...] C’est pour ça qu’il faut une solution globale.

Une citation de :Edward Jones-Lopez, professeur de médecine à la University of South California

Le docteur Jones-Lopez se dit convaincu de voir un jour une accélération de la campagne de vaccination dans les pays dont les réserves de doses sont minces.

Mais à son avis il va y avoir pendant un an ou deux une différence énorme entre le taux d’immunisation de différents pays.

Au-delà des implications sanitaires, cette disparité entre les États-Unis et le Mexique suscite également des craintes du point de vue économique.

Ce centre commercial californien est installé à quelques mètres du mur qui sépare les États-Unis du Mexique.
Ce centre commercial californien est installé à quelques mètres du mur qui sépare les États-Unis du Mexique.Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

C’est particulièrement le cas dans la région urbaine de San Diego et Tijuana, qui regroupe plus de 5 millions d’habitants.

Gustavo de la Fuente, qui dirige la Smart Border Coalition, demande à l’administration Biden à Washington d’être encore plus généreuse en matière d’exportation avec ses voisins, question d’éviter de nouvelles prolongations des restrictions aux frontières.

Surtout que, selon un rapport récent de l'Université Duke, les États-Unis pourraient disposer de 300 millions de doses excédentaires en juillet.

On aura une quantité énorme de vaccins ici aux États-Unis, on pourra exporter des vaccins du côté mexicain. Ça doit se faire. C’est la meilleure situation pour une région qui est interdépendante.

Une citation de :Gustavo de la Fuente, directeur de la Smart Border Coalition

S’allier pour vacciner

À San Diego, des acteurs politiques américains et mexicains ont décidé de ne pas attendre avant de mettre leurs efforts en commun, afin d’accélérer la campagne de vaccination.

Une employée du centre de vaccination au consulat du Mexique à San Diego.
Le comté de San Diego s'est allié avec le consulat du Mexique pour y créer un centre de vaccination.Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Trois jours par semaine, le consulat du Mexique, situé en plein cœur de la ville californienne, se transforme en clinique de vaccination. Chacune de ces journées, entre 65 et 100 personnes y reçoivent des doses.

Le but de l’opération est notamment de mieux rejoindre les membres de l’importante communauté hispanique de San Diego, qui ont été durement touchés par la pandémie.

Puis, vu le défi que peut représenter l’accès aux doses au Mexique, certains résidents de Tijuana, des gens qui ont la double citoyenneté ou qui travaillent aux États-Unis, ont été vaccinés au consulat.

Le consul du Mexique à San Diego.
Le consul mexicain à San Diego assure que les autorités californiennes sont pleinement conscientes du besoin de vacciner les résidents des deux côtés de la frontière.Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

À ce chapitre, le consul Gutierrez souligne l’ouverture des autorités californiennes qui, à son avis, comprennent que la cadence vaccinale doit s’accélérer au Mexique.

Ils sont entièrement conscients que personne ne sera en sécurité tant que les gens qui vivent de l’autre côté de la frontière ne le seront pas.

Une citation de :Carlos Gonzalez Gutierrez, consul général du Mexique à San Diego

Dans la région de San Diego et Tijuana, le mur frontalier n’est généralement pas un obstacle aux échanges commerciaux et culturels.

Mais la pandémie de COVID-19 a rappelé que l’agglomération urbaine est bel et bien à cheval sur deux pays qui sont armés différemment pour affronter un virus qui, lui, ne connaît pas de frontières.

Un mur frontalier entre le Mexique et les États-Unis.
Cette barrière sépare la région de Tijuana au Mexique, à celle de San Diego, en Californie. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

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