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Image : Une maison et une voiture incendiée.

Il y a un an, la petite communauté de Portapique en Nouvelle-Écosse était le théâtre de la pire tuerie de l’histoire moderne du Canada. Vingt-deux personnes ont été tuées dans un parcours meurtrier de 200 kilomètres et qui a duré 13 heures. Des témoignages obtenus par l’équipe de l’émission The Fifth Estate et des documents permettent de retracer le fil des événements des 18 et 19 avril 2020.

Une texte de la journaliste Marie-Ève Arsenault d'après l'émission d'enquête The Fifth Estate

Un samedi soir comme les autres. Les habitants de Portapique, une communauté isolée à l’ouest de Truro, ne se doutent pas qu’un de leurs voisins, Gabriel Wortman, va bouleverser leur vie à tout jamais en l’espace de quelques heures seulement. L'excentrique denturologiste de 51 ans s’apprête pourtant à commettre l’irréparable.

⚠ Attention : cet article contient des détails explicites qui pourraient ne pas convenir à certains lecteurs.

Une vue aérienne de Portapique.
Image : Une vue aérienne de Portapique.
Photo: Une centaine d’âmes peuplent la petite communauté de Portapique, nichée sur la côte de la baie de Fundy, en Nouvelle-Écosse.  Crédit: CBC/Steve Lawrence

Une escalade de la violence avant le drame

Le tempérament meurtrier du responsable du massacre bouillait bien avant le drame.

En 2016, lors d’un voyage familial dans les Caraïbes, il serait devenu agressif et aurait frappé la tête de son père contre la paroi d’une piscine. Au fil des ans, il s’emporte régulièrement contre des employés à sa clinique de denturologie et s’en prend parfois à sa conjointe, Lisa Banfield.

Adepte du survivalisme, l'habitant de Portapique accumule des denrées non périssables, des équipements de défense et des armes à feu, acquises dans l’illégalité.

Il collectionne aussi les vieilles voitures de police. Il en possède quatre et passe des mois à créer une réplique presque identique à une autopatrouille de la GRC.

L’arrivée de la pandémie et la fermeture des frontières avec les États-Unis, où il se procurait des armes, accentuent son tempérament colérique et sa paranoïa. En mars 2020, un mois avant la tuerie, il liquide certains de ses placements et amasse près d’un demi-million de dollars en billets de 100.

Une plaque d'herbe calcinée montre l'endroit où se trouvait l’une des propriétés du tueur, juste en face de la maison rouge de Lisa McCully.
Une plaque d'herbe calcinée montre l'endroit où se trouvait l’une des propriétés du tueur, juste en face de la maison rouge de Lisa McCully.Photo : CBC/Steve Lawrence

Une dispute comme point de bascule

Gabriel Wortman et Lisa Banfield célèbrent leur 19e anniversaire de rencontre le 18 avril 2020. La soirée est arrosée et une dispute éclate.

Wortman accuse sa conjointe d’avoir ruiné leur soirée d’anniversaire.

Plus tard, alors qu’elle feint de dormir, il l’attaque.

Il sort verser de l’essence autour du chalet puis demande à sa conjointe de récupérer un fusil à l’intérieur et de le suivre jusqu’à une de ses propriétés située à environ 1,5 kilomètre de distance par les bois. Il la force à marcher devant lui et lui enlève ses chaussures.

Lisa Banfield essaie de s’enfuir, mais trébuche et tombe. Il l’attrape et la ligote.

Wortman commence à tirer des coups de feu autour de lui, en direction du sol. Elle supplie le tireur de lui laisser la vie sauve.

Il l’installe sur la banquette arrière de l’une de ses voitures de police. Pendant qu’il prépare d’autres munitions, elle en profite pour briser la vitre du véhicule. Elle réussit à s’en extirper et s’enfuit dans les bois, où elle se cache toute la nuit.

Jamie et Greg Blair.
Image : Jamie et Greg Blair.
Photo: Jamie Blair, à gauche, et Greg Blair, sur une photo de famille, figurent parmi les victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse le week-end dernier.   Crédit: La Presse canadienne / Kelly Blair

Les premières victimes d’une nuit infernale

À quelques pas de là, à Portapique, Greg et Jamie Blair (photo) font griller des steaks dans le garage. Leurs deux plus jeunes fils, âgés de 10 et 12 ans, jouent à des jeux vidéo à l’intérieur.

Les Blair s’étonnent d’abord de voir débarquer Wortman, cet étrange voisin qu’ils ne connaissent que de vue, un samedi soir à presque 22 h.

Mais qu’est-ce que tu fais avec un fusil?, s’enquiert Greg en échappant un juron, quelques secondes avant le coup de feu fatal. Le père de famille est tué chez lui, près de sa porte d’entrée.

Sa femme Jamie se précipite à l’intérieur pour implorer ses deux fils de se cacher dans leur chambre et signaler le 911. Le premier appel à la police de la soirée est fait à 22 h 01. La femme de 40 ans s’adosse contre la porte de la chambre des garçons, cachés sous le lit.

Wortman tire au moins huit fois en sa direction et au travers de la porte.

Une fenêtre où l'on peut voir l'impact d'une balle.
Des traces de la présence du tireur étaient toujours visibles au domicile des Blair plusieurs mois après la tuerie.Photo : CBC/Steve Lawrence

Tyler Blair, le fils de 27 ans de Greg, raconte avoir plus tard trouvé une balle qui aurait présumément transpercé le matelas derrière lequel se cachaient ses petits frères. Selon lui, il en aurait fallu de peu pour qu’ils soient atteints eux aussi.

Après avoir vu leur mère mourir sous leurs yeux pour les protéger, les enfants réalisent que le tireur a voulu mettre le feu à la maison. Des bûches jonchent le sol et le poêle est allumé.

Ils prennent la fuite dans les bois jusqu’à la maison d’une voisine, Lisa McCully, pour demander de l’aide.

Quatre enfants terrorisés se cachent

À côté de la maison familiale des Blair, Lisa McCully borde sa fille et son fils.

L’enseignante de 49 ans vivait juste en face de l’une des propriétés de Wortman, normalement voilée par une dense forêt d'épinettes. Cette nuit-là, une fumée s’élève au-dessus des arbres et des flammes se détachent dans un ciel sans lune.

Lisa décide de composer le 911. Une fois dehors, elle s’approche d’un individu posté à l’extérieur, qu’elle prend pour un gendarme.

Une maison éclairée, à la tombée de la nuit.
Les deux enfants de Lisa McCully se sont cachés dans le sous-sol avec les fils de Greg et Jamie Blair durant deux heures, le temps que la GRC vienne les secourir.Photo : CBC/Steve Lawrence

Or il s’agissait de Wortman, déguisé en policier. Pendant qu’elle s’avance vers lui, il tire et la tue sur le coup.

À peu près au même moment, les deux fils des Blair, en fuite, gagnent le domicile des McCully. Ils se réfugient au sous-sol avec les deux enfants de Lisa. Les quatre amis composent le 911.

Au bout du fil, on tente de les rassurer, le temps qu’on vienne les secourir. Le répartiteur, qui reste avec les jeunes au téléphone durant deux heures, leur explique qu’ils devront attendre un signal spécial avant de sortir de leur cachette. On veut éviter qu’ils ne se retrouvent devant le tueur déguisé en gendarme.

Une vue aérienne de Portapique.
Image : Une vue aérienne de Portapique.
Photo: Une centaine d’âmes peuplent la petite communauté de Portapique, nichée sur la côte de la baie de Fundy, en Nouvelle-Écosse.  Crédit: CBC/Steve Lawrence

Deux survivants deviennent des témoins clés

Lisa McCully n’est pas la seule personne à s’être inquiétée de l’incendie. Remarquant des flammes à distance, deux voisins prennent leur voiture pour investiguer et pour alerter la police. Il s’agit du quatrième appel au 911 en provenance de Portapique.

Radio-Canada n’identifie pas ces deux personnes, qui ont toujours refusé de parler publiquement de leur expérience. The Fifth Estate a mis la main sur une déclaration audio transmise à un enquêteur au mois d’août dernier, confirmée par la GRC.

Pendant qu’ils longent la promenade Orchard Beach, ils remarquent un véhicule de la GRC stationné devant la petite maison bleue de Dawn Madsen et Frank Gulenchyn, un couple de retraités. Le duo avise le répartiteur 911 qu’un policier semble déjà dans les parages.

Une vue aérienne du terrain où existait autrefois la maison de Dawn Madsen et Frank Gulenchyn, rasée par un incendie.
La maison de retraite de Dawn Madsen et Frank Gulenchyn n’existe plus. Le tireur a incendié trois propriétés appartenant à ses victimes, en plus des siennes.Photo : CBC/Steve Lawrence

L’homme et la femme poursuivent leur route en direction de l’incendie et réalisent que la fumée provient de l’un des terrains du denturologiste. L’homme veut avertir son voisin Gabe, qu’il connaît bien, mais se souvient que Wortman n’a pas de téléphone cellulaire.

Le couple, toujours au téléphone avec le répartiteur 911, fait demi-tour et s’arrête devant la petite maison bleue de Dawn et Frank. Au même moment, la cuisine de la maison s’enflamme. La voiture de police est toujours stationnée devant.

Frank entoure Dawn de son bras pour prendre une pose devant la caméra. Ils se trouvent devant une forêt pour la photo.
Dawn Madsen (à droite) et son conjoint Frank Gulenchyn.Photo : Foyer de soins de longue durée Hillsdale Terraces

Les deux incendies qui font rage dans le même secteur suscitent l’incrédulité du couple. Les témoins s’apprêtent à rentrer à la maison, mais sont interceptés par une voiture de police.

Sur la défensive, prêts à expliquer qu’ils n’ont rien à voir avec les incendies, ils baissent la vitre. Le policier baisse sa propre vitre et commence à leur tirer dessus avec un pistolet.

Ils reconnaissent le tireur.

Malgré les deux balles qui l’atteignent, le conducteur, accompagné de sa femme, réussit à appuyer sur l’accélérateur et à s’enfuir. Le couple croise alors de vrais agents venus enquêter et relate les derniers événements.

C’est à ce moment, vers 22 h 26, que la GRC prend connaissance d’une information cruciale : l’identité du suspect.

Huit autres victimes

Des renforts sont appelés vers 22 h 49. À ce moment de la soirée, Wortman a déjà eu le temps de commettre huit meurtres de plus à Portapique.

Trois familles ont été ciblées : Jolene Oliver, Aaron Tuck et leur fille Emily ainsi que deux autres couples de retraités, Joy et Peter Bond, et John Zahl et Joanne Thomas. Un jeune père, Corrie Ellison, est tué par balle le long de la promenade Orchard Beach.

Emily Tuck, à gauche, Jolene Oliver et Aaron Tuck.
Les Tuck sont morts ensemble, sans aucun témoin des événements, le 18 avril 2020. Leur fille, Emily Tuck, âgée de 17 ans, est la plus jeune victime du massacre.Photo : La Presse canadienne / Tammy Oliver-McCurdie

La GRC informe le public de la menace pour la première fois. À 23 h 43, elle publie un tweet à propos du signalement d’une plainte concernant des armes à Portapique, sans aucune mention d’incendies, de coups de feu ni de personnes blessées ou tuées. Les gens sont priés de rester à l’intérieur de leur domicile, de verrouiller leurs portes et d'éviter le secteur.

Ce qu’on ignore toutefois, c’est que Wortman n’y est déjà plus.

Panneau routier de la route Portapique Beach et deux véhicules de police qui bloquent l'entrée de la route.
Le chemin Portapique Beach constitue la seule route officielle d'entrée et de sortie de Portapique, mais ceux qui connaissent bien le coin savent qu’il est aussi possible d’emprunter un chemin de terre à travers un champ de bleuets.Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Une sortie sur un chemin de terre, bien connue dans la région, n’a fait l’objet d’aucune surveillance policière. Le tueur s’y est engouffré vers 22 h 35, 10 minutes seulement après l’arrivée des premiers policiers, pour se diriger vers Debert, à 27 km à l’est de Portapique.

Durant la nuit de samedi à dimanche, pendant que le tueur dort dans son véhicule derrière un atelier de soudage à Debert, la GRC découvre les victimes à Portapique et inspecte différentes maisons.

On repère trois véhicules lui appartenant, tous incendiés. On conclut qu’il s’est enlevé la vie, un dénouement courant dans ce genre de drame. Des agents restent sur place pour recueillir des preuves médico-légales. D’autres policiers sont même renvoyés à la maison.

Une vue aérienne de Wentworth.
Image : Une vue aérienne de Wentworth.
Photo: Tôt le dimanche 19 avril 2020, le tireur s’est dirigé en direction nord vers Wentworth.  Crédit: CBC/Steve Lawrence

Peu de répit aux lueurs du matin

Lisa Banfield sort de sa cachette dans les bois vers 6 h 30 dimanche matin et contacte la police, qui comprend alors qu’elle a fait fausse route. Elle révèle que son conjoint possède une autre réplique d’un véhicule de la GRC, un uniforme et plusieurs armes à feu.

Un deuxième tweet est publié à 8 h 02. On rappelle aux habitants de Portapique de rester à l’intérieur, puisqu’un homme armé est recherché.

Pendant qu’on ignore toujours l’ampleur de la menace à l’extérieur de Portapique, une voiture qui a toutes les allures d’un véhicule de la GRC se dirige en direction nord, vers Wentworth.

Le tueur s’arrête au domicile de deux personnes qu’il connaît, deux agents correctionnels, Sean MacLeod et Alanna Jenkins.

Il tire sur le couple et son chien puis met le feu à la maison.

Un voisin sorti faire une marche, Tom Bagley, tombe également sous les balles du tireur.

Wortman reprend ensuite la route, puis tue une autre piétonne qu’il ne connaît pas, Lillian Campbell.

Vers 9 h dimanche, 15 personnes ont déjà été assassinées dans différentes communautés en Nouvelle-Écosse, mais la seule information publique qui circule concerne un homme armé et dangereux à Portapique. La GRC ajoute qu'il y a plusieurs victimes, sans préciser si elles sont blessées ou mortes.

Nick Beaton et sa femme Kristen durant sa première grossesse.
Nick Beaton et sa femme, Kristen, durant sa première grossesse, formaient une famille heureuse avec leur bambin de 2 ans. Kristen venait tout juste d’apprendre qu’elle était enceinte de leur deuxième enfant quand elle a été tuée, le 19 avril 2020.Photo : Facebook - Nick Beaton

Deux victimes bernées par la supercherie

À une quarantaine de kilomètres de Portapique, à Onslow, Nick Beaton embrasse sa femme Kristen, qui est infirmière, avant qu’elle ne quitte pour le travail, puis prépare un déjeuner à son fils de 2 ans.

Nick voit aux nouvelles la suite de l’opération policière et décide de prévenir Kristen, par simple précaution. Il lui envoie une photo du suspect, lui demandant de faire attention.

Quelques instants plus tard, Kristen se fait arrêter par ce qu’elle croit être un policier et devient la seizième victime du massacre.

Non loin de là, Heather O'Brien, infirmière et collègue de Kristen, espérait passer sa journée de congé dans son jardin. Elle décide d’abord de passer voir sa fille Dobsy pour la consoler après les nouvelles de Portapique. L’une des victimes, Jamie Blair, était la cousine du mari de Dobsy. Les enfants des deux couples jouaient ensemble au hockey.

La mère de huit enfants et grand-mère de douze petits-enfants monte à bord de sa voiture avec l’intention d’acheter du café pour tout le monde. Vers 10 h, avant même qu’elle ne se rende au café, elle entend la détonation d’une arme. Elle prévient sa famille par texto, puis aperçoit une voiture de police, ce qui la rassure. Tuée à quelques mètres de sa collègue Kristen, jamais elle ne se rendra au café.

Une photo tirée d'une vidéo de surveillance montrant une autopatrouille de la GRC.
Après la fusillade, la GRC a publié cette photo d'une autopatrouille en faisant remarquer que très peu de véhicules de la GRC ont des barres de poussée.Photo : GRC Nouvelle-Écosse

Quinze minutes plus tard, la GRC publie une nouvelle mise à jour sur Twitter, précisant que le suspect pourrait porter un uniforme de gendarme et conduire une réplique d’un véhicule de police.

Cette information connue de la GRC depuis près de 12 heures arrive néanmoins 15 minutes trop tard pour ces deux mères de famille. Il est environ 10 h 08 et 19 personnes ont perdu la vie.

Un mémorial pour Kristen Beaton en bordure de route où elle a été tuée.
Image : Un mémorial pour Kristen Beaton en bordure de route où elle a été tuée.
Photo: Un mémorial pour Kristen Beaton en bordure de route où elle a été tuée.  Crédit: CBC/Steve Lawrence

Après 13 heures d’horreur, la fin

Peu avant 11 h, l’ampleur du drame qui s'abat en Nouvelle-Écosse se dessine et la GRC tente désespérément de retrouver son suspect, qu’elle sait désormais en mouvement.

Deux agents de la GRC, Heidi Stevenson et Chad Morrison, organisent une rencontre à Shubenacadie, à l'intersection de la route 2 et de la route 224.

Le gendarme Chad Morrison pense que la voiture de la GRC qui s'arrête à côté de lui est celle de sa collègue Heidi Stevenson, mais il s’agit en fait de celle du tireur, qui ouvre le feu. Chad Morrison s'enfuit et prévient l'escouade qu’il est blessé.

Entre-temps, à moins de 500 mètres de là, Heidi Stevenson entre en collision avec le véhicule du tueur, qui tire en sa direction. La policière de 48 ans, membre de la GRC depuis 23 ans, succombe à ses blessures.

Portrait d'une policière en habit rouge et coiffée du chapeau traditionnel de la GRC.
Heidi Stevenson est morte en héroïne, après avoir retiré au tueur son atout le plus important. Selon la GRC, la dernière décision de la gendarme a probablement sauvé de nombreuses vies.Photo : Gendarmerie royale du Canada en Nouvelle-Écosse

Le tireur s’en prend ensuite à un passant, Joey Webber, qui tentait d'offrir son aide. Il met le feu à sa fausse voiture de police et au véhicule de la gendarme Heidi Stevenson, puis prend possession du VUS de Joey Webber.

Il conduit la voiture volée jusqu’au domicile de sa dernière victime, Gina Goulet, elle aussi denturologiste. Il l’assassine et tire sur son chien qui, lui, survit.

Il change une nouvelle fois de véhicule et part avec la Mazda 3 de Gina Goulet, mais ne peut se rendre très loin, le réservoir d'essence étant presque vide. Il se rend à la station-service Big Stop d’Enfield, en banlieue éloignée d’Halifax.

Par pur hasard, des agents de la GRC faisaient eux aussi le plein à la même station-service. L’un d’eux reconnaît Wortman.

Le tireur est neutralisé à 11 h 26, au terme d’une cavale meurtrière de 13 heures. Les policiers impliqués dans sa mort ont employé une force raisonnable et n’ont commis aucune faute, a d'ailleurs conclu en décembre 2020 l’Équipe d’intervention en cas d’incident grave de la Nouvelle-Écosse.

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Image : Quatre policiers derrière un véhicule, pointant leurs armes.
Photo: La traque du suspect s'est terminée en fin de matinée à une station-service d'Enfield, en Nouvelle-Écosse, le 19 avril 2020.  Crédit: La Presse canadienne / Tim Krochak

Post-mortem

Un an après le drame, les cicatrices laissées dans la communauté sont encore vives. Plusieurs questions restent sans réponse. Quels étaient les mobiles du tueur? La GRC aurait-elle pu l’empêcher de commettre autant de meurtres? Pourquoi aucune alerte d’urgence n'a-t-elle été envoyée?

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Le suspect a parcouru plus de 100 kilomètres avant d'être intercepté à Enfield.Photo : Radio-Canada / GRC

Une enquête publique portant le nom de Commission des pertes massives (Nouvelle fenêtre) a été lancée à la demande de proches de victimes. Entre-temps, des renseignements sont révélés au compte-gouttes par l’entremise de documents judiciaires.

Plus tôt ce mois-ci, on a par exemple appris que la GRC était prête à envoyer une alerte d’urgence cinq minutes avant que le tireur ne soit abattu. On sait aussi depuis décembre que trois personnes — dont Lisa Banfield — sont accusées d’avoir aidé le tireur à obtenir des armes illégalement.

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Nick Beaton a perdu sa femme enceinte de leur deuxième enfant. Il a pris part à une marche d'environ 280 personnes le 22 juillet 2020 à Bible Hill en Nouvelle-Écosse.Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Le rapport final de l’enquête publique est prévu pour novembre 2022.

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