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Image : La silhouette d'une personne regardant au loin est dessinée sur un fond abstrait.

Un texte de Pascal Michaud Illustrations par Marie-Pier Mercier

La pandémie a fait jaillir des questionnements profonds chez beaucoup de gens. À un point tel que près d’une personne sur trois dit éprouver de la difficulté à trouver un sens à sa vie, d’après un sondage commandé par Radio-Canada.

Mais plutôt que de rejeter cette situation qui peut générer de l’inquiétude et de l’incertitude, il vaudrait probablement mieux l’accueillir – car l’acceptation est le premier pas vers la quête de sens. Discussion sur le vide, parfois essentiel pour aller au bout de soi-même.

Au mois d’août 2013, Michèle Audette a décidé qu’elle en avait assez de la vie. L’ex-présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada n’avait plus d’espoir; le vide s’était emparé d’elle, comme il l’avait fait, une première fois, lorsqu’elle avait 18 ans. Je ne comprenais pas pourquoi, ou je n’osais pas comprendre, se souvient la femme de 49 ans au micro de Catherine Perrin.

L’hiver dernier, la firme SOM a sondé pour le compte de Radio-Canada la population canadienne à propos des répercussions de la pandémie sur sa santé mentale. Voici le dernier d'une série de cinq textes sur le sujet, qui accompagnent une série de cinq émissions spéciales diffusées sur ICI Première à l’émission Le calendrier de l’après traitant du bien-être des Canadiens.

Pendant des années, ses vieux démons s’étaient tapis dans l’ombre. Or, une situation de harcèlement au travail, une séparation et la résurgence de souvenirs liés à des agressions sexuelles subies dans le passé ont à nouveau fait basculer Michèle Audette, ravivant son mal-être et ses pensées noires.

Mais après sa tentative de suicide, elle a choisi de se donner un contrat pour la vie en reconstruisant son goût de vivre. Dans son processus de guérison, Michèle Audette a embrassé les rivières mouvementées de son passé.

Aujourd’hui, je suis consciente que ça fait partie de mon chemin de vie et je les accueille mieux , explique la militante autochtone, qui s’est par ailleurs reconnectée avec ses racines innues après qu’elle eut frôlé la mort.

Le sentiment de vide que Michèle Audette évoque, la population canadienne le vit à différents égards depuis un peu plus d'un an.

Le vertige du vide

Le témoignage de Michèle Audette met notamment en lumière la peur, le désarroi et le mal-être que peut inspirer l’impression de vide.

Le vide donne le vertige par définition. Que ce soit un vide de sens, qui va nous plonger peut-être dans une angoisse, ou un vide carrément physique, qui est un défi à se représenter pour l’esprit, souligne Ludvic Moquin-Beaudry, professeur de philosophie.

Pour l’être humain, le vide peut devenir très difficile à supporter. C’est un sentiment que les gens vont vouloir engourdir, tellement c’est souffrant. Et c’est là où ça devient problématique, dit la psychologue Stéphanie Léonard.

La spécialiste souligne qu’en réaction à la peur que suscite le vide, beaucoup de gens adoptent des comportements compulsifs – abus d’alcool et troubles alimentaires, entre autres – pour ne pas ressentir ce vide intérieur.

D’ailleurs, la consommation d’alcool et de drogues a augmenté au pays depuis un an pour une part significative de la population. Une portion non négligeable de Canadiens et Canadiennes observent aussi une dégradation dans leurs habitudes en matière d’alimentation.

Visiter le vide pour mieux l'affronter

Selon Stéphanie Léonard, il est possible de trouver ses propres façons d’aller mieux. Combler le vide, c’est quand on cesse de chercher à l’extérieur de soi et qu’on arrive à développer des stratégies d’autoapaisement, explique-t-elle.

Pour guérir le vide, il faut l'affronter. Il faut aller le visiter.

Une citation de :Stéphanie Léonard, psychologue

La psychologue ajoute que pour arriver à apprivoiser ce vide, il est important d’apprendre à panser nos propres blessures, à prendre soin de nous-même comme si nous prenions soin d’une personne que nous aimons, et à faire preuve de bienveillance à notre égard.

Il est également impératif d’exprimer notre mal-être, car c’est en nommant les choses que nous pouvons passer du vide au sens, selon la psychologue Danielle Perreault, autrice du livre Une histoire, ça se guérit.

En bout de piste, la quête de sens peut être le projet de toute une vie. C’est l’avis de Jean-Philippe Perreault, professeur en sciences des religions à l’Université Laval.

Cette quête, ce n’est jamais la fin, note celui qui s’intéresse à la trajectoire spirituelle des individus. C’est le processus qui compte, en fait. Oui, c’est vrai, il faut effectivement trouver un sens, mais il ne préexiste pas : on le bâtit, on le construit en le racontant, en le vivant. Il y a là une image assez forte des quêtes et des aventures de nos contemporains d’aujourd’hui.

C’est d’ailleurs ce qui fait dire à Michèle Audette qu’elle n’est pas encore arrivée au bout de sa quête de sens. Je pense qu’elle va être présente tout le long de mon portage, philosophe-t-elle.

Besoin d’aide pour vous ou un proche?

Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553)

La ligne Info-Social 811, qui répond aux problèmes psychosociaux

Ailleurs au Canada : 1 833 456-4566

Méthodologie :

Le sondage commandé par Radio-Canada a été réalisé du 18 au 25 février 2021 par courriel auprès de 1348 adultes francophones du Canada, soit 1074 au Québec et 274 hors Québec. Nous avons pondéré les données pour nous assurer d’une bonne représentativité de la population adulte francophone au Canada selon l’âge, le sexe et la proportion de personnes dont la langue parlée le plus souvent à la maison est le français.

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