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Image : La silhouette d'une personne regardant au loin est dessinée sur un fond abstrait.

Un texte de Pascal Michaud Illustrations par Marie-Pier Mercier

Je n’ai pas vu mes enfants depuis... le mois de juillet de l’année dernière. Au bord des larmes, la gorge nouée par l’émotion, Yvon Godin a le cœur gros. Très gros. Comme des millions de personnes au Canada, l’ex-politicien fédéral vit très difficilement l’isolement forcé dans lequel la pandémie de COVID-19 l’a plongé depuis plus d’un an. Malgré tout, l’homme de 65 ans tient le coup, en attendant de pouvoir retrouver les êtres qui lui sont chers.

L’ancien député du Nouveau Parti démocratique (NPD) a raconté au micro de Catherine Perrin être profondément ébranlé par le climat actuel. Mais il est loin d’être le seul. L’absence de contacts physiques pèse lourd pour de nombreuses personnes au pays.

L’hiver dernier, la firme SOM a sondé pour le compte de Radio-Canada la population canadienne à propos des répercussions de la pandémie sur sa santé mentale. Voici le deuxième d'une série de cinq textes sur le sujet, qui accompagnent une série de cinq émissions spéciales diffusées sur ICI Première à l’émission Le calendrier de l’après traitant du bien-être des Canadiens.

Pour près de quatre personnes sur cinq, le manque de proximité avec les autres est une des situations les plus difficiles à vivre depuis le début de la pandémie. Sans surprise, ce qui leur manque le plus (77 %), ce sont les activités sociales et les sorties.

Je suis un gars du peuple. Je suis un gars qui aime être avec les gens. On a hâte d’aller danser, de se coller, de se donner des becs. Des rencontres avec nos amis, il n’y en a plus. C’est inhumain. On n’est pas nés pour ça!

Une citation de :Yvon Godin, ex-député du NPD

À l’instar d’une grande proportion de Canadiens et Canadiennes, Yvon Godin est animé d’un certain sentiment de frustration, car il est privé de contacts avec les autres. Après tout, l’être humain n’est-il pas social par définition? C’est du moins ce que souligne le professeur de philosophe Ludvic Moquin-Beaudry.

La capacité à créer des liens, en tant que telle, est innée. On pourrait dire que c’est une marque de la condition humaine. On pourrait même aller jusqu’à dire que c’est une marque de l’ensemble du vivant , dit Ludvic Moquin-Beaudry, évoquant l’importance vitale des contacts sociaux, lesquels ont volé en éclats en mars 2020.

Il n’est donc pas étonnant de constater que la santé mentale de la population, qui repose entre autres sur cet entretien d’échanges et de liens sociaux forts, ait été ébranlée au cours de la dernière année.

Les dangers de l'isolement

Très documenté en psychologie, l’isolement social peut avoir des effets néfastes sur l’être humain, peu importe l’âge. Nous sommes très préoccupés, parce qu’on sait qu’il est associé à une moins bonne santé physique, à une moins bonne santé psychologique, souligne la psychologue Stéphanie Léonard.

Selon la spécialiste, un état d’isolement social peut fragiliser une personne, d’autant plus si elle est déjà aux prises avec un problème de santé mentale.

La personne isolée est plus encline à ruminer ses préoccupations, isolée voulant aussi dire absence de soutien social. Donc, cette combinaison-là peut être extrêmement dangereuse et aggraver la situation d’une personne.

Une citation de :Stéphanie Léonard, psychologue

Même son de cloche du côté de la psychologue Janick Coutu, fondatrice du balado Dose de psy. Elle note que l’isolement peut avoir de sérieuses conséquences sur l’état psychologique, notamment chez les jeunes.

Le stress est constant pour notre cerveau. On est constamment dans une situation qu’on ne connaît pas et dans laquelle on doit constamment s’adapter. C’est éreintant, c’est fatiguant, ça vient gruger de l’énergie. [...] Notre sommeil est affecté par ça. On bouge moins, bref, c’est une combinaison de facteurs qui nous mène là, note-t-elle.

Rompre l'isolement et prendre soin de soi

En attendant un retour à la réalité, les spécialistes en santé mentale jugent qu’il est impératif pour les personnes qui sont affectées par la pandémie de tisser des liens avec leur entourage, de parler et de ventiler leurs frustrations à des amis et des proches et, surtout, d’aller chercher l’aide psychologique et les ressources dont elles ont besoin.

C’est d’ailleurs ce qu’a fait Nancy, une opératrice de machinerie lourde dans le domaine de la construction. Pour elle, la pandémie a été une occasion de réflexion et de grands questionnements. Ceux-ci semblent avoir été bénéfiques, en bout de piste.

Cet hiver, j’ai réalisé que j’étais en "burn out". Depuis à peu près le temps des Fêtes, je consulte régulièrement pour pouvoir justement m’en sortir et trouver des outils pour avancer et pour revoir la lumière en avant de moi. Je dirais que la COVID m’a aidée pour pouvoir faire une introspection.

Une citation de :Nancy, opératrice de machinerie lourde

Nancy n’est pas un cas unique. Deux personnes sur cinq ont entamé des démarches pour obtenir des soins spécialisés en santé mentale au cours de la dernière année.

Si, comme elle, la plupart de ces personnes ont réussi à voir un psychologue ou un psychiatre, une personne sur quatre n’y est pas parvenue pour une raison ou une autre.

À celles et ceux qui auraient échoué dans leurs tentatives de joindre un professionnel pour un soutien personnalisé, la psychologue Janick Coutu répond qu’il existe de nombreuses ressources sur le web, notamment des ateliers virtuels de gestion de l’émotion et de l’anxiété. Ça n’a pas la même valeur qu’une relation thérapeutique, mais ça peut être un "en attendant", observe-t-elle.

Selon la psychologue, il est primordial de briser le tabou encore très puissant de la maladie mentale au Québec. Car advenant la nécessité de consulter un psychologue ou un psychiatre, 28 % des personnes se sentiraient mal à l’aise d’en parler à leurs proches. C’est du moins ce que révèle le sondage SOM–Radio-Canada.

J’encourage tout le monde qui en a besoin à appeler, à aller chercher de l’aide, dit Janick Coutu.

Yvon Godin partage l’avis de la psychologue. Selon lui, les gens ne devraient pas avoir honte du mal-être dont ils souffrent. On a fait du chemin, mais on n’en a pas fait encore assez. La maladie mentale, c’est une maladie comme n'importe quelle autre, jure-t-il avec la verve qu’on lui connaît.

Méthodologie :

Le sondage commandé par Radio-Canada a été réalisé du 18 au 25 février 2021 par courriel auprès de 1348 adultes francophones du Canada, soit 1074 au Québec et 274 hors Québec. Nous avons pondéré les données pour nous assurer d’une bonne représentativité de la population adulte francophone au Canada selon l’âge, le sexe et la proportion de personnes dont la langue parlée le plus souvent à la maison est le français.

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