•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Image : La silhouette d'une personne regardant au loin est dessinée sur un fond abstrait.

Un texte de Pascal Michaud Illustrations par Marie-Pier Mercier

L’effet de la pandémie sur le moral de la population canadienne est sans équivoque. D'après un sondage commandé par Radio-Canada, une personne sur quatre dit souffrir d’anxiété, tandis que plus de deux personnes sur cinq notent une détérioration de leur état mental depuis le début de la crise. Malgré ce portrait plutôt sombre, une majorité de personnes entrevoit de meilleurs jours à l’horizon.

Je suis dans un moment plus stressé que je ne l’étais il y a un an, affirme la comédienne Marie-Soleil Dion au micro de Catherine Perrin. La femme de 36 ans, qui souffre d’un trouble anxieux depuis l’adolescence, explique que la propagation des variants ces dernières semaines a généré chez elle un nouveau stress avec lequel elle doit composer.

Les anxieux, on se fiait beaucoup au fait que le virus était dangereux pour les aînés. On prenait donc soin d’eux, et on se sentait un peu invulnérables. Avec ces nouveaux variants, la fatigue et l’accumulation, je pense que beaucoup de gens retombent un peu dans le stress, observe-t-elle.

L’hiver dernier, la firme SOM a sondé pour le compte de Radio-Canada la population canadienne à propos des répercussions de la pandémie sur sa santé mentale. Voici le premier d'une série de cinq textes sur le sujet, qui accompagnent une série de cinq émissions spéciales diffusées sur ICI Première à l’émission Le calendrier de l’après traitant du bien-être des Canadiens.

L’anxiété, Marie-Soleil Dion la vit depuis longtemps. Au fil des ans, l’artiste a connu plusieurs épisodes de crises de panique envahissantes. Car l’anxiété, lorsqu’elle prend de l’ampleur, peut être un trouble très invalidant.

C’est puissant l’anxiété, explique la psychologue Stéphanie Léonard. On a chaud, on a mal au cœur, on a des palpitations cardiaques. Il y a des gens qui ont l’impression d’être en train de mourir, précise-t-elle.

La spécialiste rappelle que les êtres humains ne sont pas tous égaux face au trouble anxieux. Certains affichent une moins grande tolérance au stress et aux situations anxiogènes que d’autres.

À l’image de Marie-Soleil Dion, bon nombre de personnes semblent avoir affronté des situations particulièrement anxiogènes depuis mars 2020, et cela, à divers degrés.

Les chamboulements de la vie quotidienne et les restrictions imposées depuis plus d’un an ont nui à la santé mentale de la population. Une personne sur deux a ressenti une perte de liberté dans son quotidien. Ça peut attaquer le moral des gens, indique Clarisse Béland, de la firme SOM.

Au plan financier, la majorité des personnes interrogées ont perçu une pression quant à leurs obligations financières – payer leurs factures, rembourser leurs dettes. Ç’a été une source d’anxiété importante.

Une citation de :Clarisse Béland, de la firme SOM

La pandémie a également eu des répercussions sur les habitudes de vie. Le sommeil et la santé sexuelle de la population canadienne ont été particulièrement affectés.

L'optimisme, malgré tout

Fait étonnant : en dépit de la crise, une majorité de la population demeure plutôt positive par rapport à l’avenir.

Malgré les difficultés qu’on a vécues, et qu’on va encore vivre avec la pandémie, la plupart des francophones qu’on a interrogés nous disent qu’ils ont une joie de vivre la plupart du temps, souligne Clarisse Béland.

Selon Clarisse Béland, l’optimisme d’une majorité de Canadiens ne doit cependant pas faire oublier le fait qu’une proportion substantiellement importante de la population n’entrevoit pas l’avenir d’un si bon œil.

Pour les autres, ce n’est pas la même histoire. Ils sont durement affectés par la pandémie. Ils nous disent qu’ils souffrent de solitude et d’isolement. Ce sont des personnes plus anxieuses, plus déprimées. Elles se disent plus craintives face à la pandémie, ou simplement affaiblies. En bout de piste, elles entrevoient leur futur avec pessimisme, note Clarisse Béland, de la firme SOM.

Composer avec l'anxiété, la clé

La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible pour les personnes souffrant d’anxiété d’apprendre à mieux vivre avec ce trouble. Parlez-en à Marie-Soleil Dion.

Au fil du temps, la comédienne et humoriste dit avoir développé des stratégies pour gérer son anxiété, dont les symptômes ont déjà été très paralysants.

L’indulgence envers soi-même, l’adoption de saines habitudes de vie et l’évitement du surmenage professionnel sont toutes des stratégies que Marie-Soleil Dion a mises en place, petit à petit. Depuis le début de la vingtaine, elle a aussi recours à la médication pour l’aider à traiter son anxiété.

La comédienne a également développé un mécanisme bien à elle pour mieux composer avec l’époque anxiogène que nous vivons : à l’occasion, elle choisit tout simplement de s’extraire mentalement des situations stressantes en faisant ce qu’elle appelle du déni volontaire.

Je pense que le fait de traiter l’anxiété vient aussi avec une jolie dose de ça, c’est-à-dire que moi, des fois, je vais arrêter de penser volontairement à la situation, et faire comme si tout allait bien. [...] Quand ça se met à trop me stresser, je fais comme si ça n’existait pas, raconte-t-elle en riant.

Au bout du compte, Marie-Soleil Dion voit des points positifs à propos de l’époque dans laquelle nous vivons, même si elle est marquée par une pandémie. Selon elle, les personnes ont de moins en moins peur de parler ouvertement de leur anxiété, signe que les mentalités à l’égard de la maladie mentale ont beaucoup évolué.

Je pense qu’on est dans les premières générations à être autant ouvert. La déstigmatisation des problèmes de santé mentale, ça se passe actuellement, se réjouit-elle.

Méthodologie :

Le sondage commandé par Radio-Canada a été réalisé du 18 au 25 février 2021 par courriel auprès de 1348 adultes francophones du Canada, soit 1074 au Québec et 274 hors Québec. Nous avons pondéré les données pour nous assurer d’une bonne représentativité de la population adulte francophone au Canada selon l’âge, le sexe et la proportion de personnes dont la langue parlée le plus souvent à la maison est le français.

Partager la page