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Image : Le jeune homme est en train de faire de la soudure.

Le grand défi des régions, c'est non seulement d'attirer les immigrants, mais de les retenir. Granby a trouvé une formule gagnante, si on en croit le fort taux de rétention des nouveaux arrivants dans cette ville. Nous sommes allés voir quelles sont les clés de son succès.

Par Danielle Beaudoin, journaliste, et Ivanoh Demers, photographe

Au début, mon boss ne voulait pas m'engager à cause que je n'étais pas tout à fait à l'aise avec le français. Mais ils m'ont donné une chance. Farley Delgadillo travaille depuis bientôt trois ans comme journalier aux Entreprises Cadorette, une manufacture de Granby qui transforme du métal en feuilles.

Le jeune homme à la mine sérieuse est arrivé de la Colombie il y a presque quatre ans avec son frère. À l’époque, Farley ne connaissait pas un mot de français. Aujourd’hui, il le parle couramment. Je me suis beaucoup amélioré depuis que je travaille ici.

Le jeune homme est en train de faire de la soudure.
Farley Delgadillo travaille comme journalier aux Entreprises Cadorette, à Granby. Photo prise le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Farley se plaît bien à Granby et il pense y rester longtemps. Quel est le meilleur de son expérience d’immigration? Le meilleur de tout, c'est vraiment la société québécoise, plus ouverte que d'autres sociétés.

Je sais qu'aux États-Unis, les Américains n'aiment pas du tout les immigrants. Mais ici, quand un Québécois voit une personne immigrante [...] il va s'approcher et lui parler.

Farley Delgadillo

Un guichet unique pour les immigrants

Quelques semaines après leur arrivée, Farley Delgadillo et son frère se sont trouvé un appartement par l’entremise de SERY (Solidarité ethnique régionale de la Yamaska). Cet organisme à but non lucratif est mandaté par Québec pour accompagner les immigrants qui s’installent dans la région de Granby (Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi).

Ça nous a aidés beaucoup [SERY]. Des fois, quand on avait des questions, c’était l’endroit pour demander, se rappelle le jeune homme.

SERY reçoit chaque année près de 200 immigrants. Une bonne partie d’entre eux sont des réfugiés pris en charge par l’État, car Granby est une des villes d’accueil désignées par Québec. Il y a aussi des travailleurs qualifiés et de plus en plus de demandeurs d’asile.

La plupart des immigrants qui arrivent à Granby passent par SERY, mais pas tous, précise le directeur général de cet organisme, Frey Alberto Guevara. Il y a des gens qui viennent s'installer ici parce qu'ils ont trouvé un emploi, explique-t-il, et ils n’ont pas besoin des services de SERY. Il voit de plus en plus d’immigrants qu’il ne connaît pas lorsqu’il se promène en ville. On ne se cache pas non plus que beaucoup d'entreprises font appel à des firmes de placement pour faire venir des gens ici.

SERY accompagne les immigrants qu’il reçoit jusqu’à ce qu’ils s’intègrent. C’est du cas par cas, mais ça peut aller jusqu’à cinq ans, note Frey Alberto Guevara, lui-même un ancien réfugié. Et même après, ils reviennent pour des besoins ponctuels, comme le parrainage d’un membre de la famille, la recherche d’un autre emploi ou le renouvellement de la résidence permanente.

Une jeune femme de dos, et devant elle, un mur décoré de photos d'enfants des quatre coins du monde.
Une jeune femme patiente dans la salle d’attente de SERY (Solidarité ethnique régionale de la Yamaska) à Granby le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

SERY existe depuis 1992, et au fil des ans, il a créé des partenariats avec différents ministères, mais aussi avec la commission scolaire, la Table de concertation de la petite enfance, le cégep ou encore le centre hospitalier.

Ce qui caractérise cet organisme, c’est sa formule de guichet unique, lance Céline Gagnon, directrice générale adjointe de SERY. Tous les services sont sous un même toit, offerts par une équipe multidisciplinaire composée de 14 personnes. Les nouveaux arrivants y trouvent notamment de l’aide pour les démarches suivantes :

  • se trouver un logement
  • ouvrir un compte en banque
  • obtenir un numéro d’assurance sociale
  • trouver une garderie
  • intégrer les enfants à l’école

SERY s’occupe aussi des cours de francisation et guide les immigrants qui se cherchent un emploi. Il fait également le lien entre les immigrants et les services de santé. L’organisme va même jusqu’à Montréal pour faire la promotion de la région de Granby auprès des nouveaux arrivants.

Le guichet unique est une « formule gagnante », puisque la plupart des immigrants qui arrivent à Granby y restent, déclare Céline Gagnon. Les partenariats font aussi partie de la recette, ajoute Frey Alberto Guevara.

Voici donc une des clés du succès de Granby : un organisme qui prend en charge tous les aspects de l'intégration des immigrants dès leur arrivée. Mais il y a aussi d'autres facteurs qui expliquent la réussite de cette ville.

Frey Alberto Guevara et Céline Gagnon.
Frey Alberto Guevara, directeur général de SERY (Solidarité ethnique régionale de la Yamaska), et Céline Gagnon, directrice générale adjointe du même organisme.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Au fil des années, on a un taux de rétention quand même assez intéressant. Nous, on l'évalue à 80-85 %. Parce qu'il y a très peu de familles qui repartent vers d'autres provinces ou vers Montréal.

Céline Gagnon, directrice générale adjointe de SERY

Ce taux de rétention des immigrants est à peu près le même que celui de Montréal, note Mia Homsy, directrice générale de l'Institut du Québec (IDQ), ce qui est « très bon » pour une petite ville en région. Quand tu fais aussi bien que Montréal, mais que tu n'as pas la masse critique d'immigrants déjà pour tout l'accueil, et les communautés d'accueil qui ne sont pas là, ça veut dire que vraiment, la ville et les organismes qui réussissent à créer ça, c'est énorme.

Si les immigrants s'établissent à Granby, c'est aussi parce que la ville est proche des grands centres, observe Lida Aghasi, coprésidente de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). C'est près de Sherbrooke, aussi près de Montréal. C'est une bonne région, remarque-t-elle. Et puis SERY, qui est membre de la TCRI, est un organisme très dynamique et très respecté, qui a de bonnes relations surtout avec les réseaux de l'éducation et la santé.

Apprendre le français pour s’intégrer

Les gens de SERY le répètent : la francisation est la première étape de l’intégration. L’organisme, de concert avec le cégep de Granby, organise des cours de francisation pour les gens scolarisés et ceux qui le sont peu.

Des élèves travaillent en classe sous la supervision du professeur.
Kamal Imikirene, enseignant au MIFI, donne une classe de francisation à SERY (Solidarité ethnique régionale de la Yamaska) le 5 septembre 2019 à Granby.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le défi, en région, c’est d’avoir un minimum de personnes inscrites pour pouvoir démarrer un groupe, explique Frey Alberto Guevara. Souvent à Montréal, ça se fait vite, parce qu'il y a pas mal de gens, mais ici en région, c'est moins. Il m'a fallu attendre au moins six mois avant de commencer ma francisation.

Farley Delgadillo a patienté cinq mois, mais « ça a bien été ». Il apporte un bémol : le français enseigné n’est pas le même que celui qui est parlé dans la rue ou au travail. On était dans l'autobus, et j'écoutais les gens parler et j'étais comme : “Hein? Que sont-ils en train de dire?” Je ne comprenais rien [...]. C'est sûr que le français standard, ce n'est pas assez pour nous.

Son patron, Serge Ouellet, propriétaire des Entreprises Cadorette, est confronté à ce problème de communication. L’entreprise compte quatre ou cinq immigrants sur une cinquantaine d’employés. Ça se passe bien. C'est juste qu'on a toujours des barrières de langue, note l’employeur.

Serge Ouellet.
Serge Ouellet, propriétaire des Entreprises Cadorette, à Granby. Photo prise le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ça prend six mois avant de pouvoir bien se comprendre et qu’ils soient fonctionnels, ajoute-t-il. Il y a aussi les différences culturelles. Ils ne se comportent pas comme nous autres, observe Serge Ouellet. Ils ont leurs méthodes, ils ont leur éthique aussi. Mais c'est de s'adapter. [...] Ils veulent travailler, ils ont connu la misère dans leur pays, et ils veulent s'adapter au Québec et au Canada. C'est à nous de leur ouvrir nos horizons.

À SERY, on reconnaît que la francisation n’est pas toujours adaptée au milieu de travail. Ce qu'on apprend en francisation, c'est vraiment l'usage régulier, se débrouiller en société. Donc, quand on arrive au travail, c'est un petit peu plus exigeant en termes de français. Oui, on est capable de parler, mais de pouvoir écrire, de pouvoir lire un bon de commande, etc., ce n'est pas nécessairement ça qu'on fait en francisation, note Céline Gagnon.

Le directeur général de SERY, Frey Alberto Guevara, tient à préciser que les enseignants en francisation sont très bons, et qu’ils font de leur mieux. Le problème, c’est plutôt le programme. On voit aujourd'hui l'impact d'un modèle qui peut-être ne répondait pas nécessairement aux besoins actuels. Et c'est pour cela que le programme commence à être retouché.

Se trouver du travail

Pour Céline Gagnon, la principale clé de l’intégration reste le travail. Pour aider les immigrants à s’en trouver, SERY a créé des liens avec des employeurs de la région. On n'a pas vraiment de partenariat précis, d’ententes signées avec des employeurs, mais on est toujours en contact avec [eux] pour voir : “Est ce qu'il y a des emplois chez vous?”. De plus en plus, les employeurs nous appellent aussi pour dire : “Je cherche du monde”. C’est comme partout, la pénurie d’employés, explique Céline Gagnon.

Frey Alberto Guevara.
Frey Alberto Guevara, directeur général de SERY (Solidarité ethnique régionale de la Yamaska). Photo prise à Granby le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Frey Alberto Guevara a lui-même eu beaucoup de mal à se trouver du travail lorsqu’il est arrivé avec sa famille il y a 16 ans. À l'époque, j'étais vraiment désespéré. Je voulais retourner [en Colombie] parce que je ne réussissais pas à trouver un emploi. Aujourd'hui, on se garroche sur les immigrants. Tout le monde essaie d'avoir une meilleure offre pour voler les employés de votre entreprise. Peu importe la langue, peu importe l'origine, la couleur. Mais à l'époque, c'était plus difficile, raconte-t-il.

Même après avoir terminé sa francisation, il n’arrivait pas à se faire embaucher. J’avais besoin de me valoriser via le travail, j'avais besoin de travailler. J'étais capable de m'exprimer [en français], j'avais certaines compétences, une certaine débrouillardise, mais je n'avais pas l'opportunité d'un emploi. [Je me disais] : “Non, je ne peux pas rester à ne rien faire, vivre de l'aide sociale, ce n'est pas mon objectif non plus”. Il a finalement été engagé à SERY en 2006 comme intervenant scolaire. Et c’est ce qui a fait la différence dans sa vie, dit-il; quelqu’un, un jour, a accepté de lui donner une chance.

Marie-France Collard, originaire du Congo, est arrivée à Granby en 2005. Elle est passée elle aussi par SERY. L’organisme l’a aidée à trouver du travail. Elle a été embauchée dans deux usines, et ensuite comme préposée aux bénéficiaires. Elle aurait aimé pratiquer sa profession de vétérinaire ici, dit-elle, mais il y a eu trop d’obstacles. Dans son cas, il aurait fallu qu’elle aille à Saint-Hyacinthe pour faire l’équivalence. Avec ses enfants à élever, cela n’a pas été possible, raconte-t-elle.

Si tu avais un diplôme, on te disait : “Non tu n'as pas d'expérience du Canada”. Ça, ça fait mal un peu.

Marie-France Collard
La commerçante à côté de gros sacs de haricots et autres denrées.
Marie-France Collard dans son commerce à Granby le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Elle a vécu quelques années au Gabon avant de venir ici. Elle y a rencontré des médecins et des enseignants qui sont venus au Québec et « qui ne font rien ici ». De son côté, elle a finalement décidé de se lancer en affaires. Elle a ouvert un salon de coiffure en 2010. Elle y vend aussi des produits cosmétiques et des aliments.

« Ici, il y a la paix et la sécurité »

Marie-France Collard a fait sa vie à Granby. Elle y a élevé ses trois filles. Elle s’est engagée en politique. Elle s’est notamment présentée comme candidate aux élections municipales il y a trois ans.

J'aime Granby [...]. C'est vraiment une bonne ville pour éduquer les enfants. Il y a le calme. Et il n'y a pas beaucoup de distractions pour attirer les enfants à gauche et à droite comme dans les grandes villes. Oui, il y a des activités pour les enfants. Mais après ces activités, ils sont à la maison, ils ont le temps d'étudier [...]. C'est vraiment une ville de paix pour moi.

Une ville de paix aussi pour Geovanys Pertuz Bolano. Ce Colombien d’origine est arrivé comme réfugié il y a 16 ans avec sa famille. Il tient aujourd’hui un restaurant avec sa femme à Granby. Il raconte que l’intégration a été difficile, notamment parce qu’il ne parlait pas français. Ça a bien pris quatre ans, dit-il, avant de vraiment s’intégrer.

Le couple se tient devant des étagères de produits latino-américains.
Geovanys Pertuz Bolano et Elsy Esther Pabon dans leur restaurant du centre-ville de Granby, le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le meilleur, c’est qu’on est en sécurité, on a trouvé la paix ici. Le pire, je pense que c’est l’hiver. On vient d’un pays chaud!

Geovanys Pertuz Bolano

Les défis de l’intégration

Tyty Mukendi, originaire de la République démocratique du Congo, a lui aussi fait sa place à Granby. Il est arrivé ici comme réfugié en janvier 2015 avec sa famille. Lui aussi est passé par SERY, dont il a apprécié l’aide.

C’est aujourd’hui un citoyen très actif dans la société granbyenne. Il est notamment président de la communauté congolaise de Granby. Une communauté importante, qui compte plusieurs centaines de personnes.

Avant d’immigrer au Québec, il travaillait dans le domaine médical, raconte-t-il. Quand je suis arrivé ici, on m'a demandé de faire l'équivalence. J'ai fait l'équivalence. Alors on m'a dit qu'il fallait reprendre des études si je voulais faire la médecine; il fallait encore reprendre. Vous savez avec l'âge et tout ça... Il a commencé des études à Trois-Rivières en inhalothérapie, qu’il a dû abandonner pour des raisons de santé. Aujourd’hui, il étudie une spécialisation en TSA (trouble du spectre de l’autisme) au cégep de Granby.

Tyty Mukendi.
Tyty Mukendi devant le Tim Hortons du centre-ville de Granby, le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Tyty Mukendi considère que l’intégration se passe bien pour lui. Mais ce n’est pas aussi facile pour certains de ses compatriotes, ajoute-t-il. La plupart d'entre nous sont analphabètes. Ils n'ont pas eu cette chance d'aller à l'école, vu ce qui se passe dans notre pays. Il y a ceux qui ne savent ni lire ni écrire. C'est très dur.

Et puis il y a les différences culturelles. Nous venons de l'Afrique, et nous avons notre culture à nous. Quand nous venons ici, on nous demande de nous intégrer et de suivre la culture québécoise. Or, il y a vraiment une très grande différence entre les deux cultures. Cela nous amène des problèmes, lance-t-il.

Nous nous efforçons de connaître un peu le Québec [...]. Mais j'ai l'impression qu'en nous recevant, les Québécois ne fournissent pas cet effort de connaître aussi l'Afrique.

Tyty Mukendi

Frey Alberto Guevera, de SERY, reconnaît qu’il y a tout un travail de sensibilisation à poursuivre auprès de la population. Souvent il y a des préjugés, admet-il. L’organisme tente de les combattre de diverses façons, en organisant notamment un spectacle annuel dans une grande salle de la ville pour présenter la richesse du multiculturalisme dans la région.

Malgré les embûches, Tyty Mukendi aime Granby et il a l’intention d’y rester.

Nous nous intégrons avec beaucoup plus de facilité parce que c’est une petite ville, et le monde est vraiment accueillant et gentil.

Tyty Mukendi

Et puis c’est calme, poursuit-il. Comme j'ai des enfants. Moi, j'ai trois garçons. Alors c'est un milieu favorable pour une bonne éducation des enfants.

Attendre l’autobus à -20 °C

Cela dit, il y a aussi des désavantages à vivre dans une petite ville. Tyty Mukendi et d’autres immigrants à qui nous avons parlé montrent du doigt les transports en commun.

Si vous êtes un nouveau venu, vous n'avez pas de moyen de transport. Ce n'est pas comme à Montréal, où à chaque 5 minutes ou 3 minutes il y a un bus qui passe. Ici, chez nous, vous attendez trente minutes ou une heure. Si vous avez des courses à faire, vous êtes vraiment en retard! note Tyty Mukendi.

Farley Delgadillo a une voiture aujourd'hui. Mais il a trouvé difficile de se déplacer à Granby quand il est arrivé. Surtout l'hiver. « Je n'avais pas d'auto et je devais marcher pour prendre l'autobus. Des fois l'autobus était en retard, et on était là en train de se geler. » Comme plusieurs autres immigrants à qui nous avons parlé, l'hiver est ce qu'il a connu de pire jusqu'ici dans son expérience d'immigration.

La famille est assise sur le divan, en compagnie de Julie Gavillet.
Julie Gavillet, Lazare Moke, Ornella Moyiamane, avec sa fille Marie-Madeleine, et Clémence Kponingbe. Photo prise à Granby le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Maudit hiver ! »

Lazare Moke et Clémence Kponingbe sont arrivés avec leurs deux filles et leur petite-fille à Granby il y a quelques mois seulement, en janvier. La famille congolaise nous a reçus chez elle, dans son appartement, en compagnie d’une bénévole de SERY, Julie Gavillet.

Avec l'hiver, ça a été un peu difficile, mais c'est passé. On est en train de s'adapter peu à peu, lance Lazare. Quand on est sortis de l'aéroport, quand j'ai vu ça, j’étais tellement étonnée, j'ai couru pour rentrer dans l'aéroport! Je n'avais jamais vu ça! Chez nous là-bas, on voit ça à la télé, raconte en riant leur fille, Ornella Moyiamane. L’hiver prochain, on saura comment bien se protéger du froid, ajoute Clémence.

Clémence a fini les cours de francisation. Elle attend maintenant une formation en vue de se trouver un emploi. Elle aimerait travailler comme préposée aux soins auprès des personnes âgées. Quant à Lazare, il doit suivre des cours d’alphabétisation.

Gros plan du visage de Lazare Moke.
Lazare Moke, immigrant originaire de la RDC. Photo prise à Granby le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Leur fille cadette, Dorcas, 17 ans, va à l’école. Quant à Ornella, 25 ans, elle a fait les cours de francisation, et elle souhaite maintenant étudier. Le problème, c'est pour ma fille. On n'a pas encore trouvé la garderie pour elle, explique Ornella en prenant dans ses bras la petite Marie-Madeleine, âgée de deux ans. On m’a dit de patienter, lance la jeune femme.

On pourra aller patiner ensemble! lance en riant Julie Gavillet. Cette résidente de Granby accompagne la famille congolaise, dans le cadre du programme bénévole de jumelage interculturel de SERY. L’idée du programme, c’est de jumeler des Québécois avec des familles qui viennent d’arriver, afin de faciliter leur intégration.

La petite fille en avant-plan, et sa maman, derrière, assise sur le divan.
La petite Marie-Madeleine et sa maman, Ornella Moyiamane, dans leur appartement de Granby, le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C'est de faire profiter un peu de ce qui se passe ici à Granby, de faire découvrir la région [...]. Pouvoir parler québécois aussi, parce qu'on a des expressions qui sont différentes. Passer du temps ensemble, explique Julie.

« Lâche pas, tu vas l'avoir! »

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui viennent d’arriver? Premièrement, s'ouvrir, s'ouvrir parce que tout est différent, répond Frey Alberto Guevara. Souvent, la phrase qu'on entend, peu importe la communauté culturelle : “Non, c'est parce que dans mon pays ça se faisait comme ça”. Oui, mais on n'est pas dans ton pays. On est au Québec.

Deuxièmement, ajoute-t-il, c’est de faire le deuil de son ancienne vie, d’enterrer le passé. Il faut renoncer à ce qu'on a été une fois. L'ancienne directrice [de SERY] était à l'époque la coordonnatrice du département de l'employabilité. Et lorsque je suis allé avec mon premier CV pour un emploi, elle m'a posé une question : “Tu étais quoi en Colombie?” Tu étais quoi. J'étais? Ça a été comme une gifle. J'étais, non! Je suis. Ça m'a fâché, mais c'est vrai. C'est vrai, parfois il faut renoncer un peu à certaines choses qu'on avait réussi à développer, et en bâtir d'autres avec l'expérience du passé.

Deux jeunes filles voilées marchent dans un stationnement du magasin Dollarama.
Photo prise à Granby le 5 septembre 2019.Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Marie-France Collard conseille aux nouveaux immigrants de ne surtout pas se croiser les bras. Il faut montrer ses talents, être sur le marché du travail au lieu de rester à la maison, parce que ça ne donne pas une bonne image à l'immigrant.

Je sais qu'un immigrant, c'est quelqu'un de travailleur. Donc si d'où on vient, on était capable de faire des choses, pourquoi pas ici?

Marie-France Collard

 ll faut être persévérant pour avoir du succès dans la vie. Patient et persévérant, lance Geovanys Pertuz Bolano. Quand on arrive ici, on a beaucoup d'obstacles. Ensuite, on fait sa place.

Tyty Mukendi pense qu’il est bon, surtout au début, de créer des liens avec les immigrants qui sont déjà établis. Ils ont de l'expérience. Et puis quand vous arrivez, si vous n'êtes pas tout proche de votre communauté, vous allez être dépaysé, en ce qui concerne la nourriture [...]. Alors si vous avez avec vous un ancien, il peut vous guider dans ce sens.

Le jeune Farley Delgadillo conseille lui aussi la persévérance. Au début, c'est difficile parce qu'on est en train de laisser plein de choses dans notre pays. On laisse la famille, les amis, tout ce qu'on avait en Colombie. Ici, les premiers mois, c'est dur avant de commencer la francisation, surtout si c'est une personne qui est déjà âgée. C'est plus dur pour lui apprendre le français.

Je dirais de ne pas lâcher. Comme disent les Québécois : “Lâche pas, tu vas l'avoir!

Farley Delgadillo

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