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Image : Une dame âgée assise dans un fauteuil regardant par la fenêtre.

Ma deuxième vie en Acadie

Un texte d'Anaïs Brasier, avec les informations de Janique LeBlanc et les images de René Godin

Si Lillian Vetter écrivait sa biographie, elle serait divisée en deux chapitres. Les 72 premières années de sa vie et les 25 suivantes. L'Américaine et l'Acadienne. L'épouse dépaysée et la veuve enracinée. Et c'est la deuxième partie, pourtant beaucoup plus courte, qui serait la plus volumineuse, mais surtout la plus heureuse. Lillian l'intitulerait A big merci à l'Acadie!.

Après avoir été adoptée à un jeune âge et avoir passé sa vie aux États-Unis, Lillian Vetter a retrouvé sa famille biologique à 72 ans, au Nouveau-Brunswick. Près de 25 ans plus tard, à 97 ans, elle nous raconte le voyage qui a changé sa vie.


Quand je suis arrivée au Nouveau-Brunswick en 1994 après avoir entendu parler du Congrès mondial acadien par des gens en Louisiane, j’ai cherché ma famille biologique partout. Je suis allée au cimetière, à la paroisse, au foyer de soins. Je suis allée à Barachois, à Shédiac, à Richibucto-Village. Tout le monde que je rencontrais avait des bribes d’information, comme un portrait du jour de ma naissance ou une anecdote sur l’homme qui avait donné un œil au beurre noir à mon père, mais rien de concret.

Finalement, un soir, quand je suis rentrée à l’hôtel, j’avais un message : ma sœur avait téléphoné et voulait me voir! On a organisé une rencontre dès le lendemain. Dans le taxi pour me rendre au rendez-vous, j’avais du mal à y croire. J’ai failli demander au chauffeur de rebrousser chemin.

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Mais je suis allée jusqu’au bout et, du jour au lendemain, à 72 ans, j’avais deux sœurs et un frère et une poignée de nièces et de neveux. Je suis passée de sans famille à une grande famille. C’était incroyable. Pendant 72 ans, j’ai su très peu de choses sur ma famille, mes origines, mon pays. Ça me semblait tellement impossible que j’avais l’impression d’être dans un rêve.

Encore aujourd’hui, je pense parfois être dans un rêve, mais je ne veux surtout pas me réveiller.

Déracinée dès l’enfance

Je n’aurais jamais imaginé finir mes jours ici, au Nouveau-Brunswick, même dans mes rêves les plus fous. Si j’ai toujours su que j’avais des racines acadiennes, je n’avais que très peu d’information sur mes origines, le Nouveau-Brunswick, et même sur le Canada.

Ce pays, je l’ai quitté avant d’avoir l’âge de m’en souvenir. Je suis née en 1922 au Nouveau-Brunswick, mais mes parents, Dominique Petitpas et Précile Babineau, ont dû me donner en adoption. Les parents qui m’ont élevée, aussi des Acadiens, m’ont emmenée vivre aux États-Unis, dans une petite ville du Massachusetts, Fitchburg.

Une vielle photo sur laquelle on voit des enfants.
Lillian Vetter, en bas à gauche, durant son enfance.Photo : Gracieuseté

J’ai eu une vie heureuse aux États-Unis. Après avoir grandi au Massachusetts, j’ai rencontré l’homme de ma vie, Georges Vetter, avec qui je me suis mariée et avec qui je suis partie vivre au soleil, en Arizona. Nous nous aimions beaucoup, mais nous n’avons pas eu d’enfants.

Quand Georges est mort, je me suis donc retrouvée seule du jour au lendemain, sans mari, sans famille.

Un homme et une femme collés pour une photo.
Georges et Lillian Vetter ont eu un mariage heureux, mais n’ont pas eu d’enfant. Photo : Gracieuseté

C’est cette nouvelle solitude qui m’a poussée, passé l’âge de 70 ans, à partir à la recherche de ma famille biologique. Mais tout ce que j’avais pour commencer ma quête identitaire, c’était mon certificat de naissance. Un morceau de papier avec mon nom et le nom de mes parents.

Un certificat de baptême daté de 1941 sur lequel on peut le nom de Lillian Petitpas, fille de Dominique Petitpas et de Précile Babineau.
Les parents adoptifs de Lillian ne lui ont jamais caché ses origines, mais lorsque son père lui en parlait, elle était alors trop jeune pour poser les questions qui lui auraient permis, des décennies plus tard, de retrouver sa famille biologique.Photo : Gracieuseté

Congrès mondial acadien

En 1993, lors d'un voyage en Louisiane avec une amie, Lillian rencontre plusieurs francophones et leur demande si quelqu’un connaît des personnes du nom de Petitpas, mais sans succès. On lui parle toutefois du Congrès mondial acadien (1994), ce qui n'est pas sans susciter sa curiosité. L'objectif de l'événement : renforcer les liens entre les personnes d’origine acadienne et rassembler les familles éparpillées en Amérique et ailleurs.

De retour à la maison, Lillian utilise les moyens de l'époque – c'était bien avant l'avènement d'Internet et des médias sociaux – pour obtenir des informations sur le Congrès mondial acadien. Elle envoie donc une lettre au Better Business Bureau de Fredericton, achète des billets de train et réserve une chambre d’hôtel. Direction : le Nouveau-Brunswick.

Changer de vie à 72 ans

Après cette première rencontre émouvante, le choix n’a pas été difficile. Mon mari était mort. La famille de mon mari était morte. Nous n’avions pas d’enfants. J’étais toute seule aux États-Unis, sans famille. J’ai décidé que je voulais revenir au pays où je suis née, vivre auprès de ma famille biologique, découvrir ma culture acadienne et apprendre le français.

J’ai vendu ma petite maison en 15 mois, j’ai fait mes boîtes, j’ai pris mes deux chats et j’ai quitté l’Arizona.

Une dame âgée regarde par une fenêtre.
Lillian vit maintenant dans le même foyer pour personnes âgées que sa soeur Marie, à Moncton. Elle peut la visiter tous les jours. Photo : Radio-Canada

Des destins changés à jamais

J’ai eu, en tout, quatre frères et sœurs, tous adoptés, mais qui s’étaient retrouvés des années auparavant. J’ignorais toutefois l’existence de deux d’entre eux, une sœur et un frère nés après mon départ. Nous n’avons malheureusement pas eu la chance de rencontrer notre grand frère, Jimmy, mort durant la Deuxième Guerre mondiale et qui a été enterré en Italie. J’ai rencontré mon autre frère et mes deux sœurs, ainsi que tous leurs enfants et petits-enfants.

Un dessin d'un soldat.
La famille Petitpas n’a jamais pu retrouver son cinquième membre, l’aîné de la famille, Jimmy. Ce dernier est mort durant la Deuxième Guerre mondiale et a été enterré en Italie.Photo : Gracieuseté

Mes frères et sœurs sont maintenant presque tous décédés, à l’exception de ma sœur Marie, qui demeure dans le même foyer pour personnes âgées que moi à Moncton. Elle est atteinte de démence, mais je peux la voir tous les jours.

Une famille debout côte à côte devant une voiture.
De gauche à droite, les frère et sœurs Marie, Henri (aussi appelé Joseph), Évelyne et Lillian.Photo : Gracieuseté

Je vois aussi souvent mes nombreux neveux et nièces. Retrouver leur tante perdue a aussi changé leur vie. Parmi eux, Ginette Petitpas Taylor, maintenant ministre fédérale de la Santé au sein du gouvernement libéral de Justin Trudeau.

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Un autre neveu, Pierre Hébert, était présent le jour de nos retrouvailles et s’en souvient très bien : c’est lui qui a appris à sa mère, Évelyne, que j’étais au Nouveau-Brunswick pour le Congrès mondial acadien.

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Pour moi, cette rencontre est sans doute la plus belle chose qui me soit jamais arrivée.

Je vis maintenant au Nouveau-Brunswick depuis 25 ans, et ce sont les 25 années les plus heureuses de ma vie. A big merci beaucoup aux gens qui ont pensé au CMA. Ça a changé ma vie.

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