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Image : Page couverture du magazine web Charles Tisseyre en 7 temps. Vêtu d,un col roulé gris, Charles regarde vers le haut à sa gauche.

Depuis 27 ans, il anime avec brio le magazine Découverte. Sa voix singulière, sa présence chaleureuse et sa façon bien à lui de vulgariser des concepts souvent complexes en ont fait une personnalité chouchoute du public. Qui n'aime pas Charles Tisseyre? Lauréat de trophées Artis et récipiendaire de la Médaille d'honneur de l'Assemblée nationale et de l'Ordre du Canada, l'animateur et journaliste scientifique a marqué les esprits. Pour son 70e anniversaire de naissance, nous avons voulu retracer le parcours fascinant de cet enfant de la télé, qui a Radio-Canada tatouée sur le coeur.

Image : Charles Tisseyre vers l’âge de 3 ans.
Photo: Charles Tisseyre à 3 ans.  Crédit: Famille Tisseyre Photo personnelle

Dans les coulisses de Music-hall

En 1955, à l’auditorium Saint-Laurent, un garçon de 6 ans nommé Charles se fraye un chemin entre les danseuses et les acrobates dans les coulisses effervescentes de l’émission de l’heure : Music-hall.

Qu’est-ce qu’un aussi jeune garçon fabrique un dimanche soir dans un studio de télévision qui grouille d’artistes? C’est que sa mère, Michelle Tisseyre, est à la barre de cette nouvelle émission de variétés diffusée à Radio-Canada. Ce grand cabaret voit défiler autant les personnalités locales, comme Olivier Guimond, Dominique Michel et Les Jérolas, que des vedettes internationales, telles qu’Yves Montand et Jacques Brel.

Dans les coulisses d'un studio de télévision, l'animatrice Michelle Tisseyre discute avec le chanteur français Yves Montand.
Michelle Tisseyre et Yves MontandPhoto : Radio-Canada / PAUL, Henri

Une mère vedette

Interviewé par Pénélope McQuade en décembre 2018 à l’occasion des rencontres de Studio R (Nouvelle fenêtre), Charles est revenu sur ce qui constitue sans doute ses souvenirs les plus lointains et ceux qui l’ont marqué profondément : « J’avais 5 ou 6 ans. J’avais le droit d’aller dans les coulisses, de voir les acrobates qui se préparaient, les grands comédiens français ou québécois qui répétaient leur scène, les Charles Aznavour, les Édith Piaf qui se préparaient à monter en scène. J’ai été témoin de tout ça. Et en plus, j’avais des entrées spéciales; je pouvais aller voir les danseuses se maquiller. Il y en avait une qui était ma préférée. Je m’assoyais à côté d’elle, et très maternellement, elle me caressait la joue pendant qu’elle se maquillait. »

À une époque où Télé-Métropole n’existe pas encore, c’est pratiquement tout le Québec qui regarde cette émission dominicale, diffusée en direct et enregistrée devant public. Michelle Tisseyre devient rapidement une vedette au Québec. Celle qui anime aussi le talk-show Rendez-vous avec Michelle (diffusé depuis les débuts de la télévision publique) obtient en 1959 le prix Miss Radio-Télévision, remis à l’artiste la plus populaire.

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Mère très occupée, père moderne

En plus de ses engagements télévisuels, Mme Tisseyre joue fréquemment au théâtre le soir durant cette période. Cet horaire très chargé n’est pas sans conséquence pour Charles, son frère, François, et sa sœur, Michelle.

J’ai grandi en voyant maman à la télévision. C’était normal, c’était naturel pour moi. J’étais très fier d’elle. C’était une passionnée de la scène, des feux de la rampe. Elle avait besoin de ça pour être heureuse, mais pour le petit garçon que j’étais, c’était un peu difficile; elle n’était pas très présente. Elle jouait souvent au théâtre le soir, elle était prise le jour. Le matin, on ne devait pas la déranger, car elle dormait. La fin de semaine, elle était très maternelle, quand elle pouvait nous voir, se souvient-il.

Cette lacune dans la famille Tisseyre est comblée par Pierre, le père de Charles. Né en France au début du siècle, celui qui est directeur littéraire pour le Cercle du livre de la France (qui deviendra les Éditions Pierre Tisseyre dans les années 70) est un père très moderne pour les années 50.

Un montage de deux photos : En 1958, l'animatrice Michelle Tisseyre, souriante. Et assis dans les marches, Pierre Tisseyre avec deux de ses enfants : Michelle et Charles.
Michelle Tisseyre et Pierre Tisseyre avec deux de ses enfantsPhoto : Radio-Canada / LE COZ, André

C’est lui qui emmène les enfants se faire allaiter par leur mère dans sa loge. Le fait qu’il est patron lui permet de s’absenter pour faire la navette entre la maison et le lieu de travail de sa femme. Il peut effectuer cet aller-retour quelques fois par jour. Plus tard, Charles n’hésitera pas à utiliser l’expression « père poule » lorsqu’il parlera de lui.

Si Pierre Tisseyre a ce côté paternel très développé, paradoxalement, son éducation française fait de lui un homme au caractère plutôt fort, près des valeurs et des traditions du 19e siècle, et est capable d’être tranchant. Lorsque le jeune Charles exprime son désir d’être comédien après une expérience de figuration pour la série télé La famille Plouffe, c’est Pierre qui le ramène sur terre, en lui disant que ce n’est pas très sérieux et qu’il lui reste beaucoup d’études à faire. Ce tournage et observer sa mère à l’œuvre lui ont donné la piqûre, mais on ne pourra le voir à l’écran que des années plus tard.

Image : Charles Tisseyre et Marcel Alexandre en 1992, lors du mariage de Charles.
Photo: Charles Tisseyre et Marcel Alexandre  Crédit: Charles Tisseyre. Photo personnelle

Des rencontres déterminantes

Lorsqu’il remonte le fil de sa vie, Charles Tisseyre revient immanquablement sur trois personnes qui ont été d’une influence capitale dans son parcours et sans qui, selon lui, il n’aurait pas eu la même la carrière. Les voici, en ordre d’apparition dans la vie du jeune Charles.

Madame l’orthophoniste

Peu de gens le savent, mais l’animateur de Découverte souffre de dyslexie. Il peut paraître étonnant qu’un communicateur de sa trempe ait eu des problèmes importants à reconnaître des mots écrits lorsqu’il a commencé l’école primaire, mais grâce à l’aide qu’il a reçue d’une femme dont il ne se souvient pas du nom (on ne disait pas une orthophoniste à l’époque, mais une madame, dit-il), il a su combler le retard qu’il avait par rapport à ses camarades d’école.

Assis sur le gazon, Charles Tisseyre enfant enlace tendrement son plus jeune frère François, qui, lui, se trouve dans une voiturette jouet.
Charles Tisseyre enfant avec son plus jeune frère FrançoisPhoto : Charles Tisseyre. Photo personnelle

Charles Tisseyre raconte comment sa dyslexie l’a affecté et l’affecte toujours dans une entrevue à Studio R :

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Si cette dyslexie ne l’a pas empêché de devenir ce qu’il est aujourd’hui, il n’en demeure pas moins qu’il écrit toujours avec un dictionnaire à portée de main et qu’il doit souvent vérifier l’orthographe de mots qu’il a lus et écrit des milliers de fois.

À l’émission Les grands entretiens, il explique à Franco Nuovo comment le fait qu’il lise lentement a pu lui être positif :Quand j’étais au Téléjournal, je recevais souvent des appels de personnes âgées après le bulletin qui me disaient : "M. Tisseyre, on aime tellement ça quand c’est vous qui lisez le bulletin, parce que vous ne parlez pas vite". Je leur répondais : "C’est sûr, je suis dyslexique, je ne peux pas lire vite", se rappelle-t-il en riant.

Le professeur Rolland Boutaric

À l’âge de 12 ans, Charles a tendance à rêvasser en classe, et ses résultats scolaires en souffrent. On le change alors d’école, et il se retrouve au Collège Stanislas. C’est là qu’il rencontre celui qui va lui transmettre l’amour des sciences et de la vulgarisation scientifique, le professeur Rolland Boutaric.

Charles, qui compose toujours avec sa dyslexie, doit mettre les bouchées doubles pour s’en tirer lors des dictées. L’exigence et la sévérité de M. Boutaric le forcent à se forger une discipline qui ne le quittera plus jamais par la suite.

C’était un grand pédagogue, un grand professeur. Il avait une autorité telle qu’il tenait 43 préados et tu aurais pu entendre une mouche voler dans ses cours. On n’avait pas le droit d’être dissipés ou de discutailler, tout de suite, il serrait la vis. Et il était tellement passionnant qu’on était captivés par ce qu’il nous disait. C’est le seul prof, à cette époque-là, dont je peux dire que je comprenais tout ce qu’il me disait.

C’est également dans la classe de M. Boutaric que Charles attrape la piqûre pour la médecine. Il prend beaucoup de plaisir notamment à faire des illustrations du système sanguin dans les moindres détails.

Le directeur Marcel Alexandre

Malgré la soif de connaissance que lui a inculquée le professeur Rolland Boutaric, Charles rencontre tout de même des difficultés scolaires les années suivantes. Au point où il redouble sa 11e année à 16 ans et qu’il est sur le point de la tripler.

Son père est prêt à abdiquer et songe à l’orienter vers le marché du travail, mais décide de lui donner une dernière chance en l’inscrivant à l’Institut de culture générale, où il fait la connaissance de la personne la plus importante de tout son parcours scolaire : Marcel Alexandre.

Charles Tisseyre et quelques amis entourent joyeusement Marcel Alexandre lors du mariage de Charles.
Charles Tisseyre, Marcel Alexandre et ses camarades François Laurier (de profil) et Serge ShanksPhoto : Jeannita Richard (photo personnelle)

C’est ce directeur qui lui donne la confiance nécessaire pour passer son baccalauréat français, l’équivalent du diplôme d’études collégiales, cette étape cruciale dans la vie de beaucoup d'étudiants à l’époque. Charles ne croit pas avoir les capacités pour le réussir. M. Alexandre, dont la spécialité est de s’occuper des derniers de classe, lui donne la confiance et la motivation nécessaires pour passer au travers.

Aujourd’hui, l’animateur est catégorique : Je n’aurais jamais fait la carrière que j’ai faite à l’information sans cet homme-là. Le directeur de l’Institut de culture générale a tellement marqué sa vie que son ancien élève a nommé son deuxième fils Charles-Alexandre en son honneur, et en 1989, lorsqu’il s’est marié avec sa femme, Nevine Ayad, il l’a invité à la cérémonie.

Image : Le journaliste Charles Tisseyre est assis derrière une machine à écrire, dans la salle des nouvelles.
Photo: Charles Tisseyre dans la salle des nouvelles  Crédit: Radio-Canada

L’arrivée à Radio-Canada

À défaut de devenir comédien ou enseignant comme il le souhaitait, Charles Tisseyre fait, comme son père le voulait, des études universitaires en droit. Une fois sa licence obtenue, il frappe à la porte de Radio-Canada avec comme objectif de devenir journaliste. Mais même avec un nom de famille célèbre directement associée à la boîte, on ne lui déroule pas le tapis rouge pour autant.

En ce sens, il doit insister pour avoir un formulaire d’embauche quand la réceptionniste lui répond qu’ils engagent seulement des gens à l’interne. Les premières auditions sont laborieuses; on lui reproche entre autres sa voix trop nasillarde.

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Théâtre et journalisme

En attendant d’avoir une véritable chance comme journaliste, et toujours attiré par le métier de comédien, Charles suit des cours d’art dramatique. En 1974, alors qu’il joue régulièrement dans des pièces de théâtre amateur – ce qu’il fera durant près de 15 ans –, il continue d’auditionner dans la grande tour, sans trop d’attentes.

C’est le célèbre animateur et présentateur de nouvelles Raymond Laplante, devenu chef-annonceur, qui lui donne enfin sa chance, et il finit par avoir un poste à Radio-Canada International (RCI). C’est le début de sa carrière journalistique. Jusqu’en 1978, il sera annonceur-réalisateur, coordonnant notamment la section de l'Europe de l’Ouest.

Durant quatre ans et demi, Charles apprend son métier en touchant un peu à tout, et surtout, en présentant à la radio des sujets de l’actualité canadienne en les contextualisant pour un auditoire africain et européen. Parmi les sujets qu’il couvrira pendant ce passage à RCI, les Jeux olympiques de Montréal de 1976 resteront bien gravés dans sa mémoire. Il gardera notamment un souvenir ému des prouesses historiques de Nadia Comăneci, auxquelles il assiste.

Trois techniciens de Radio-Canada pendant les Jeux olympiques d’été de 1976, devant un panneau de répartition pour le son.
Trois techniciens de Radio-Canada pendant les Jeux olympiques d’été de 1976, devant un panneau de répartition pour le son.Photo : Radio-Canada

Sur les traces de sa mère

Les premiers temps à Radio-Canada, le jeune journaliste fait face à une opposition, ou du moins à une résistance de la part de certains de ses nouveaux collègues. Plus tard, en 2010, il racontera dans le magazine La semaine une anecdote liée à ses débuts :

La première fois que je me suis assis dans un studio de radio, j’ai fait la rencontre d’un technicien qui m’a dit : “’Tu es un petit Tisseyre, toi. Parfait, on va voir ce que tu es capable de faire. J’ai travaillé 30 ans avec ta mère!”’ Disons que ça a été tout un baptême du feu!

À cette époque, ce lien avec sa mère se manifeste d'une façon inattendue. Dans un de ses premiers mandats, pour les besoins d’un reportage, alors qu’il doit se renseigner sur le rôle constitutionnel du gouverneur général, il prend un livre à la bibliothèque de Radio-Canada sur le sujet. Lorsqu’il regarde à l’intérieur de l'ouvrage pour voir qui l’a emprunté avant lui, il constate avec étonnement et bonheur que le nom de sa mère, Michelle, figure au bas de la liste. Personne ne l’a emprunté depuis.

Image : Charles Tisseyre à la barre de l’animation de l’émission Ce soir, en 1981.
Photo: Charles Tisseyre anime Ce soir.  Crédit: Radio-Canada / KARSENTY, Jean-Pierre

Les années du direct  

Je regardais les écrans, quand j’ai vu la navette exploser. Je me suis levé, et là, je n’en revenais pas de ce que je voyais, je me suis rassis, complètement abattu. Et là, le chef des nouvelles, Claude Saint-Laurent, est venu me voir et m’a dit : "Tu te rases, tu mets ta cravate et tu vas en ondes!"

Le 28 janvier 1986 est un moment charnière dans la carrière de Charles Tisseyre. Ce jour-là, la navette Challenger se désintègre, 73 secondes après son décollage, devant des millions de téléspectateurs horrifiés. Devant l’urgence de la situation, on fait appel à celui qui a produit de nombreux reportages scientifiques pour Radio-Canada depuis une dizaine d’années pour aller en ondes avec Céline Galipeau.

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Charles, qui connaît parfaitement son dossier sur les navettes spatiales, impressionne plusieurs de ses collègues pendant ce moment sous haute tension, à un point tel que, lorsque lui et Céline Galipeau quittent les ondes après quelques heures, tous les employés de la salle des nouvelles se mettent à les applaudir spontanément.

C’est à ce moment que les patrons se sont dit : "Ah tiens, peut-être que ça serait intéressant qu’on lui en donne plus à faire et qu’éventuellement, on le dirige vers l’animation.", raconte-t-il à l’émission Les grands entretiens.

Lorsque Charles a quitté RCI, en 1978, pour se joindre à l’équipe des nouvelles, il a tout de suite voulu faire de la nouvelle scientifique, mais on lui a souvent répété que la science n’était pas de la nouvelle. C’est un sujet qui le captive depuis son enfance, ayant grandi dans une famille où la médecine, la course à l’espace, les technologies avaient une place importante.

Graduellement, il a proposé des sujets liés à l’actualité scientifique, dont le premier qui a été accepté, un reportage sur la construction du bras canadien à Sainte-Anne-de-Bellevue. Ce genre de sujet s’est peu à peu imposé aux nouvelles de Radio-Canada grâce, entre autres, à l’insistance de Charles.

Cette « prestation » du journaliste lors du drame de la navette Challenger, en direct à la télévision, vient donc consolider, en quelque sorte, aux yeux de ses patrons et du public, son expertise scientifique.

Au cœur de l’actualité

Peu après cet épisode, on lui confie la coanimation de Montréal ce soir, un nouveau magazine d’information présenté en début de soirée, qu’il pilote avec Marie-Claude Lavallée à partir de 1986. Durant cette période, il interviewe plusieurs grands noms de la scène culturelle, comme Diane Dufresne, Céline Dion et Gérard Depardieu. Une marque de confiance que la haute direction renouvellera trois ans plus tard en lui demandant d'animer le prestigieux Téléjournal de 22 h la fin de semaine.

Le soir de la fusillade de l’École polytechnique de Montréal, un mercredi, Charles remplace exceptionnellement Bernard Derome, qui est en congé ce jour-là, et il a la délicate tâche d’annoncer le terrible événement qui vient tout juste de se produire.

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Les informations arrivent dans son oreillette, et le présentateur doit les livrer au fur et à mesure.

On me disait ce qui arrivait, qui étaient les intervenants, tout ça. À un moment donné, on m’a dit : "Charles, tu vas interviewer un policier… non, finalement non… tu n’intervieweras pas ce policier, il a découvert sa fille. C’était tellement émouvant. On savait que les victimes étaient des femmes, que le tueur était un homme. Ça prenait toute une dimension..."

C’est un des moments très intenses qui ont marqué ses années comme présentateur de nouvelles.

La navette Discovery

En janvier 1992, Charles est appelé à participer à une émission spéciale en direct sur le lancement de la navette Discovery en tant que commentateur. À cette occasion, la neurobiologiste Roberta Bondar deviendra la première Canadienne à s’envoler dans l’espace.

En attendant le décollage, Charles s’entretient avec l’astronaute Steve Maclean sur le toit des studios NBC. Des problèmes techniques en provenance de Montréal obligent le réalisateur à demander à Charles de meubler le temps, car on ne peut présenter les reportages prévus. La longue discussion entre Maclean et le commentateur est passionnante, et les connaissances de Charles Tisseyre sur le sujet impressionnent l’astronaute.

Quand la navette s’envole enfin, c’est un choc pour Charles. Une expérience physique et émotionnelle comme il en avait rarement vécu.

Nous étions à 5 km de la navette. Tu vois d’abord les flammes. Tu n’entends rien d’abord. La lumière arrive plus vite que le son, qui arrive trois ou quatre secondes plus tard. Un tonnerre tonitruant, le plus fort que tu n’as jamais entendu. Même à 15 km, lorsque la navette est sur le dos, tu sens la chaleur des moteurs sur ton visage.

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Cette expérience, qu’il qualifiera par la suite comme étant son plus beau moment en carrière, constitue le trait d’union entre le Téléjournal et Découverte, qu’il commencera à animer cinq mois plus tard.

Image : Assis au bas d’une colline bordant un lac dans l’est du Canada, Charles Tisseyre se prépare pour le tournage d’une émission de Découverte.
Photo: Charles Tisseyre, assis au bas d’une colline  Crédit: Charles Tisseyre. Photo personnelle

<em>Découverte</em>

Même s’il avait les atouts pour cet emploi, Charles Tisseyre a accédé au poste d’animateur de Découverte en juin 1992 par un concours de circonstances.

C’est le directeur des émissions d’information de l’époque, Claude St-Laurent, qui a convaincu Charles de quitter le Téléjournal pour animer sa propre émission. Le poste d’animateur de l’émission d’affaires publiques Enjeux était vacant depuis peu et on était prêt à le lui offrir. Charles lorgnait plutôt l’émission de vulgarisation scientifique Découverte, qui était en ondes depuis déjà quatre ans, mais celle-ci avait déjà son animateur : Pierre Maisonneuve. Quand ce dernier a demandé à aller à Enjeux, la chaise de Découverte est devenue libre, et Charles en a profité.

Avec l’animation de l’émission Découverte, Charles Tisseyre touchait en quelque sorte aux trois domaines qui l’avaient toujours attiré d’un point de vue professionnel : l’enseignement, la médecine et l’art dramatique (ou la représentation devant une caméra).

Tout en haut d’une colline, avec un point de vue magnifique sur un grand lac de l’est du Canada, un caméraman fait des tests de caméra avec Charles Tisseyre, qui, lui, est en arrière-plan.
Un caméraman fait des tests de caméra avec Charles TisseyrePhoto : Charles Tisseyre (Photo personnelle)

La montée des escaliers

Les toutes premières images de Charles Tisseyre à Découverte le montrent en train de monter des marches sur le mont Royal durant de longues secondes pour présenter la nouvelle saison une fois au sommet.

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Cette mise en scène un peu loufoque était l’idée de la coordonnatrice de l’émission, Thérèse Patry; celle que Charles considère comme « la mère de Découverte ». Elle n’était pas trop contente de me voir arriver à Découverte, parce qu’elle n’avait pas été consultée. […] Elle m’a fait venir à son bureau et elle m’a dit : "Charles, j’suis pas contente que tu sois là!" Je lui ai demandé : "Pourquoi?" Sa réponse : "Parce que tu es un homme-tronc [une référence à son poste de lecteur de nouvelles] et que tu sais qu’à Découverte, on fait bien plus que de lire des nouvelles dans un télésouffleur".

Cette montée des marches représentait pour Charles les étapes qu'il avait à franchir s’il voulait être un animateur à la hauteur de cette émission. Malgré cette petite anicroche du début, les deux collègues sont devenus de très bons amis par la suite.

Des sujets marquants

Depuis les 27 ans que Charles est à la barre de Découverte, la liste des sujets importants abordés à l’émission est longue. Parmi ceux qui ont marqué l’animateur, il y a l’explosion de la navette Columbia, en 2003; l’épidémie de grippe aviaire A (H5N1), en 2004; plusieurs émissions sur les changements climatiques depuis la fin des années 90; des reportages sur les hydrocarbures et leur transport; et la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, en 2013. Mais le sujet dont il s’est probablement fait le plus parler est l’expédition au mont Mera.

Le but du « Projet Mera » était de montrer que des baby-boomers très peu actifs pouvaient se remettre en forme en suivant un programme d’entraînement – rigoureux, mais pas excessif – durant trois ou quatre mois, pour ensuite tester leur nouvelle condition physique en gravissant les 6476 mètres menant jusqu’au sommet du mont Mera, au Népal. L’animateur de Découverte faisait partie de l’équipée, et les choses ne se sont pas déroulées comme prévu pour lui. Les scientifiques qui suivaient les participants pour surveiller leur état se sont rendu compte que Charles faisait de l’apnée du sommeil, ce qui le mettait considérablement à risque la nuit venue, étant donné que son taux d’oxygène baissait alors à un niveau très bas. Après quelques jours, il a dû se rendre à l’évidence : il n’allait pas pouvoir continuer l’expédition.

Dans un segment crève-cœur de l’émission diffusée le 30 août 2009, Charles, à bout de souffle, explique aux téléspectateurs pourquoi il doit mettre fin au périple et fait alors un constat très lucide sur ce qu’il a négligé dans les dernières années :

C'est la chose la plus difficile que j’ai faite de ma vie. Et l’idée de pouvoir atteindre le sommet, pour moi, c’était une récompense extraordinaire. C’était aussi une validation… ben... de ma jeunesse… qui, maintenant, m’échappe. Et je me rends compte que je n’ai pas fait assez d’exercice. Je n’ai pas fait assez attention à moi ces dernières années. Je n’ai pas surveillé mon alimentation. J’ai travaillé trop fort, beaucoup trop fort. J’ai négligé plein de choses, dont moi-même en premier.

Il y a également la préparation de l’émission sur la crise du verglas, en 1998, qui s’est révélée mémorable pour l’animateur. Privée d’électricité dans les bureaux de Radio-Canada, l’équipe a dû se réunir dans un restaurant situé non loin de la grande tour pour s’organiser afin de produire le reportage. Grâce à un peu d’électricité trouvée aux endroits critiques de la boîte, l’émission a pu être livrée à temps à des milliers de téléspectateurs qui voulaient être rassurés et informés.

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Trois militaires déployés au Québec dans le cadre de la crise du verglas marchent vers leur quartier général, dans Westmount, le 9 janvier 1998.Photo : La Presse canadienne / ROBERT GALBRAITH

Une émission qui l'a particulièrement marqué est celle sur la fusillade au Collège Dawson, 2006. L’équipe avait préparé une brillante reconstitution des événements pour montrer comment les différentes équipes d’urgence étaient intervenues afin de sauver de nombreux étudiants blessés et, par conséquent, de limiter les conséquences tragiques de cet événement. C’est un document qui perdure et qui est vu dans les écoles de médecine, explique Charles. Ça montre exactement comment des équipes de crise venant d’hôpitaux et de départements différents se sont réunies pour sauver ces jeunes-là.

Un vulgarisateur hors pair

En ondes depuis maintenant 31 ans, Découverte est l’émission de vulgarisation scientifique qui a duré le plus longtemps à Radio-Canada. Est-ce que Charles pensait que l’émission allait traverser les années de cette façon? « Il y a toujours eu une émission de vulgarisation scientifique à la télé de Radio-Canada depuis 1952, avec Fernand Séguin, La science en pantoufles, Le roman de la science, Atome et Galaxies, La flèche du temps… C’était les Découverte de l’époque, et si, plus tard, ce n’est plus Découverte, ça sera autre chose. C’est au cœur du mandat de la boîte de vulgariser la science », répond-il sur les ondes d’ICI Première.

Ce mandat, l’animateur y contribue parfaitement depuis 27 ans, avec son français impeccable et sa façon naturelle d’expliquer des concepts scientifiques parfois abstraits. Un exemple de ce savoir-faire se trouve dans cet extrait, tiré d’une émission diffusée en janvier 2010. Charles y présente les travaux d’une équipe internationale qui a élaboré un arbre de la vie circulaire pour le classement des mammifères. Ça vous semble confus? Laissez l’animateur vous l’expliquer.

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Image : Sur le bord de la mer, dans le Maine, Charles Tisseyre et sept membres de sa famille sourient.
Photo: Charles Tisseyre et sept membres de sa famille   Crédit: Charles Tisseyre (Photo personnelle)

Une famille hors norme

Ayant grandi dans une famille où les traditions étaient importantes et où les petits-enfants étaient très proches de leurs grands-parents, Charles a toujours eu l’esprit de famille très développé. Il a été élevé à Westmount, dans la maison de son grand-père maternel, John Ahern. Tout de suite après son mariage avec sa femme, Névine, l’animateur a emménagé aussi avec la mère de celle-ci, Évelyne, qui a habité avec eux pendant 25 ans jusqu'à son décès.

Pour lui, cette cohabitation intergénérationnelle avec sa belle-mère – qu’ils appelaient « Yaya » – était des plus naturelles. Charles parle de cette personne avec beaucoup d’affection. C’était une femme admirable, qui ne se mêlait jamais de nos affaires, à Nevine et moi, en tant que couple, mais qui nous a aidés merveilleusement avec les enfants., dit Charles.

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Charles Tisseyre, sa conjointe Névine, sa belle-mère Évelyne et ses deux enfants, Charles-Alexandre et NicolasPhoto : Charles Tisseyre (Photo personnelle)

Névine, la femme de sa vie

Yaya, qui signifie « grand-maman » en grec, se voulait un hommage aux origines gréco-égyptiennes de la mère de Névine, qui elle-même est née à Alexandrie. Avec ses parents et sa sœur, Magda, Névine a immigré à Montréal lorsqu’elle avait 12 ans.

C’est par l’entremise de son frère Philippe et de la femme de ce dernier, Danielle, que l’animateur a rencontré, à l’âge de 35 ans, cette greffière qu’il allait épouser en 1989 et avec qui il allait avoir deux enfants, Nicolas et Charles-Alexandre. Au dernier Gala Artis, alors qu’il venait de remporter le prix de l’animateur dans la catégorie des émissions d'affaires publiques, Charles a terminé ses remerciements en soulignant le combat que sa femme avait récemment mené contre une maladie, précisant qu’elle allait mieux aujourd’hui.

Sur les traces de son père

Les garçons de Charles et Névine, nés à seulement 18 mois d’intervalle, ont quasiment été élevés comme des jumeaux. Ç’a été la plus belle période de ma vie, d’avoir des petits garçons dans la maison. J’en aurais eu 10 si nous avions pu. L’enfant est l’être le plus merveilleux chez les humains! dit Charles, plein d’enthousiasme.

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Charles, son garçon Nicolas et sa nièce Francesca à la maison familiale à Saint-Sauveur-des-Monts.Photo : Charles Tisseyre (Photo personnelle)

Charles-Alexandre, le plus jeune, poursuit la tradition radio-canadienne familiale en étant chef d’antenne du Téléjournal, édition est du Québec, depuis deux ans. Lorsqu’on lui demande si son fils a connu la même résistance ou le même scepticisme de la part de ses collègues que lui-même a vécu à ses débuts, Charles répond humblement par la négative, expliquant qu’il était moins connu que sa mère ne l’était quand il a commencé dans le métier. Il ajoute que la gentillesse et l'accueil chaleureux que son fils a reçu de ses collègues de Sept-Îles et de Rimouski ont certainement contribué également à ce que ses débuts soient des plus agréables.

Un moment touchant père-fils avec Charles Tisseyre et son fils, Charles-Alexandre à l'émission Ça restera pas dans la famille sur ICI Première en décembre 2018 :

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De son côté, Nicolas étudie présentement pour devenir comptable agréé, après avoir vu son rêve de devenir joueur de soccer professionnel compromis par une blessure au genou. C’est l’un des meilleurs joueurs de soccer de sa génération au pays, indique son père.

Deux frères, deux drames

Le plus grand drame dans la vie de Charles Tisseyre est sans doute d’avoir perdu ses deux frères dans des circonstances tragiques.

D’abord Philippe, le benjamin de la famille. Artiste dès son tout jeune âge, il a joué du piano à partir de l’âge de 6 ans. Celui que Charles qualifie de « chouchou » de sa mère et « peut-être du plus talentueux des enfants de papa et maman » s’est fait connaître du grand public lors d’un passage remarqué à l’émission Tout le monde en parle, en 2007.

Durant l’entrevue, les téléspectateurs ont pu découvrir un pianiste excentrique qui s’habillait en femme, hétérosexuel et père de quatre enfants : Il était moderne dans la façon de vivre son humanité. C’était quelqu’un de masculin, mais aussi de très féminin. Il adorait les femmes; en même temps, il ne se gênait pas pour laisser cette partie-là de sa personnalité s’exprimer, explique Charles à l’émission Studio R.

Philippe a connu un certain succès après la diffusion de l’émission, mais la toxicomanie dont il souffrait de manière sporadique depuis qu’il avait 15 ans l’a rattrapé. Il est mort à l’âge de 54 ans.

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Philippe TisseyrePhoto : Avanti Ciné Vidéo

Une vingtaine d’années auparavant, un autre coup terrible était venu secouer la famille Tisseyre. François, l’autre frère de Charles, comptait aller chercher ses parents – qui séjournaient dans le Maine – avec un avion qu’il avait loué. Il n’a jamais pu se rendre : l’homme est tombé sur de mauvaises conditions météorologiques aux environs du mont Sutton et, en voulant rebrousser chemin, le monomoteur qu’il pilotait s’est écrasé à environ 15 mètres (50 pieds) du sommet de la montagne.

Après deux semaines de recherches auxquelles Charles a activement pris part avec de nombreux proches, amis et volontaires, le corps de François a été retrouvé sur le flanc nord du mont. Il avait 39 ans, une conjointe et trois enfants.

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En entrevue avec Franco Nuovo qui lui demande s’il est en paix avec ces drames qui l’ont touché, Charles répond, hésitant, en prenant une bonne respiration : Oui et non. […] Il se passe quelque chose de dramatique, on avance. Mais j’ai des relents de tristesse, de souvenirs qui vont [me] rechercher des années plus tard. Hier, j’étais dans le stationnement de Radio-Canada, je marchais vers ma voiture et je me suis dit : "C’est incroyable, Charles; tu as perdu tes deux petits frères. Pas tes deux grands frères : tes deux petits frères!" 

Famille recomposée et demi-frères

En plus de sa sœur, Michelle, et de ses défunts frères Philippe et François, Charles a deux demi-frères aînés : Peter – que son père a eu avec une conjointe américaine qu’il avait rencontrée à Paris avant de combattre pour la France durant la Seconde Guerre mondiale – et Jean de Brabant, le fils de sa mère, issu d’une précédente union. Ce dernier a habité avec les Tisseyre jusqu’à la jeune vingtaine. Charles parle d’eux avec tendresse : « Je les ai connus tous les deux; je les ai fréquentés tous les deux; je les aime comme des frères. »


L’entreprise familiale

Peu de temps après le décès de François, le père de Charles a demandé à ce dernier d’assurer la succession des Éditions Pierre Tisseyre, la maison d’édition qu’il dirigeait depuis 1947. Ce rôle devait revenir à François, celui-ci ayant travaillé avec son père pendant plus de 20 ans et connu tous les rouages de l’entreprise. Pierre Tisseyre, qui a toujours voulu que Charles soit éditeur, voyait là un choix alternatif très naturel. C’est donc de cette façon que Charles, avec l’aide de son cousin Jacques About, un homme d’affaires aguerri, a pris les rênes d'une des plus anciennes maison d’édition indépendante du Québec. Pierre Tisseyre est décédé un an et demi plus tard, le 3 mars 1995.

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Philippe Tisseyre, Michelle Tisseyre, fille, l'animatrice Michelle Tisseyre, François Tisseyre, Jean De Brabant, Lise Jarry, Charles Tisseyre et Pierre TisseyrePhoto : Radio-Canada / André Le Coz

Pour compléter le portrait de l’entreprise familiale, l’aînée des Tisseyre, Michelle, est aujourd’hui directrice générale de cette maison d’édition. Elle s’occupe notamment de tout ce qui touche l’aspect éditorial. Également autrice, elle a publié en 1997 La passion de Jeanne, un roman inspiré de la vie de ses grands-parents maternels.

Image : Dans un décor tout en pierre, la réalisatrice de Découverte Jeannita Richard et l'animateur Charles Tisseyre déguisé en Batman sourient.
Photo: Jeannita Richard et Charles Tisseyre déguisés en Batman  Crédit: Charles Tisseyre (Photo personnelle)

Le côté givré de Charles

En entendant le nom Charles Tisseyre, on pourrait tout de suite avoir en tête l’image d’un homme sérieux, posé et très sage. Pourtant plusieurs pourraient découvrir avec surprise à quel point il aime cabotiner et rigoler. Voici quatre moments de télé où l’animateur de Découverte a dévoilé le côté folichon de sa personnalité.

En culottes courtes aux Démons du midi

Les personnes qui sont assez vieilles pour avoir connu cette émission animée par Suzanne Lapointe et Gilles Latulipe se rappellent les sketches qu’on y présentait, mettant en vedette le duo et les personnalités invitées. En septembre 1992, Charles Tisseyre fait une apparition étonnante dans un numéro comique dans lequel il joue un Bavarois. La scène se déroule à la réception d’un hôtel où, tour à tour, des touristes font des appels dans leurs pays, pendant que le personnage qu’incarne Gilles Latulipe attend sa femme avec impatience et est incapable de la joindre par téléphone, car la ligne est mauvaise. C’est à ce moment que Charles fait son apparition.

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Si le style d’humour burlesque de ce sketch vieillira un peu mal, la prestation de Charles, elle, est tout de même divertissante et démontre son expérience acquise en théâtre lorsqu’il était plus jeune.

Déguisé en superhéros à Découverte

Arborer le costume de Batman en ouverture d’une émission consacrée aux chauves-souris? C’est l’idée de la réalisatrice de Découverte Jeannita Richard et de Charles. Celui-ci vient de commencer l’animation de l’émission, et les cotes d’écoute ne sont pas très bonnes. Pour marquer le coup et provoquer un peu les choses, ils empruntent un costume de Batman au costumier de Radio-Canada, et Charles le porte pour présenter un documentaire de la BBC sur l’importance des chauves-souris dans le monde et la menace que représente leur possible disparition. Pour une émission de science, l’image frappe.

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L’idée, c’était de se demander pourquoi Batman a cette fascination, cette obsession envers les chauves-souris. Qu’est-ce qu’il fait pour Gotham City? Il court après les méchants pour qu’ils se fassent arrêter et qu’ils aillent en prison pour qu’ils ne fassent pas du tort. Donc […] c’est quelqu’un qui protège la société, comme les chauves-souris qui protègent l’écologie, l’environnement, c’était ça le concept de la présentation.

Les semaines suivantes, les cotes d’écoute grimpent aux alentours de 600 000.

Ça m’a permis de me montrer sympathique aux yeux du public.

Piégé par un bon ami à Surprise sur prise

En 1995, Charles est l’une des victimes de la 100e émission de la populaire Surprise sur prise. Dans un scénario loufoque, son ami d’enfance Frédérick Nakos, avec qui il est attablé dans un restaurant chic, invoque des lois farfelues à un policier pour se sortir du pétrin lorsque leur voiture menace d’être remorquée. Il lui fait honte à plusieurs reprises, par exemple en commandant des ailes de poulet d’un autre restaurant, car celui où ils se trouvent n’en a pas.

Lorsque la blague est dévoilée et que l’équipe technique sort de sa cachette, on sent que Charles n’entend pas à rire. Son sourire poli masque un agacement. Il refuse même de signer le papier qui accorde le droit de diffuser les images tournées.

Mon père était décédé trois semaines auparavant. J’étais en deuil, je n’étais pas dans mon état normal émotivement. J’étais fâché sur le coup quand j’ai su que c’était une farce. Je me suis levé et je suis allé marcher pour me calmer.

Une heure et demie plus tard, alors que toute l’équipe est en attente d’une signature de sa part et se demande si elle doit passer au plan B et piéger une autre personnalité dans le même décor, Charles arrive enfin. Il se dirige vers le producteur et l’engueule en disant qu’il n’est pas question qu’il signe. Tout le monde est catastrophé par la réaction de Charles, jusqu’à ce qu’il change d’air et dise Surprise surprise! Je vous ai bien eus!, et qu’il signe enfin le document. Le coup de l’arroseur arrosé!

Imitant la poule aux Poilus

Enfant, Charles passe ses étés à la ferme de son grand-père maternel. C’est durant ces longues heures avec les animaux qu’il observe attentivement les poules, leur comportement et les sons qu’elles émettent.

Près de 60 ans plus tard, alors qu’il est invité au talk-show animalier Les poilus, on demande à Charles d’imiter l’animal, ce qu’il fait à merveille.

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Bien que faire ce genre de plaisanterie à la télévision l’amuse, Charles ne veut pas trop en abuser.

En me couchant le soir après le tournage des Poilus, je me suis dit : ''Qu’est-ce que j’ai fait là? Moi, l’animateur de Découverte qui imite une poule avec passion!'' On m’a demandé de le refaire d’autres fois, mais j’ai refusé par respect pour mes collègues. Je représente une équipe.

Image : L'animateur regarde au loin, les mains dans les poches.
Photo: Charles Tisseyre  Crédit: Radio-Canada

7 questions à Charles Tisseyre

Pour terminer, nous avions envie de laisser le dernier mot à M. Tisseyre lui-même. Dans une vidéo tournée au Centre des sciences, au Vieux-Port de Montréal, nous lui avons posé quelques questions sur divers sujets. C’était à prévoir, ses réponses sont… passionnantes! (Vous pensiez qu’on écrirait « fascinantes », n’est-ce pas?)

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Équipe

Mathieu Valiquette
Édimestre

Andréanne Aubin
Idéation, coordonnatrice de projets, développement du contenu et de la production, programmation

Catherine Bélanger
Josée Bilodeau,
Pierre Duchesneau
Gilles-Mathieu Laberge
Équipe de révision

Martin Labbé
Designer interactif, produits numériques multiplateformes

Cédric Edouard et Mykaël Adam
Premiers développeurs, développement numérique

Jean-François David
Premier analyste, développement numérique

Émilie Larivée-Tourangeau
Conseillère au contenu numérique

Katherine Domingue
Chef de projets, développement numérique

Éric Langlois
Premier chef de production numérique

Hélène Leroux
Rédactrice en chef, Découverte

Marc Pitre
Agent, droits d'auteurs

Isabelle Picard
Directrice, Produits numériques TVG, ARTV, Explora et Jeunesse

Christiane Asselin
Directrice principale, ICI Tou.tv, webtélé et Jeunesse

Équipe entrevue

Jeannita Richard
Réalisatrice

Luc Robida
Caméraman

Diane Gaudreau
Preneuse de son

Louis-Philippe Boudreau
Designer graphique

Mario Desaulniers
Monteur

Nous tenons à remercier chaleureusement l’équipe de Découverte (Hélène Leroux, Jeannita Richard et Lorène Biscotti), les médiathécaires des Archives de Radio-Canada Élisabeth Bergeron et Sylvie Cournoyer, ainsi qu’Ariane Léonard, recherchiste à l’émission Les grands entretiens. Un très grand merci à Charles Tisseyre pour sa générosité et sa gentillesse.

Références

Intro
Charles Tisseyre, en 2002
Photo : Radio-Canada / Jean Bernier

Chapitre 1
Charles Tisseyre, vers l’âge de 3 ans
Photo : Photo personnelle de Charles Tisseyre

Émission : Music-hall
Michelle Tisseyre, à l’animation de Music-hall, en 1958
Production : Radio-Canada

Chapitre 2
Charles Tisseyre et Marcel Alexandre, en 1989, lors du mariage de Charles
Photo : Photo personnelle de Charles Tisseyre

Émission : Studio R
Charles Tisseyre se livre à Pénélope McQuade au sujet de sa dyslexie.
Production : Radio-Canada

Chapitre 3
En 1978, le journaliste Charles Tisseyre est assis derrière une machine à écrire dans la salle des nouvelles.
Photo : Inconnu

Chapitre 4
Charles Tisseyre à l’animation de l’émission Ce soir, en 1986
Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Émission : Première édition
Charles Tisseyre explique l’explosion de la navette Challenger.
Production : Radio-Canada

Émission : Le téléjournal
Charles Tisseyre, à la barre du bulletin de nouvelles, le soir de la fusillade de Polytechnique
Production : Radio-Canada

Émission : Le téléjournal
Charles Tisseyre commente le décollage de la navette Discovery.
Production : Radio-Canada

Chapitre 5
Charles Tisseyre se prépare pour le tournage d’une émission de Découverte.
Photo : Photo personnelle de Charles Tisseyre

Émission : Découverte
En septembre 1992, Charles Tisseyre anime pour la première fois l'émission Découverte.
Production : Radio-Canada

Ascension du mont Mera. Photos prises par des membres de l'équipe.
Dave Smith
Heather Ross
Emmanuel Daigle
Michel Valiquette
Michel White
Julie Graham

Chapitre 6
Au bord de la mer, dans le Maine, Charles Tisseyre et sept membres de sa famille.
Photo : Photo personnelle de Charles Tisseyre

Émission : Ça restera pas dans la famille
Production : Radio-Canada
Photo : Radio-Canada

Émission : Le téléjournal
Reportage sur la disparition de François Tisseyre, frère de Charles Tisseyre
Production : Radio-Canada

Chapitre 7
La réalisatrice de Découverte, Jeannita Richard, et l'animateur Charles Tisseyre, déguisé en Batman
Photo : Photo personnelle de Jeannita Richard

Émission : Découverte
Charles Tisseyre, déguisé en Batman pour une émission de Découverte
Production : Radio-Canada

Émission : Les démons du midi
Charles Tisseyre participe à un sketch de l’émission Les démons du midi.
Production : Radio-Canada

Émission : Les poilus
Charles Tisseyre imite la poule à l’émission Les poilus.
Production : Trio Orange

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