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Image : Un danseur en costume traditionnel devant un drapeau métis.

Le nombre de personnes s’identifiant comme Métis au Québec a quadruplé entre 2001 et 2016. Sont-ils des survivants du colonialisme canadien désireux de retrouver leurs racines ou des usurpateurs qui cherchent à tirer profit de l’identité autochtone? Enquête s’est intéressée à ce phénomène grandissant.

Un texte de Jean-Marc Belzile

Ils ont pris notre place, nous on est juste des gens qui doivent être dans le fond de leurs réserves, puis fermez vos gueules dans le fond de vos réserves. Puis c'est ça le message…

Jacques T. Watso, conseiller au Conseil des Abénakis d’Odanak

Jacques T. Watso constate qu’ils sont toujours plus nombreux à s’identifier faussement comme Autochtones, selon lui. Il dénonce ceux qui mentent sur leurs origines et se disent Métis ou Autochtones. Il souhaite que les membres des Premières Nations se mobilisent avant qu’il ne soit trop tard.

Jacques T. Watso porte un chandail sur lequel il est écrit : Ton appropriation nuit à ma nation.
Jacques T. Watso, conseiller au Conseil des Abénakis d’Odanak, dénonce ceux qui s’identifient faussement, selon lui, comme Autochtones.Photo : Jacques T.Watso

Et leurs grands argumentaires c'est que : "Je fais ça pour honorer les Premières Nations", chose qui n'est pas le cas parce que ce sont des prédateurs culturels qui viennent dans nos communautés, qui exploitent notre richesse culturelle qui ne doit être diffusée que par nous, les Premières Nations, ajoute Jacques T. Watso.

Éric Pouliot-Thisdale s’est donné la mission de dévoiler au grand jour ceux qui, selon lui, sont de faux Autochtones.

Il y a vraiment beaucoup de gens, et dans le milieu artistique, dans le milieu médiatique, dans le milieu universitaire, c’est très très très varié... qui se prétendent d’origine autochtone, affirme celui qui est Mohawk et Innu.

Il publie sur son site Internet l’arbre généalogique de personnalités publiques qui ont menti sur leurs origines, à son avis.

Portrait d'Éric Pouliot-Thisdale.
Éric Pouliot-Thisdale tente de démasquer ceux qui, selon lui, sont de faux Autochtones.Photo : Marc Saindon

C’est vraiment un fantasme, et si on ne les croit pas, on n'est pas correct.

Éric Pouliot-Thisdale

Il a publié la généalogie de plusieurs personnalités publiques, dont la conseillère municipale de Montréal Marie-Josée Parent.

Elle s'est présentée comme la première élue autochtone de l’histoire de la Ville de Montréal, se disant d’origine micmaque et acadienne. Elle portait le dossier de la réconciliation avec les premiers peuples, jusqu'à ce qu’un article de Radio-Canada remette en doute ses racines autochtones, la forçant à se retirer du comité.

Portrait de Marie-Josée Parent.
Marie-Josée Parent se présente comme étant d’origine micmaque et acadienne.Photo : Radio-Canada / Karoline Benoit

Un an plus tard, Marie-Josée Parent maintient être Métis. Comme c’est souvent le cas chez les personnes s’identifiant ainsi, elle affirme que son sentiment d’appartenance à la Nation micmaque lui vient d’abord d’une tradition orale familiale. Elle affirme que le fait d’être Autochtone a aussi longtemps été caché dans sa famille.

Éric Pouliot-Thisdale a aussi rendu publique la généalogie de Nadine St-Louis, la directrice d’une galerie d’art autochtone, qui s’est identifiée Micmaque et Métisse algonquine.

Son plus proche ancêtre autochtone remonterait au 18e siècle, selon lui.

L’avocat de Nadine St-Louis nous a fait savoir que les informations diffusées dans les médias sont fausses et diffamatoires.

Enquête a pu constater que ces deux cas sont loin d’être des cas isolés.

Nous avons demandé à une autre spécialiste en généalogie d’identifier les ancêtres de personnalités publiques qui se présentent comme Autochtones ou Métisses depuis des années.

Sylvain Rivard, l’artiste qui divise la communauté d’Odanak

Sylvain Rivard est un spécialiste du vêtement autochtone, un artiste multidisciplinaire, auteur et conteur reconnu.

Il fait des présentations dans les écoles. Ses contes sont publiés par une maison d’édition autochtone.

Sylvain Rivard vêtu d'un haut de peau et de fourrure.
Sylvain Rivard lors d'une présentation de vêtements traditionnels de la Nation abénaquise.Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Sylvain Rivard collabore depuis des années avec la Nation abénakise. Il a même appris la langue.

Au musée des Abénaquis d’Odanak, il a grandement contribué à l’exposition L’Indien au-delà d’Hollywood.

Sylvain Rivard s’est longtemps présenté comme ayant des origines abénaquises, mais selon la généalogie publique disponible, il ne possède aucun ancêtre abénaquis.

Un homme porte un chapeau traditionnel autochtone.
Jacques T. Watso est conseiller au Conseil des Abénakis d'Odanak.Photo : Facebook

Il a menti à ma nation constamment. Il s’est servi de ma culture pour faire avancer sa carrière. Il se dit un grand allié, mais c’est un prédateur culturel des Premières Nations, souligne Jacques T. Watso, qui le considère comme un imposteur.

Sylvain Rivard a cessé de dire qu’il avait des origines abénaquises. Il maintient avoir des origines autochtones, mais il est incapable de les préciser.

Le Grand Conseil Waban-Aki, qui représente tous les Abénakis de la province, a pris position à son sujet.

Le conseil mentionne qu’aucune tribune ne devrait être offerte à Sylvain Rivard parce qu’il est un Autochtone autoproclamé à leurs yeux.

Monsieur Rivard est devenu plus grand que son mensonge, puis l'ego artistique, culturel de son appropriation identitaire culturelle de ma nation a fait en sorte que c'est devenu un personnage qui est représentatif de l’appropriation culturelle chez moi, précise Jacques T. Watso.

Joint au téléphone, Sylvain Rivard dit ne pas avoir menti, car sa grand-mère lui a toujours dit qu’il avait des origines autochtones.

Il a le sentiment d’être Autochtone depuis son enfance, et d’être un ambassadeur de la culture des Premières Nations.

Preuve que le débat divise, 27 membres des Premières Nations ont tenu à prendre la défense de Sylvain Rivard. Par communiqué, ils affirment que même s’il n’a pas de statut autochtone, il en a l’esprit, le cœur et l’âme.

Les signataires souhaitent même que Sylvain Rivard devienne membre de la Nation abénaquise, à titre honorifique.

Dolorès Contré-Migwans et la pédagogie amérindienne

Dolorès Contré-Migwans est une spécialiste des coutumes autochtones, elle est l’auteure du livre Une pédagogie de la spiritualité amérindienne.

Ses activités professionnelles ont été soutenues par des organismes et institutions du Québec, du Manitoba et aussi de la France.

Elle affirme que ses grands-parents sont Anishinabés, mais notre généalogiste n’en a trouvé aucun dans sa famille.

Portrait de Dolorès Contré-Migwans.
Dolorès Contré-Migwans est chargée de cours à l'Université de Montréal.Photo : blogue.nouslesfemmes.org

Migwans, c’est le nom d’un Autochtone qu’elle a fréquenté il y a plusieurs années. Ils ont eu un enfant, mais ne se sont jamais mariés.

Dolorès Contré donne le cours sur les Traditions, coutumes et croyances des Autochtones à l'Université de Montréal (UdeM) depuis 2008.

Être Autochtone ou Métis n’est pas un critère d’embauche, précise l’UdeM, mais l’institution analysera quand même le cas de Dolorès Contré.

Si on doit rectifier le tir sur notre site Internet où effectivement elle s’affiche comme Métis, on le fera, mais on doit poursuivre les différentes vérifications en ce sens, indique la porte-parole de l’Université de Montréal, Geneviève O’Meara.

L’organisation nous a par la suite fait savoir que les résultats de leur enquête sont confidentiels.

Dolorès Contré n’a jamais répondu à nos demandes d'entrevue.

Par courriel, son fils affirme que sa mère n’a rien fait de mal. Selon lui, elle a simplement voulu honorer son père en lui transmettant la culture algonquine.

La chamane Luma Wakan

La chamane Luma Wakan se dit porteuse de la médecine du Clair Esprit, inspirée des pratiques ancestrales autochtones.

Elle donne des conférences au Québec et aussi en Europe.

Luma Wakan, ou Diane Tremblay de son vrai nom, affirme qu'elle descend d’un chef iroquois et que son grand-père est Autochtone.

Notre généalogiste n’a toutefois trouvé aucun ancêtre autochtone dans sa lignée.

Jointe au téléphone, elle affirme que les registres publics sont erronés… que le fait d’être Autochtone a toujours été caché aux autorités par sa famille.

Elle dit avoir comme seul objectif d’aider les gens dans le besoin.

Le reportage de Jean-Marc Belzile et de Denis Roberge est diffusé à Enquête jeudi à 21 h à ICI Télé et en reprise le samedi à 13 h. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 18 h 30.

Des Métis de plus en plus nombreux

Au Québec, il y a 11 nations autochtones reconnues par les deux paliers de gouvernement. Les Algonquins, les Mohawks, les Abénakis, les Atikamekw, les Cris, les Hurons-Wendat, les Malécites, les Micmacs, les Naskapis, les Innus et les Inuit.

Pour faire partie de l’une de ces nations, il faut démontrer au gouvernement fédéral que vous avez un ancêtre qui a appartenu à cette nation à moins de trois générations.

Ils obtiennent alors ce qu’on appelle encore aujourd’hui une carte de statut d’Indien qui leur octroie des droits autochtones.

Carte géographique identifiant le positionnement des différentes nations.
Répartition des nations autochtones sur le territoire du Québec.Photo : Affaires autochtones et du Nord Canada

Les Métis au Québec, eux, n’appartiennent à aucune de ces Nations et leurs communautés ne sont donc pas reconnues par le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral.

Le nombre de Métis au pays ne cesse d’augmenter. Selon le recensement de 2016, 587 000 individus s'identifient comme Métis au Canada. Une augmentation de 334 % en 25 ans. Au Québec, 69 000 personnes se disent Métisses, une hausse de 150 % en 10 ans. Une augmentation qui n’est pas attribuable à de nouvelles naissances, mais bien au fait que de plus en plus de gens décident de s’identifier comme Métis.

Si la tendance se maintient, d’ici 15 ans, ils seront plus nombreux que les Premières Nations.

Je pense que ça a rapport avec le fait qu'il y a une reconnaissance des droits autochtones de plus en plus importante aussi dans la société. Et avec cela vient une valorisation d'une identité autochtone qui n'était pas là auparavant, affirme Darryl Leroux, professeur à l’Université Saint-Mary’s, qui étudie ce phénomène depuis près de 20 ans.

Environ 80 % de tous ces gens sont des individus où j'ai vu leur généalogie, basent leur identité métisse sur une ascendance qui remonte aux années 1600.

Darryl Leroux

Darryl Leroux considère qu'avoir un ancêtre autochtone remontant à l’époque de la colonie ne fait pas de vous un Métis ou un Autochtone. Il surnomme même les Métis de l’Est comme étant des Raceshifters, des Autochtones autoproclamés.

Portrait de Darryl Leroux
Darryl Leroux, professeur à l’Université Saint-Mary’s, qui étudie le phénomène de l'identité autochtone depuis près de 20 ans.Photo : Radio-Canada

Selon lui, près de 80 % des Canadiens ont un ancêtre autochtone. Même le premier ministre du Québec François Legault et le premier ministre du Canada Justin Trudeau en ont un.

Une chasse aux sorcières

Le professeur de l’Université Carleton Sébastien Malette croit pour sa part que la généalogie n’est pas une science exacte.

Selon les données archivistiques et historiques que j’ai consultées, pour moi en tant que spécialiste et expert sur la question, il n’y a aucun doute qu’il y a eu des Métis au Québec, affirme Sébastien Malette, qui s’identifie lui-même comme un Métis.

Sébastien Malette en veston cravate.
Le professeur de l’Université Carleton Sébastien Malette.Photo : Radio-Canada

Le problème c’est que (...) il y a eu des efforts par les gouvernements dans le passé pour éteindre ces communautés-là et aujourd’hui demande de faire démonstration de leur existence. Il me semble, précise M. Malette, que le gouvernement a un problème, à savoir de demander à des gens de démontrer leur identité qu’elle a tenté d’évacuer et même d’éliminer pendant 200 à 300 ans.

Avec deux autres chercheurs, il vient de publier le livre, Les Bois-Brûlés, qui fait état de l’origine des Métis de l’Outaouais.

Je crois que la plupart des individus viennent vers ces groupes-là avec des identités et des motifs qui sont distincts, qui sont pluriels, multiples. Oui, il peut y en avoir des gens qui ont des mauvaises intentions, mais ce n'est pas à mettre tous dans le même panier, explique Sébastien Malette.

Sa culture autochtone lui vient de son père, dit-il. Mais notre généalogiste n’a trouvé aucun ancêtre autochtone dans sa lignée avant le 17e siècle.

Bien qu’il affirme que ce soit inexact, il croit que la généalogie ne devrait pas être un critère pour définir si quelqu’un est ou n’est pas Métis. Il faut considérer leur façon de vivre et de voir le monde, selon lui.

Parce que vous savez, les critères généalogiques, ça mène à des chasses aux sorcières. Vous savez, lorsque vous affirmez comme Métis de nos jours, automatiquement, vous tombez sous la loupe, vous tombez sous la loupe, par exemple, de journalistes comme vous ou des spécialistes qui viennent vous voir et qui vous disent : "Mais d'où ça vient? Qui exactement? Lequel? En as-tu suffisamment?", affirme Sébastien Malette, qui précise que chez les Métis, il s’agit la plupart du temps d’une transmission orale familiale.

Darryl Leroux voit cette situation d’un autre oeil.

On a souvent cet historique-là, des histoires de famille où les gens disent : "Oh, ma grand-mère nous disait qu'on avait du sang indien, etc., etc." Mais souvent, c'est une mythologie qui était vraiment la base des mythologies canadiennes-françaises québécoises, qui est basée sur une ascendance qui remonte aux années 1600, dit le professeur, qui assure que les archives publiques sont fiables.

S’associer pour revendiquer des droits autochtones

Pour devenir membre d’une association métisse, et avoir une carte, il faut remplir un formulaire.

Vous devez fournir la preuve que vous avez un ancêtre autochtone quelque part dans votre généalogie, parfois une simple déclaration sur l’honneur sera suffisante.

Puis vous payez les frais qui varient entre 40 $ et 260 $, selon l’association. La plupart exigent aussi une cotisation annuelle.

Il y a des associations métisses dans pratiquement toutes les régions du Québec.

Au Québec, j'en ai trouvé environ 30 à 35 qui sont présentement actifs. En Nouvelle-Écosse, il y en a environ 10. Au Nouveau-Brunswick, il y en a sept ou huit [...] qui vont en cour normalement pour accéder ou essayer d'accéder à des droits autochtones, affirme Darryl Leroux.

Accéder à des droits autochtones, c’est le principal combat de la plupart des associations métisses au pays, mais tous ceux qui ont essayé devant les tribunaux ont échoué, à l’exception de la communauté métisse de Sault-Sainte-Marie, en Ontario, qui a obtenu des droits autochtones. En tout, près de 110 associations au Québec et au Canada ont tenté de se faire reconnaître devant les tribunaux, sans succès.

Au Québec, le plus retentissant procès a eu lieu au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la cause Corneau.

Ghislain Corneau dans une foule.
Ghislain Corneau, un chasseur de Saint-Fulgence.Photo : Radio-Canada

Ghislain Corneau, un chasseur de Saint-Fulgence, refusait de démolir son camp de chasse sur les terres publiques. Près de 12 000 personnes de trois organisations métisses se sont jointes à lui pour revendiquer des droits autochtones. Après plus de 11 ans de procédures, la Cour d’appel a rejeté leur demande.

Le juge n’a pas adhéré à leurs arguments voulant qu’ils fassent partie d’une communauté métisse historique.

Il conclut ainsi : s'identifier comme Métis ne correspond souvent à rien de plus qu’à la reconnaissance d’un métissage biologique remontant à l’époque coloniale, sans égard au moindre aspect culturel et communautaire relié à ce statut social.

Des cartes métisses utilisées frauduleusement

La majorité des associations métisses émettent une carte de membre. Dans certains cas, elle ressemble beaucoup à la vraie carte d’Indien statué émise par le fédéral.

Certains profitent de cette ressemblance pour obtenir frauduleusement des exemptions de taxes sur leurs achats. Le problème, c’est que les commerçants ne font parfois pas la différence entre les deux cartes.

On va vraiment créer la carte pour ressembler autant que possible à la carte réelle. Et on voit qu'il y a un montant de fraude dans l'utilisation de cette carte assez élevé. Donc, soit sur des magasins, des stations d'essence sur les réserves, explique Darryl Leroux.

Un montage photo des deux cartes.
Un montage photo des deux cartes montre qu'elles sont semblables. À gauche un certificat de statut d'Indien délivré par le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada. À droite, une carte de la Confédération des peuples autochtones du Canada, une association qui représente des Métis.Photo : Radio-Canada

Le stratagème serait présent surtout près des grands centres.

La solution, ce serait vraiment que le gouvernement envoie un mémo à tous les commerçants avec un exemple d’une carte officielle avec tous les petits détails, plus peut-être un numéro 1 800 Anti-Fraude, explique le directeur général du Grand Conseil Waban-Aki, Denys Bernard, qui constate régulièrement le phénomène pour des achats assez importants, comme des voitures neuves par exemple.

Il y a cet effort-là de toujours ressembler aux premiers peuples, d'une manière, de vraiment prendre avantage du fait que la population en général n'a pas beaucoup de connaissances sur les premiers peuples. Donc il y a les cartes. Il y a aussi le fait que les noms mêmes des organismes vont souvent confondre les réelles organisations autochtones aux faux autochtones, ajoute pour sa part Darryl Leroux.

Des organisations subventionnées

Comme le juridique n’a pas fonctionné pour eux, des groupes métis se tournent maintenant vers le politique afin d’obtenir des droits autochtones.

Certains groupes représentant des Métis, comme l’Alliance autochtone du Québec et le Congrès des peuples autochtones, sont subventionnés par le fédéral. L’Alliance autochtone a reçu plus d’un million en 2020 et le Congrès des peuples autochtones reçoit plus de 5 millions de dollars chaque année. Ces groupes disent représenter les Autochtones avec ou sans statut, vivant hors réserve. Une forte proportion de leurs membres se définissent Métis.

C’est très dur à expliquer. D’abord je ne comprends pas cette idée-là. Je ne comprends pas non plus comment on en arrive là. Je ne comprends surtout pas comment ça se fait qu’on en reste là!, nous explique André Maltais, un ancien député et haut fonctionnaire au sein du gouvernement fédéral.

Portrait d'André Maltais.
André Maltais, le député fédéral libéral de Manicouagan de 1979 à 1984.Photo : Radio-Canada

Il ne comprend pas que le gouvernement subventionne des organisations métisses à l’est du pays.

Si le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ne reconnaissent pas un peuple distinct métis à l'est de l'Ontario, au sud de l'Ontario, au Québec, etc., etc., pourquoi leur donner des financements à ces organismes-là?, ajoute pour sa part Darryl Leroux.

Nous avons rencontré Robert Bertrand, qui a été le chef du Congrès des peuples autochtones de 2017 à 2020 et aussi chef de l’Alliance autochtone du Québec pendant 2 ans. Nous l’avons questionné concernant ses origines.

Je trouve ce genre de question là un peu raciste. Je suis convaincu que si tu interviewais une personne de race noire, une personne de race asiatique, ce n’est pas pour commencer à leur demander est-ce que tu es Noir ou Asiatique..., nous a répondu Robert Bertrand.

Selon le registre public, son ascendance autochtone remonterait toutefois aux années 1600.

Par ailleurs, lui-même utilise le terme autochtone autoproclamé lorsqu’il parle de ses membres en entrevue.

Député fédéral de 1993 à 2004, il n’avait jamais parlé publiquement de ses origines avant de s’impliquer dans le mouvement métis.

Lorsque questionné à savoir ce qui le définit comme un Autochtone à ses yeux, Robert Bertrand a répondu qu’il trappe depuis qu’il est enfant sur les terres ancestrales.

Des gens sont mis en position de leadership, vont rencontrer le gouvernement fédéral à différents niveaux pour différentes raisons. Et comme vous l'avez dit, vont recevoir des millions et des millions de dollars du fédéral, déplore pour sa part Darryl Leroux, qui assure que la majorité des membres de ses organisations subventionnés sont à l’image de Robert Bertrand.

Les deux ministres responsables des Affaires autochtones, Carolyn Bennett et Marc Miller, ont refusé de nous accorder une entrevue.

Carolyn Bennett et Marc Miller devant des journalistes.
La ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones Carolyn Bennett accompagnée de son collègue député Marc Miller. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Par courriel, le ministère des Affaires autochtones se dit incapable de définir qui est Métis et qui ne l’est pas. Il nous renvoie au jugement Daniels.

Dans l’affaire Daniels, la Cour suprême a statué que les Métis sont de juridiction fédérale.

Ils sont considérés comme des Indiens au sens de la loi constitutionnelle, mais pour obtenir des droits, ils doivent passer par les tribunaux.

Sur l’identité métisse, la Cour ne se prononce pas. Elle laisse aux Métis le soin de se définir eux-mêmes.

On dit qu'il y a à peu près 500 000 Métis… si on a les nombres comme ça, c’est que l’on a les noms. Si on a les noms, on a leur histoire. Et si on a leur histoire, on peut vérifier la validité des uns et des autres, affirme pour sa part André Maltais, qui croit que les arguments du fédéral ne tiennent pas la route.

Concernant les subventions offertes aux groupes qui représentent des Métis, le ministère dit collaborer avec le Congrès des peuples autochtones dans le but de faire progresser la réconciliation avec les Autochtones.

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