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Image : Dessin de deux femmes de profil avec l'inscription Femme d'aujourd'hui.

Retracez à travers les archives de Radio-Canada l'évolution de l'émission Femme d'aujourd'hui, une tribune télévisuelle pour les femmes francophones du Canada de 1965 à 1982.

L’émission Femme d’aujourd’hui entre en ondes le 6 septembre 1965.

À l’époque, il s’agit du seul magazine féminin dans le monde à être diffusé quotidiennement à la télévision.

Programmée l’après-midi, l’émission Femme d’aujourd’hui est destinée à la femme au foyer. On y traite de sujets qui la concernent directement : mode, beauté, décoration, cuisine, psychologie et consommation.

Mais à l’aube des années 70, la société se transforme. Femme d’aujourd’hui se révèle bientôt comme étant une émission avant tout humaine qui donne une large part à l’actualité et aux enjeux de l’heure.

De magazine à vocation domestique, Femme d’aujourd’hui devient une émission de prise de conscience et de participation.

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Notre montage d’archives illustre bien la métamorphose de l’émission Femme d’aujourd’hui à l’antenne de Radio-Canada de 1965 à 1982.

Les chroniques et rubriques qui abordent le tricot ou la cellulite sont graduellement remplacées par des enquêtes, des tables rondes et des témoignages sur des sujets beaucoup plus chauds.

Avortement, contraception, égalité des sexes, divorce, marché du travail, les préoccupations qui animent la société occupent le cœur de cette émission résolument tournée vers le changement social.

Souvent à l’avant-garde, parfois en plein courant, rarement à la remorque, Femme d’aujourd’hui participe au mouvement féministe de l’époque.

Le 26 août 1970, l’équipe de Femme d’aujourd’hui prend part à la grande manifestation du Mouvement de libération des femmes (Women's Lib) qui se déroule à New York.

Puis, au cours de la même année, le rapport de la commission Bird sur la situation de la femme au Canada devient un prétexte pour sonder les principales intéressées à travers le pays.

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Deux mois après la publication du rapport Bird, Femme d’aujourd’hui entreprend une tournée nationale.

Matane en est le premier arrêt, comme en témoigne cette émission du 25 février 1971 coanimée par Aline Desjardins et Francine Montpetit.

Onze téléspectatrices de la péninsule gaspésienne sont réunies afin de discuter des grands thèmes du rapport.

Elles s’expriment sur le rôle de plus en plus actif du père, sur les conditions de travail des femmes dans la région et sur certains tabous qui subsistent, comme l’avortement.

Titre Femme d'aujourd'hui avec un logo de l'Année internationale de la femme illustrant un oiseau et le signe du sexe féminin.
Identification de l'émission Femme d'aujourd'hui pour l'Année internationale de la femme.Photo : Radio-Canada

En 1975, l’engagement féministe de Femme d’aujourd’hui culminera avec l’Année internationale de la femme. L’émission sera de tous les grands événements à travers le monde, en plus d’ajouter à sa programmation une superproduction mensuelle de fin de soirée.

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L’émission Femme d’aujourd’hui fait aussi une place aux phénomènes plus marginaux.

Cet entretien diffusé le 10 décembre 1980 donne par exemple la parole à une « mère célibataire volontaire ».

Interviewée par l’animatrice Claudette Lambert, Catherine Hébert s'exprime librement sur son choix d'être monoparentale, sur cette maternité qu’elle a longuement planifiée et sur la façon dont elle compte éduquer son fils.

L’animatrice n’hésite pas à montrer son désaccord, s’inquiétant même d’une éventuelle « castration » des hommes si un grand nombre de femmes suivaient ses traces.

« Si beaucoup de femmes agissaient comme ça, je crois que les hommes seraient obligés de redéfinir leur paternité. Elle deviendrait sans doute plus intéressante que ce qu'elle est actuellement », répond la mère célibataire.

Qu’est-ce qu’on n’a pas brassé à Femme d’aujourd’hui? se demandera plus tard l’animatrice Aline Desjardins, faisant le bilan de cette émission à la fois singulière et marquante dans l’histoire de la télévision au Canada.

Image : L'animatrice Aline Desjardins avec en arrière-plan le logo de l'Année internationale de la femme.
Photo: Aline Desjardins dans le décor de l'Année internationale de la femme à Femme d'aujourd'hui, en 1975  Crédit: Radio-Canada / André Le Coz

Les visages de Femme d’aujourd’hui

Au cours de ses 17 années à l’antenne, la quotidienne Femme d’aujourd’hui est parvenue à évoluer au diapason de son public.

Un tour de force largement attribuable au dynamisme de ses acteurs et collaborateurs qui ont su insuffler une diversité d’idées et de points de vue à l’émission.

Comme le montre notre album photo, Femme d’aujourd’hui est un éventail d’hommes et de femmes, de reporters, de techniciens, de recherchistes, de réalisateurs qui se grefferont à l’émission à mesure qu’elle prend de l'ampleur.

À ses débuts en 1965, l’équipe comptait une dizaine d’artisans. Dans la période la plus féconde de Femme d’aujourd’hui – de 1970 à 1976 – ils seront une cinquantaine à travailler pour le magazine féminin.

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Article sur la nouvelle émission Femme d'aujourd'hui dans la revue « La Semaine à Radio-Canada ».Photo : Radio-Canada / Du 4 au 10 septembre 1965, vol. XV, no 50

L’émission est d’abord gouvernée par un duo d’animateurs : Yoland Guérard et Lizette Gervais. L’année suivante, en 1966, la journaliste Aline Desjardins se joint à l’équipe.

Avec son animation toute en finesse et en intelligence, elle incarnera parfaitement Femme d’aujourd’hui durant ses treize années à la barre de l’émission.

Autre figure indissociable de Femme d’aujourd’hui : Michelle Lasnier, directrice du Service des émissions féminines de Radio-Canada, qui prend l’émission sous son aile en 1966.

Comme l’affirme l’historienne et spécialiste du genre en étude des médias Josette Brun, Femme d’aujourd’hui s’ouvrira rapidement à d’autres perspectives avec l’arrivée de Michelle Lasnier.

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En mars 2016, Aline Desjardins se remémorait Femme d’aujourd’hui avec l’historienne Josette Brun dans le cadre d’une table ronde à Radio-Canada soulignant le 50e anniversaire de l’émission.

À travers ce montage d’archives, l’animatrice revient sur les sujets abordés à Femme d’aujourd’hui. Des sujets rarement inscrits dans les journaux et téléjournaux, mais plutôt axés sur les arts et la culture et sur le quotidien des femmes.

L’équipe de Femme d’aujourd’hui formait un monde en soi.« J'avais une très grande liberté, responsabilité, pouvoir réel et un stress réel », confie Aline Desjardins.

« C’est là que j’ai compris où menait le féminisme et pourquoi on avait besoin d’être féministe absolument », conclut celle qui a animé 2733 émissions de Femme d’aujourd’hui.

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Louise Arcand anime avec Aline Desjardins la saison 78-79 de Femme d'aujourd'hui.Photo : Radio-Canada / André Le Coz

L’animatrice Aline Desjardins s’illustre à Femme d’aujourd’hui jusqu’en 1979. Pour la saison 78-79, elle partage l’animation de l’émission avec la journaliste Louise Arcand.

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Les animatrices Louise Hamel, Lise Garneau, Claudette Lambert et Rachel Verdon se partagent l'animation de la saison 79-80 de Femme d'aujourd'hui.Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Quatre animatrices assurent la relève à l’automne 1979 : Rachel Verdon, Louise Hamel, Claudette Lambert et Lise Garneau.

Depuis 1968, Femme d’aujourd’hui reposait également sur une collaboration régulière de l’animatrice Micheline Archambault à Québec.

Une émission est aussi produite mensuellement à Ottawa à compter de 1973 avec Élisabeth Richard, Rachel Verdon ou Claire Faubert à l’animation.

Image : En studio, l'animatrice Aline Desjardins anime une table ronde avec Frédérick Leboyer, Louise Daudelin, Serge Lemaire, Gigi Roux Hélène David et d'autres intervenants.
Photo: Une grande table ronde de Femme d'aujourd'hui animée par Aline Desjardins en 1976.  Crédit: Radio-Canada

Le large esprit de Femme d’aujourd’hui

Femme d’aujourd’hui se donne le mandat de permettre à des femmes de tous les horizons de s’affirmer dans un espace public largement dominé par les hommes.

À travers le temps, des femmes d’une variété de milieux sociaux et culturels sont invitées à s’exprimer et à prendre position dans le cadre de l’émission.

Femme d’aujourd’hui devient en cela à la fois un témoin et un levier de l’évolution de la condition féminine au pays.

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À l’émission du 3 mai 1977, la journaliste France Nadeau met par exemple en lumière la situation d’un « groupe minoritaire que la société a rendu marginal par ses interdictions » : les lesbiennes.

Des femmes homosexuelles, dont certaines ont le visage dans l'ombre pour préserver leur anonymat, témoignent de leur réalité.

Je pense que c'est un statut qui est peu enviable et je pense que pour les femmes c'est encore moins enviable. Parce que la femme est déjà infériorisée quelque peu. Quand elle est homosexuelle, c'est encore pire.

Une lesbienne s’exprimant à visage couvert

La journaliste fait aussi le point sur l’homosexualité avec une psychologue et une gynécologue.

Les théories définissant le lesbianisme comme une maladie, une lésion cérébrale ou même une erreur de la nature ont été réfutées par la médecine moderne.

« Si on l’étudie au point de vue physique, au point de vue chromosomes, au point de vue hormonal, la lesbienne est normale », confirme la docteure Arlette Amyot-Legault.

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Dans ce même esprit d’ouverture, Femme d’aujourd’hui propose un dossier sur la femme arabe au Québec à son émission du 28 mai 1975.

Dans cet extrait, la journaliste Françoise Faucher s’entretient avec quatre femmes d’origine égyptienne sur le rôle des hommes et des femmes dans leur culture.

« La femme égyptienne, je trouve qu'elle est beaucoup plus maligne que la femme occidentale » révèle l’une d’entre elles. « Elle paraît plus faible et c'est elle qui fait tout ce qu'elle veut! »

Il est aussi question dans cet entretien de l’importance de la religion et de la place de la femme dans le Coran.

« Vous vous sentez moins libre d'action que l'Occidentale? », demande la journaliste.

Une perche tendue qui leur permet de s’exprimer sur la pression que vivent les jeunes filles qui doivent protéger leur réputation et se conformer à davantage de restrictions.

Les quatre femmes brisent au passage quelques préjugés, rient de bon cœur et actualisent du même coup l’image que la téléspectatrice de Femme d’aujourd’hui pouvait se faire de la femme arabe en 1975.

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Analyse de l'auditoire de l'émission Femme d'aujourd'hui en 1981.Photo : Radio-Canada / Service des recherches de Radio-Canada

L’émission Femme d’aujourd’hui comme telle est bien populaire. Elle attire en moyenne 200 000 téléspectatrices et téléspectateurs par émission.

Elle est aussi diffusée dans l’ensemble du réseau français de Radio-Canada, ce qui en fait une tribune tout indiquée pour les femmes francophones du Québec, mais aussi du reste du Canada.

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Cette facette pancanadienne, Femme d’aujourd’hui la déploie dans l’ensemble de sa programmation et plus particulièrement lors d’émissions spéciales.

Le 29 mars 1973, pour sa 1500e émission, Femme d’aujourd’hui réunit par exemple en studio plus de 200 téléspectatrices et personnalités représentatives de son auditoire à travers le pays.

Au cours de cette émission-anniversaire de cinq heures, Aline Desjardins les interpelle sur des thèmes tels que : où se situe la femme seule, veuve, célibataire ou divorcée dans notre société? Dans quel secteur l’apport des femmes est-il le plus remarquable? Y a-t-il quelque chose de fondamentalement changé dans le fait d’être adolescente en 1973?

Puis, le 30 mars 1976, Femme d’aujourd’hui se prête à un exercice encore plus innovant.

À l’occasion de la 2000e émission, Aline Desjardins propose « d’apprivoiser ce pays démesuré » en lançant un débat national sur la question : selon vous, quelles sont les valeurs essentielles à transmettre à vos enfants?

Grâce au satellite Anik, l’émission du 30 mars 1976 se promène en direct entre les studios de Montréal, Québec, Moncton, Winnipeg, Vancouver et Edmonton.

Un exploit technique réalisé pour une première fois, et ce, à la veille des Jeux olympiques de Montréal qui miseront sur cette nouvelle technologie.

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Puis, le 5 novembre 1980, une rétrospective des luttes et revendications des femmes dans le monde est présentée par l’animatrice Rachel Verdon dans le cadre du quinzième anniversaire de Femme d’aujourd’hui.

On y entend de grandes personnalités internationales qui ont communiqué leurs réflexions sur la condition féminine au fil des deux décennies de l’émission : Anaïs Nin (1968), Simone de Beauvoir (1972), Han Suyin (1973), Agnès Varda (1977) et Marguerite Yourcenar (1975) notamment.

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Note de service de la réalisatrice Monique Renaud faisant un post-mortem de l'émission Femme d'aujourd'hui qui s'est terminée une semaine plus tôt.Photo : Radio-Canada

Deux ans plus tard, à la fin de la saison 1981-1982, l’émission quitte les ondes.

Dix-sept ans après la première de Femme d’aujourd’hui, la situation des femmes a bien changé au pays. Elles sont de moins en moins disponibles en après-midi pour regarder la télévision, car de plus en plus sur le marché du travail.

Le Service des émissions féminines de Radio-Canada disparaît du même coup.

À l’automne 1982, c’est l’émission Au jour le jour qui prend le relais, lançant une longue lignée d’émission de services dans ce créneau horaire à la télévision de Radio-Canada.

L’influence de l’émission Femme d’aujourd’hui sur le développement socioculturel au Québec et au Canada ne sera pas égalée.

Plus de 35 ans après avoir quitté le petit écran, Femme d’aujourd’hui demeure un élément particulier de notre patrimoine.

Équipe

Recherche et rédaction : Élodie Gagné
Recherche d'archives : Marie-Josée Ferron, Sylvie Cournoyer, Service de gestion des documents de Radio-Canada
Réalisation des montages d'archives : Jean-Pierre Petel

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