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Image : Montage photo montrant des portraits dans des illustrations de cadres de porte.

Les communautés religieuses, porte d’entrée des immigrants

La Bible. Le Coran. La Thora. Peu importe. Pour un immigrant, les voies de l'intégration en terre d'accueil semblent insondables. Dans certains cas, la foi peut permettre de s'en tracer une.

La Bible. Le Coran. La Thora. Peu importe. Pour un immigrant, les voies de l'intégration en terre d'accueil semblent insondables. Dans certains cas, la foi peut permettre de s'en tracer une.

Un texte de Godefroy Macaire-Chabi

Si l’organisation de l’immigration s’appuie sur des structures étatiques classiques pour aider les nouveaux arrivants à se tailler une place dans la société d’accueil, le rôle des communautés religieuses est rarement mis de l’avant. Pourtant, c’est le point de départ d’une nouvelle vie pour des milliers d’immigrants, qui vont y chercher conseils, astuces, plans et codes, en vue de réussir leur intégration sociale. Au-delà de leur rôle de moteur spirituel, ces communautés tiennent un rôle social majeur.

Image : Un homme et une femmes devant un immeuble en briques.
Photo: Steve et Annick devant le Centre Réveil International, à Orléans.  Crédit: Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

Deux tourtereaux aux portes de l’église

Dimanche, 17 février 2019. Alors que le sol enneigé et le froid glacial à l’extérieur rappellent que l’hiver bat son plein, l’heure de la méditation donne une certaine chaleur à la grande salle de réunion du Centre réveil international, à Orléans.

Devant l’assistance, le pasteur évangélique, à la posture droite, distille quelques passages bibliques. Une musique légère de piano enveloppe ses paroles.

Les yeux fermés, Steve Nahimana est assis sur l’une des banquettes de la dernière rangée. Le visage braqué sur l’autel. Les lèvres tremblotantes. Le bras gauche levé vers le ciel, il ceint fermement, de son autre bras, les hanches d’Annick, sa dulcinée. Entre eux, l’alchimie amoureuse est palpable.

Les mains d'un homme et d'une femme portant chacun une alliance.    Steve et Annick se sont rencontrés pour la première fois en 2013. Photo : Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

Leur idylle a débuté il y a six ans, aux portes de cette même église évangélique, à Orléans. Steve est originaire du Burundi, un pays d’Afrique de l’Est, et vit au Canada depuis 2011.

Rien ne le prédestinait, raconte-t-il, à la rencontre avec « sa blonde » de Clarence-Rockland. Mais la nature sait tellement bien faire ces choses, renchérit-il.

Premier contact

Annick est bénévole à l’accueil des fidèles. Chaque fois qu’un culte est célébré, elle se tient à la porte pour diriger les personnes qui entrent à l’église. C’est là que, un jour de l’année 2013, Steve tombe amoureux d’elle.

Comme Annick distribuait des câlins à ceux qui entraient, il a fallu au jeune homme imaginer des astuces afin d’observer de près celle qui a spontanément fait tourner sa tête.

Je voyais Steve revenir et je ne me rendais pas compte qu’il faisait exprès d’entrer, de ressortir, pour revenir pour avoir un deuxième câlin, troisième câlin, quatrième câlin, raconte Annick.

Une enlacée dans les bras d'un homme sourit à la caméra.                               Annick garde un très bon souvenir de sa première rencontre avec Steve. Photo : Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

Son éclat de rire exubérant témoigne encore de l’excitation qui est née de leur rencontre.

Ça démontre vraiment que les histoires d’amour, ça peut partir n’importe comment, fait-elle remarquer.

Leurs quatre mains posées les unes sur les autres se caressent constamment les doigts. Steve et Annick s’échangent aussi des regards d’admiration tout au long de notre rencontre. Un peu comme s’ils s’étaient juré de ne plus jamais se quitter des yeux au sens propre.

L’église, un tremplin

L’air un tantinet distant de Steve semble cacher son côté avenant quand on commence à deviser avec lui sur son parcours. Il le répète : même si la vie réserve parfois des surprises, leur histoire d’amour n’aurait peut-être jamais été écrite si ce n'avait été l’église.

Il y aurait peut-être eu moins de chances si ça n’avait pas été à l’église, moins d’opportunités, peut-être, de se rencontrer, confesse-t-il.

Il avoue qu’il serait malhonnête de ne pas reconnaître que les premiers changements dans sa vie d’immigrant ont été générés par cette rencontre, qui a facilité son intégration sociale au Canada.

Un homme souriant de profil.                                Steve Nahimana est arrivé au Canada en 2011. Photo : Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

Ça m’a vraiment beaucoup aidé en allant dans sa famille ou bien en venant ici, à l’église.

Annick se réjouit d’ailleurs que tout se soit bien passé pour son amoureux aussi bien à l’intérieur de l’église qu’en dehors.

Même dans nos familles respectives, ça a bien été intégré, très bien intégré. Tout le monde a bien pris cela, lâche-t-elle, sourire en coin.

« Le sel et le poivre »

Avec le recul, Steve est convaincu que ça prend une porte d’entrée pour découvrir d’autres cultures.

Pour moi, ça a été un avantage ou un pas de plus sur les autres, qui n’ont pas cette opportunité.

Un homme et une femme souriant à la caméra.                                Steve et Annick ne sont pas le seul couple né d'une rencontre au Centre réveil international. Photo : Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

Ils sont complémentaires et fusionnels à tous égards. Leurs regards et la façon dont ils se touchent semblent valider leur projet commun. À juste titre, Steve se définit aujourd’hui comme le poivre et Annick, le sel de leur union.

On est différents de par notre couleur, passé, culture. Mais [on] se marie bien ensemble, constate Steve.

Ajustements culturels

L’histoire de Steve et Annick est loin d’être singulière. Trois couples vivent une aventure similaire au sein de leur église.

Vanessa Turpin, pasteure associée du Centre, mentionne d’ailleurs qu’un autre couple en préparation [...] va se marier l’été prochain. C’est une inversion de situation, cette fois-ci : La femme est Burundaise et l’homme, un petit gars du coin, un petit francophone, précise-t-elle.

Ça fait des beaux mariages. C’est parfois compliqué, les cultures, les familles, les façons de procéder aux choses, mais ça amène beaucoup de discussions, reconnaît Mme Turpin.

Et ce n’est pas Annick et Steve qui la démentiront.

Un homme et une femme se regardent en souriant.   Steve et Annick ont su surmonter leurs différences issues de leurs origines culturelles. Photo : Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

N’ayant pas la même langue maternelle, il a fallu que les deux travaillent sur cette différence jusqu’à trouver un compromis rendu possible par le fait que Steve comprend le français, se rappelle Annick.

Pour sa part, Steve explique, par exemple, que bien qu’accueillante, sa douce moitié est issue d’une culture où on ouvre la porte aux gens de son cercle fermé, alors que lui n’a aucun problème à l’ouvrir à tout le monde, même à des étrangers. Là, nous avons trouvé notre équilibre avec le temps.

On apprend, on s’ajuste, on trouve l’équilibre entre les deux cultures, note Steve. Il y a des choses que moi, je dois laisser de côté. Il y a des choses qu’elle aussi doit laisser de côté, pour qu’on puisse synchroniser, s’adapter, marcher ensemble, main dans la main.

En 2016, ils ont déjà franchi un premier cap en se mariant à l’église. Les deux tourtereaux veulent aller le plus loin possible. Leur chemin mènera Annick jusqu’au Burundi cet été, alors qu’elle se rendra pour la première fois au sein de la famille de Steve.

Les visages de l’intégration

Le choc de la découverte du froid s’avère incontournable pour quelqu’un qui vit son premier hiver au Canada. Pour les nouveaux immigrants, l’adaptation et l’intégration ne sont pas forcément choses aisées. Trouver un emploi, un logement, créer des liens sociaux, s’enquérir de l’existence de structures gouvernementales : les communautés religieuses peuvent être utiles à maints égards. Quatre Canadiens issus de l’immigration racontent leurs expériences personnelles.

Image : Montage photo d'un homme dans un cadre de porte illustré.
Photo: Jean-Claude Makaka est au Canada depuis 25 ans.  Crédit: Radio-Canada / Emilee Flansberry-Lanoix

Jean-Claude Makaka
Né au Burundi
Au Canada depuis 25 ans
Marié et père de 3 enfants

Trouver des ressources à l'église

Le large sourire qui illumine le visage de Jean-Claude - plus de deux décennies après son installation au Canada, contraste nettement avec les obstacles qu’il a dû franchir au cours de ses premières années.

Affable et chaleureux, il dégage une certaine bonhomie humaine face à son interlocuteur. Abandonné à lui-même à ses débuts et sans repère, il a dû se débrouiller seul pendant longtemps pour chercher un emploi, des amis et se bâtir un réseau.

C’était vraiment un apprentissage, un cheminement très difficile, raconte-t-il en jetant un regard circulaire autour de lui, un peu comme s’il recherchait une sorte d’approbation.

Celui qui raconte avoir perdu cinq années de sa vie, a finalement trouvé à l’église une forme de rédemption, autrement dit, la solution à ses problèmes.

Les gens disaient : “Si tu veux un meilleur emploi dans tel domaine, il faut aller vers ici. Si vous avez besoin de faire tel programme à l’université, voici le meilleur programme pour le futur.” Ces informations-là, on les découvrait à chaque semaine à l'église, précise-t-il.

Connecté

Il est aujourd’hui fonctionnaire fédéral et pasteur associé à l’église évangélique où il offre fréquemment son appui aux immigrants qu’il a la chance de rencontrer.

Jean-Claude Makaka raconte comment il aide les nouveaux arrivants.

Pour Jean-Claude, la finalité, c’est surtout d’amener l’immigrant à se faire une place dans la société.

Image : Montage montrant une femme dans un cadre de porte illustré.
Photo: Marie-Madeleine Sirpe a émigré de la Côte d'Ivoire il y a huit ans.   Crédit: Radio-Canada / Emilee Flansberry-Lanoix

Marie-Madeleine Sirpe
Née en Côte d’Ivoire
Au Canada depuis 8 ans
Mariée et mère de famille
Éducatrice en service de garde

Le bénévolat comme rampe de lancement

Quand elle est arrivée au Canada, Marie-Madeleine Sirpe s’est tout de suite mise à la recherche d’une église où elle pouvait faire du bénévolat.

Elle voulait socialiser, rencontrer des gens. C’est ce qui l’a menée à franchir les portes de l’église catholique Sainte-Marie, dans le quartier d'Orléans.

Ça m’a permis d’avoir des amies, toutes les dames, les personnes qui faisaient le service avec moi. On a commencé à tisser des liens d’amitié, rappelle-t-elle, le visage joyeux.

Les premières années, la mère de trois enfants a dû composer sans son mari, reparti à l’étranger. Dans ces moments, elle a vu que les connaissances et les contacts créés à l’église pouvaient lui être utiles.

De fil en aiguille, elle a pu entamer une autre expérience, comme bénévole dans une école primaire. Cela lui a permis d’avoir ses premières références, nécessaires à la recherche d’un emploi.

Se soigner grâce à un bulletin paroissial

Alors que trouver un premier médecin de famille représente un gros casse-tête pour la plupart des nouveaux immigrants, Marie-Madeleine a connu un tout autre destin.

En feuilletant le bulletin paroissial, à la sortie du culte dominical, elle a trouvé les coordonnées d’une clinique francophone. Une aubaine pour celle qui ne savait pas encore parler l’anglais.

Marie-Madeleine Sirpe explique l'aide de sa paroisse à son arrivée au Canada.

Aujourd’hui éducatrice en milieu de garde scolaire, Marie-Madeleine pense que ses choix ont payé. Mais que le travail doit se poursuivre.

Image : Montage montrant un homme dans un cadre de porte illustré.
Photo: Au Canada depuis 20 ans, Roger Kiangata veut que son commerce soit un lieu de rencontre, comme l'a été son église à son arrivée.   Crédit: Radio-Canada / Emilee Flansberry-Lanoix

Roger Kiangata
Né en République démocratique du Congo
Au Canada depuis 20 ans
Entrepreneur

Lancer son entreprise grâce à l’Église

La religion a eu beaucoup d’influence dans la vie de Roger. Choriste dans sa jeunesse, élevé chez les Jésuites, abonné au culte dominical, sa foi le suit partout.

Que ce soit aux États-Unis, où il a d’abord vécu, ou au Canada, chaque fois qu’il pose sa valise dans un pays, c’est grâce à sa communauté religieuse qu’il réussit à y prendre ses quartiers.

À maints égards, la décision de lancer une entreprise de vente de produits internationaux dans le secteur de Kanata, à Ottawa, en a dépendu.

Je prends la mesure des besoins de la communauté et je peux les transformer en opportunités et, donc, en services ou autres, explique-t-il.

Roger soutient avoir bénéficié « de nombreux appuis » en matière de conseils, d’expertise et de réseautage.

J’y ai par exemple rencontré un monsieur qui est aussi propriétaire d’une épicerie à Montréal. Il est un peu mon parrain en ce qui concerne mon entreprise, précise-t-il.

Par ailleurs, par le biais de son commerce, Roger tient à offrir des possibilités de rencontres sociales . Ce n’est donc pas surprenant si des clientèles de toutes origines culturelles s’y croisent et s’y côtoient, à la manière de ce que lui-même a pu vivre à l’église.

Avant de venir s’installer à Ottawa, il y a deux ans, il a été accueilli à Toronto.

Malgré l’espace d’interaction qu’offre son magasin, il considère que rien ne remplacera les communautés religieuses, qu’il définit comme une passerelle pour connaître les ressources gouvernementales mises en place pour aider les nouveaux immigrants.

Il croit que sans les communautés, beaucoup d'immigrants ne sauront même pas que ces structures existent.

Roger Kiangata raconte comment l'église lui a permis de tisser des liens d'amitié.

Conscient d’une telle réalité, il martèle le voeu que les gouvernements repensent ce qui est mis en place pour l'adapter aux besoins des immigrés.

Image : Montage montrant une femme de profil dans un cadre de porte illustré.
Photo: Naima Erragued ne veut pas que son voile la définisse.   Crédit: Radio-Canada / Emilee Flansberry-Lanoix

Naima Erragued
Née au Maroc
Au Canada depuis 12 ans
Adjointe de direction
Mariée et mère de 3 enfants

Dévoiler sa solidarité

En 2008, quand le Centre islamique de l’Outaouais lance ses activités, Naima venait de passer un an en terre canadienne, le hidjab (voile islamique) sur la tête.

Très tôt, elle saisit ce créneau pour faire de l’entraide auprès des nouveaux arrivants. Ce bénévolat lui sert de thérapie pour passer à travers ses propres épreuves, comme la difficulté à se trouver un premier emploi. Pourtant, lorsqu’elle était débarquée au Canada, son mari y vivait déjà et lui avait quelque peu préparé le terrain.

Pour trouver un travail, mon CV, il est bien. Quand je passe les entrevues par téléphone, ça se passe super bien, affirme-t-elle. Mais quand je me présente devant l’employeur, c’est comme s’il ne s’attend pas à voir une dame devant lui avec le foulard.

Naima a choisi d’y puiser la force pour prouver que ce n’est pas son foulard qui est l’obstacle, il faut voir ce qui est à l’intérieur.

Un mètre carré sur la tête ne va pas faire la différence. De toute façon, en hiver, on est tous pareils.

Naime Erragued
Naima Erragued parle de la relation avec son voile.

Elle a fait de l’engagement personnel la pierre d’assise de sa démarche. Récemment encore, elle était parmi les personnes de sa communauté qui ont facilité l’intégration des réfugiés syriens. Sa satisfaction, dit-elle, c’est de voir les personnes qu’elle a accompagnées réussir à se prendre en main.

Naima n’a nullement le sentiment d’être différente des autres femmes. Avec son voile sur la tête, elle se sent pleinement intégrée. Le regard bien fixé sur le présent, elle veut continuer de croire à un meilleur futur.

Équipe :

Édimestres : Dominique Degré
Réalisation : André Dalencour, Isabelle Routhier
Édition : Valérie Lessard

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