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Image : Une infographie illustrant les édifices importants de la ville de Toronto, comme la station Union ou la tour du CN.

Le token, ce jeton utilisé par les Torontois pour prendre le transport en commun, sera bientôt appelé à disparaître. Et son histoire dépasse bien largement les dimensions du petit jeton, mais aussi les frontières canadiennes.

Certains l'associent à des récits de vie, entre revente en douce chez le dépanneur du coin, école buissonnière et exploration de la grande ville. D’autres se remémorent les astuces pour ne pas le perdre ou encore l’époque des fraudeurs qui se sont fait des millions sur le dos du petit jeton.

Objet archaïque ou relique de l’histoire, le jeton?

Probablement un peu des deux. Pendant 65 ans, il a accompagné les Torontois dans leur quotidien, les touristes dans leurs explorations et a créé toutes sortes de maux de tête à la Commission des transports de Toronto (CTT).

Aussi vieux que le premier métro du Canada, le jeton n’est d’ailleurs plus utilisé que dans la Ville Reine, la plupart des autres villes s’étant mises aux cartes de passage ou applications mobiles au cours des dernières décennies. Mais de simple outil pour payer son transport, il est aussi devenu malgré lui tout un symbole de la métropole.

Image : Illustration de grands édifices de Toronto
Photo: La naissance du token  Crédit: Radio-Canada

La naissance

Image : Photo de Camille Bégin devant une station de métrode Toronto
Photo: Camille Bégin est responsable des plaques historiques et des programmes d'éducation publique à Heritage Toronto.  Crédit: Radio-Canada

La CTT a fait toute une campagne pour montrer où il fallait mettre l’argent : “Il faut presser le bouton et puis les tokens sortent”. Il y a vraiment eu tout un travail d’explication pour savoir comment s’en servir.

Camille Bégin, responsable des plaques historiques et des programmes d'éducation publique à Heritage Toronto

Le jeton permet aux Torontois de parcourir leur ville. Sandy Drysdale est né à la fin des années 1950, quelques années à peine après l’ouverture du métro. Quand il a neuf ans, sa mère commence à l'envoyer seul faire des virées en métro le dimanche. Il se rappelle d'après-midi entières de divertissement pour le prix d'un jeton.

Un récit de Sandy Drysdale

C'est le cas aussi de David Bergeron, conservateur de la Collection nationale de monnaies à la Banque du Canada, qui profitera des jetons pour explorer la ville avec ses camarades de classe au secondaire dans les années 1980, en faisant l'école buissonnière.

Un récit de David Bergeron
Image : Une illustration de l'hôtel de ville de Toronto
Photo: Le token a été produit sous différents modèles au fil des années  Crédit: Radio-Canada

La production

Image : David Bergeron
Photo: David Bergeron est conservateur de la Collection nationale de monnaies de la Banque du Canada.   Crédit: Radio-Canada

Pour la CTT, une telle affaire aurait causé de gros ennuis et ça a été assez pour que la Monnaie royale canadienne arrête sa production.

David Bergeron, conservateur de la Collection nationale de monnaies de la Banque du Canada

En 1980, la Monnaie royale décide finalement d'amincir sa pièce de monnaie pour réduire la quantité de cuivre utilisée.

La dernière modification du jeton a lieu en 2006, après des pertes qui se chiffrent à des millions de dollars à cause de la contrebande. Cette fois, bimétalliques, ils sont fabriqués aux États-Unis par la compagnie Osborne Coinage.

Image : Une illustration d'une église et d'un métro
Photo: La contrebande de jetons de la CTT était bien présente dans le début des années 2000.   Crédit: Radio-Canada

Fraude et contrebande

Au cours des années 2000, de faux jetons entrent dans le système par l’intermédiaire du marché noir. Ils se vendent 1 $ l’unité, au lieu de 2,50 $. Une supercherie qui coûtera plus de 10 millions de dollars à la CTT entre 2004 et 2006.

Cinq millions de faux jetons étaient en circulation, fabriqués aux États-Unis et introduits clandestinement au Canada pour être revendus dans la rue, les bars ou sur Internet. Trois frères canadiens, Reginald Beason, Alexander Beason et Alfredo Beason, sont arrêtés en novembre 2004. Avec une Torontoise, Andrea Nicole Dawson, qui les faisait passer du côté canadien par Niagara Falls, et un Américain, ils formaient le Five Points Gang.

Deux jetons côte à côte, à gauche le vrai et à droite le faux, Cinq millions de faux jetons étaient en circulation, fabriqués aux États-Unis et introduits clandestinement au Canada. Photo : FBI

En janvier 2006, les enquêteurs, dont certains du FBI, trouvent l’usine qui les avait fabriqués, qui n’était absolument pas au courant de la supercherie, se rappelle le président de la CTT de l’époque, Howard Moscoe.

Image : Howard Moscoe
Photo: Howard Moscoe, ancien président de la CTT.   Crédit: Radio-Canada

Ils ont convaincu une usine au Massachusetts qu’ils étaient des employés de la CTT et ont fait produire des millions de jetons contrefaits. En 2006, on a dû changer le design du jeton pour le rendre plus difficile à imiter.

Howard Moscoe, ancien président de la CTT
Image : Une illustration de la station Union de Toronto et du Marché St-Laurent
Photo: Le token, un phénomène social  Crédit: Radio-Canada

Le transport

Si l'utilisation des tokens devient rapidement établie pour les usagers, elle amène aussi son lot de contrariétés. Nombreux se plaignent du fait que les jetons sont trop faciles à mélanger avec leurs pièces, donc à égarer.

Certains usagers font alors preuve de créativité en créant des contenants, comme le Tokestrip, capable de tenir sept jetons, ou encore un porteur de huit jetons en forme de carte de crédit qui se range dans le portefeuille.

Il y a eu plusieurs systèmes qui ont été inventés par des gens qui permettaient de garder les jetons ensemble. À un certain moment, même la CTT a créé un contenant pour les tokens en plastique avant d’abandonner, car cela leur coûtait trop cher.

Camille Bégin, historienne
Image : Une carte où 8 jetons de la TTC sont insérés
Photo: Le porteur de jetons en forme de carte était un projet lancé par le designer Y.G Sun en septembre 2013 à travers une campagne de sociofinancement sur Kickstarter.  Crédit: Kickstarter / YG
Image : Illustration de la maison de Radio-Canada à Toronto
Photo: Le token est aussi connu pour son aspect social  Crédit: Radio-Canada

Une aide sociale

Dès son annonce, la fin programmée des tokens soulève des inquiétudes parmi les groupes anti-pauvreté. Les refuges et centres d’accueil utilisent presque exclusivement ces jetons pour aider leur clientèle à se déplacer. Selon la Coalition Fair Fare, qui représente des organisations torontoises venant en aide aux personnes à faible revenu, les services sociaux de la ville distribuent entre 3000 et 30 000 jetons par an aux personnes qui utilisent leurs programmes.

La CTT assure qu’une carte à usage unique sera offerte pour remplacer le jeton. Mais selon Helen Lee, du conseil d'administration du groupe TTC Riders, qui milite pour les droits des usagers de la CTT, des questions demeurent. Par exemple : ces cartes auront-elles des dates d’expiration? Et comment les gens se les procureront-elles, puisque les laissez-passer ne seront plus accessibles dans les dépanneurs, contrairement aux jetons?

Pour d'autres, comme Dona Row, qui vit en banlieue de Toronto, le jeton a été une planche de salut quand elle a été malade pendant plus d'un an et qu’elle devait se rendre dans des centres d’accueil au centre-ville.

Un récit de Dona Row
Image : Une illustration de plusieurs lieux importants de Toronto, dont la tour du CN et la station Union
Photo: Le token est appelé à disparaître  Crédit: Radio-Canada

La disparition

Image : Une illustration de la station Union e Toronto et de l'hôtel Royal York.
Photo: Les derniers tokens devraient être retirés du marché en 2019.  Crédit: Radio-Canada

Un symbole

Boutons de manchette, bijoux, coussins… le token a toujours inspiré les créations artistiques. Que ce soit sur Kijiji ou sur le site Internet de la CTT elle-même, un véritable marché s’est formé afin de donner une seconde vie au jeton. Et depuis l'annonce de sa disparition prochaine, certains y ont vu un véritable marché de niche.

En décembre 2018, la designer de bijoux Samantha McAdams rencontre un premier client intéressé par un collier conçu avec un jeton. Il lui donne son jeton préféré, le modèle bimétallique de 2006, et lui explique vouloir offrir un souvenir de Toronto à sa petite amie. Samantha raconte sa surprise lorsqu’elle a publié une photo sur son compte Instagram et qu’elle a vu l’engouement que cela suscitait.

Faire des bijoux avec les jetons de la CTT

Le Torontois Nicholas Brooks a d’ailleurs commandé à Samantha McAdams un macaron fait avec trois jetons. Ces derniers reflètent trois époques pour se rappeler son seul voyage en tramway, qu'il faisait chaque année, avec sa défunte épouse.

Image : Nicholas Brooks en entrevue à Radio-Canada
Photo: Nicholas Brooks a commandé un macaron fait avec trois jetons de la CTT.   Crédit: Radio-Canada

Nous faisions un seul voyage chaque année et on utilisait des jetons. Ce voyage était pour moi. Je m’installais à l’avant du tramway et on traversait le pont pour contempler la beauté du paysage, à la tombée de l’automne. C’est l’histoire qui passe, les temps changent et les jetons vont disparaître, mais j’en aurai toujours trois sur moi pour me souvenir ces moments-là.

Nicholas Brooks

Comme pour Nicholas Brooks, la fin du jeton est synonyme d'une certaine nostalgie pour Garth Gilmore. Le petit jeton représente ses souvenirs avec son père. Ce dernier était un homme prévoyant, se rappelle Garth, il revenait régulièrement à la maison avec de grosses enveloppes remplies d'une quarantaine de jetons chacune qu'il disposait sur une étagère. Ce qui rendait très curieux le petit Gareth du haut de ses cinq ans jusqu'à ce que son père l'emmène faire un tour avec les précieux jetons.

Un récit de Garth Gilmore

Équipe

Camille Feireisen
Journaliste

Jérémie Bergeron
Édimestre

Camile Gauthier
Premier concepteur, graphiste

Martin Labbé
Designer interactif

Cédric Édouard
Premier développeur, développement numérique

Émilie Larivée-Tourangeau
Conseillère au contenu numérique

Katherine Domingue
Chef de projet, développement numérique

Pierre-Mathieu Tremblay
Premier réalisateur numérique

Sarah St-Pierre
Première réalisatrice, déploiement multiplateforme

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