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Image : Bicolline à vol d'oiseau.
Image : Des soldats s'affrontent devant un fort de bois.

Le bruit des tambours se mêle aux cris des guerriers. La Grande Bataille bat son plein. Deux armées colossales, l’Empire et la Fédération argannaise, s’affrontent pour le fort de Bicolline. Le soleil plombe. La bataille sera longue.

Cette bataille, c’est le point culminant de l’année au duché de Bicolline, un village médiéval créé de toutes pièces dans la campagne québécoise, à Saint-Mathieu-du-Parc. Pendant une semaine en août, 3500 amateurs de jeu grandeur nature s’y rassemblent pour vivre dans un univers peuplé de magie et de monstres. Incursion dans ce lieu hors du temps.

Image : Le général Thorstein et une femme en costume de combat dans un champ de bataille.

Thorstein, le chef viking

Image : Un soldat, de dos, regarde les combats qui se déroulent au pied du fort de Bicolline.

Les soldats ennemis attaquent toutes les ouvertures du fort de Bicolline. Bientôt, les Vikings du Ragnarok seront en première ligne de front. Le puissant général impérial Thorstein, chef de la guilde du Ragnarok, organise la défense du fort. Son casque métallique coiffé de plumes bleues et rouges est bien visible au-dessus de la multitude armée jusqu’aux dents. Il faudra tout donner quand ce sera notre tour d’attaquer, tonne le général.

Image : Des hommes en costume de soldats devant des bâtiments de bois.

Vous venez voir le chef? C’est un homme très occupé, vous savez… Un costaud gaillard se dresse à l’entrée du campement du Ragnarok. Ne rencontre pas le chef Thorstein qui veut. Surtout pas à la veille de la Grande Bataille. À titre de membre de l’État major de l’Empire, défié par Fédération argannaise dans la Grande Bataille, il a un agenda rempli par des missions diplomatiques pour organiser les combats et forger des alliances.

Sa guilde rassemble de redoutables guerriers, reconnus à travers le duché de Bicolline pour leur ardeur. Ils n’étaient que six lors de la création du Ragnarok, il y a six ans. Aujourd’hui, 96 hommes, femmes et enfants en font partie, ce qui en fait la guilde la plus populeuse du duché de Bicolline.

Image : Mathieu Bergeron assis avec un groupe à une table éclairée par des chandelles.

Le campement du Ragnarok s’étend autour d’une construction en bois de deux étages d’inspiration viking. Au rez-de-chaussée, une salle commune éclairée aux chandelles avec de longues tables en bois. Ici, tout est « décorum », c’est-à-dire que tout ce qui s’y trouve semble directement tiré du Moyen Âge. C’est là que le chef Thorstein trouve le temps de recevoir.

En dehors du Duché, le chef Thorstein est l’agent Bergeron, Mathieu de son prénom. Diriger le Ragnarok, ça s’ajoute à son emploi de maître-chien au pénitencier fédéral de Sainte-Anne-des-Plaines et à son rôle de père de jeunes jumelles. La nourriture, les armes, le logement : c’est lui qui gère tout ça.

Ce n’est pas une job à temps plein, mais pas loin.

Mathieu Bergeron, alias Thorstein

Il a fondé une compagnie pour gérer les dépôts des membres de la guilde. Il y a quelques années, il a retiré 37 000 $ de sa marge de crédit pour la construction d’un bâtiment sur un terrain qui ne lui appartient pas à lui, mais bien au duché de Bicolline. Moi, je ne sors pas dans les bars, je ne joue pas dans une équipe de hockey : c’est ça que je fais.

Image : Une femme allume une bougie.

La vie au campement du Ragnarok est organisée au quart de tour. Les repas communs sont cuisinés sur le feu dehors. Une armurerie contient tout le nécessaire de combat. Au-delà du matériel, c’est la confrérie qui fait la marque de la guilde.

Tout le monde ici s’appelle “mon frère” ou “ma sœur”. C’est vraiment comme une famille.

Mathieu Bergeron, alias Thorstein

Une famille où les hommes portent la barbe et les femmes, les tresses, et où la fourrure de loup et le cuir bosselé sont l’habillement de rigueur. Une famille où l’on vénère les dieux vikings et où le Jour de Thor est souligné par la tenue d’un grand banquet, le jeudi soir. Une famille avec laquelle et pour laquelle on est prêt à aller au combat.

Image : Une femme avec une cape dans une rue surmontée de guirlandes de fanions.

Le duché de Bicolline est un site de jeu de rôle grandeur nature de 140 hectares, où se trouvent 190 bâtiments permanents. Pendant la semaine de la Grande Bataille, près de 4000 personnes vivent jour et nuit sur le site.

Les visiteurs du duché de Bicolline s’y regroupent pour la plupart en équipes appelées « guildes ». Chaque guilde est régie par ses propres règles et peut créer des alliances avec d’autres guildes.

Un jeu de rôle grandeur nature se déploie sur tout le site de Bicolline et, parallèlement, sur une plateforme web. Des points, des alliances ou des défis peuvent être inscrits dans le monde réel comme dans le monde virtuel.

Le jeu n’a pas vraiment de début ou de fin, pas plus qu’il n’a de gagnants ou de perdants. Certains joueurs visent à être en tête du pointage, tandis que d’autres souhaitent tout simplement passer du temps en bonne compagnie.

Le site du duché de Bicolline accueille une dizaine d’activités thématiques chaque année, mais c’est pendant la semaine de la Grande Bataille qu’il attire le plus de participants.

Image : Un homme déguisé en arbre.

Faucon loyal, le demi-elfe

Image : Un homme déguisé en arbre est parmi un groupe de soldats.

Un arbre en armure se bat aux côtés des soldats de l’Empire. La créature de plus de deux mètres de haut terrasse l’adversaire avec ses coups de hallebarde. Les boulets de canon ennemis percutent son tronc de cuir façonné sans réussir à le neutraliser. La simple présence de celui qu’on appelle le Chevalier pixie galvanise le moral des troupes.

Image : Un homme déguisé en homme-arbre assis par terre.

Les branches verdoyantes et le corps recouvert d’écorce du Chevalier pixie n’en laissent rien paraître, mais la créature est à moitié humaine, à moitié elfe. C’est qu’elle est l’incarnation guerrière de Faucon loyal, un demi-elfe qui canalise la magie des esprits de la forêt pour se transformer en un puissant homme-arbre le temps de la bataille. À Bicolline, il fait partie de ces créatures magiques ou monstres que l’on trouve sur le champ de bataille.

Si vous cherchez Faucon, vous risquez de l’entendre avant de le voir.

Tssssssi-touuuu.

Luc Traversy, alias Faucon loyal

Ses phrases sont ponctuées d’un sifflement particulier, reconnaissable entre tous à travers le village de Bicolline. Un béret vissé sur son crâne rasé, le demi-elfe sillonne les rues de la vieille ville, où il côtoie les autres vétérans du Duché.

Image : Faucon loyal accroupi.

Ça fait 18 ans que Luc Traversy fréquente Bicolline. Pour lui, le jeu, c’est du sérieux. Ce n’est pas un hasard si la trame de son personnage de Faucon loyal est si complexe. Mon personnage a vraiment évolué au fil des ans, explique-t-il. Tout ce que je fais ici, tout ce que je dis construit mon jeu. Il fréquente surtout les joueurs qui partagent sa vision de Bicolline, ceux qui maîtrisent à la fois le volet grandeur nature et la plateforme virtuelle de Bicolline. On s’affilie naturellement avec ceux qui pensent comme nous, admet le joueur aguerri. Ceux qui viennent pour faire du camping déguisé, je ne les vois pas, pas plus que ceux qui viennent pour virer une brosse.

Sa passion, l’ingénieur forestier Luc Traversy l’a transmise à son père et à ses trois jeunes fils, qui l’accompagnent lors de sa semaine à Bicolline. Ils sont en train de découvrir leurs propres intérêts dans le jeu, raconte-t-il avec fierté. Par exemple, mon aîné tripe sur les combats et se découvre un talent là-dedans. Ses enfants sont encore trop jeunes pour le suivre sur le champ de bataille, mais son père, lui, l’accompagne et l’aide pour transporter les morceaux du costume d’homme-arbre, qui pèse près de 50 kg.

S’il entre dans la peau d’un arbre monstrueux pour la Grande Bataille, c’est dans une armure plus légère, une superposition multicolore de feuilles d’arbre en cuir finement travaillé, qu’il participe aux autres combats qui pimentent les jours précédents. Quand on lui demande combien de temps ou d’argent il a investi pour ses costumes, il répond ne pas compter.

Image : Gros plan sur la jupe et les mains ornées de bijoux de Julie Linteau.

Les costumes de Bicolline

Faucon n’est pas le seul à mettre beaucoup de temps, avec le souci du détail, dans la préparation de Bicolline.

Image : Jeanne de Belhumeur dans une rue du duché de Bicolline en compagnie d'un homme.

Jeanne, la rédemptoriste

Image : Des guerriers armés de boucliers affrontent un groupe des soldats portant des fourrures.

La cadence des bottes perturbe la matinée jusque-là tranquille dans la vieille ville de Bicolline. Une rangée blanche et noire de soldats de l’ordre de Notre-Dame-de-la-Rédemption, les rédemptoristes, se dirige vers la plaine des Mages. À sa tête, Jeanne de Belhumeur, qui a défié une prêtresse de l’ordre de Thanatos, versé dans la magie noire. La guerrière lui a dérobé une urne précieuse que la prêtresse veut récupérer à tout prix et pour laquelle elle a accepté de se battre. Les rédemptoristes en ont contre les forces du Mal et saisissent toutes les occasions de les combattre.

La confrontation éclate dans la forêt de conifères qui entoure le fort de Bicolline. Un groupe de rédemptoristes tente de protéger l’urne tandis que d’autres soldats repoussent les ennemis. La bataille culmine avec un duel entre Jeanne et la prêtresse aux cheveux rouges, qui tombe sous les coups d’épée de son adversaire. Jeanne de Belhumeur a triomphé, mais l’urne a quand même échappé à son camp. Qu’à cela ne tienne, l’escarmouche tenait davantage à la provocation qu’à la nécessité.

C’est un prétexte pour se battre avec nos costumes d’apparat

Nancy Goyette, alias Jeanne de Belhumeur
Image : Jeanne de Belhumeur, attentive.

Jusqu’à l’an dernier, la guerrière Jeanne s’appelait plutôt Bérangère et gravitait dans les hautes sphères de Bicolline. J’ai été marquise, j’ai été seigneur, des postes politiques assez importants, mais je ne me retrouvais pas là-dedans, raconte Nancy Goyette, une professeure d’université en éducation qui fréquente Bicolline depuis une quinzaine d’années.

Au départ, le jeu de rôle grandeur nature n’était pas son appel, mais bien celui de son conjoint.

Je n’étais pas du genre à me déguiser à l’Halloween, jamais je n’aurais pensé me retrouver ici.

Nancy Goyette, alias Jeanne de Belhumeur

Elle s’est fait des amis au fil du temps et s’est taillé une place dans l’univers de Bicolline.

Image : Jeanne de Belhumeur accroupie avec son épée dans le bois.

Nancy Goyette a fini par troquer les décolletés plongeants pour les robes boutonnées jusqu’au menton.

Avant, je me faisais des robes de princesse, avec des corsets. J’ai déjà eu des bleus à force de porter un corset serré.

Nancy Goyette, alias Jeanne de Belhumeur

Il y a des femmes chefs de guilde, des guerrières et des femmes de pouvoir à Bicolline, mais comme ailleurs, celles qui veulent percer cet univers masculin font face à une certaine réticence. Beaucoup de gars nous aident et remettent les machos à leur place, mais il reste encore du chemin à faire. Ça prend du caractère, souligne Nancy Goyette.

Image : Deux femmes aux cheveux tressés vêtues d'armures de cuir.

Les femmes de Bicolline

Bicolline est encore un univers majoritairement masculin. De nombreuses participantes parviennent cependant à se créer un rôle à leur mesure.

Image : Une construction de bois.

Les réparties cinglantes fusent comme des coups de fouet entre les membres de l’ordre de Notre-Dame-de-la-Rédemption. Dans la nouvelle famille rédemptoriste de Jeanne de Belhumeur, l’air bête est de rigueur. Pour le jeu, il va sans dire. Cet exutoire, c’est ce qu’elle recherchait.

Si j’ai envie de mettre mon poing sur la table, je peux le faire.

Nancy Goyette, alias Jeanne de Belhumeur

Surtout qu’elle sait que ses confrères et consœurs répondront sans question à son appel au combat et qu’ils trinqueront avec elle le soir du banquet venu.

Je viens à Bicolline pour les gens plus que pour le jeu, admet celle qui voit aussi sa fille de 15 ans grandir et chercher sa place à son tour dans cet univers entre fiction et réalité. Cette dernière, Chloé, est une mordue de Bicolline. Elle est tombée dedans quand elle était petite, lâche à la blague sa mère. Ce que confirme la principale intéressée  : Je choisis mes emplois d’été de manière à être certaine de pouvoir venir ici.

Image : Petit Jean dans sa cuisine au Duché.

Petit Jean, le casanier

Image : Une maison de bois sur pilotis dans la forêt.

Le battement des tambours retentit toujours depuis les tours assiégées du fort de Bicolline. La bataille, Petit Jean la suit de loin, en faisant la vaisselle dans sa cuisine extérieure. Les faits saillants, il les aura quand son fils de 19 ans reviendra du combat. Me battre, très peu pour moi, dit celui qui aurait pourtant le physique du guerrier. Sa maison ronde sur pilotis surplombe le champ de bataille. Ce havre à l’ombre de grands pins, c’est sa raison d’être au duché, qu’il fréquente avec sa conjointe, Gaïa, et leur fils, Alexandre. On cuisine, on jase, on prend le temps de vivre.

Petit Jean et Gaïa ont consacré beaucoup de temps et d’amour à leur demeure. Bien que totalement « décorum » en apparence, la maison de bois comporte des panneaux solaires, une génératrice et un poêle au propane, qui permet à la famille d’y dormir même l’hiver, lors des week-ends où le duché est accessible à ceux et celles qui y ont une construction. La cuisine extérieure est alimentée en eau potable grâce à un réservoir d’eau de pluie. Le nec plus ultra : une glacière camouflée dans un baril de bois.

En venant ici, je retrouve mes premières amours en travaillant avec mes mains

Michel Julien, alias Petit Jean

Petit Jean s’appelle en réalité Michel Julien et est mécanicien de formation.

Image : Christiane et un petit garçon à l'extérieur.

Ça fait cinq ans que lui et sa conjointe, Christiane Lefebvre, sont installés dans leur cabane haut perchée. C’est chez eux que plusieurs enfants des soldats partis au combat passent l’après-midi. Pour les divertir, Christiane Lefebvre leur distribue des œufs de dragon et des pierres magiques, une sorte de galet en plastique coloré. Dans le couple, c’est d’abord elle qui avait ressenti l’envie de venir à Bicolline, pour les jeux de rôle, le dépaysement et le temps passé en famille et entre amis. C’est ce dernier aspect qui avait convaincu Michel Julien de la suivre dans l’aventure.

Image : Un père et son enfant, main dans la main, déambulent dans le village du Duché de Bicolline, à Saint-Mathieu-du-Parc.

La vie à Bicolline ne se résume pas qu’aux combats. On peut très bien y passer la semaine sans donner un seul coup d’épée. Le quotidien y est fait de repas pris autour du feu, de visites chez les marchands du village, de baignades dans la rivière qui sillonne le site. Un forgeron tient pignon sur rue à côté de l’auberge. Une factrice livre le courrier à cheval. Partout dans le village, des groupes d’enfants courent en riant.

Image : Un petit garçon de Bicolline déguisé en chevalier.

Les enfants de Bicolline

Autrefois pays de guerriers, le Duché de Bicolline est de plus en plus une terre d’accueil pour les familles.

Image : Un homme tient une lanterne allumé dans une rue du village de Bicolline

C’est le soir que l’expérience immersive qu’offre Bicolline est à son sommet. Comme il n’y a pas d’électricité, le village s’illumine à la flamme des torches et des lanternes. Les gens s’approvisionnent aux quelques points d’eau potable dispersés dans le village. L’odeur de la viande rôtie à la broche envahit les rues. Dans les campements, on entend les gens rire et chanter.

Image : Un homme présente un grimoire à la lueur des chandelles.

À la veille de la Grande Bataille, les disciples de la Vraie Foi préparent une cérémonie. Les Saintes Écritures, rassemblées et enluminées dans un manuscrit, trônent sur la table, éclairées par les flammes d’un chandelier. Maxime Turgeon a consacré des heures à embosser le cuir de la couverture de ce livre sacré qui collige l’histoire et les croyances de sa guilde. Pour lui, Bicolline, c’est un monde complet et complexe.

Ça fait 10 ans que je fréquente Bicolline, et je n’ai pas encore fait le tour de son univers.

Mathieu Bergeron, alias Thorstein
Image : Des gens assis autour d'une table ronde éclairée par des bougies.

Les chopes sont pleines à la guilde de Brabancourt. Les rires fusent autour de la table ronde éclairée à la chandelle. Le décor rouge et noir transporte les convives dans un autre temps.

Tant que tu ne vis pas Bicolline, tu ne peux pas comprendre

Philip St-Germain, alias Kendric, argentier du royaume d'Andorre

La semaine de la Grande Bataille, c’est comme le jour de ma fête pendant sept jours, année après année, insiste celui qui est informaticien de métier. Les cœurs sont légers ce soir, mais contrairement à d’habitude, les festivités ne se poursuivront pas jusque tard dans la nuit. Demain, c’est le grand jour, celui de la Grande Bataille.

Image : Des soldats en plein combat.

La Grande Bataille

Image : Des soldats avec des boucliers pointant des lances.

Erulf le guerrier, le solide gaillard du Ragnarok qui seconde le chef Thorstein au front, gît au sol. Un premier coup porté par l’ennemi l’a fait tomber, un deuxième l’a terrassé. Réfugié derrière son grand bouclier à tête de loup, il entend ses frères d’armes de l’Empire poursuivre la lutte. Ils avaient tenté une sortie hors du fort pour mettre encore plus de pression sur le camp ennemi. L’initiative s’est retournée contre eux. La Grande Bataille fait rage.

Image : Des soldats pendant une bataille.

Au cœur de la Grande Bataille

À la guerre comme à la guerre : près de 2000 personnes participent à la Grande Bataille du fort de Bicolline, le point culminant de l’année au duché de Bicolline.

Image : Le guerrier Erulf portant une armure.

La victoire semblait pourtant assurée pour son camp. À leur arrivée sur le champ de bataille, Erulf et ses frères du Ragnarok avaient rejoint les quelque 1000 alliés de l’Empire avec qui ils auraient à défendre le fort de Bicolline et ses drapeaux. Ils avaient remporté les plus récents face-à-face avec la Fédération argannaise, deux fois plutôt qu’une dans les jours précédant la Grande Bataille. Jamais deux sans trois, comme le veut le dicton. Surtout avec le feu sacré qui brûle dans le ventre de chacun des guerriers qui défend la bannière de l’Empire.

Image : Une femme, lance à la main, prend part à la défense du fort de Bicolline.

Tout se joue sur le champ de bataille. Ici, chaque touche peut vous coûter un membre ou la vie. Les guérisseurs ne savent plus où donner de la tête. L’Empire doit à tout prix défendre le fort. Chaque percée qui permet à un ennemi de pénétrer dans le fort lui fait perdre des points. Après 90 minutes d’intenses combats, les rôles sont inversés : les soldats de la Fédération argannaise sont dans le fort, et l’Empire tente de le reprendre.

Image : Un homme en kilt avec une peau de renard combat un homme en armure.

Sa peau de carcajou sur les épaules et une coulée de sang sur le nez, le guerrier aux pieds nus manie l’épée avec force. Vivre l’intensité du moment, c’est ce qui l’appelle. Rien, pas même une blessure, ne pourra l’écarter du champ de bataille. Il y a deux jours, on a dû lui ouvrir le pied avec un scalpel pour sortir une grosse écharde qu’il s’était faite au combat. Une médecin m’a donné un calmant, raconte Tristan Côté-Hotte, l’homme en kilt. Je lui ai dit : ″Cool! Je vais pouvoir faire l’escarmouche qui commence dans une heure.″ La médecin n’était pas d’accord…

Image : Des participants à la Grande Bataille du fort de Bicolline célèbrent leur victoire.

Sa hargne combinée à celle de tous les autres soldats impériaux ne suffit pas cette fois. Les flèches fusent de partout, comme les boulets rouges des machines de guerre qui sévissent sur le terrain. L’ennemi a faim de vaincre. Un membre de l’état-major de la Fédération argannaise réussit même contre toute attente à s’emparer d’un des drapeaux défendus par l’Empire. C’est assez pour donner l’avantage à la Fédération, qui remporte la bataille au bris d’égalité. Ses troupes explosent de joie quand résonne la trompette de la victoire.

Image : Un armée de soldat.

Effondrés, les soldats de l’Empire prennent le long chemin du retour. Sur le pont qui sépare le champ de bataille du village, des enfants distribuent des fleurs. Un rappel que la vie continue, malgré tout. N’empêche que le chef Thorstein de la guilde du Ragnarok fulmine.

On n’a pas perdu!

Mathieu Bergeron, alias Thorstein

Officiellement, son clan est perdant. Mais il clame le contraire, s’appuyant sur son interprétation du règlement. Et puis, l’Empire a peut-être perdu la Grande Bataille, mais pas la guerre.

Image : Des hommes mangent autour d'un feu.

Assis près du feu au centre du campement de leur guilde une heure plus tard, les Vikings qui tout à l’heure se battaient sans lendemain préparent maintenant le repas final. Le goût amer de la défaite s’estompe peu à peu. Parce qu’au-delà des faits d’armes et des héros de guerre, le Ragnarok, c’est d’abord et avant tout la fraternité. Et il ne reste plus qu’une soirée à partager avant la tombée du rideau sur cette semaine au duché de Bicolline.

Ici, on retombe aux valeurs de base : le respect, l’amitié, l’entraide. Ici on ne laisse jamais tomber un frère ou une sœur. Ça peut sembler utopique, mais c’est ce qu’on vit pendant une semaine, résume Mathieu Bergeron.

Image : Un bouclier et un casque laissés sur le terrain de la grande bataille qui vient de se terminer à Bicolline.
Photo: Une fois la grande bataille terminée, les guerriers enlèvent leur équipement parfois lourd et imposant.  Crédit: Radio-Canada / Yoann Dénécé

Équipe

Journaliste
Michelle Raza

Photos et vidéos
Yoann Dénécé

Images de drone
La boite ronde

Édimestre
Jessica Prescott

Responsable des communications-marketing
Kim Châteauneuf

Première chef journalisme et programmation,
Radio-Canada Mauricie/Centre-du-Québec
Hélène Fouquet

Directrice développement du contenu et de la production,
Radio-Canada Mauricie/Centre-du-Québec
Nancy Sabourin

Développement, programmation
Mykael Adam et Cédric Édouard

Design interactif
Martin Labbé

Contrôle qualité
Pierre Gauthier

Chefs de projet, développement numérique
Lore Brit et Katherine Domingue

Conseillère au contenu numérique
Émilie Larivée-Tourangeau

Chef de production
Éric Langlois

Directeur, Stratégie éditoriale numérique
Yannick Pinel

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