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Image : Des conteneurs aménagés comme des cantines.

Pendant les neuf derniers mois, des entrepreneurs québécois ont raconté à Enquête leur quotidien. Pour ce projet unique, ils nous ont confié comment ils ont affronté les intempéries.

Un texte de Julie Dufresne

Trois entrepreneurs ont affronté la tempête

Vegpro International, Sherrington Québec

  • Producteur de légumes frais présent au Québec, en Colombie-Britannique et en Floride
  • Nombre d’employés : 1238 (dont 430 saisonniers)
  • Chiffre d'affaires en 2019 : 250 millions de dollars
Portrait de Gerry Van Winden
Gerry Van WindenPhoto : Radio-Canada / Julie Dufresne

Un producteur maraîcher, t’es un peu gambler en partant parce que t’es jamais sûr de la météo, jamais sûr du prix que tu vas avoir pour ton produit, alors y’a une part de risque et t’es habitué de vivre avec. Et c’est clair cette année qu’il y en a une grosse couche par-dessus.

Une citation de :Gerry Van Winden, président de Vegpro International

Tristan, Montréal, Québec

  • Détaillant de vêtements comptant plus de 41 boutiques au Québec, en Ontario et en Alberta
  • Nombre d’employés : 500 Tristan (+100 dans les usines)
  • Chiffre d’affaires en 2019 : 55 millions de dollars
Portrait de Gilles et Lili Fortin.
Gilles et Lili Fortin doivent affronter la tempête.Photo : Radio-Canada

On était sur une bonne lancée depuis l’automne dernier et là, le printemps était vraiment bien parti et puis les vitrines prêtes pour Pâques. En l’espace de 72 heures, on perd tout. Ben là, c’est un avion en plongée qu’on gère.

Une citation de :Lili Fortin, présidente, et Gilles Fortin, fondateur des boutiques Tristan

Chez Saint-Pierre (Bic)

  • Restaurant gastronomique du Bas-Saint-Laurent
  • Nombre d’employés : 17
  • Chiffre d’affaires en 2019 : 800 000 $
Portrait de Colombe St-Pierre
Colombe St-PierrePhoto : André Dufour

Je suis cheffe propriétaire du restaurant depuis 16 ans. Je suis un peu un cas à part : je suis une femme, cheffe, en région. Notre modèle d’affaires est déjà un peu précaire en partant. Ma situation dépend du tourisme. À partir de la Saint-Jean-Baptiste jusqu’à la fête du Travail, c’est 80 % de notre chiffre d’affaires…

Une citation de :Colombe St-Pierre, cheffe et propriétaire du restaurant Chez Saint-Pierre

Le premier ministre du Québec, François Legault, fait le point sur la pandémie de coronavirus.
Image : Le premier ministre du Québec, François Legault, fait le point sur la pandémie de coronavirus.
Photo: Le premier ministre du Québec, François Legault, fait le point sur la pandémie de coronavirus.  Crédit: Radio-Canada

Le Québec se met sur pause

Aujourd’hui j’ai pris la décision de fermer toutes les entreprises pour trois semaines, sauf pour les services essentiels.[...] Dans les faits, le Québec va être sur pause pendant trois semaines.

Une citation de : François Legault, premier ministre du Québec, 12 mars 2020

- 1er avril

Gilles Fortin, fondateur de Tristan
Le premier vendredi, on s’attendait à une baisse de chiffre d’affaires importante. Finalement, on a eu seulement -3 %. On s’est dit : c’est pas normal, ça va frapper plus fort que ça…

Le samedi, ça a été -25 % , le dimanche, ça a été -50 %, le lundi, ça a été -80 % et le mardi on était en négatif. Ça veut dire que les clients qui avaient acheté pour aller en croisière, en vacances, ont ramené le stock. On remboursait plus qu’on vendait.

En 18 heures, on a mis [près de] 650 personnes à pied.

Je suis rentré dans l’entrepôt le lendemain matin, on se pinçait, on pensait qu’on rêvait. Il n’y avait plus personne sur les étages à part deux filles aux paies et deux filles aux finances. Ça donne un coup. On peut voir une entreprise décliner sur des années, mais du lundi au mercredi, être anéantie... Il n’y avait plus rien, plus personne, c’était incroyable.

On ne pouvait pas en imaginer une pire. C’était une tempête parfaite.

- 3 avril

François Legault
Si on tire une leçon de la crise actuelle, c'est qu'on devrait être autonome pour les biens essentiels. Et l’équipement médical, c’est un bien essentiel.

Gilles Fortin
Lili avait eu la bonne information. C’est une amie à elle qui lui a dit : on n’a plus de visières et, dans le système de santé, ils vont en manquer. Êtes-vous capables d’en faire? Et on est partis de ça. Deux jours après, on avait le prototype dans la matière finale.

Là, on est occupés, on court partout! On met des visières dans l’auto, on va en porter aux médecins, à leur maison, on livre chaque jour, tout le monde nous crie après, ça nous tient occupés!

Un travailleur porte une visière.
Un travailleur de Tristan assemble des visières.Photo : Tristan

Ceux qui vont passer au travers de cette crise-là, c’est ceux qui vont avoir protégé leurs liquidités. Si on tombe out of cash là, on va être peinturés dans le coin et il va faire chaud.

On est contents d’avoir sauté dans cette histoire de visières, ça nous empêche de regarder le bateau couler pis de capoter.

- 18 avril

François Legault
On souhaite que le Québec soit plus autonome, on a eu peur au cours des derniers mois que les fruits et les légumes qu’on importe du sud, qu’on soit plus capables de les avoir.

- 22 avril

Gerry Van Winden, président de Vegpro
Moi, mes craintes, c’est pas si je vais être capable de vendre. Moi, c’est : est-ce que je vais avoir des gens pour produire, est-ce que je vais avoir de la main-d'œuvre? C’est ça mes craintes depuis le début. Si on enlève les travailleurs d’Amérique du Sud qui viennent travailler aux champs en Amérique du Nord, vous pouvez être sûrs qu’il n’y en aura pas, de légumes.

La crainte qui vient après ça, c’est : comment on va s’assurer que ces gens-là ne se contaminent pas. J’ai des immeubles où ils sont 50-60 dans le même immeuble, ils ne sont pas à l'abri de la pandémie, pis si ça rentre, c’est comme une grande famille. Moi, je me dis : 80 personnes ensemble, c’est pas loin d’un CHSLD. [...]

On a mis tout un système à l’entrée de l’usine : on prend la température de tous les travailleurs tous les jours. On a mis une sécurité pour s’assurer de l’éloignement des gens, et des lignes par terre - il y a un bon respect de ça.

Ça prend une faille, pis là y arrive quoi? T’es fermé pendant 2-3 semaines? Pour moi, ça, ça veut dire 14-15-20 millions de pertes.

Un homme en tenue de laboratoire devant un travailleur.
Un travailleur de Vegpro doit subir un texte de COVID-19.Photo : Radio-Canada

- 27 avril

Lili Fortin, présidente de Tristan
Ç’a été tellement difficile de conserver les usines dans les dernières années, on s’est posé tellement de questions, parce que c’était difficile de garder la main-d’œuvre.

Chaque nouvelle demande qu’on a, on réalise que si on n'avait pas nos usines ici, on ne pourrait pas aider de la manière dont on le fait en ce moment.

Pour accélérer le processus et puis pour venir en aide aux gens qui en ont vraiment besoin dans le système de la santé, pis pour qu’on ait le produit au moment où ils en ont besoin, on a décidé de se commettre et puis d’acheter le matériel avant même d’avoir une confirmation quant au prix qui sera payé par le client. [...]

Les banques, au début, on pensait qu’elles allaient avoir une meilleure tolérance au risque. Là, on s’aperçoit qu’après quelques semaines de négociations, c’est pas le cas. Elles veulent même retirer nos marges de crédit.

- 28 avril

François Legault
Mes remerciements du jour sont pour les entrepreneurs du Québec... Je veux vous dire […] que ce soit Investissement Québec ou que ce soit votre banque ou votre caisse, [...] on va tout faire pour vous aider à passer financièrement au travers.

- 30 avril

Gilles Fortin
Je vais te donner des vrais chiffres, OK? Pour garantir une marge de crédit de 5 millions, j’ai des stocks de la valeur au coût de 15 millions – mais ils veulent qu’on cautionne par-dessus. Alors, ils veulent prendre les stocks pis des garanties immobilières, pis des signatures personnelles, pis tout ce que tu veux!

J’ai juste dit : It’s not gonna fucking happen. C’est tout.

C’est pas vrai que vous allez utiliser la période de la pandémie pour venir nous attacher un nœud coulant au cou pour le restant de nos jours, ça marchera pas, ça, c’est pas vrai.

C’est terrible de demander ça, s’ils font ça, là, ça va être épouvantable pour tout le monde. On va tous péter, c’est pas compliqué : on va tous péter.

Le reportage de Julie Dufresne et de Luc Tremblay est présenté à Enquête le jeudi à 21 h à ICI Télé et en reprise le samedi à 13 h. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 18 h 30.

À lire aussi : Dans la tempête, ç’a toujours l’air incroyablement noir- Eric Girard

Pierre Fitzgibbon devant des drapeaux du Québec.
Image : Pierre Fitzgibbon devant des drapeaux du Québec.
Photo: Selon Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation, le potentiel des sciences de la vie est immense.   Crédit: Radio-Canada

Un déconfinement partiel

Partout au Québec sauf pour la Communauté métropolitaine de Montréal - la CMM - les commerces de détail qui ont une entrée directe à l'extérieur pourront ouvrir à partir du lundi 4 mai. [...] Par contre les centres commerciaux avec des aires communes devront demeurer fermés jusqu'à nouvel ordre.

Une citation de : Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation, 28 avril 2020

- 30 avril

Gilles Fortin
On n’est pas des magasins de rue, nous autres, on est des magasins de centres d’achats. J’aimerais ça que le ministre, quand il décide quelque chose, là, qu’il fasse un petit reality check, qu’il nous appelle cinq minutes. On va dire : ç’a du bon sens, ou pas de bons sens. Là, moi, je me ramasse à Carrefour Laval, où mon magasin est fermé, mais parce que Zara a une porte avec l’extérieur, il va ouvrir, puis lui va avoir deux-trois semaines d’avance sur moi. C’est un compétiteur énorme. [...]

C’est pas rose, là. Ils me font choquer cette semaine, parce que ça va faire.

- 5 mai

Lili Fortin
On essaie de tout faire pour trouver des manières créatives de s’en sortir ou de revoir un peu notre modèle d’affaires à court terme, pour être capable de générer des liquidités, pour être capable de passer à travers. [...] On y réfléchit jour et nuit : il faut qu’on trouve une solution.

Gilles Fortin
J’ai des containers qui partent de Chine, j’ai des employés d’entrepôt, j’ai des factures qui ne sont pas payées qu’il faut payer, les centres d’achats... Tout le monde attend après son chèque. Mais là, quand les chèques se mettent à sortir, ça va aller gruger la marge de crédit... qui n’existe plus.

C’est ça le bogue : il n’y en a plus de marge! Alors, vendredi, si Tristan tombe à découvert, et qu’il n’a pas pris les mesures pour se financer ailleurs, ou accepter les conditions [de la banque], le chèque ne passe pas.

Gille Fortin au téléphone.
Gilles Fortin aura pu fournir le système de santé en visières et en jaquettes le temps de quelques semaines pendant la pandémie.Photo : Radio-Canada

- 11 mai

Colombe St-Pierre
[Pour l’instant] nous, on vend des paniers à la semaine, on transforme tous nos légumes de garde, on continue d’acheter. Le contexte de crise ajoute à une situation difficile, un contexte limite impossible à tenir et à soutenir. Il faut que je vende de la bouffe!

Je pédale dans la semoule, je ne fais pas grand argent, mais il y a du monde qui m’encourage : on fait des paniers, les bons clients sont là. [...]

Est-ce que c’est l’avenir les paniers? Moi, c’est sûr que c’est pas ça que j’avais décidé de faire, dans la vie, du prêt-à-manger. On fait environ 20 piasses par panier, pis on en fait 25 paniers à 250 $. 25 X 20 $, ça, c’est notre profit sur quatre jours de mise en place, plus la livraison. On le fait parce que… tant qu’à être chez nous à rien faire. [...]

Les fournisseurs m’ont téléphoné, ils m’ont dit : qu’est-ce qu’on fait si tu n’achètes pas cette année? On ferme? J’ai dit : ben non, c’est hors de question, faut pas que ça ferme! Je vais acheter votre production pis au pire je vais m’organiser pour la redistribuer. Mais c’est ça qu’on fait, les restaurateurs, depuis trop longtemps : on s’occupe de la chaîne au complet! Pis ça, ça commence à être pesant pour nous, parce qu’on est sursollicités.

- 13 mai

Gerry Van Winden
D’une journée à l’autre, tu fais une victoire pis ça prend pas de temps qu’il arrive un autre événement qui t’atteint.

Hier on a eu un... un premier employé est décédé. En Floride.

Portrait de Gerry Van Winden.
Gerry Van Winden, PDG de Vegpro International.Photo : Radio-Canada

[Le directeur de l’usine] l’avait entendu tousser une fois ou deux, il se sentait fatigué. [Le directeur] lui a dit : il est 15 h, va t’en chez vous, je vais finir la journée pour toi.

C’était son grand chum, ils étaient toujours ensemble, ces deux-là. Après, [le directeur] a envoyé sa femme pour aller voir et lui a apporté à manger [chez lui]. Elle l’a vu qui toussait. Il semblait avoir les symptômes, en fait.

Lundi, ils n'ont pas eu de nouvelles. Mardi, ils n’avaient toujours pas de nouvelles, ça faisait plusieurs fois qu’ils appelaient.

Hier après-midi, ils ont appelé la police, ils l’ont découvert… mort dans son appartement. [...]

Ils sont une petite équipe là-bas : ils sont 50-52 dans l’usine, pis c’est les mêmes employés depuis 10-15 ans, alors tout le monde se connaît.

On a parlé au personnel, on a réagi, ça s’est fait hier, ça s'est bien fait…

Ce matin, tout le monde est à son poste. Mais avec beaucoup d’inquiétude.

- 14 mai

Gilles Fortin
On était dans la pire situation possible : on vient de se faire enlever la marge de crédit, on a passé nos liquidités sur la maudite jaquette, pis on a pas de commandes. [...]

Gilles Fortin devant des boîtes.
Gilles Fortin prépare avec des employées de bureau une commande de jaquettes à livrer.Photo : Tristan

Quand on a su que le gouvernement prenait nos jaquettes finalement… écoute, tout le monde était fou au deuxième!

Mon monde d’entrepôt était parti, alors ce sont toutes les filles du développement de produits, pis de la logistique qui sont descendues pour nous aider à charger le camion de Robert Transport.

Un tracteur de l'entreprise Vegpro International dans un champ de laitue. La compagnie investit 60 millions de dollars à Coldstream, en Colombie-Britannique, pour y produire et transformer de la laitue verte.
Image : Un tracteur de l'entreprise Vegpro International dans un champ de laitue. La compagnie investit 60 millions de dollars à Coldstream, en Colombie-Britannique, pour y produire et transformer de la laitue verte.
Photo: L'entreprise Vegpro International investit 60 millions de dollars à Coldstream, dans l'Okanagan, en Colombie-Britannique, pour y produire et transformer de la laitue verte.   Crédit: Vegpro International

Le Québec se remet en marche à certaines conditions

On a obtenu l'autorisation de la santé publique pour annoncer graduellement, et de façon sécuritaire, la réouverture de notre économie. Je tiens à préciser que la direction de la santé publique, de même que la CNESST [Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail] ont élaboré des règles très claires, que toutes les entreprises autorisées à rouvrir devront respecter en tous points.

Une citation de : Pierre Fitzgibbon

- 19 mai

Colombe St-Pierre
J’ai juste reçu le projet préliminaire des mesures à respecter pour une réouverture à 50 %, parce que c’est de ça qu’on parle… J’ai tourné les pages, il y a huit pages… C’est là où je me suis dit - ça, c’est la semaine passée : OK, c’est pas possible. J’embarque pas là-dedans.

C’est sûr qu’un restaurant de 50 places à qui tu dis : vous allez être à 20-25 places... On dit toujours : c’est le trentième client qui commence à être payant. Fait que dans le fond, tout ce qu’on va faire, c’est qu’on va payer des factures pis se brûler. C’est ça qu’on nous demande de faire.

- Êtes-vous en train de nous dire que Chez Saint-Pierre ne va pas ouvrir cet été?

Ouais... ouais… Pis j’ai de la misère à dire ça parce que... c’est tellement fragile. Nous on va être là, mais ce qu’on a connu de Chez Saint-Pierre, ce sera pas ça cet été. C’est comme m’arracher le système digestif, les entrailles pis le cœur de dire : j’y crois pas, non, j’y crois pas ce qui s’en vient pour nous. [...]

J’ai beaucoup pleuré la semaine passée parce que, je dis non, pis en même temps je m’en veux, je me dis : voyons t’as plus de guts? T’as plus rien, qu'est-ce que t’as? Mais que tout ce qu’on a bâti s’écroule, ça, c’est non… On va essayer de s’en sortir, mais pour cette année, il y a quelque chose de brisé, faut pas rêver.

- 20 mai

Gerry Van Winden
Ce qui s’est passé en Floride, c'est certain que je vais en parler [aux travailleurs au Québec]. C’est pas un gars de 80 ans qui est décédé : c’est un gars de quarante et quelques années. Ça peut arriver. Tout le groupe de management ici, on est tous bien conscients, ça va arriver un jour, c’est clair – à moins que le Québec reste confiné, ça va arriver un jour. Fait que, comment on va être capables de gérer? [...]

- 28 mai

Colombe St-Pierre
Même si on transforme le restaurant en un espèce de petit marché de l'autonomie alimentaire, ça sera pas suffisant pour qu’on puisse s’en sortir. Il nous faut quelque chose d'autre... quelque chose d'autre qui va être un petit peu à l'abri des tempêtes.

- 29 mai

Gilles Fortin
Nos pertes, nous autres, sont pognées, sont faites, là. On peut plus, on peut plus leur en donner, il y en a plus, il n'y a plus de Smarties dans le bocal. En tout cas, comment on peut leur expliquer ça, je sais pas, [les centres commerciaux] comprennent pas. [...]

Si on ne peut pas régler ça en bon retailer, en bons clients, je ne vous ferai pas de dessin : il y a des procédures légales pour faire ça. Il va falloir se placer sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers [qui] vous permet de mettre fin à un bail. Si c’est la seule chose qui nous reste en bout de ligne, si on n’est pas capables de s’entendre, on va être obligé d’aller là.

- 3 juin

Gerry Van Winden
J’avais raison d’avoir des craintes. Qu’est-ce que j’anticipais arrive présentement : on a 10 travailleurs guatémaltèques confirmés, qui ont la COVID présentement.

Ça a commencé jeudi dernier, on a eu le premier cas. Sur les 39 personnes mises en quarantaine, il en a encore 18-20 qui n’ont pas été testées.

Moi je peux te dire : [les responsables de la santé publique] ils ne sont absolument pas préparés pour ça actuellement : on le vit. Vendredi, ce que je voulais, c’est qu’une unité de santé vienne chez nous. Notre souhait, c’est de tester tout le monde, mais il y a encore beaucoup de réticence à tester les gens. Je pensais que c’était pleinement ouvert, mais c’est pas encore le cas. Là on nous disait : non, non, ils n’ont pas de symptômes, on ne les teste pas s'ils ont pas de symptômes. [...]

Un ouvrier travaille dans un champ.
Le tiers des ouvriers qui travaillent dans les champs chez Vegpro International, une entreprise de Sherrington, en Montérégie, ont été en quarantaine.Photo : Radio-Canada

Cette personne-là, qui était positive, elle a vécu combien de temps positive avec les autres? Trois jours, quatre jours, cinq jours? Je ne le sais pas! Ils ne réalisent pas actuellement la vitesse que ça peut se propager à l’interne, pis ça peut créer un foyer très rapidement. [...]

Selon eux, ils ont agi adéquatement, on va les laisser faire leur examen de conscience.

Mais en même temps, on écrasait l’orteil d’un gros géant, puis le gros géant, ben, il a réagi, il a pas aimé ça de se faire piler sur un orteil : on est en justification depuis six jours. Parfois verbalement, parfois par écrit, en envoyant des rapports, des preuves de qu’est-ce qu’on fait, parce que toutes les autorités nous demandent de justifier, pis ils veulent savoir si on fait bien les choses.

- 4 juin

Lili Fortin
[Les propriétaires de centres commerciaux] nous sont revenus hier avec une contre-proposition... La vérité, c’est qu’elle ne fait pas l’affaire du tout.

Quand on est rendu là, à payer 30, 40, pis 50 % des ventes en loyer, c’est juste pas soutenable, c’est juste pas viable, pis si en plus de ça, faut payer 3, 4 mois de loyers alors que y avait zéro revenu, ça fait juste nous tuer en octobre au lieu de nous tuer maintenant. [...]

Gilles et Lili à une table.
Gilles et Lili Fortin signent les documents légaux pour demander la protection des tribunaux.Photo : Radio-Canada

On ne voulait pas que ça [la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies] soit notre premier recours, mais il fallait quand même que ça fasse partie d’une de nos stratégies. C’est sûr que c’était pas le plan A.

- 16 juin

Colombe St-Pierre
Les cantines, les take-out, ça a marché tempête! En général, quand tu regardes ça, ils sont rentables ces gens-là. Pourquoi? Parce qu'ils ne s'occupent pas de toi pendant 3 heures de temps. Ils s’occupent de toi pendant 10 minutes. Après, ils en pognent un autre : 10 minutes, tu pognes tes affaires, pis tu t’en vas. […]

Nous on voudrait ouvrir à la Saint-Jean-Baptiste, [mais] il y a à peu près 42 décrets sur ce que je veux installer, c’est pas rien si l’urbanisme dit oui à ce projet-là. [...]

Eux autres, leur gros problème, c’est : si je te permets à toi, on permet à d'autres. Moi je leur disais : moi j’ai mon restaurant ici, le lieu physique existe, c’est logique que j’aie un sous-produit de mon restaurant à côté de mon restaurant.

Deux conteneurs dans un stationnement.
Colombe St-Pierre a aménagé des conteneurs dans le stationnement de l'église du Bic pour recevoir sa clientèle.Photo : Colombe St-Pierre

- 17 juin

Gerry Van Winden
Moi, personnellement, ça va. Les points positifs, les travailleurs, y a pas eu, y a pas d’autres cas de COVID. [Mais] c’est sûr qu’ici, c’est beaucoup d’impacts à cause de la sortie médiatique. [...]

On fonctionne à 50, 60 % de nos effectifs, pis là, toutes ces histoires-là, ben, ça amène beaucoup de surtemps. Pis après ça, c’est de répondre aussi à toutes les autorités : elles veulent tout, pis tout le lendemain matin!

Hier, le consulat du Mexique a dit qu’il n’envoyait plus de travailleurs. Évidemment, on était sur cette liste-là. Fait que nos travailleurs, finalement, une majorité d’eux autres étaient supposés avoir leur visa en règle pour s’en venir, on espérait qu’une bonne quantité prenne l’avion aujourd’hui ou demain, là, ça arrivera pas. Là, faut qu’on démontre aux autorités mexicaines qu’on fait ce qu’on doit faire, mais la question qui est posée, c’est : que faites-vous pour protéger la santé des travailleurs?

Des travailleurs sur des équipements de récolte.
Certains travailleurs mexicains sont employés par Vegpro depuis plus de 10 ans.Photo : Vegpro

Pierre Fitzgibbon
C'est une étape importante de la relance de l'économie québécoise que nous franchissons [...] avec la réouverture des centres commerciaux sur les territoires de la Communauté métropolitaine de Montréal et de la MRC de Joliette.

- 18 juin

Gilles Fortin
L’ouverture du grand Montréal, c’est une très bonne nouvelle. Elle est malheureusement, dans l’ensemble de ce que la pandémie va avoir fait, un gros, gros mois trop tard. Ça me coûte 1,5 million [de loyer] par mois : je suis 5 millions dans le trou pis j’ai pas ouvert la caisse enregistreuse encore. Pis quand je vais l’ouvrir, tout le monde me dit que je vais faire 20 % de ce que je faisais l’année passée. Pis en plus, je vais vendre mon stock à moitié prix. C'est ingérable.

- 16 juillet

Colombe St-Pierre
Finalement, il y a une ouverture dans les régions, et beaucoup de tourisme.

Le monde, y'ont faim! En ce moment, ça a parti dans l'autre sens : au niveau du volume, je fais deux fois plus de volume. Là, on est rendus à engager du monde. En fait, on court partout! [...]

Il y a beaucoup de gens qui me demandent en ce moment : Mais là, est-ce que tu vas rester comme ça? Tu vas refaire ton restaurant? Mais moi, je survis…

J'avoue que ça fait beaucoup, on est en train de s'adapter. [...]

C’est là où il est, mon deuil. La passion de départ, c’était d'amener la cuisine du Québec ailleurs. Je renonce un peu à la représentation de la gastronomie à l’étranger pis à l’international. Parce que tu vas pas révolutionner la cuisine à l’étranger avec une cantine : ça, c’est vraiment pour les gens d’ici.

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La cantine Chez Saint-Pierre prend forme dans le stationnement de l'église du Bic et attire des clients.Photo : Colombe St-Pierre

- 21 juillet

Lili Fortin
Soulagée, je ne sais pas. On est plus dans la phase d'acceptation, [se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, c’est] la meilleure chose à faire pour sauver l'entreprise. [...]

Ce que j'aime pas de ce processus-là, comme j'ai dit aux employés, c'est le nom de la loi dès qu'il y a faillite et insolvabilité dans le nom, je veux pas que les clients aient peur qu'on soit pas là, qu'on ferme.

Gilles Fortin
Demain matin, on veut que la gang s'affaire à faire ce qu'on fait de mieux : quand ils se seront séché les larmes, il faut se forcer pour faire les plus beaux vêtements possibles. Si on a le bon stock, on va s'en sortir. 

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Des employés de Tristan apprennent que l'entreprise est en restructuration.Photo : Radio-Canada / Julie Dufresne

- 16 septembre

Gerry Van Winden
Financièrement, on a fait plus avec moins. Le plus gros enjeu, ç’a été la main d’œuvre. [...]

Les gros enjeux, on les a vécus. Les gros problèmes, on les a eus. Évidemment, on souhaite pas que ça revienne. [...]

[Les autorités  de santé] ont un problème de personnel aussi, hein, ils ont un enjeu de s’adapter, on le voit présentement.

Depuis un mois et demi, à peu près, ils font un test systématique lors de l’arrivée [des travailleurs], les autorités de la santé venaient les dépister sur place. Hier, on nous a dit : on peut pas faire ça, faut que vous ameniez les travailleurs.

- 17 septembre

Colombe St-Pierre
Les deux semaines de la construction, là, les deux dernières de juillet, moi, j’ai des cuisiniers qui vomissaient là, tellement qu’ils étaient à bout : on travaillait 16 heures par jour.

On était vraiment, vraiment limite, on n’aurait pas pu tenir ça beaucoup plus longtemps : ça a duré quatre semaines d’achalandage juste complètement surréel.

La semaine dernière, là, ça a coupé drastiquement, après la fin de semaine de la fête du Travail. C’est pas compliqué, ça a droppé de 60 % là, les revenus, depuis la semaine après la fête du Travail.

Là, tu ronges tes profits de l’été. La plupart des gens ferment en ce moment. Parce que tsé, si tu veux vraiment conserver tes acquis, tu n’ouvres pas à perte. Là, on est en réflexion. On est pognés avec la COVID [...].

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Le restaurant Chez Saint-Pierre a élu domicile dans un conteneur et a changé de vocation pour l'été.Photo : Radio-Canada

La cantine peut fonctionner, c’est juste qu’au niveau financier, c’est un coup de dés, parce que là, soit tu fermes tout de suite pour éviter d’avoir des pertes, [mais] c’est sûr que moi, j’ai des engagements avec des fournisseurs, j’ai toujours des agneaux de pâturage qui arrivent au mois d’octobre. Des canards... Ça, c’est des promesses que tu fais aussi à des producteurs pour qu’il ne bougent pas, peu importe ce qui se passe. Fait que ça, ça fait vraiment partie de mon processus aussi de réflexion par rapport à l’engagement.

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Image : Le premier ministre du Québec, François Legault, portant un masque.
Photo: Le premier ministre du Québec, François Legault  Crédit: Radio-Canada / Ivanoh Demers

La deuxième vague

La deuxième vague, elle est là et elle est forte. [...] Ne vous demandez pas comment faire pour contourner les consignes. Demandez-vous comment on peut faire pour éliminer tous les contacts qui ne sont pas nécessaires.

Une citation de :François Legault, 22 septembre 2020

- 13 novembre

Lili Fortin
Il y a eu une diminution instantanée des trafics dans les centres commerciaux suite à l’annonce des zones rouges. Ç’a été du jour au lendemain, des trafics à -65 % [par rapport à] l’année passée.

Gilles Fortin
Pas de [production d’équipement] médical, je pense pas qu’on aurait été jusqu’à la fin de nos entrevues. On aurait été plantés avant, c’est sûr. [...]

Il y a une chose qu’on a arrêté de faire ici : on a arrêté de faire du planning. C’est fini les chiffriers Excel, c’est à refaire à toutes les semaines, alors, on ne perd plus de temps à faire ça. On y va comme ça vient.

Qui va me dire si le Black Friday va être occupé dans les centres commerciaux? Qui va me dire qu’à Noël, ils ne vont pas nous fermer ça une semaine avant?

Lili Fortin
Mais là, on arrive à une période où on doit décider c’est quoi la prochaine étape pour notre usine, et aussi pour le médical.

Gilles Fortin
Moi, je vais vous le dire un peu plus carré : il n'y a pas une maudite commande qui sort, et nous, on a continué à produire sans commandes, fait que là, j’ai des containers de stock, et puis il y a pas de commandes qui se donnent. [...]

Ça va être très difficile pour le gouvernement de garder les yeux bleus. Ils ont le panier bleu, pis ils ont tout bleu, là, mais quand la jaquette va leur coûter 40 % plus cher s’ils la font ici, là, pis qu’ils en ont besoin d’un million… je sais pas, on verra. Je ne suis pas sûr.

Mais cette génération-là, qui est dans les bras de leur maman, c’est eux autres qui vont payer tout à l’heure.

- 17 novembre

Colombe St-Pierre
Financièrement, on a sauvé les meubles.

On va rembourser nos dettes, logiquement, on est en positif. On avait emprunté aussi un autre 50 000 $ sur notre maison qu’on peut rembourser partiellement… Mais… à quel prix? Moi, je suis quand même maganée. [...]

On a annoncé sur Facebook qu’on rouvrirait le restaurant gastronomique l’année prochaine. [...] Parce que je m’ennuie : j’ai besoin de la gastronomie pour continuer, moi, à évoluer. [...]

On mérite de se faire secouer de temps en temps. Il faut accepter ces périodes troubles qui permettent à l’humanité de se rasseoir de se redéfinir et de se reconstruire.

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