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Image : Montage avec trois photos montrant des joueurs de football en train de fêter leur victoire.

De 2004 à 2006, le Rouge et Or de l’Université Laval et les Huskies de l’Université de la Saskatchewan se sont livré trois duels, dont deux à la Coupe Vanier, la récompense suprême du football universitaire canadien. Retour sur ces guerres de tranchées avec des acteurs de premier plan de cette trilogie.

Un récit de Charles Lalande

Secondeur du Rouge et Or de 2003 à 2007, Éric Maranda, n’est pas près d’oublier ces affrontements. Il compte même en parler encore longtemps à ses coéquipiers de l’époque.

Quand on sera vieux, on sera dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée et on va encore se dire : ‘‘Hey, est-ce que tu te souviens de nos matchs à Saskatoon?’’

Éric Maranda, joueur par excellence de la Coupe Vanier 2006
Glen Constantin, entouré de quelques joueurs qui déversent un seau de boisson rouge pour sportifs sur lui.
Image : Glen Constantin, entouré de quelques joueurs qui déversent un seau de boisson rouge pour sportifs sur lui.
Photo: Glen Constantin reçoit la traditionnelle douche de Gatorade pour souligner la victoire des siens.  Crédit: La Presse canadienne / J.P. MOCZULSKI

Une Coupe Vanier pauvre en points, mais non moins intéressante

27 novembre 2004
Coupe Vanier
Hamilton, en Ontario
14 227 spectateurs
Victoire de 7 à 1 du Rouge et Or

Quelques heures avant le botté d’envoi, l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin, a déjà le pressentiment que ce match sera très particulier, et ce, pour plusieurs raisons. 

C’était la première fois que l’événement était présenté ailleurs qu’à Toronto, mais on avait surtout l’occasion de remporter le Championnat canadien pour une deuxième saison de suite, une première dans notre histoire.

La pression sur les épaules de la défensive du Rouge et Or est énorme. Elle a le mandat de stopper le quart-arrière Steve Bilan, qui a connu une saison de rêve avec une récolte de 25 passes de touché et de près de 2500 verges. On savait qu’on allait en avoir plein les bras, se rappelle Glen Constantin, en poste depuis 2000.

Dans le monde du football, on entend souvent le vieil adage selon lequel les défensives remportent les championnats. Même s’il est un peu usé, il illustre parfaitement ce triomphe de l’Université Laval en 2004 aux dépens des Huskies.

Nous avions une défensive très expérimentée. Honnêtement, je pense que tous nos partants ont eu, au minimum, un essai professionnel , dit Glen Constantin, qui compte à ce jour 10 titres de la Coupe Vanier.

Parmi les têtes d’affiche de la défensive du Rouge et Or figurent Miguel Robédé, Yves Hercule, Jean-Philippe Abraham, Éric Maranda et Matthieu Proulx, pour ne nommer que ceux-là.

Le demi défensif Matthieu Proulx, qui a par la suite joué six saisons pour les Alouettes de Montréal, se souvient de cette puissante unité défensive. « Elle était boostée, c’était notre marque de commerce en 2004. »

Bien qu’elle ait été dominante toute la saison, rien n’est assuré pour la défensive du Rouge et Or. Plusieurs observateurs se demandent si la vitesse québécoise va pouvoir freiner la puissance et la force physique des Huskies de la Saskatchewan. 

On a amené une dimension de robustesse à notre jeu. Honnêtement, je pense que les Huskies ne s’attendaient pas à cela. Ils s’attendaient peut-être à beaucoup de dentelle de notre part.

Cet après-midi de novembre 2004, les footballeurs de l’Université Laval limitent le quart-arrière des Huskies, Steve Bilan, à une maigre récolte de 113 verges de gains. Ralenti par une blessure aux obliques, il parvient à atteindre ses receveurs à seulement 11 occasions en 33 tentatives. 

Pire encore, il est aussi victime de cinq interceptions. Son nom est d’ailleurs inscrit dans le livre des records de la Coupe Vanier pour le plus grand nombre de passes interceptées lors de la finale. 

Brian Towriss, le sifflet à la bouche, lors d’un entraînement en 2004 tenu quelques jours avant la Coupe Vanier.
L’entraîneur-chef des Huskies, Brian Towriss, aurait bien aimé que son quart-arrière Steve Bilan soit en bonne santé lors du match ultime.Photo : La Presse canadienne / J.P. Moczulski

Le sommaire de la première demie se limite à un simple des Huskies réalisé par le botteur Brad Ollen.

Dans les souvenirs de Dan Houle, centre-arrière des Huskies de 2004 à 2008, ce match défensif est riche en émotions pour tous les joueurs et entraîneurs. Celui qui est aujourd’hui entraîneur des porteurs de ballon de son ancienne formation se souvient que c’était à la fois enthousiasmant et frustrant

Défensivement, nous avons fait le travail. Offensivement, nous avons eu de la difficulté, mais nous savions qu’une seule possession suffisait pour nous donner les devants!

Dan Houle, centre-arrière des Huskies

À la fin du deuxième quart, l’offensive saskatchewanaise et son quart-arrière Steve Bilan menacent en territoire ennemi. Steve Bilan tente une passe dans la zone des buts vers son receveur, mais Matthieu Proulx met fin à la menace en réalisant une interception. 

Quelques secondes avant de causer ce revirement, le demi défensif du Rouge et Or savait exactement ce que Steve Bilan s’apprêtait à faire. Toute la semaine précédant la rencontre, l’unité de l’Université de Laval a épluché les bandes vidéo des derniers matchs des Huskies. 

Une motion avec deux joueurs qui font un tracé dans des zones courtes et un troisième montait de façon verticale. Ce jeu-là, nous savions que c’était l’un des jeux clés utilisés par les Huskies. Nous l’avions pratiqué de nombreuses fois.

Nous étions tellement bien préparés que nous avions une bonne idée du jeu simplement en remarquant la formation utilisée par leur offensive.

Matthieu Proulx, demi défensif du Rouge et Or

7 points en deuxième demie

Le Rouge et Or inscrit 7 points dans la seconde portion du match grâce au placement de 30 verges de Matthew Leblanc, à un touché de sûreté de 2 points et à un simple du botteur Jeronimo Huerta Flores.

Dans les derniers instants du match, les Huskies continuent d’y croire et tentent le tout pour le tout. En guise de dernière chance, Steve Bilan décoche une longue passe, mais elle est encore une fois interceptée par Matthieu Proulx.

Ce septième revirement à la faveur du Rouge et Or donne le coup d’envoi aux célébrations dans le camp québécois. C’est fait, l’Université Laval soulève la troisième Coupe Vanier de son histoire, une deuxième en deux saisons.

Matthieu Proulx profite du moment présent et des derniers instants de son parcours universitaire. Il partage la liesse de ses coéquipiers, et avant le coup de sifflet final, il tient à serrer Glen Constantin dans ses bras.

Je dois tellement à Glen et au Rouge et Or. Ils m’ont transformé. Je ne pourrai jamais être assez reconnaissant. En 2004, j’étais l’un des capitaines de l’équipe. J’étais un allié de Glen. Ce championnat-là, nous l’avons remporté ensemble.

Un joueur de football donne une accolade à son entraîneur-chef souriant.
Dans les derniers instants du match, Matthieu Proulx a tenu à remercier Glen Constantin.Photo : La Presse canadienne / J.P. MOCZULSKI

De nombreux partisans qualifient encore ce match de Coupe Vanier la plus ennuyeuse de l’histoire.

À cela, l’entraîneur-chef Glen Constantin répond toujours avec une pointe d’humour : Ça ne change pas grand-chose que le match se termine 34 à 30 ou 7 à 1, si nous gagnons.

Le joueur de ligne défensive du Rouge et Or, Marc Andre Dion, en train de plaquer Steve Bilan.
Image : Le joueur de ligne défensive du Rouge et Or, Marc Andre Dion, en train de plaquer Steve Bilan.
Photo: Déjà ralenti par une blessure, Steve Bilan n'a pas été ménagé par le front défensif du Rouge et Or lors de la finale canadienne, comme l'a fait Marc-André Dion sur cette photo.  Crédit: La Presse canadienne / J.P. MOCZULSKI

La revanche des Huskies

19 novembre 2005
Coupe Mitchell
Saskatoon, en Saskatchewan
5147 spectateurs
Victoire de 29 à 27 des Huskies

Moins d’un an après le duel à la Coupe Vanier, ce sont des Huskies à l’esprit revanchard qui attendent le Rouge et Or de pied ferme pour la Coupe Mitchell, la demi-finale canadienne. Cette fois, il n’est pas question pour les Saskatchewanais de s’incliner devant les Québécois, encore moins sur leur propre terrain et devant leurs propres partisans.

Avant le match, un détail chicote Glen Constantin. Par le passé, son équipe a connu peu de succès en demi-finale canadienne sur une pelouse adverse. Et, ce qui n’a rien pour le rassurer, il constate rapidement que la foule saskatchewanaise se montre hostile, même très hostile. Dans les gradins, un partisan tient une pancarte sur laquelle il est écrit Rouge et Mort .

Je m’attendais à un match difficile, et on l’a vraiment mal commencé.

Glen Constantin, entraîneur-chef du Rouge et Or

Le centre-arrière des Huskies, Dan Houle, se rappelle à quel point la foule a servi de catalyseur tout au long du match. C’était complètement fou. Il y avait beaucoup de partisans autour de la piste d’athlétisme, donc, vraiment près du terrain. Ils étaient déchaînés.

Même son de cloche du côté de son entraîneur-chef de l’époque, Brian Towriss. C’est l’atmosphère la plus électrique que j’ai jamais vue et entendue.

Le terrain, le frein du Rouge et Or

En 2005, le quart-arrière du Rouge et Or Benoît Groulx en est à sa première saison aux commandes de l’attaque québécoise. Il a hâte de voir si son offensive sera en mesure de prendre son erre d’aller tôt dans le match sur le terrain gazonné des Huskies, l’une des rares équipes au pays à ne pas jouer sur une surface synthétique.

Nous étions une équipe axée sur la vitesse et nous exploitions bien cette facette sur le synthétique. Le gazon était gelé, et cela a beaucoup avantagé les Huskies, qui étaient une équipe très physique, mais nettement moins rapide que nous. De notre côté, il a fallu nous adapter à ces conditions peu familières.

Le temps que le Rouge et Or s’acclimate, les Huskies s’amusent. Au terme de la première demie, ils mènent 15 à 3. Au cours du troisième quart, la marque est de 22 à 10 pour les locaux, et le quart-arrière Steve Bilan, en grande forme, parvient à rejoindre son receveur Karl Phillips pour inscrire un touché sur un long gain. 

Quelques joueurs des Huskies lèvent leur casque en célébrant la victoire devant des gradins remplis de spectateurs.
Les occasions de célébrer une victoire ont été nombreuses pour les Huskies lors de la Coupe Mitchell 2005.Photo : La Presse canadienne / GEOFF HOWE

Avec la transformation réussie, le pointage est maintenant de 29 à 10. Même si sa formation contrôle la rencontre, l’entraîneur-chef des Huskies, Brian Towriss, refuse de s’emporter. Il a le pressentiment que la troupe de Glen Constantin n’a pas dit son dernier mot.

Il y avait trop de bons joueurs sur ce terrain pour que ce soit un match à sens unique et on a effectivement eu un excellent match de football.

Brian Towriss, entraîneur-chef des Huskies

La foule galvanise le Rouge et Or

Les Huskies voguent vers une place à la Coupe Vanier. Leurs partisans s’en donnent à cœur joie et se permettent de narguer les représentants de l’Université Laval, ce qui a fouetté beaucoup de joueurs du Rouge et Or, dont Benoît Groulx. 

Leurs partisans se sont mis à crier :”Overrated” [surestimés]. On était sous le choc. Je me suis dit qu’on n’était pas venu en Saskatchewan pour se faire humilier.

Comme offensive, on s’est mis à lever le ballon. On n’a pas tenté de longs jeux inutiles. On a été patient, en prenant ce que la défensive nous donnait et c’est ce qui nous a permis de revenir dans le match, explique Benoît Groulx.

Le Rouge et Or parvient à réduire l’écart à 2 points, notamment grâce aux touchés de Jean-François Romeo et de Pierre-Luc Yao. Alors qu’il ne reste plus que 30 secondes avant la fin du match, la marque est de 29 à 27. L’Université Laval a la chance de ramener les compteurs à zéro si elle parvient à réussir une transformation de 2 points.

Benoît Groulx la raconte dans les moindres détails, en commençant par sa conversation avec Justin Éthier, le coordonnateur offensif du Rouge et Or. 

Il m’a dit qu’il s’attendait à ce que les Huskies utilisent une couverture zéro, c’est-à-dire une couverture homme à homme où ils vont amener de la pression. Justin m’a demandé avec quel jeu je me sentirais le plus à l’aise dans cette situation-là.

Le jeu proposé par Benoît Groulx est retenu par Justin Éthier. Le but est que le quart-arrière s’éloigne un peu de sa pochette protectrice avant de passer le ballon à son receveur, Duane John.

Les Huskies ont utilisé exactement la couverture comme Justin l’avait anticipé. Je suis persuadé que notre stratégie était la bonne, mais il y a eu un manque d’exécution. Ma passe était un peu derrière Duane et il a perdu pied à cause du terrain glissant. Cela a fait en sorte que la passe a été rabattue. Sur un terrain synthétique, elle aurait fonctionné, mais on va lever notre chapeau aux Huskies.

Dans sa carrière de joueur et même d’entraîneur, Dan Houle est incapable de trouver un autre match aussi exaltant que cette Coupe Mitchell 2005. Je n’ai jamais ressenti autant d’excitation et été autant tenu en haleine. Le Rouge et Or est revenu dans le match en jouant tellement bien.

Un tumulte de fin de match

Après cette transformation de 2 points ratée, l’offensive des Huskies laisse filer les dernières secondes. Aussitôt que le coup de sifflet final retentit, les joueurs des Huskies explosent de joie sur leur terrain, rejoints par leurs partisans. 

La sécurité l’a complètement échappé en permettant aux partisans d’aller sur le terrain si rapidement. Ils étaient en boisson et très désagréables. Ce n’était pas très chic, se rappelle Benoît Groulx, prenant soin de préciser que les joueurs et les entraîneurs des Huskies étaient, quant à eux, respectueux.

En Saskatchewan, il fait très froid au mois de novembre, alors les gens doivent trouver des façons de rester au chaud, dit à la blague le centre-arrière Dan Houle en faisant allusion à ceux qui ont enchaîné les boissons alcoolisées plutôt que de les savourer.

On a eu des joueurs qui se sont fait frapper, et même cracher au visage, par des partisans.

Glen Constantin, entraîneur-chef du Rouge et Or

Malgré la défaite, nous avons grandi en tant qu’équipe. Jouer en Saskatchewan, dans cet endroit très hostile, nous a préparés à gérer l’adversité pour la suite. Nous avons beaucoup appris, raconte Glen Constantin, philosophe.

Avant même de prendre l’avion pour rentrer à la maison, joueurs et entraîneurs du Rouge et Or sont bien au fait que la Coupe Vanier 2006 sera présentée à Saskatoon. Ils sont nombreux à encercler la date du 25 novembre 2006, en espérant s’y qualifier et avoir la chance de prendre leur revanche contre les Huskies.

Trois joueurs du Rouge et Or au repos lors d'un entraînement.
Image : Trois joueurs du Rouge et Or au repos lors d'un entraînement.
Photo: Deux jours avant la finale, Duane John, Alexandre Vandette et Samuel Lajoie tentent de se réchauffer lors d'un entraînement du Rouge et Or dans la neige.  Crédit: La Presse canadienne / GEOFF HOWE

Une Coupe Vanier à -20 °C

25 novembre 2006
Coupe Vanier
Saskatoon, en Saskatchewan
12 567 spectateurs
Victoire de 13 à 8 du Rouge et Or

Quelques semaines après cette défaite en demi-finale canadienne, le Rouge et Or reprend les entraînements en vue de la saison 2006. Les joueurs sont encore plus gonflés à bloc qu’à l’habitude.

C’était une motivation supplémentaire. Quand c’était le temps de mettre les bouchées doubles, on pensait à tout ce qui s’était passé avoue Benoît Groulx, faisant allusion aux partisans saskatchewanais scandant : “Overrated” et à la mêlée d’après-match.

En 2006, dès le début de la saison, les deux équipes souhaitaient se retrouver en finale de la Coupe Vanier pour un troisième affrontement de grande importance en trois ans.

Le secondeur du Rouge et Or, Éric Maranda, a vécu les joies du triomphe de 2004, mais il a été contraint l’année suivante de regarder le match depuis la galerie de presse en raison d’une blessure qui a complètement gâché sa saison. « J’étais très frustré de ne pas jouer, alors je voulais les pogner en finale. Finalement, les astres se sont alignés. »

Selon le centre-arrière Dan Houle, les Huskies veulent également avoir la chance de disputer la Coupe Vanier à la maison et tiennent à affronter à nouveau le Rouge et Or. Nous savions que, si nous allions à la Coupe Vanier, notre adversaire allait être le gagnant de la demi-finale entre le Québec et les Maritimes, ce qui faisait en sorte que les chances d’affronter le Rouge et Or étaient fortes.

Ce dernier a vu juste, puisque 371 jours après la victoire des Huskies, le match ultime oppose une fois de plus les Saskatchewanais et les Québécois.

Heureusement, la sécurité en 2006 était beaucoup mieux, mais la foule était toujours aussi hostile, raconte Glen Constantin. Celui qui compte autant de bagues de ce championnat canadien que de doigts ajoute toutefois qu’il s’agit de l’une des plus belles organisations de la Coupe Vanier.

Glen Constantin et ses joueurs n’ont qu’un seul objectif ce jour-là : gagner pour terminer le travail inachevé l’année précédente. Nous étions venus pour gâcher le party.

Capture d’écran montrant, de dos, un joueur réserviste du Rouge et Or avec un message accroché dans le dos sur lequel est écrit Overrated.
Voulant prouver à la foule de Saskatoon qu’ils n’avaient pas la mémoire courte, plusieurs joueurs du Rouge et Or avaient écrit Overrated sur leur chandail.Photo :  Capture d’écran/RDS

La Coupe Vanier la plus froide de l’histoire

Le matin du match, le thermomètre affiche -20 degrés Celsius. Les Huskies ont un nouveau terrain synthétique - au grand bonheur de Benoît Groulx -, mais il est complètement gelé. 

Même si sa carrière d’entraîneur s’est étalée sur près de quatre décennies, Brian Towriss a vécu des situations qu’il ne pensait jamais vivre lors de cette Coupe Vanier 2006. 

« C’est la seule fois où j’ai eu une discussion avec les arbitres pour savoir quelle était la procédure si jamais le ballon explosait. Il faisait tellement froid qu’il n’y avait plus beaucoup d’air dans le ballon, alors un botteur aurait pu le faire exploser! Heureusement, ce n’est pas arrivé. »

L’enjeu du match enthousiasme au plus haut point Dan Houle, mais la météo rebute le centre-arrière des Huskies. 

Honnêtement, c’est difficile d’aimer jouer quand il fait si froid, mais nous savions que le froid était un avantage pour nous.

Dan Houle, centre-arrière des Huskies

Dan Houle et ses coéquipiers de l’Université de la Saskatchewan sont déterminés à prouver au Rouge et Or qu’ils sont plus forts que leurs rivaux. Les équipes des Huskies ont toujours aimé être fortes et physiques, et elles n’aimaient pas quand une équipe comme le Rouge et Or parvenait à égaler leur robustesse. 

« Nous avions décidé de jouer le match sans survêtement de sport pour montrer que nous étions tough, mais les entraîneurs nous ont forcés à en porter parce que le risque d’hypothermie était trop élevé. »

Brian Towriss se souvient effectivement de cette idée complètement stupide de ses joueurs qui ont finalement été obligés de porter des combinaisons, soit un survêtement ou un chandail à capuche, pour essayer de rester au chaud. 

Un autre match serré

Fidèles à leurs habitudes, les deux équipes se donnent peu de marge de manœuvre. Les défensives tiennent le coup pour museler les offensives, tandis que les unités spéciales travaillent fort pour offrir la meilleure position de terrain à leur unité offensive.

Le fait marquant de cette victoire du Rouge et Or est le touché sur une course d’une verge du porteur de ballon Guillaume Allard-Caméus au deuxième quart. 

Les conditions hivernales ne favorisent pas le jeu aérien, de sorte que les quarts Benoît Groulx, du Rouge et Or, et la recrue des Huskies, Bret Thompson, n’ont tous les deux réussi que 10 de leurs 23 passes.

Bret Thompson s’illustre en décochant une passe captée par son centre-arrière Dan Houle. Ce dernier poursuit son chemin dans le but d’inscrire un touché, mais il est arrêté à la ligne de deux du Rouge et Or. 

Je suis un centre-arrière, donc pas très rapide (rires). Je me dirigeais vers la zone des buts et un demi défensif [Alexandre Vendette] beaucoup trop rapide pour moi m’a plaqué à la ligne de deux.

Étant donné que la séquence se trouve facilement sur YouTube, Dan Houle, qui est entraîneur des porteurs de ballon des Huskies, se fait encore taquiner par ses joueurs qui se moquent de son manque de vitesse.

Je leur réponds toujours que nous avons marqué un touché sur le jeu suivant. Au moins, j’ai mis la table.

Le spectacle d’Éric Maranda

Il est impossible de parler de cette Coupe Vanier 2006 sans parler d’Éric Maranda, auteur de 7 plaqués et de 1 interception. 

Si certains joueurs détestent jouer au football dans un froid sibérien, c’est tout le contraire pour Éric Maranda, qui a toujours adoré enfiler son casque et ses crampons par temps hivernal.

« Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours aimé jouer dans ces conditions-là, quand il y a de la bouette, de la pluie ou de la neige. J’ai toujours bien performé lorsque j’étais hors de ma zone de confort. »

Son interception, réalisée à moins de 2 minutes de la fin du temps réglementaire, a scellé l’issue du match. Le jeu appelé faisait en sorte que je devais aller à droite, mais en voyant la formation des Huskies, je me doutais de ce qui allait suivre, alors j’ai été du côté gauche et j’ai fait l’interception.

Quelques instants plus tard, le botteur du Rouge et Or, Cameron Takacs, inscrit son deuxième placement du match, pour porter la marque à 13 à 8 en faveur du Rouge et Or, qui a célébré quelques minutes plus tard la quatrième Coupe Vanier de son histoire, une troisième en quatre saisons.

Éric Maranda, tout sourire, soulève le trophée Ted Morris.
Éric Maranda a reçu le trophée Ted Morris, remis au joueur par excellence de la finale canadienne.Photo : La Presse canadienne / GEOFF HOWE

Vive déception pour les Huskies

Pour la troisième année de suite, la saison des Huskies se termine sur une défaite à la Coupe Vanier. 

« C’est crève-cœur de perdre comme ça. Sans manquer de respect au Rouge et Or, je me demande parfois à quoi aurait ressemblé le match s’il avait été disputé dans des conditions plus normales », dit Brian Towriss.

Ce sont de bons souvenirs, des matchs serrés et palpitants.

Brian Towriss, entraîneur-chef des Huskies
Gros plan sur un joueur des Huskies, agenouillé au sol, se prenant la tête. Au loin, le Rouge et Or célèbre sa victoire.
Pendant que le Rouge et Or célèbre le quatrième championnat canadien de son histoire, Oliver Burns, des Huskies, a du mal à accepter la défaite.Photo : La Presse canadienne / GEOFF HOWE

À l’époque, les Huskies étaient en train de devenir un grand rival, se rappelle Glen Constantin.

Malgré ces affrontements riches en émotions, un immense respect s’est développé entre l’entraîneur-chef du Rouge et Or depuis 2000 et son homologue de l’époque, Brian Towriss.

En arrière-plan, les deux entraîneurs se serrent la main. En avant-plan, la coupe Vanier.
Le fait que leurs joueurs se livraient une guerre sur le terrain n’empêchait pas Towriss et Constantin de se respecter. Photo : La Presse canadienne / J.P. MOCZULSKI

Quand j’ai su que j’allais parler de ces matchs contre le Rouge et Or, la première chose que je voulais aborder était mon respect pour Glen. C’est quelqu’un de différent et ce qu’il a bâti à l’Université Laval est inspirant. J’ai toujours aimé la façon de jouer de ses équipes.

Éric Maranda soulève la Coupe Vanier avec ses coéquipiers festifs.
Trois jours après la finale, Éric Maranda a eu la chance de soulever le précieux trophée dans les rues de Québec avec ses coéquipiers.Photo : La Presse canadienne / JACQUES BOISSINOT

Le Rouge et Or et les Huskies vont-ils se retrouver au printemps?

Depuis la Coupe Vanier 2006, les Huskies ont quelque peu perdu de leur lustre. En 12 saisons, ils ont atteint la finale du Canada Ouest à seulement trois reprises (2009, 2018 et 2019) et ne l'ont emporté qu’une seule fois. De ce fait, les Huskies ont donc disputé peu de matchs d’envergure et n’ont ainsi jamais recroisé la route du Rouge et Or.

Depuis la retraite de Brian Towriss, en 2016, c’est l’ancien joueur de ligne offensive des Alouettes de Montréal, Scott Flory, qui a pris les rênes de l’équipe. Malgré tout, le respect de Glen Constantin envers le club de football de l’Université de la Saskatchewan n’a pas faibli. Il le considère encore comme l’un des meilleurs au Canada.

À preuve, l'entraîneur-chef du Rouge et Or tente par tous les moyens d’organiser un tournoi printanier réunissant les équipes qui ont déjà affronté l'organisation québécoise en match de championnat, et les Huskies ont été invités.  

J’ai toujours eu beaucoup de respect pour Brian Towriss et pour Scott Flory. Nous partageons les mêmes valeurs, soit former des équipes intenses, physiques et disciplinées.

Pour Dan Houle, ce serait incroyable si ce tournoi pouvait avoir lieu à Québec. Ce serait une occasion de revivre tous ces souvenirs, de bons moments malgré les deux défaites, affirme l’entraîneur des porteurs de ballon des Huskies. Notre équipe n’a pas connu beaucoup de succès depuis 2006. Ce serait alors pour nos joueurs l’occasion de jouer à l’échelle nationale.

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