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Image : Un partisan, seul au milieu des estrades vides du centre Vidéotron, est éclairé par un rond de lumière.

Depuis deux décennies, les amateurs de sport de Québec vivent l’automne au rythme des séries des Capitales, des victoires du Rouge et Or et du début de saison des Remparts. Pour les partisans les plus fidèles, leur équipe est une religion, les matchs sont une grande messe, et ceux qui les entourent dans les gradins sont une famille. Comment vivent-ils la pandémie loin de leurs favoris?

Un récit de Guillaume Piedboeuf

Il pleut des cordes en cet avant-midi froid d’octobre lorsque j’arrive au stade Canac. Voyant les prévisions météorologiques, la veille, j’ai proposé à Gérard Duplain, de 65 ans mon aîné, de remettre à un autre moment l’entrevue prévue dehors, dans les gradins du stade. 

Je vais être là, beau temps mauvais temps, m’a toutefois assuré en riant l’homme de 93 ans au bout du fil. Il n’a pas menti. Il y est déjà là, à mon arrivée, attendant patiemment dans les bureaux des Capitales.

C’est qu’il s’est ennuyé du stade, cet été. Ou peut-être est-ce le stade qui s’est ennuyé de lui? 

Après tout, Gerry Duplain est plus vieux que l’emblématique bâtiment du parc Victoria. Je suis un ancien jeune homme. Je suis venu au monde le 2 septembre 1927, l’année de l’invention du biscuit Whippet! lance-t-il, ricaneur, une fois installé dans les estrades. J’étais là à l’ouverture du stade, en 1939. C’était exactement comme aujourd’hui.

C’est en cherchant un partisan de longue date des Capitales qui pourrait me parler du vide laissé par l’annulation de la saison, quelques jours plus tôt, que je suis tombé sur l’un des plus vieux amateurs de baseball de Québec.

C’est le premier été en 81 ans, malheureusement, où je ne suis pas venu voir de baseball ici, relate-t-il en pointant son siège, le numéro 37. 

C’est son passe-temps favori. Comme Maurice Duplessis, qui avait fait construire les stades de Québec et de Trois-Rivières, fait-il remarquer.

Pour moi, c’est le sport le plus reposant à regarder. Contrairement au hockey, on peut jaser sans avoir peur de manquer un jeu et, au stade, je connais tout le monde autour de moi.

Gérard Duplain assis au centre d'une banquette rouge dans les estrades vides du stade Canac.
Gérard Duplain fréquente le stade municipal, aujourd'hui le stade Canac, depuis son inauguration en 1939. Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Gérard Duplain a entraîné les Braves de Québec dans la ligue Canadienne-Américaine l’instant d’une saison, en 1949. Il a vu jouer Joe Dimaggio et Ted Williams à la même époque, au vieux Yankee Stadium et à Fenway Park. Mais depuis 21 ans, ce sont les Capitales qui rythmaient ses soirées d’été. 

Il prend son rôle de partisan au sérieux. 

Il y a quelques années, croisant un joueur des Capitales dans le bureau du président, Michel Laplante, en début de saison, il avait été incapable d’obtenir une réponse en le saluant en français et en anglais. Michel passe et il me dit que c’est un Cubain. Bien je me suis dit que les joueurs cubains allaient me comprendre. Ça fait trois ans que je suis des cours d’espagnol, raconte-t-il le plus sérieusement du monde. « Hola mi amigo! »

Les discussions au stade, c’est ce qui lui a le plus manqué cet été. Il a bien regardé les séries mondiales à la télévision, mais ce n’est pas pareil.

C’est une grande famille, les Capitales. Cet été, en plus, on devait avoir une bien plus belle ligue, à 14 équipes. J’avais hâte de voir ça, mais que voulez-vous, ce virus-là, ç’a brisé bien des affaires.

Une femme est assise au milieu de gradin vide. «Laval», peut-on lire en lettres géantes dans l'étage d'estrades au-dessus d'elle.
Image : Une femme est assise au milieu de gradin vide. «Laval», peut-on lire en lettres géantes dans l'étage d'estrades au-dessus d'elle.
Photo: Les gradins du stade Telus demeurent vides cet automne.   Crédit: Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Des automnes meublés par le football

La première fin de semaine où il devait y avoir un match du Rouge et Or, j’ai vraiment trouvé ça très difficile. C’est mon fils de 12 ans qui a fini par me dire : "Maman, c'est pas grave, on va être là l'année prochaine."

Soraya El Goumiri est peut-être la partisane de l’équipe de football du Rouge et Or la plus connue de la province. Sur son blogue Rouge et Or Football — Zone des fans et sa page Facebook regroupant plus de 3000 amateurs de l’équipe, la mère de famille anime les discussions sur les performances de la troupe de Glen Constantin et le recrutement des joueurs collégiaux partout au Québec. 

Plus tôt dans la semaine, je l’ai contactée sur Twitter, où il n’est pas rare de la voir voler à la défense des joueurs du Rouge et Or ou tirer la pipe à leurs grands rivaux, les Carabins de l’Université de Montréal.

Trois femmes habillées en Rouge et Or posent devant un terrain de football.
Soraya El Goumiri (au centre) est une figure de proue parmi les plus fervents amateurs du Rouge et Or. Photo : Radio-Canada / Courtoisie

Ça aurait été la 13e saison qu’on a nos billets de saison, qu’on assistait en famille avec des amis. Huit fins de semaine pendant l’automne que le calendrier était barré, relate la résidente de Sainte-Marie. Elle s’inquiète pour les jeunes joueurs privés de leur sport, mais elle est heureuse qu’on s’intéresse aux partisans, un peu oubliés, cet automne. 

Quand ça fait 12 ans que ton automne est meublé par le football du Rouge et Or, ça fait un grand, grand vide tout d’un coup.

Ce n’est pas tant les matchs eux-mêmes que tout ce qu’il y a autour, précise-t-elle. Les amitiés qui se créent, le sentiment d’appartenance qui unit les partisans, les voyages sur la route pour suivre l’équipe et, bien sûr, les incontournables rassemblements d'avant-matchs (tailgates en anglais) dans le stationnement du stade Telus. 

Elle-même ne connaissait pratiquement rien au football, au tournant des années 2000, lorsqu’elle a assisté à son premier match du Rouge et Or. Des camarades de classe à l’Université Laval jouaient dans l’équipe. Assez pour piquer sa curiosité. 

Avec mon conjoint, qui avait déjà joué, on a eu la piqûre petit à petit. Au départ, on allait vraiment juste assister aux matchs.

C’est Jean Nadeau, un voisin de banc qui tenait son propre blogue sur le Rouge et Or à l’époque, qui les a initiés à l’expérience complète. 

Ces dimanches d’automne où des amateurs de tous âges arrivent parfois avant même les premières lueurs du jour dans le stationnement du stade Telus pour installer tentes, tables et barbecues en vue d’un grand rassemblement qui voit défiler des milliers de personnes, ce sont les plus belles journées.

Trois partisans prennent un égoportrait avec la mascotte du Rouge et Or.
Les rassemblements d'avant-matchs (« tailgates » en anglais) sont partie intégrante de l'expérience des matchs de football du Rouge et Or.Photo : Mathieu Belanger

Aussi festif soit-il, l’avant-match est plus qu’une simple occasion de s’empiffrer, assure Soraya El Goumiri. Elle organise son propre rassemblement depuis quelques années. L’endroit est devenu un point de ralliement pour plusieurs parents de joueurs du Rouge et Or. 

« Ce n’est pas juste un tailgate où on prend un verre et on mange ensemble. Ce sont des gens à qui on se confie, avec qui tu as vécu des victoires et des défaites. C’est une oreille. C’est une source de réconfort. Je me suis fait des amies pour la vie à travers ça. » 

C’est difficile à comprendre de l’extérieur. Elle le sait. Il faut l’avoir vécu, ajoute-t-elle, avant de se lancer dans une histoire datant d’il y a quelques années pour illustrer son propos. Celle de Sara Charbonneau-Michaud et de sa fille Alice. 

Sara tient sa fille Alice dans ses bras aux côtés du jeune Philippe-Antoine dans son équipement du Mini Rouge et Or.
Image : Sara tient sa fille Alice dans ses bras aux côtés du jeune Philippe-Antoine dans son équipement du Mini Rouge et Or.
Photo: Sara Charbonneau-Michaud, sa fille Alice et son fils Philippe-Antoine  Crédit: Courtoisie

Tous derrière Alice

Alice est née un jeudi d’août 2017, deux jours avant le traditionnel match présaison du Rouge et Or. Sa mère s’en souvient bien, car deux jours après sa naissance, elle a été transférée de l’Hôpital Saint-François d’Assise au Centre mère-enfant, dans l’arrondissement de Sainte-Foy. Après un accouchement sans accroc, les médecins avaient décelé un souffle au coeur en auscultant le bébé. 

En l’examinant au Centre mère-enfant, ils ont découvert que la valve aortique du coeur d’Alice était obstruée. Il faut vraiment que ça fonctionne à 100 % et elle fonctionnait à environ 30 % , relate Sara Charbonneau-Michaud.

Je suis sortie sur une galerie pour prendre de l’air après avoir reçu la mauvaise nouvelle et je me rappelle que j’entendais crier les spectateurs au stade Telus. J’avais oublié qu’il y avait un match.

Détenteurs d'abonnements du Rouge et Or depuis plusieurs années, Sara, son mari et leur fils n’avaient pas l’habitude de manquer un match local de l’équipe. Surtout que le jeune Philippe-Antoine venait de passer un premier été avec le Mini Rouge et Or. 

Lorsqu'Alice a obtenu son congé de l’hôpital, quelques semaines plus tard, la famille n’a donc pas tardé à lui faire vivre sa première expérience au stade Telus. 

« J’avais la petite dans le porte-bébé durant les matchs. On allait au tailgate de Soraya aussi avant », relate la mère. 

Photo aérienne du rassemblement.
Les rassemblements avant les matchs du Rouge et Or peuvent attirer des milliers de spectateurs dans le stationnement du Peps.Photo : Mathieu Belanger

L’année précédente, elle avait commencé à suivre les activités de son équipe préférée sur le groupe Facebook de Soraya El Goumiri. 

À cause de la page Facebook, il y a beaucoup de gens qui s’arrêtent à mon tailgate que je ne connais pas vraiment, relate cette dernière. Certains sont seuls. Je leur offre un verre. Je leur dis de revenir une autre fois. Avec le temps, je me suis rendu compte qu’il y en a qui viennent parce qu’ils en ont besoin.

Durant la saison 2017, Sara Charbonneau-Michaud passait plutôt inaperçue dans le rassemblement avec son bébé et sa petite famille. Une fervente partisane parmi tant d’autres. Soraya et elle n’avaient fait que sommairement connaissance.

Jusqu’au mois de décembre, où la petite Alice s'apprêtait à subir une opération pour régler son problème au coeur.

C’était une chirurgie cardiaque quand même dangereuse, sérieuse. Quelques jours avant, juste comme ça, j’ai écrit sur le groupe Facebook : "Si vous êtes capables d'envoyer une pensée positive à Alice, elle se fait opérer lundi". J'ai lancé ça dans l'univers, raconte Sara Charbonneau-Michaud. 

Mais l’univers des partisans du Rouge et Or est tissé serré. Aussitôt, les messages de soutien ont afflué sous sa publication. Des messages provenant pour la plupart d’inconnus n'ayant comme lien que leur amour pour une même équipe de football universitaire et qui demandaient comment ils pouvaient épauler le couple dans leur épreuve.

Pascale Martineau et Sara Charboneau-Michaud, avec Alice dans ses bras, posent pour une photo.
Pascale Martineau, Sara Charboneau-Michaud et Alice, lors d'un match du Rouge et Or en 2018Photo : Courtoisie

Soraya El Goumiri et Pascale Martineau, la mère du joueur de ligne offensive Samuel Thomassin, ont tout de suite entrepris de rassembler des cadeaux provenant de nombreux partisans. Quelques jours plus tard, elles se sont elles-mêmes rendues à l’hôpital pour les remettre à Sara. 

Il y avait des cartes que les gens nous avaient écrites, des cartes cadeaux, de la nourriture. Les joueurs du Rouge et Or avaient tous signé un cache-couche pour Alice. Pour moi, c’était vraiment émotif. Quand Soraya et Pascale sont passées à l’hôpital, je pleurais, c’était fou, raconte la jeune mère. 

Elle a soigneusement placé les cartes et les cadeaux sur un meuble à côté du lit de sa fille.

Une chambre d’hôpital, ce n’est pas l’endroit le plus chaleureux. Après l’opération, je restais là de midi à minuit. De savoir qu’il y avait des gens qui, même s’ils ne l’avaient jamais vue, pensaient à Alice et souhaitent qu’elle s’en sorte, ça m’a vraiment fait du bien. C’était quelque chose de beau et de fort.

Des cartes et un cache-couche aux couleurs du Rouge et Or tapissé de signatures sont étendus sur une table d'hôpital.
Les cartes et cadeaux apportés à l'hôpital par Soraya El Goumiri et Pascale Martineau pour soutenir la petite Alice. Photo : Courtoisie

Trois ans plus tard, Alice est en parfaite santé. Saison annulée oblige, c’est le premier automne où elle n’assiste pas aux matchs du Rouge et Or, des matchs où la petite fille est maintenant reconnue autant par les autres partisans que par les joueurs.

Elle a le caractère d’une Rouge et Or. Si, rendue à l’âge d’entrer à l’université, ils ne prennent pas encore les filles, elle va s’arranger pour qu’ils le fassent! lance Sara Charbonneau-Michaud en riant. 

Une jambe de bébé portant l'inscription FTF dépasse d'une couverte.
L'acronyme FTF (force, travail, fidélité) est depuis longtemps associé à l'équipe de football du Rouge et Or. Photo : Courtoisie

Alice est devenue un symbole pour les partisans du Rouge et Or, ajoute Soraya El Goumiri.

Pour les partisans purs et durs, le sport est le point de départ, mais ça finit que c’est une histoire de famille et de liens humains. C’est cliché, mais c’est ce qu’on est. Une grande famille. C’est ce qui nous manque le plus, cet automne.

Un homme avec un chandail des Remparts est assis seul au milieu d'une section vide des gradins du Centre Vidéotron.
Image : Un homme avec un chandail des Remparts est assis seul au milieu d'une section vide des gradins du Centre Vidéotron.
Photo: Interrompue pendant que Québec est en zone rouge, la saison des Remparts devait déjà être disputée à huis clos, au Centre Vidéotron.  Crédit: Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Seuls ensemble

Salut, mon Guillaume! me lance Denis Robitaille en débarquant de sa voiture, aux abords du Centre Vidéotron. 

Son Guillaume, c’est parce que lui et moi nous sommes souvent parlés, sans jamais nous voir, il y a plusieurs années de cela. J’animais une émission de radio d’après-match des Remparts, une tribune téléphonique, à CHYZ 94,3. Denis était un habitué. 

Si la radio est un théâtre de l’esprit, comme le disait le scénariste américain Steve Allen, les tribunes téléphoniques sportives peuvent facilement passer pour un vaudeville. Mais le couvert léger du sport devient pour plusieurs un prétexte afin d'être seuls ensemble. On discute, on rit, on argumente, on se change les idées. 

Derrière le micro, à prendre tous ces appels, on finit par tisser des liens avec les auditeurs. On réalise à quel point les partisans prennent les matchs à coeur, s’accrochent à l’équipe dans les victoires comme dans les défaites.

Quand les saisons des Capitales et du Rouge et Or ont été annulées et qu’il a été annoncé que celle des Remparts serait disputée à huis clos, c'est à mes anciens habitués de la tribune téléphonique que j’ai d’abord pensé. Je me suis demandé comment se portaient-ils loin de leur équipe favorite, alors que les contacts sociaux sont réduits au minimum...

Je suis tombé sur Denis, pas trop chaud à l’idée de donner une entrevue à la caméra. Mais je vais te faire confiance, mon Guillaume.

Vice-président du club social des employés de l’usine de pâtes et papier White Birch, Denis Robitaille coordonne les sorties aux Remparts de sa gang depuis une quinzaine d’années. Lui-même a une paire d'abonnements de saison. Avant le déménagement au Centre Vidéotron, où ils ont été séparés, ils étaient une bonne vingtaine de partisans qui prenaient place un à côté de l’autre depuis 10 ans. Quelques collègues de travail, mais surtout des inconnus devenus des proches avec le temps. 

Un homme coiffé d'une casquette et d'un chandail des Remparts sourit assis dans son siège au Centre Vidéotron.
Denis Robitaille est détenteur d'abonnements des Remparts depuis 2005. La première année s'était conclue avec la conquête de la coupe Memorial par la troupe de Patrick Roy. Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Au fil des années, Denis a vu des jeunes qui venaient avec leurs parents devenir à leur tour les parents qui amènent leurs enfants. Il s’est rendu au salon funéraire avec d’autres partisans dire un dernier adieu à un voisin de banc de longue date. 

« On n’a pas de lien de parenté, on n’a pas de nom en commun, mais on est reliés par les Remparts. Nos Remparts. Les Remparts sont en or, c’est notre club les Remparts, ce n’est pas juste un bout de chanson. Bien des gens ont besoin de ça. Pour certains, c’est toute leur vie. On est des maniaques. » 

Avant que la Ligue de hockey junior majeur du Québec annonce que la saison serait disputée à huis clos, Denis a multiplié les appels aux Remparts. Lui-même était bombardé de questions par d’autres partisans désireux d’être les heureux élus si quelques personnes étaient admises dans les gradins Centre Vidéotron. Il a été déçu d’apprendre que non. Il se croise les doigts pour la deuxième moitié de la saison, en 2021. 

Les voisins de banc ont beau créer des liens forts, ils ne se voient pas vraiment en dehors du hockey. On se quitte à la fin de chaque saison en sachant une chose : qu’on va se revoir au début de la saison prochaine. C’est ça, notre relation. C’est comme des enfants qui finissent l’année scolaire et ne se voient pas jusqu’au début de la suivante.

La dernière saison s’est terminée abruptement, sans avertissement, en mars. Denis espère que tous ses collègues de classe du Centre Vidéotron se portent bien, surtout ceux qui sont seuls.

Pour remplir les gradins, l'organisation des Remparts a fait imprimer des photos grandeur nature de certains partisans.
Image : Pour remplir les gradins, l'organisation des Remparts a fait imprimer des photos grandeur nature de certains partisans.
Photo: Premier match des remparts, 3 octobre 2020  Crédit: Radio-Canada / Guillaume Capovilla

À l'aréna pour fuir l'hiver

Un autre abonné de saison de longue date, Denis McClish, abonde dans le même sens. Il s’inquiète surtout pour les amateurs plus âgés, et donc plus isolés, durant cette pandémie. 

Il y a beaucoup de personnes âgées dans un aréna junior, midget ou même aux pee-wees du Carnaval. Enlève les jeunes joueurs de hockey qui sont dans les estrades et la moyenne d’âge doit être pas loin de 60 ans, décrit le père de trois enfants, lui-même âgé de 60 ans. 

Je pense qu’il y a de ces gens qui ont vraiment besoin d’avoir quelqu’un à côté d’eux autres. Le hockey, pour beaucoup de gens, c’était leur seule sortie sociale.

Même bien entouré, Denis McClish a trouvé les derniers mois sans hockey éprouvants. Ça a été vraiment dur pour le mental. C’est des habitudes qu’on a. En tant que partisan, on a toujours hâte au mois de septembre.

Il s’ennuie de crier après un beau but. Il a essayé, seul dans son salon, en regardant des matchs sur Internet, mais cela ne fonctionne pas. C’est quand quelques milliers de personnes crient ensemble que c’est enivrant. 

Il a profité de l’automne pour passer du temps dehors, mais il redoute l’hiver.

Tsé, l’hiver, c’est beau, mais c’est long. Quand arrive la neige, il y en a qui aiment ça, d’autres non. Les gens qui vont passer 10 jours au Tournoi pee-wee, en février, c’est 10 jours de moins d’ennui. Dix jours d’hiver de moins.

Tout le monde a quelque chose dans leur vie qui leur fait vraiment du bien quand ils en ont besoin, ajoute pour sa part Denis Robitaille. C’est particulièrement important ces temps-ci. 

Quand tu rentres dans cette vie-là, de partisan, des fois tu as vraiment besoin d’une victoire des Remparts, dit-il. Tu la vois venir une ou deux semaines d’avance sur ton calendrier et, quand ça arrive, tu rentres à la maison heureux. Le lendemain, tu te lèves plein d’énergie et tu penses déjà à la prochaine rencontre.

Penser à la prochaine rencontre, c’est ce qui reste aux partisans des Remparts. Denis Robitaille en rêve. Il le dit sans rancœur par rapport à la situation actuelle. Il y a pire que de ne pas pouvoir assister à un match des Remparts. Il le sait bien. 

On s’est fait enlever quelque chose, mais tout le monde s’est fait enlever quelque chose. À mes partisans purs et durs des Remparts, je dis de ne pas lâcher, conclut-il, esquissant un large sourire. 

Faites-vous-en pas, le bonheur et la joie de voir notre équipe vont revenir. Ça va être encore plus le fun quand on va se revoir.

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