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Image : Un homme gît au sol.

Les ravages des opioïdes s’amplifient. Certaines provinces et municipalités comptent davantage de décès par surdoses qu’en raison de la COVID. L'autre crise de santé publique qui afflige le Canada, plus loin des projecteurs.

Texte | Photos : Marc Godbout

Un homme est inerte. Non loin de lui dans le stationnement, son sac à dos, une seringue et un garrot. La scène offre peu de mystère. Les secours sont en route.

Ici, le désespoir se mesure au bruit presque incessant des sirènes.

Des overdoses, c’est ce qu’on a le plus lors de certains de nos quarts de travail, se désole Pierre Filion.

Ambulancier paramédical depuis 42 ans, il décrit ce qu'est devenu son quotidien.

C’est une explosion. Il n’y en a pas juste dans les stationnements. Des overdoses, c’est dans les magasins, dans les maisons, dans les salles de bain. C’est un peu comme une grippe, ça s’étend partout.

Une équipe d'ambulanciers tente de réanimer un homme retrouvé inconscient.
Le scénario peut se répéter plusieurs fois par jour. Une équipe d'ambulanciers paramédicaux tente de réanimer un homme retrouvé inconscient à la suite d'une surdose. Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

À la fréquence des déplacements des véhicules d’urgence, on pourrait facilement s’imaginer dans une métropole.

Je ne pensais jamais voir ça ici. C’est difficile pour le personnel, c’est difficile pour tout le monde.

Pierre Filion a mal. Il a mal pour sa communauté : Timmins.

Un homme est visible par la lumière projetée d'un panneau de publicité.
Image : Un homme est visible par la lumière projetée d'un panneau de publicité.
Photo: Un homme marche dans la pénombre à proximité du centre-ville de Timmins.   Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

De l'or et du fentanyl

Cette ville minière de 42 000 habitants est en crise.

À 700 kilomètres de Toronto, dans le Nord-Est ontarien, Timmins dispose toujours des champs aurifères les plus riches de l’hémisphère occidental. Mais en surface, elle est devenue un des épicentres canadiens des surdoses d'opioïdes.

C’est par centaines que les appels ont été faits aux services d’urgences cette année. Ils sont deux fois plus nombreux que l’an dernier.

Cette tendance inquiétante n’est pas unique à Timmins. La pandémie de COVID-19 a exacerbé la crise des surdoses un peu partout au pays.

Nous constatons malheureusement une augmentation incroyable du nombre de décès en Ontario. Ce nombre est de 35 à 40 % plus élevé depuis le début de la pandémie, par rapport aux chiffres de l'année dernière.

Dr Dirk Huyer, coroner en chef de l’Ontario

Pour les seuls mois d’avril, mai et juin, 621 décès étaient liés à des surdoses d'opioïdes en Ontario.

Dans de nombreuses communautés, les autorités savent maintenant que le bilan annuel s’annonce encore plus lourd que celui de 2019.

Des seringues et un garrot dans une boîte de pizza.
Des seringues et un garrot dans une boîte de pizza laissée près d'un conteneur à déchet d'un édifice à logement.Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Timmins ne sait plus à quel saint se vouer. Des milliers de seringues souillées jonchent presque tous les secteurs de la ville. Cette année seulement, la santé publique en a distribué plus de 300 000.

Le maire, George Pirie, est à la fois désespéré et frustré. Cette crise est en train de détruire le tissu social de notre communauté.

Au rythme où vont les choses, le cap des 50 décès par surdose pourrait être franchi pour la première fois dans sa ville d’ici la fin de l’année.

George Pirie à l'extérieur au soleil.
Le maire de Timmins, George Pirie.Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

La crise des opioïdes est une urgence sanitaire et une tragédie. Mais en ce moment, tout tourne autour de la COVID-19. C’est assez, nous crions à l’aide.

George Pirie, maire de Timmins

La veille, dans un appartement situé à deux pas de l'hôtel de ville, les services d’urgence ont tout fait pour réanimer un homme au début de la quarantaine. Les manoeuvres n’ont rien donné.

Un homme est transporté par des ambulanciers.
Image : Un homme est transporté par des ambulanciers.
Photo: Un homme qui est en arrêt cardio-respiratoire est sorti de son appartement. Ce soir là, il est devenu le 28e résident à mourir d’une surdose cette année. La scène se passe dans le stationnement réservé au trésorier-adjoint de la ville de Timmins.   Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

Le hit de trop

Pour les toxicomanes, c’est un peu comme jouer à la roulette russe. Plusieurs ne trouvent plus leur drogue de choix et se tournent vers autre chose.

Avec la pandémie, la fermeture des frontières a perturbé les chaînes d’approvisionnement. Les drogues sont devenues plus puissantes et, avec les mélanges, elles sont encore plus dangereuses. Deux minuscules grains de trop, à peine de la grosseur de grains de sel et tu fais une overdose, raconte Mario Dussault.

Ce travailleur de rue a converti un autobus en restaurant, qu’il a baptisé la Yo mobile, pour s’occuper des plus mal en point.

J’ai donné 10 000 seringues en six mois. J’ai donné plus de seringues que de sandwichs.

Mario Dussault, travailleur de rue

Le problème, c’est que la drogue a beaucoup changé. Ils mettent du fentanyl dans à peu près n’importe quoi et c’est difficile d’en connaître la quantité.

Et avec le confinement, plus de toxicomanes se sont mis à consommer seuls, augmentant les risques de décès par surdose.

Mario Dussault dans son autobus.
Le travailleur de rue Mario Dussault dans sa Yo mobile. Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Les trafiquants ne viennent pas d'ici. C'est le crime organisé de Toronto qui contrôle. Il n'ont aucune conscience morale, s'indigne Mario Dussault.

Il tient à renverser les préjugés. Ça peut être n’importe qui. J’ai des gens qui sont morts et qui travaillaient dans des mines. Ils n’avaient pas de problème de sous. Ils sont morts parce qu’ils ont fait un hit, un hit de trop. Le fentanyl, c’est dans tout.

Un tatouage apparaît sur un bras.
Image : Un tatouage apparaît sur un bras.
Photo: La main d’un jeune toxicomane en arrêt cardio-respiratoire que les ambulanciers paramédicaux de Timmins tentent de réanimer.  Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

1998-2020

C'est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès soudain de notre fils bien-aimé Rowan William Cuthbert à South Porcupine, à l'âge de 22 ans.

La nécrologie commence ainsi. Elle présente Rowan Cuthbert comme un jeune homme intelligent, profond et au cœur bienveillant.

Il a été trouvé mort le 9 octobre par son père dans la maison familiale de South Porcupine, un des quartiers de Timmins.

Cet avis de décès est plus qu’un adieu familial.

Il était conscient de son problème de toxicomanie et s'était engagé à le résoudre. Rowan avait le soutien de sa famille et était sur une liste d'attente pour un traitement…

Extrait de l'avis de décès

La conclusion de la notice nécrologique reflète le cri du coeur d’une communauté.

La famille espère que plus personne n'attendra lorsqu'elle a désespérément besoin d'aide. Nous sommes de tout cœur avec toutes les familles qui sont confrontées à la toxicomanie et à la santé mentale de leurs proches.

Dans cette ville dévastée par les surdoses, le seul centre de traitement des dépendances ne dispose que de 10 lits.

Un garrot traîne au milieu de la chaussée.
Un garrot traîne au milieu de la chaussée à l’intersection de la rue Balsam et de la 5e avenue, à Timmins. Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Entre deux appels, l’ambulancier Pierre Filion profite d’un répit dans le garage des services d’urgence.

Comment voit-il la suite? La solution? Très franchement, je me gratte la tête. Je ne le sais pas c’est quoi la solution. C’est complexe. Ça prend certainement des programmes, mais des programmes qui fonctionnent.

Pierre Filion prend une pause à la station des services d'urgence.
Image : Pierre Filion prend une pause à la station des services d'urgence.
Photo: Entre deux appels, Pierre Filion prend une pause à la station des services d’urgence. Il est ambulancier depuis 42 ans.  Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

« Sauver une couple de vies... »

Certains pas ont déjà été franchis au Canada pour tenter de désamorcer la crise des opioïdes. Après avoir fait son apparition à la fin des années 90, elle s’était aggravée en cours de route avec l’arrivée du redoutable Fentanyl, avant de redoubler en intensité avec la pandémie.

On est bien loin de l’époque où le gouvernement de Stephen Harper avait cherché à fermer le tout premier site d’injection supervisée au Canada, celui d’InSite, à Vancouver.

Depuis le retour des libéraux au pouvoir en 2015, Ottawa a notamment accordé des exemptions permettant l’ouverture d’une quarantaine de centres du genre dans cinq provinces.

Mais les sites de consommation supervisée les plus près de Timmins se trouvent à huit heures de route.

Avec ça ici, c’est certain qu’on peut sauver une couple de vies, ce serait toujours bien ça de gagné. C’est certain que ce serait bon, plaide Mario Dussault. C’est n’est pas tout le monde qui va y aller. Mais ceux qui vont y aller auront moins de danger d’overdose.

Un homme prépare sa dose.
Un homme prépare sa dose. Son ami lui injectera par la suite. Ils ont quitté l’endroit en marchant. Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Après plus de 2 millions de visites dans les différents sites d’injection supervisée au Canada, aucun décès n’est encore survenu dans ces installations qui offrent des services de vérification des drogues et des soins médicaux d’urgence en cas de surdosage, tout en orientant les toxicomanes vers des services de traitement.

L’accumulation des décès à Timmins et ailleurs dans les régions expose le décalage entre les ressources disponibles dans les grands centres et dans les plus petites communautés dépassées par l’ampleur du fléau.

Les petites villes comme Timmins qui sont des centres régionaux ne reçoivent pas de financement de la part de la province ou du gouvernement fédéral. Il doit y avoir une stratégie, implore le maire George Pirie. Et ça ne doit pas être juste des pansements.

Une flamme chauffe un petit tube.
Image : Une flamme chauffe un petit tube.
Photo: Il est 23 h 18. À l’extérieur d’une maison, un homme prépare sa dose de fentanyl. Le fentanyl de rue peut être consommé sous différentes formes. Ici, il est chauffé avant d’être fumé. Cet opioïde est de 50 à 100 fois plus puissant que la morphine.  Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

Le nouveau visage de la crise

Difficile de ne pas voir la préoccupation dans les yeux de Patty Hajdu. Après tout, la ministre fédérale de la Santé est bien au fait de l’ensemble du portrait canadien.

C’est dévastateur et ça touche toutes les couches de la population. Il faut comprendre qu’aucune communauté n’y échappe.

Personne ne pourra lui reprocher d’être insensible. Celle qui a hérité l’an dernier du portefeuille de la Santé a longtemps travaillé auprès des toxicomanes. Elle est même à l’origine de la stratégie sur les drogues dans une autre ville du Nord de l’Ontario, Thunder Bay.

Patty Hajdu assise à un bureau.
La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, dans son bureau de la colline du Parlement. Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Les données montrent qu’au pays, de plus en plus de jeunes hommes avec un emploi stable sont victimes de surdoses. Ça ne correspond pas au profil habituel que les gens se font d’une personne dépendante aux opioïdes.

Pour Patty Hajdu, l’aide est mal adaptée à cette tendance.

En ce moment, l'accent est surtout mis sur les toxicomanes qui vivent dans la rue et non sur la tranche intermédiaire des toxicomanes qui ont toujours un emploi à temps plein, un logement, et qui meurent dans leur chambre. Il faut trouver des solutions.

Patty Hajdu, ministre fédérale de la Santé

Comment renverser la vapeur? Avec quels moyens des communautés comme Timmins pourront mieux traverser cette épidémie?

Le récent discours du Trône a fait bondir le maire George Pirie de sa chaise. Sur 38 pages, une seule phrase était réservée à cette crise. Jusqu’à preuve du contraire, les sommes restent dérisoires et pendant ce temps, nous continuons à enterrer nos morts.

Un relevé montre l’arrêt des battements de cœur d’un homme déclaré mort par un médecin une dizaine de minutes plus tard.
Image : Un relevé montre l’arrêt des battements de cœur d’un homme déclaré mort par un médecin une dizaine de minutes plus tard.
Photo: Il était 22 h 36. Un relevé montre l’arrêt des battements de cœur d’un homme déclaré mort par un médecin une dizaine de minutes plus tard, malgré toutes les manoeuvres des paramédics et des pompiers.   Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

Une crise, deux lentilles

Avant la pandémie, une personne mourait toutes les deux heures d’une surdose d'opioïdes au Canada. La mise à jour des statistiques viendra assurément assombrir le portait.

Mais en attendant, on sent que Patty Hajdu en a gros sur le coeur. La persistance de gouvernements provinciaux conservateurs à vouloir traiter ce fléau comme un problème criminel agace la ministre fédérale.

En Ontario, en Alberta, au Manitoba, en Saskatchewan et dans certaines autres provinces, il y a beaucoup de préjugés sur la consommation des opioïdes. On ne veut pas le voir comme un problème de santé publique, alors que c'est le noeud du problème.

Sans dire que cette résistance pourrait compromettre l’élan supplémentaire que souhaiterait donner Ottawa, elle complique certainement la dynamique, avoue la ministre. Nous avons besoin que toutes les provinces voient cette crise à travers la lentille de la santé pour arriver à renforcer le soutien aux personnes.

Deux ambulanciers à côté d'un jeune homme couché sur le sol.
Image : Deux ambulanciers à côté d'un jeune homme couché sur le sol.
Photo: Des ambulanciers de Timmins s'apprêtent à injecter une dose de naloxone à un jeune homme. La naloxone peut prévenir un décès ou des dommages au cerveau consécutifs à un manque d’oxygène. Une fois revenu à lui, le patient a refusé d’être transporté à l’hôpital.  Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

La peur de l'hôpital

Un autre jeune homme est retrouvé inconscient à l’extérieur d’un édifice du centre-ville de Timmins. Il n’en est pas à sa première surdose.

La naloxone, l'antidote qui peut inverser temporairement les effets des drogues opioïdes, lui est administrée par les services d’urgence.

Il fait partie de ceux et celles qui, ce jour-là, ont pu reprendre connaissance.

Le patient se réveille abruptement. À peine revenu à lui, il s’empresse de prononcer cette phrase : Non, non. Je ne veux pas aller à l’hôpital. Tout est beau.

Les ambulanciers paramédicaux le préviennent qu’il doit voir un médecin; les signes de surdose peuvent réapparaître une fois l’effet de la naloxone terminé. Mais ces arguments ne font pas le poids. Les ambulanciers doivent repartir sans lui.

La plupart des gens ne veulent pas aller à l'hôpital, la plupart ne veulent pas que cela figure à leur dossier. Il craignent la suite. C’est le bordel, le bordel absolu. Nous devons parler de décriminalisation. Il faut agir.

Jonny Grek, médecin
Le docteur Jonny Grek porte un masque.
Le docteur Jonny Grek est médecin à Kenora, en Ontario. Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Le problème est le même partout, raconte avec passion et frustration Jonny Grek. Ce médecin installé à Kenora dans le Nord-Ouest de l’Ontario est témoin régulièrement de la même dynamique dans sa propre communauté et celles des environs.

Il pratique une sorte de médecine de rue pour aider du mieux qu’il peut les toxicomanes qui refusent de solliciter les services dont ils ont besoin : La logique punitive empêche un climat de confiance qui contribuerait à ouvrir la porte aux traitements nécessaires. Il faut que la société et les gouvernements le réalisent.

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Image : Un policier debout dans une entrée de garage.
Photo: Un policier de Timmins reste en retrait alors que les services d'urgence tentent de réanimer un patient à la suite d'une surdose.  Crédit: Radio-Canada / Marc Godbout

Point de bascule?

La pression s’accentue. L’horreur des surdoses relance les appels à la décriminalisation.

En Colombie-Britannique, où plus d’un millier de personnes ont succombé à une surdose depuis le début de la pandémie, le premier ministre John Horgan est revenu à la charge.

Voyant le bilan s’alourdir presque partout, l’Association canadienne des chefs de police annonçait au milieu de l’été qu’elle prônait maintenant, elle aussi, la décriminalisation de la possession simple d'opioïdes.

Et à ces voix s’est ajoutée celle de Benjamin Perrin. Pourquoi est-ce digne de mention? Benjamin Perrin était le conseiller en matière de justice pénale de Stephen Harper au moment où les conservateurs dirigeaient le pays.

J’ai accepté aveuglément le dogme du parti selon lequel les drogues illégales entraînaient le crime et la dévastation, et qu’il fallait donc les supprimer. Je regrette maintenant profondément de ne pas avoir remis en question ces politiques.

Benjamin Perrin, ancien conseiller en matière de justice pénale de Stephen Harper
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Le professeur de droit Benjamin Perrin. Il est l'ancien conseiller en matière de justice pénale de Stephen Harper au moment où le gouvernement conservateur était au pouvoir.Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Aujourd’hui professeur de droit à l’Université de la Colombie-Britannique, Benjamin Perrin en vient à la conclusion que « la guerre contre les drogues est une guerre perdue ».

Dans ce qui prend les allures d’un acte de contrition, l’auteur du livre Overdose: Heartbreak and Hope in Canada's Opioid Crisis présente ses arguments pour une réforme visant à dépénaliser la possession de drogue à des fins de consommation personnelle.

Décriminaliser ne signifie pas légaliser et Benjamin Perrin y voit une réponse pragmatique à cette tragédie nationale. Il croit que le premier ministre Justin Trudeau n’a plus le choix de bouger. 

Le statu quo coûte plus cher à la société et son refus d'aller de l'avant avec la décriminalisation devient un geste irresponsable. Les surdoses d'opioïdes resteront avec nous, même après la COVID-19. Après le fentanyl, ce sera autre chose.

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« Dans quelques heures, ce sera à recommencer », lance cette femme qui ramasse des seringues souillées avec toutes les précautions qui s'imposent. À Timmins, le matériel servant aux injections est retrouvé dans tous les quartiers de la ville. Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Politiquement, le sujet demeure délicat. Le gouvernement libéral reste sur les lignes de côté, même si au mois d’août, la directrice du Service des poursuites pénales du Canada y est allée d’un geste discrétionnaire.

Kathleen Roussel a donné instruction aux procureurs fédéraux d'éviter les poursuites criminelles pour des délits de possession simple de stupéfiants, sauf dans les cas les plus graves. Mais elle ne peut pas aller plus loin. La modification du Code criminel appartient au gouvernement.

La ministre Patty Hajdu voyait venir la question. Prudente, elle évite de s’aventurer en terrain glissant. Il n'y a pas de solution miracle. La décriminalisation n'est qu'un élément d'une solution complexe.

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Le centre-ville de Timmins.Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

À Timmins, un autre quart de travail prend fin à la station des services d’urgence. La semaine aura été éprouvante avec cinq décès par surdose.

Pierre Filion et ses collègues ambulanciers paramédicaux ne peuvent qu’être craintifs pour la suite. Le monde doit réaliser qu’il y a une limite aux ressources. Ce n’est pas rare que la centrale nous appelle pour une attaque de coeur, un accident d’auto, pis qu’on est pris avec des overdoses. Pendant qu’on fait ça, on ne peut pas aller ailleurs.

Le Canada est confronté à deux urgences de santé publique simultanées. Elles comportent chacune leurs propres défis. Mais l’une semble nourrir l’autre.

Timmins n’est pas une exception. Dépassées, faute de moyens, des communautés basculent dans une spirale destructrice.

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