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Image : Selfie d'Emallak

20 ans, vit à Inukjuak et rêve d'avoir une maison et un bon emploi

Le jeu s’appelait Man Tracker. Un peu partout dans la ville d’Inukjuak, les enfants dévalaient les rues poussiéreuses avant d’aller se cacher derrière les maisons et les murs du centre communautaire, ou encore dans les boisés entourant la bourgade inuit. Ces jeunes pouvaient passer des heures à se débusquer, walkie-talkie à la main.

Quand elle y repense, Emallak, qui préfère son surnom d’Emalla, laisse échapper un petit rire de nostalgie. L’insouciance de son enfance, sauvage et follement amusante, a peut-être été de trop courte durée. Avec l’adolescence sont vite apparus les démons de l’alcool.

J’ai commencé à boire à 13 ans. Je pensais que c’était cool. L’alcool, c’était… je pensais que ça me ferait sentir mieux, et ça n’a pas fonctionné. Ça a rendu tellement d’aspects de ma vie plus difficiles, raconte-t-elle au bout du fil.

Très jeune, Emallak s’est retrouvée prise dans la même spirale qui a aspiré un trop grand nombre de ses proches et de membres de sa famille. Heureusement, la jeune Inuit a réussi à sortir la tête de l’eau à 17 ans.

Avec une de mes amies, on a commencé à aller s’entraîner trois fois par semaine. Ça m’a aidée à devenir sobre. Je me suis tenue de plus en plus avec d’autres personnes qui avaient choisi la sobriété. Ce qui m’a le plus aidée, c’est d’être tombée en amour avec Thomas, dit Emallak, le sourire dans la voix.

Thomas, Emallak le connaît depuis toujours, comme on finit par connaître tout le monde quand on vit dans un petit village. C’est lui qui a inventé Man Tracker, le jeu qui a marqué son enfance. « Il est tellement gentil et il adore m’aider. Il est tellement génial; je manque de mots pour le décrire! » s’exclame Emallak. À l’automne 2019, la petite famille a accueilli son premier enfant, Savaanah, une petite fille rieuse et joufflue qui fait le bonheur d’Emallak.

C’est elle qui a convaincu Emallak, après toutes ces embûches, de retourner à l’école. Cette année, la jeune femme a finalement mis la main sur son diplôme d’études secondaires. Il s’agit d’un exploit sur toute la ligne dans une région encore délaissée par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, aux dires de la protectrice du citoyen, qui avait dénoncé dans un rapport dévastateur publié en 2018 les immenses lacunes des services éducatifs du Nunavik.

Vivre au nord du 55e parallèle

Emallak a passé toute sa vie dans le village d’Inukjuak. Elle vit toujours avec ses parents, par nécessité : trouver du logement au Nunavik relève presque du miracle. Les maisons ne sont construites que durant l’été. Il y a un manque criant de logements à Inukjuak, et certaines personnes attendent parfois 10 ans avant de pouvoir avoir leur propre maison, dénonce-t-elle.

Coucher de soleil à Inukjuak
Coucher de soleil à InukjuakPhoto :  courtoisie

Au-delà des problèmes qui affligent le Nunavik, Emallak ressent un amour profond pour son village. Les étés sont faits de baignades près de la plage de sable blond, depuis laquelle elle aime se jeter dans les eaux de la baie d’Hudson. La jeune femme aime cueillir des petits fruits durant les journées d’été ensoleillées et braver le froid mordant, l’hiver, pour aller explorer la toundra en motoneige.

Les couchers de soleil, qui enveloppent les petites maisons d’une chape enflammée, restent toutefois ce qu’elle aime le plus d’Inukjuak.

L'avenir

Emallak s’est récemment découvert une passion pour la fabrication de boucles d’oreilles, qu’elle crée à partir de peau de phoque et de techniques traditionnelles de perlage. Ça remplit mon cœur de joie quand je vois des gens les porter. J’adore, j’adore, j’adore faire des boucles d’oreilles! J’espère un jour avoir mon propre site web, lorsque je serai capable d’en faire plus, lance-t-elle.

La jeune femme n’est pas du genre à se tracer un avenir précis, préférant se laisser porter par le courant. Elle rêve tout de même d’avoir un jour sa propre maison, de continuer son artisanat et – pourquoi pas? – d’avoir peut-être un autre enfant dans quelques années. Trouver un bon emploi qu’elle aimera est aussi l’une de ses aspirations. Plus que tout, j’espère que ma famille sera en santé et en sécurité, souhaite-t-elle.

Environnement

Les hivers arrivent de plus en plus tôt et les chaudes journées se font plus rares, même l’été. Par contre, les effets des changements climatiques ne sont pas encore trop importants pour que ça retienne mon attention. Je ne suis pas inquiète pour l’avenir, pour l’instant.

Emallak
  • Son film préféré : J’aime regarder des films dramatiques, mais je n’en ai pas de favoris.
  • Ses séries préférées : Dre Grey, leçons d'anatomie (Grey’s Anatomy), Riverdale, Treize raisons (13 Reasons Why)… J’en ai beaucoup!
  • Ses artistes de la musique fétiches : Cardi B et Lewis Capaldi
  • Son livre préféré : Je ne lis pas, parce que je suis trop impatiente!
  • Ses réseaux sociaux préférés : Facebook et Instagram

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