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Un soutien communautaire pour éviter un retour derrière les barreaux

Les personnes autochtones sont surreprésentées dans la population carcérale du Canada.

Une gardienne de prison qui marche avec un détenu dehors

Un centre spirituel destiné aux détenus autochtones se trouve sur le terrain du pénitencier de la Saskatchewan, à Prince Albert. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

RCI

Au moins 8 des 29 recommandations faites à la suite de l’enquête du coroner sur les attaques au couteau survenues le 4 septembre 2022 en Saskatchewan portent sur le besoin d’améliorer les programmes et es ressources offerts par Service correctionnel Canada. Plusieurs personnes estiment toutefois qu'il est temps de consacrer davantage de ressources aux programmes communautaires qui viennent en aide aux anciens prisonniers.

La directrice des programmes de justice du Conseil tribal de Saskatoon, Crystal LaPlante, est de cet avis. Elle croit que ce type de programme peut combler des manques causés par la surcharge du système carcéral.

Compte tenu des taux très élevés de surreprésentation des Autochtones dans les prisons, nous savons que le système actuel ne fonctionne pas, déplore-t-elle. Les programmes en milieu carcéral peuvent être difficiles à gérer à cause des contraintes de temps et du manque d'accès.

Que s’est-il passé le 4 septembre 2022?

Le 4 septembre 2022, Myles Sanderson a poignardé 11 personnes, dont son frère, Damien Sanderson, et en a blessé 17 autres (nouvelle fenêtre) dans la Nation crie James Smith et dans le village voisin de Weldon, en Saskatchewan. Il s’agit de la pire attaque à l’arme blanche de l’histoire du Canada.

S'en est suivie une chasse à l’homme pendant trois jours (nouvelle fenêtre), jusqu'à ce que les forces de l’ordre aient repéré, le 7 septembre, la voiture dans laquelle se déplaçait Myles Sanderson près du village de Rosthern, à 66 km au nord-est de Saskatoon.

Peu de temps après son arrestation, le fugitif s'est retrouvé en état de détresse respiratoire (nouvelle fenêtre). Des ambulanciers ont été appelés sur les lieux pour l’emmener dans un hôpital de Saskatoon, où son décès a finalement été déclaré.

L'un des programmes communautaires que Crystal LaPlante donne en exemple est la maison de transition īkwēskīcik iskwēwak, consacrée à d'anciennes détenues. L'établissement, géré par le Conseil tribal de Saskatoon, bénéficie d'un financement provincial et fédéral.

Crystal LaPlante plie un édredon destiné à l'une des locataires de Īkwēskīcik iskwēwak, une maison de transition de Saskatoon pour les femmes sortant de prison, le 12 février 2024.

L'édredon offert aux locataires de la maison de transition īkwēskīcik iskwēwak est un symbole de soutien et d'amour, comme l'explique Crystal LaPlante.

Photo : Radio-Canada / Don Somers

Nous avons deux infirmières psychiatriques diplômées dans notre personnel, explique Mme LaPlante. Nous disposons d'un soutien en matière de santé mentale et de toxicomanie. Nous avons des travailleurs sociaux [et] des aînés.

Shayla Shingoose, une ancienne détenue autochtone originaire du Manitoba, affirme que les ressources culturelles offertes par la maison de transition īkwēskīcik iskwēwak l'aident à lutter contre ses problèmes de dépendance et l'empêchent de retourner en prison.

J'aurais probablement repris mes anciennes habitudes parce que je n'avais pas autant de soutien qu'aujourd'hui.
Une citation de Shayla Shingoose, ancienne détenue

Un problème de surreprésentation

Bien que les Autochtones ne représentent qu'environ 5 % de la population canadienne, ils constituent 32 % de l'ensemble des personnes placées en détention, selon les données du gouvernement fédéral.

Une situation qui représente une parodie nationale, comme l'écrit l'enquêteur correctionnel Ivan Zinger dans son dernier rapport (nouvelle fenêtre).

Ce dernier affirme que les programmes actuels qui sont destinés aux prisonniers autochtones ne règlent pas le problème de surreprésentation dans le système carcéral, car ils s'appliquent à trop peu de personnes , et ce, même s'ils reçoivent davantage de financement que les programmes communautaires.

Les pavillons de ressourcement gérés par l'État ont des taux de financement et des ressources beaucoup plus élevés que des pavillons de ressourcement qui sont gérés par des groupes communautaires, souligne Ivan Zinger.

Le pénitencier de la Saskatchewan à Prince Albert, le 22 juin 2020.

Au pénitencier de la Saskatchewan, 60 % des détenus étaient Autochtones en 2020. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Trevor A Bothorel

Vicki Chartrand, professeure de sociologie à l'Université Bishop's, au Québec, estime pour sa part que les recommandations faites à Service correctionnel Canada pendant l'enquête du coroner ne parviendront pas à faire avancer les choses.

Il est malavisé de recommander d'injecter plus d'argent, plus de ressources dans une institution qui a été conçue pour simplement contenir et contrôler les gens.
Une citation de Vicki Chartrand, professeure de sociologie à l'Université Bishop's

Fondatrice du Centre Justice Exchange, un groupe de recherche axé sur la justice communautaire, Vicki Chartrand affirme que plusieurs communautés gèrent avec succès leurs propres programmes de justice à travers le Canada. Or, ces diverses communautés travaillent souvent en vase clos.

La chercheuse a d'ailleurs fait une demande de financement afin de pouvoir étudier ces programmes et d'aider leurs organisateurs à créer des liens entre eux.

Un pas dans la bonne direction

Malgré tout, la directrice générale de l’organisme Native Counselling Services of Alberta, Marlene Orr, affirme que Service correctionnel Canada collabore davantage avec les groupes communautaires depuis la nomination de Kathy Neil comme sous-commissaire aux services correctionnels pour Autochtones.

La directrice générale de l’organisme Native Counselling Services of Alberta, Marlene Orr, en février 2024.

« Nous comprenons l'importance de remplacer une honte imposée par une fierté culturelle », affirme Marlene Orr.

Photo : Radio-Canada / Peter Evans

Je vois qu'ils agissent. Ce ne sont pas que des paroles en l'air, se réjouit Mme Orr.

Elle estime que le Canada devrait investir davantage dans les programmes qui ne sont pas en lien avec l'incarcération et qui sont dirigés par des Autochtones. Selon elle, cela permettrait de prévenir les effets des traumatismes intergénérationnels que vivent de nombreux prisonniers.

Avec les informations de Sam Samson

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