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L’unité des Premières Nations, mot d’ordre pour la suite à l’APN

David Pratt et Cindy Woodhouse lèvent ensemble leur mains pour montrer leur unité.

La nouvelle cheffe nationale, Cindy Woodhouse, et son poursuivant, David Pratt, ont indiqué vouloir travailler ensemble.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Gill-Couture

Portrait de Jérôme Gill-Couture
Jérôme Gill-Couture

L'Assemblée des Premières Nations (APN) a une nouvelle cheffe nationale. Cindy Woodhouse, de la communauté anishinaabe de Pinaymootang, au Manitoba (nouvelle fenêtre), a commencé son mandat en lançant un message d'unité, dans le but de remettre l'APN sur les rails et de s'assurer que l'organisation soit le plus efficace possible dans son rôle de représentation des chefs des Premières Nations du Canada.

La nouvelle cheffe l'a emporté au septième tour d'élection, après une concession de son poursuivant, David Pratt. Ils ont indiqué avoir beaucoup discuté afin de s'assurer que la suite des choses se déroule de manière constructive.

Dans cet esprit, M. Pratt a profité de son discours pour féliciter Cindy Woodhouse et lui confirmer son appui.

Je veux que tout le monde ici présent et tout le Canada retiennent ceci : nous quittons cette convention unis derrière notre cheffe nationale. Nous sommes de retour et l'avenir appartient aux Premières Nations, a-t-il annoncé.

Un message qui a été acclamé par l'Assemblée et souligné par le chef régional du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, en entrevue.

Portrait de Ghislain Picard.

Ghislain Picard est chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador depuis une trentaine d'années. Il siège à l'APN en tant que chef régional et est membre du comité exécutif. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Charles-Émile L'Italien-Marcotte

Les deux dernières années et demie ont été émotives au sein de l'Assemblée. Le discours de concession de David Pratt était parfait : il faut s'assurer que la pression est dirigée vers les gouvernements, et non pas vers nos propres nations, a expliqué M. Picard.

Devant l'Assemblée ainsi qu'en conférence de presse, Cindy Woodhouse a rappelé l'importance que toutes les communautés, d'un océan à l'autre, travaillent ensemble.

L'Assemblée des Premières Nations appartient aux chefs. Il faut briser cette tendance coloniale qui est de diriger du haut vers le bas, a-t-elle indiqué.

Hier soir et ce matin, on a beaucoup discuté, David [Pratt], Joanna [Bernard, qui était cheffe par intérim] et moi. On s'est entendus sur le fait qu'indépendamment de qui est chef national, le plus important, c'est de tout faire pour faire avancer les questions qui touchent nos communautés. Et ça, c'est seulement possible si on est unis.
Une citation de Cindy Woodhouse, nouvelle cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations

L'Assemblée des Premières Nations, toujours pertinente?

Plusieurs problèmes persistent dans les communautés des Premières Nations au pays, que ce soit en ce qui touche l'accès à l'eau potable ou à un logement adéquat, ou encore la crise des opioïdes qui sévit actuellement chez les membres les plus vulnérables des premiers peuples.

Dans les dernières années, de nombreuses critiques ont été soulevées contre l'Assemblée des Premières Nations, notamment qu'elle n'avait pas assez d'impact concret dans les communautés. L'organisation a également été accusée d'être trop proche du gouvernement fédéral.

Pour Cindy Woodhouse, il y a des moments où il faut s'affirmer, mais d'autres où la meilleure approche est la voie diplomatique.

J'espère que les Canadiens seront là pour être nos alliés, parce que je crois qu'en ce moment, il faut des discussions pour s'en sortir, a affirmé Cindy Woodhouse.

Cindy Woodhouse en habit traditionnel.

Cindy Woodhouse représente sur plusieurs plans le choix de la stabilité, elle qui travaille depuis longtemps avec les dirigeants de l'APN.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Gill-Couture

Elle a également indiqué que, lors d'une discussion téléphonique avec le premier ministre Justin Trudeau, quelques minutes avant la conférence de presse, celui-ci s'était engagé à combler les écarts en infrastructures d’ici 2030. Je lui ai dit qu'on avait besoin de logements, et surtout, qu'il fallait des routes sous ces maisons, des infrastructures et de l’eau. [...] Je veux les talonner là-dessus, dans le respect.

Selon le chef Ghislain Picard, l'une des faiblesses de l'Assemblée des Premières Nations est d'avoir une structure trop politique et bureaucratique. Il faut que l'organisation joue son rôle : celui de défendre les chefs et leurs priorités, et non pas d'agir comme un gouvernement. La nouvelle cheffe devra s'assurer de ça, a-t-il analysé.

À mon sens, le rôle du comité exécutif et de la cheffe nationale n'est pas un rôle de pouvoir, mais plutôt un rôle où il est important d'écouter les chefs et d'agir en leader. Je suis satisfait du résultat de cette semaine, même s'il faudra possiblement réformer nos méthodes d'élection pour être plus efficaces.
Une citation de Ghislain Picard, chef régional du Québec et du Labrador à l'Assemblée des Premières Nations

La nouvelle cheffe nationale a admis durant la période de questions que l'Assemblée des Premières Nations est loin d'être parfaite et que des changements seront nécessaires.

Mon rôle sera de rassembler toutes les Premières Nations et de faire les choses différemment pour y arriver, a-t-elle énoncé.

Peu d'inclusion pour les francophones

Une autre question revient année après année à l'Assemblée des Premières Nations : bien qu'elle ait la prétention d'être une organisation bilingue, elle exclut complètement le français des débats.

C'est toujours la même chose sur ce plan, et nous devons rappeler que ni le français ni l'anglais ne font partie de nos langues. Ce sont des langues coloniales, et il devrait y avoir un peu plus d'équilibre pour que les chefs francophones se sentent concernés, a exprimé le chef Picard.

En conférence de presse, Cindy Woodhouse a répété qu'il y avait beaucoup de travail à faire pour que les chefs du Québec sentent eux aussi que l'Assemblée des Premières Nations les représente.

Je sais qu’il y a une déconnexion avec les chefs du Québec, je la ressens, et nous en avons parlé. Nous avons un plan pour ça afin de travailler de plus près avec eux. J’ai hâte de mieux les connaître, malgré la barrière de la langue.
Une citation de Cindy Woodhouse, nouvelle cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations

Une question de leadership

Pour une seconde fois en autant d'élections, la personne élue cheffe nationale n'est pas parvenue à obtenir le seuil de 60 % des votes requis. Lors du mandat de RoseAnne Archibald, celle-ci a souvent eu à défendre ce manque d'appuis. Cindy Woodhouse a terminé avec 50,8 % des votes.

Vêtue d'une coiffe symbolique, RoseAnne Archibald assiste à une cérémonie.

L'ex-cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations RoseAnne Archibald n'a jamais réussi à asseoir un réel pouvoir durant son mandat.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Pour Cindy Woodhouse, le message d'unité de David Pratt et la bonne ambiance qui a régné tout au long de l'élection sont bon signe.

Si on se concentre sur nos gens et si on travaille véritablement ensemble, il n'y aura pas de prises de bec, a-t-elle estimé.

Même son de cloche du côté du chef Picard, qui soutient que tout dépendra de l'approche de Cindy Woodhouse lorsqu'il faudra mener les différents dossiers. Si elle porte un message d'unité et est à l'écoute de l'ensemble de l'Assemblée, elle risque de rester à l'abri de ce genre de critiques.

À la suite du résultat de l'élection, plus tard dans la journée, un chef a lancé l'idée qu'il aurait été possible d'effectuer un dernier tour de vote avec seulement Cindy Woodhouse comme candidate, afin de s'assurer d'atteindre le seuil de 60 % et d'envoyer un message fort d'unité pour le mandat de la nouvelle cheffe.

Les prochains mois seront déterminants, et bien qu'elle souhaite conserver l'approche la plus douce possible, Cindy Woodhouse garantit qu'elle ne laissera pas traîner les dossiers.

Je ne veux pas d’un gros bureau de conseil de bande. Je veux une organisation forte et efficace pour nos chefs afin que leurs voix soient entendues à Ottawa et ailleurs au pays. C’est le mieux qu’on puisse faire pour les communautés : leur venir en aide quand elles en ont besoin, mais aussi au quotidien, pour éviter qu’elles se sentent seules.
Une citation de Cindy Woodhouse, nouvelle cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations
Portrait de Jérôme Gill-Couture
Jérôme Gill-Couture

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