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« C’est pas normal que notre réseau soit géré par des syndicats » – François Legault

François Legault s'adresse aux journalistes.

Le premier ministre François Legault semblait quelque peu exaspéré par le rejet de la nouvelle offre bonifiée de 9 milliards de dollars présentée mercredi aux syndiqués des secteurs publics et parapublics.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Stéphane Bordeleau, journaliste à Radio-Canada.ca
Stéphane Bordeleau

Le premier ministre du Québec François Legault s'impatiente après le rejet par le Front commun, la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) et la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) de l'offre bonifiée dévoilée mercredi par son gouvernement.

Interrogé par les journalistes dans les couloirs de l'Assemblée nationale à la veille du déclenchement d'un débrayage de sept jours par les 420 000 membres du Front commun, François Legault s'est montré quelque peu contrarié par l'attitude des syndicats.

C’est important que tous les Québécois comprennent que les négociations qu’on mène actuellement pour renouveler les conventions collectives vont être déterminantes pour l’avenir des réseaux de la santé et de l’éducation, a-t-il expliqué.

Comme il l'a fait à maintes reprises au cours des derniers mois, le premier ministre a déploré la rigidité des conventions collectives, qui constitue, selon lui, le principal frein à l'amélioration du sort des travailleurs et des services.

Depuis des dizaines d'années, on n’arrive pas à améliorer les services en éducation et en santé beaucoup à cause de la rigidité des conventions collectives. On n’est pas capables... Je vous donne un exemple : si un gestionnaire s’entend avec un employé sur un horaire de travail, ça peut être rejeté par le syndicat.

Souvent, les employés seraient d’accord avec nos propositions, mais elles sont refusées par les syndicats. C’est ça qui est au cœur des négociations, a poursuivi le premier ministre.

C'est pas normal que notre réseau soit géré par des syndicats plutôt que des gestionnaires.
Une citation de François Legault, premier ministre du Québec

La lutte s'annonce difficile pour regagner ces pouvoirs de gestion dont les syndicats se sont emparés au fil des décennies, soutient M. Legault. Ayant bon espoir d'en arriver bientôt à une entente sur les matières de la table centrale (salaires et retraite, notamment), François Legault estime que la vraie bataille est celle de la flexibilité qu'il demande aux syndiqués.

Ça va prendre du courage parce que, effectivement, les syndicats n’ont jamais cédé depuis des dizaines d’années ces pouvoirs-là. Et ce qu’on veut faire aussi, dans les lois 15 et 23, c'est de rendre les gestionnaires imputables.
Une citation de François Legault, premier ministre du Québec

Un : on leur donne des pouvoirs en changeant les conventions collectives. Et deux : on les rend imputables sur les résultats avec le projet de loi 15 et le projet de loi 23. Si on obtient ça, on va enfin être capables d’améliorer les services aux Québécois.

Débrayages en cours et à venir :

  • Front commun (Confédération des syndicats nationaux-Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec-Centrale des syndicats du Québec-Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux) : 8 au 14 décembre
  • Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec : 11 au 14 décembre
  • Fédération autonome de l'enseignement : grève générale illimitée depuis le 23 novembre
  • Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec : 13 au 15 décembre

Dernière offre rejetée

Dans une impasse avec les syndiqués depuis plusieurs semaines, la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, a présenté mercredi une offre salariale bonifiée qui comprend une augmentation de 12,7 % sur cinq ans, un montant forfaitaire de 1000 $ et une prime de 2,5 % pour les travailleurs affectés à des horaires difficiles, par exemple des quarts de nuit et le week-end.

Sonia LeBel dans un corridor de l'Assemblée nationale.

La présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel,

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le gouvernement estime que cette nouvelle offre représente une hausse de 16,7 % de la masse salariale du secteur public, qui est d'environ 60 milliards de dollars. La précédente offre (nouvelle fenêtre) globale représentait une hausse de 14,8 %.

Selon Sonia LeBel, cette offre représente globalement 9 milliards de dollars récurrents d'argent provenant du portefeuille des contribuables.

Estimant que ces offres demeurent sous les prévisions d'inflation qui sont de 18,1 % pour les cinq prochaines années, les syndicats l'ont rejetée (nouvelle fenêtre) en expliquant que cette offre continuera d'appauvrir les travailleurs du secteur public.

Ce serait un drame demain matin si on acceptait une offre comme celle-là.
Une citation de Magali Picard, présidente de la FTQ

En milieu d'après-midi, jeudi, la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) a déposé sa contre-offre au gouvernement. Des discussions autour de celle-ci sont en cours, selon le syndicat.

Très loin de ce qu'on demande, déplore le Front commun

Un peu plus tôt, en conférence de presse, les dirigeants du Front commun syndicaux ont expliqué que l'inflation et les conditions salariales peu attrayantes du secteur public aggravent, selon eux, la pénurie de personnel en santé et en éducation.

Les quatre leaders syndicaux siègent à une table.

La présidente de la FTQ, Magali Picard, accompagnée de François Enault, premier vice-président de la CSN, Robert Comeau, président de l'APTS et au fond, Éric Gingras, président de la CSQ.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Les Québécois ont fait le choix depuis très longtemps de se payer des services publics de qualité. Maintenant, comment le gouvernement gère l’argent des Québécois? C’est peut-être là où on devrait se poser la question.
Une citation de Magali Picard, présidente de la FTQ

S'il fallait avoir une entente finale à 12,7 % sur cinq ans, ce serait un recul pour les fonctionnaires provinciaux. [...] On a déjà de la difficulté à attirer de la main-d’œuvre et à garder la main-d’œuvre que nous avons, a plaidé Mme Picard.

Outre les négociations salariales, les chefs syndicaux mentionnent que si Québec veut en arriver à une entente, il leur faudra constater des avancées aux tables de négociations sectorielles qui portent davantage sur l'organisation du travail et les clauses normatives.

Le premier ministre doit comprendre que nous devons faire des avancées aux tables sectorielles et s'il y a un endroit actuellement où le bât blesse, c'est aux tables sectorielles, a rappelé Magali Picard, qui a annoncé que des médiateurs seront ajoutés à plusieurs tables sectorielles au cours de la fin de semaine à la demande des syndicats.

Stéphane Bordeleau, journaliste à Radio-Canada.ca
Stéphane Bordeleau

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