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Inflation alimentaire : une famille de quatre dépensera 700 $ de plus en 2024

Image de fruits et légumes dans une épicerie de Montréal.

Les auteurs du Rapport annuel sur les prix alimentaires au Canada estiment qu'une famille de quatre personnes déboursera 16 300 $ pour s'alimenter l'an prochain. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Yanick Lepage.
Yanick Lepage

Après deux fortes années d'inflation alimentaire, les consommateurs canadiens peuvent s'attendre à un répit dans les épiceries en 2024 alors que la croissance des prix devrait varier de 2,5 à 4,5 %, selon le Rapport annuel sur les prix alimentaires au Canada.

Les produits de boulangerie, la viande ainsi que les légumes connaîtront les hausses de prix les plus marquées, prévoient les chercheurs de quatre universités canadiennes qui ont contribué à la rédaction du document publié jeudi.

Généralement, on ne s'attend pas à des hausses [de prix] substantielles à l'épicerie, indique Sylvain Charlebois, chef de projet et directeur du laboratoire en science analytique en agroalimentaire de l'Université Dalhousie.

On s'attend à une année plus facile financièrement pour les familles canadiennes.
Une citation de Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire en science analytique en agroalimentaire de l'Université Dalhousie.

Une famille de quatre déboursera environ 700 $ de plus pour s’alimenter l’an prochain, ce qui porte le montant total de ses dépenses alimentaires annuelles à près de 16 300 $

Source : Rapport annuel sur les prix alimentaires

Il estime que le prix de certains produits, comme le café et les pâtes alimentaires, pourrait même être moins élevé dans 12 mois qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Malgré la forte inflation, le groupe d'experts estime que les Canadiens ont réduit leurs dépenses d'épicerie cette année, entre autres en magasinant davantage dans les supermarchés au rabais.

Une chaîne d’approvisionnement en meilleure santé

Selon M. Charlebois, la forte inflation alimentaire en début d’année était en grande partie attribuable aux enjeux d’approvisionnement résiduels de la pandémie ainsi qu’au conflit en Ukraine (nouvelle fenêtre).

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, au congrès annuel de l'Association des municipalités rurales de la Saskatchewan (SARM) le 14 mars 2023.

Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire en science analytique en agroalimentaire de l'Université Dalhousie, au congrès annuel de l'Association des municipalités rurales de la Saskatchewan (SARM) le 14 mars 2023. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Trevor Bothorel

Ces facteurs exerçant une pression à la hausse sur le coût des aliments se sont atténués dans les derniers mois, ce qui devrait contribuer à une stabilisation des prix, explique l’expert de l’industrie agroalimentaire.

Il dit maintenant surveiller le conflit au Proche-Orient (nouvelle fenêtre). La géopolitique, c'est toujours un facteur qui peut faire dérailler nos prévisions, note-t-il.

Jean-Philippe Gervais, économiste en chef de Financement agricole Canada, dit lui aussi observer depuis juillet une baisse du prix des matières premières et des coûts de transformation. Selon lui, ces frais moins élevés pour les producteurs devraient bientôt se répercuter sur les prix en épicerie.

Ça prend un certain temps [...] pour voir des prix aux consommateurs qui reflètent ce qu'on voit déjà en termes de coût de production.
Une citation de Jean-Philippe Gervais, économiste en chef de Financement agricole Canada
Un tracteur progresse dans un champ.

La diminution des coûts de production des aliments devrait contribuer à stabiliser les prix en épicerie, selon l'économiste Jean-Philippe Gervais. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Toutefois, certains enjeux persistants, tels que la pénurie de main-d'œuvre et les coûts d’emprunts élevés, continueront de faire augmenter le prix des aliments, juge l’économiste.

La crise climatique : une source d’incertitude

Les changements climatiques ont aussi leur mot à dire. Selon le professeur Charlebois, le prix de dizaines de milliers de produits vendus en épicerie est influencé de près ou de loin par les enjeux environnementaux.

Chaque jour, on entend parler d'un phénomène [climatique] qui va affecter les prix éventuellement, illustre-t-il.

La question n’est pas de savoir si le climat nuira à la production de certaines denrées l’an prochain, mais plutôt lesquelles seront les plus durement touchées, d'après Sylvain Charlebois.

Un champ d'agriculture en sécheresse.

Cette année, de nombreuses régions du globe ont connu des périodes de sécheresse qui ont affecté la production agricole, souligne Sylvain Charlebois. (Photo d'archives)

Photo : iStock / no_limit_pictures

Une grogne populaire qui ne s’essouffle pas

Malgré le ralentissement progressif de l’inflation alimentaire, la pression politique pour stabiliser les prix en épicerie, elle, ne s’amenuise pas.

Encore cette semaine, les géants de l’alimentation ont été convoqués devant le Comité permanent de l'agriculture et de l'agroalimentaire à Ottawa pour discuter de leurs efforts pour freiner les hausses de prix.

Portrait de Michael Medline.

Le PDG d'Empire, Michael Medline, a été convoqué lundi devant le Comité permanent de l'agriculture et de l'agroalimentaire. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Blair Gable

Michael Medline, le président-directeur général d’Empire, la société mère de Sobeys et d’IGA entre autres, a affirmé avoir étendu son gel des prix entre novembre et janvier à environ 20 000 produits, soit 1700 de plus que ce qui était prévu.

Si le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, attribue cette mesure aux rencontres qu’il a tenues avec les épiciers cet automne (nouvelle fenêtre), M. Charlebois ne voit pas comment ce geste du gouvernement fédéral a pu avoir une influence substantielle sur l’industrie agroalimentaire.

Je pense que ce n'est que de la politique.
Une citation de Sylvain Charlebois

En octobre, le ministre Champagne disait n’être qu’au début d’un grand processus pour stabiliser le prix des aliments au pays.

Yanick Lepage.
Yanick Lepage

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