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Les inconduites sexuelles dans l’armée seraient en hausse, selon un sondage

Des soldats se tiennent les uns derrière les autres.

Le sondage indique que 3,5% des répondants des Forces armées canadiennes déclarent avoir été agressés sexuellement par un autre militaire en 2022. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

La Presse canadienne

Un sondage mené par Statistique Canada auprès des militaires suggère une augmentation importante du nombre d'agressions sexuelles au sein de l'armée, malgré l'attention accrue du public et du gouvernement à l'égard de ce problème.

Et à l'heure où les Forces armées tentent de changer leur culture, d'insuffler de la diversité dans leurs rangs et de pourvoir des milliers de postes vacants, les données suggèrent que le problème est pire pour les jeunes femmes, les Autochtones, les personnes handicapées et les membres de la communauté lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer et autres.

Ces résultats sont incompatibles avec les valeurs et l'éthique (du ministère de la Défense) et des Forces armées canadiennes, a indiqué mardi la lieutenante-générale Jennie Carignan, cheffe de la conduite professionnelle et de la culture au sein de l'armée canadienne.

Il est clair qu'il est urgent de poursuivre le travail que nous effectuons pour faire évoluer notre culture organisationnelle et cibler spécifiquement l'inconduite sexuelle.

Statistique Canada a publié mardi le rapport sur la base d'un sondage qu'elle a mené en 2022 auprès de membres des forces armées. Le sondage a examiné la prévalence de l'inconduite sexuelle et des agressions sexuelles en milieu de travail ou à l'extérieur de l'armée mais impliquant un autre militaire.

Deux fois plus qu'en 2018

Un tiers des membres de la Force régulière ont répondu au sondage volontaire et les résultats ont été pondérés pour représenter les forces régulières.

L'étude suggère que 3,5 % des membres des Forces armées canadiennes ont été agressés sexuellement par un autre militaire ou sur le lieu de travail de l'armée. Il s'agit d'une augmentation significative, de plus du double, par rapport aux 1,6 % signalés dans un sondage semblable en 2018 et aux 1,7 % en 2016.

Statistique Canada définit l'agression sexuelle comme une attaque de nature sexuelle, un contact sexuel non désiré ou une activité sexuelle à laquelle la victime ne pouvait pas consentir.

La grande majorité des agressions signalées dans le cadre du sondage étaient des contacts sexuels non désirés et auraient été commises par un camarade qui agissait seul.

La plupart des personnes qui ont déclaré avoir été victimes de ces agressions ont déclaré qu'elles ne les avaient pas signalées aux autorités, dans de nombreux cas parce qu'elles ne croyaient pas que cela ferait une différence.

Cela contraste avec les rapports de 2018 et 2016, qui indiquaient que la raison la plus courante pour ne pas signaler était que le problème avait été réglé de façon informelle.

En 2022, seul un cas sur cinq a donné lieu à un signalement officiel.

L'alcool: un facteur

Les nouvelles données montrent également qu'il existe un lien entre l'inconduite sexuelle et l'alcool, un problème auquel les militaires sont confrontés depuis des années.

Un tiers de ceux qui ont déclaré avoir été victimes d'une agression sexuelle ont dit croire que la consommation d'alcool de l'agresseur avait été un facteur.

La lieutenante-générale Carignan a d'ailleurs indiqué qu'il y avait généralement une augmentation des rapports d'inconduite sexuelle vers le mois de décembre, en raison du grand nombre d'événements de vacances sanctionnés et non autorisés impliquant de l'alcool.

Elle a déclaré que cette année, son bureau travaillait avec la chaîne de commandement sur des initiatives de prévention. Mais l'armée n'envisage pas d'interdire la consommation d'alcool lors de ses manifestations.

C'est une solution universelle qui ne nous permet pas de faire mieux, a déclaré Mme Carignan. L'interdiction totale de l'alcool pourrait créer d'autres problèmes plus importants, comme les fêtes dans les maisons privées, a-t-elle déclaré.

Une personne est au micro dans un studio de Radio-Canada.

La lieutenante-générale Jennie Carignan, cheffe de la conduite professionnelle et de la culture au sein de l'armée canadienne (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Nora Chabib

Lorsqu'on lui a demandé si l'armée avait un problème avec l'alcool, le ministre de la Défense, Bill Blair, a déclaré aux journalistes que le problème était d'ordre sociétal.

Lorsque cela constitue un facteur dans ces cas, des mesures peuvent alors être prises [...] afin de limiter l'impact que peut avoir l'intoxication, a-t-il déclaré, sans préciser de quelles mesures il s'agissait.

Mon message est que les gens doivent se comporter de manière appropriée, a déclaré le ministre Blair, qui s'attend à ce que les officiers supervisent correctement ces événements.

Selon Statistique Canada, près de 40 % des agressions sexuelles auraient été commises par un superviseur ou une personne d'un grade supérieur.

Signalement difficile

Lindsay Mathyssen, porte-parole néo-démocrate en matière de défense, a indiqué dans une déclaration écrite que ce rapport montre que les efforts du gouvernement pour lutter contre les agressions sexuelles dans l'armée ont échoué.

Les membres des Forces armées continuent d'être victimes de violence sexuelle et de discrimination, et font face à des représailles ou à des brimades de la part de leur chaîne de commandement lorsqu'elles se manifestent, a-t-elle déclaré.

Mme Mathyssen a demandé aux libéraux d'adopter son projet de loi d'initiative parlementaire, qui retirerait à l'armée la compétence en matière d'infractions sexuelles criminelles.

Ce changement a été recommandé par l'ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour dans son rapport de mai 2022, et le ministre Blair se dit déterminé à le faire. Le rapport Arbour révèle que les victimes ont cité le manque de confiance dans le système de justice militaire comme un obstacle au signalement d'une inconduite sexuelle.

Mme Carignan a déclaré que son équipe s'efforçait de remédier au manque de signalements, en partie en remaniant le système de règlement des griefs.

Ce que nos membres nous disent, c'est que dans bien des cas, la façon dont leur plainte est traitée est plus préjudiciable que l'incident lui-même, a déclaré la lieutenante-générale.

Des officiers de l'armée Canadienne.

Un nouveau sondage de Statistiques Canada fait l'état d'une hausse des inconduites sexuelles dans les Forces armées canadiennes. (Photo d'archives)

Photo :  (Sean Kilpatrick/The Canadian Press)

Les témoins interviendraient plus

Les deux tiers des militaires ont déclaré avoir été témoins ou victimes de comportements sexualisés, notamment des commentaires ou des blagues inappropriés, ou de discrimination fondée sur le sexe, l'identité de genre ou l'orientation sexuelle.

Cependant, plus de la moitié de ceux qui déclarent avoir été témoins de comportements inappropriés ont déclaré être intervenus – généralement en parlant à l'agresseur – et les signalements de comportements sexualisés ou discriminatoires étaient plus élevés en 2022 que les années précédentes. Mme Carignan y voit un signe positif.

Statistique Canada indique que les 15 comportements mesurés dans l'enquête étaient plus courants en 2022 qu'en 2018, et un tiers des femmes ont déclaré avoir été victimes d'au moins un de ces comportements. Chez les hommes, c'est deux fois moins.

Le taux d'agression sexuelle était plus élevé chez les femmes, à 7,5 %, que chez les hommes, à 2,8 %. Les femmes représentent 16 % des membres de la Force régulière.

Dans le même temps, les hommes sont plus nombreux à déclarer avoir été victimes d'une telle agression en 2022 qu'en 2018, et on note une augmentation particulière chez les hommes âgés de 25 à 29 ans.

Plus de 60 % des militaires ont déclaré que l'inconduite sexuelle était un problème, mais les trois quarts des militaires ont déclaré qu'ils pensaient que la culture s'était améliorée depuis qu'ils avaient rejoint les forces armées.

Statistique Canada affirme qu'un tiers des membres réguliers ont répondu au sondage commandé par les Forces armées canadiennes. Plus de 18 500 membres de la Force régulière ont rempli et transmis le questionnaire en 2022.

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