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Demandeurs d’asile : « Aux autres provinces d’assumer leur part », dit Québec

Christine Fréchette et François Legault.

Le Québec ne participera pas à une nouvelle voie humanitaire récemment mise sur pied par Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy-Roussel

Alexandre Duval, journaliste à Radio-Canada.
Alexandre Duval

Seule province à refuser de participer à un nouveau programme fédéral pour accueillir 11 000  ressortissants en provenance d’Haïti, du Venezuela et de la Colombie, le Québec se défend de manquer d’humanité. « Le Québec a fait largement plus que sa part », martèle la ministre Christine Fréchette.

De novembre 2021 à fin octobre 2023, le Québec a accueilli 55 % des demandeurs d'asile qui sont arrivés au Canada [...] J'aimerais rappeler qu'on est 22 % de la population du Canada, illustre la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

On est d'avis que c'est maintenant aux autres provinces du Canada d'assumer leur part des responsabilités.
Une citation de Christine Fréchette, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration du Québec

Or, la semaine dernière, la Concertation haïtienne pour les migrants qualifiait d’injuste le refus du gouvernement Legault de participer à une nouvelle voie humanitaire visant à offrir la résidence permanente à 11 000 ressortissants haïtiens, vénézuéliens et colombiens ayant déjà de la famille au Canada.

Lancé à la mi-novembre, ce programme a été mis sur pied par Ottawa dans la foulée de son entente avec Washington concernant la fermeture du chemin Roxham (nouvelle fenêtre), en mars dernier.

Une pancarte à l'extérieur où l'on peut lire : «Arrêtez, il est illégal de passer la frontière ici ou ailleurs qu'à un point d'entrée».

Le chemin Roxham a été fermé en mars 2023.

Photo : Radio-Canada / Elyse Allard

Un demandeur d’asile haïtien, colombien ou vénézuélien qui s’est établi en Ontario, par exemple, et qui a obtenu la résidence permanente après être passé par le chemin Roxham pourra donc bénéficier de ce nouveau programme pour faire venir un enfant, un petit-enfant, un conjoint, un grand-parent ou son frère.

Il n’y sera toutefois pas admissible s’il a élu domicile au Québec.

Cette inadmissibilité touche aussi les Haïtiens, Colombiens et Vénézuéliens arrivés de manière régulière et établis au Québec depuis plusieurs années.

Déjà le double

Le Québec a fait preuve du plus grand humanisme, se défend Christine Fréchette. De novembre 2021 à octobre 2023, une bonne part des 118 000 demandeurs d’asile accueillis par le Québec provenaient des trois pays visés par la nouvelle voie humanitaire, explique la ministre.

Environ 15 425 provenaient d’Haïti, 9275 de la Colombie et 3895 du Venezuela, énumère-t-elle. Les autres provinces peuvent donc très bien assumer, sans la participation du Québec, l’accueil des 11 000 ressortissants visés par la nouvelle voie humanitaire, selon Christine Fréchette.

La ministre rappelle par ailleurs que les demandeurs d'asile ayant obtenu leur résidence permanente au Québec peuvent déjà utiliser une autre voie – la réunification familiale – pour faire venir leurs proches.

Or, seuls les conjoints et les enfants à charge sont admissibles, ce qui est plus restrictif que la nouvelle voie humanitaire mise sur pied par Ottawa.

Par courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) ne cherche par à blâmer le Québec.

En vertu de l’Accord Canada-Québec, le Québec fixe ses propres niveaux d’immigration, dont le gouvernement du Canada tient compte dans le plan global des niveaux d’immigration. Le Québec reste seul responsable de la sélection de la plupart des immigrants qui s’y établissent, écrit Isabelle Dubois, porte-parole pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Remboursement exigé

Une rencontre entre le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, et son homologue provinciale est d’ailleurs prévue vendredi.

Québec en profitera pour continuer à réclamer une meilleure répartition des demandeurs d’asile dans l’ensemble du pays. Christine Fréchette exigera aussi encore une fois le remboursement complet des dépenses encourues par l’accueil des demandeurs d’asile sur son territoire.

On a estimé ces sommes il y a quelques semaines à peine à 461 millions de dollars et, à chaque mois qui passe, les sommes continuent de s'additionner.
Une citation de Christine Fréchette, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration

La ministre provinciale compte aussi demander de nouveau à Ottawa de délivrer plus rapidement les permis de travail aux demandeurs d’asile ainsi que de réviser les processus d’octroi de visas touristiques, pour éviter les abus.

Mme Fréchette se montre confiante, elle qui dit avoir perçu une ouverture intéressante d’Ottawa par rapport à ces demandes maintes fois répétées au cours des derniers mois.

Alexandre Duval, journaliste à Radio-Canada.
Alexandre Duval

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