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À Victoria, des personnes ayant subi un traumatisme cérébral gèrent un café à leur rythme

Des employés derrière le comptoir du Second chance café géré par The Cridge Centre for the Family, à Victoria, le 1er décembre 2023.

Une partie des employés du Second Chance Café, géré par The Cridge Centre for the Family, à Victoria.

Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu

Mélinda Trochu

C’est le café de la « deuxième chance » pour une dizaine de personnes ayant subi un traumatisme cérébral. Accompagnées par le Cridge Centre for the Family, elles ont désormais un emploi rémunéré au sein du Second Chance Café, situé dans le centre récréatif Cedar Hill, à Victoria.

Vendredi, autour des « meilleurs biscuits au chocolat » préparés par Toni King, l’équipe a célébré l'ouverture de cette entreprise sociale.

Beaucoup d'amour, beaucoup de rires et beaucoup d’attention, telle est la recette de la boulangère-pâtissière en chef du café, Toni King. À 59 ans, elle vit avec les séquelles d’un anévrisme cérébral et ne manque pas d’éloges pour le centre qui l’a accompagnée pendant le « long chemin » de son rétablissement.

Celle qui travaillait comme technicienne en salle d’opération s’est retrouvée avec un cerveau complètement brouillé en 2009. « Un soir, je me suis couchée et j'ai eu le pire mal de tête de ma vie. Je ne me souviens pas de grand-chose après ça. »

Comme beaucoup de personnes dans son cas, elle a perdu sa compagne d’alors, ce qui la rend très triste, et a dû faire face aux conséquences physiques, psychologiques et socioéconomiques de cet accident de la vie.

Cela a été un long cheminement. J’ai dû réapprendre à marcher, à parler et à survivre, [à] m'habiller, tout recommencer.
Une citation de Toni King, boulangère-pâtissière en chef, Second Chance Café
Toni King dans la cuisine du café, à Victoria, le 1er décembre 2023.

Toni King est la boulangère-pâtissière en chef du Second Chance Café géré par The Cridge Centre for the Family, à Victoria.

Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu

Toni King dit que le fait de travailler dans ce café lui permet de faire partie de la société et [d’en] être un membre productif, même si des défis perdurent. J'ai une trachéotomie [...] je vois double et j'ai vraiment mal aux genoux, précise-t-elle, ajoutant que ses compétences cognitives s’améliorent.

[Les employés du Cridge] m'ont fait participer à un programme de cuisine, m'ont appris à assurer la sécurité des aliments et à gérer une cuisine, et me voilà.
Une citation de Toni King, boulangère-pâtissière en chef, Second Chance Café

« C'est correct d'avoir subi un traumatisme cérébral »

Le gestionnaire des services consacrés aux personnes ayant subi des traumatismes cérébraux du centre Cridge, Geoffrey Sing, âgé de 62 ans, connaît bien ces situations : Ce n'est pas un travail pour moi, c'est ma passion dans la vie.

À 18 ans, après avoir subi un grave accident de voiture et été dans le coma, il a lui aussi dû faire face à un traumatisme cérébral. Depuis, il accompagne d’autres personnes ayant subi la même chose et tient à démystifier les a priori et les craintes.

Personne ne grandit en voulant être sans abri et sans emploi, dit-il d'emblée.

Les lésions cérébrales peuvent arriver à n'importe qui [...] Il n’y a pas d'âge, pas d'origine ethnique [pour être touché]. C'est correct d'avoir subi un traumatisme cérébral, ce n'est pas différent de tout autre type de handicap. [...] On se rétablit [et] on peut réussir avec des soutiens appropriés.

Le Cridge Centre for the Family a par ailleurs constaté une augmentation des personnes ayant subi des traumatismes cérébraux, notamment en raison de surdoses, et assure qu’il pourrait ouvrir « facilement deux autres cafés » dans le Grand Victoria pour répondre à la demande.

Geoffrey Sing dans le Second chance café, à Victoria, le 1er décembre 2023.

Geoffrey Sing est le gestionnaire des services du Cridge Centre for the Family pour les personnes ayant subi des traumatismes cérébraux.

Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu

Le centre Cridge accompagne 80 personnes dans le Grand Victoria en fonction de leurs besoins. Au café, certaines commencent par un quart de travail de quatre heures, à leur rythme et selon leurs capacités.

Ces personnes avaient une carrière, elles allaient à l’école. [...] C'est imprévisible et ça arrive comme ça, et la vie change. [...] Il n'y a pas deux [cas] identiques [...] elles peuvent avoir des déficiences physiques, des déficiences mentales ou une combinaison des deux.
Une citation de Geoffrey Sing, gestionnaire, Cridge Centre for the Family

Un tremplin potentiel vers d'autres emplois

Au café, les employés apprennent un éventail de compétences, de la préparation de la nourriture à la vente, en passant par le nettoyage des lieux. Geoffrey Sing pense d’ailleurs que certains pourraient finir par travailler dans le domaine de la restauration après leur passage dans ce café.

Geoffrey Sing fait remarquer que les problèmes liés à l’itinérance et aux dépendances dans le Grand Victoria sont aussi reliés à des traumatismes cérébraux.

Le ministère de la Santé de la Colombie-Britannique n’a pas répondu à temps à notre question sur le nombre de Britanno-Colombiens vivant avec des traumatismes cérébraux. Geoffrey Sing avance quant à lui un chiffre : Entre 18 000 et 24 000 nouvelles lésions cérébrales par an dans la province.

Le ministère du Développement social et de la Réduction de la pauvreté précise de son côté que les personnes ayant besoin d'aide peuvent le contacter ou utiliser le système My Self Serve.

Toni King est fière de faire à nouveau partie de la société et conseille à toute personne ayant subi un traumatisme cérébral d’être « patiente avec elle-même ». Geoffrey Sing espère que le public ne fréquentera pas le café par pitié, mais bien pour la meilleure nourriture, les meilleures pâtisseries, le meilleur café [et], le meilleur service que l'équipe a à cœur de fournir.

Mélinda Trochu

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