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Femmes autochtones disparues : des consultations sur un système d’alerte débutent à Ottawa

Une sculpture de métal devant un boisé en automne.

Des consultations débutent aujourd'hui à Ottawa sur la création d'un système d'alerte public en cas de disparition de femmes autochtones. Le mois dernier, l'artiste Myrna Pokiak dévoilait devant l'Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest une sculpture leur rendant hommage. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Casper Asmundson

RCI

Les consultations pour la création d’un système public d’alerte en cas de disparition de femmes, de filles et de personnes bispirituelles autochtones débutent aujourd’hui à Ottawa.

Elles coïncident avec une demande de militantes autochtones d'inclure les cas de disparitions dans le système public d’alerte d’urgence du Canada.

À la tête de ces consultations, la députée néo-démocrate Leah Gazan qui, en mai dernier, avait déposé une motion au Parlement pour que les assassinats et les disparitions de femmes, de filles et des personnes bispirituelles autochtones soient reconnus comme une urgence pancanadienne.

Elle avait alors appelé à financer un nouveau système qui alerterait le public en cas de disparition. La Chambre avait adopté sa motion à l’unanimité. (nouvelle fenêtre)

Une femme vêtue d'une robe rouge se tient lit un discours devant un podium. Derrière elle, des militants pour les droits des Autochtones et des drapeaux du Canada.

La députée néo-démocrate de Winnipeg-Centre, Leah Gazan, est à l'origine d'une motion appelant au financement d'un système d'alerte en cas de disparition de femmes, de filles et de personnes bispirituelles autochtones. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Des militants autochtones participent aux consultations, aux côtés de la députée libérale Pam Damoff, qui a occupé les fonctions de secrétaire parlementaire du ministre des Services aux Autochtones.

Pam Damoff, qui représente la circonscription d’Oakville-Nord-Burlington, a été sollicitée par Gazan pour codiriger les consultations après qu’elle lui eut promis de travailler avec le Nouveau Parti démocratique sur ce programme.

Comme les alertes Amber

Le système d’alerte, baptisé Robe rouge, enverrait des notifications sur les téléphones des citoyens canadiens à chaque fois qu’une femme, une fille ou une personne bispirituelle autochtone serait signalée disparue, à la manière des alertes Amber pour les disparitions d’enfants.

En Ontario, plus de 90 % des enfants dont on signale la disparition au moyen d'alertes Amber sont retrouvés, selon la police provinciale de l’Ontario.

Leah Gazan demande au gouvernement fédéral de mettre en œuvre ce programme avant les prochaines élections. Elle rappelle qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort.

S’ils ne le font pas, cela montrera à quel point ils ne prennent pas au sérieux cette crise d’assassinats et de disparitions chez les femmes autochtones de ce pays. C’est le moins qu’ils puissent faire pour nous.
Une citation de Leah Gazan, députée néo-démocrate de la circonscription de Winnipeg-Centre

Bien que le gouvernement n’ait pas de calendrier précis pour la mise en œuvre du système d’alerte Robe rouge, Pam Damoff assure que c’est une priorité.

J’ai l’espoir qu’il soit en place avant la prochaine élection, déclare-t-elle.

Ce programme ne nécessite pas de nouvelles législations. Cependant, poursuit Mme Damoff, le gouvernement doit consulter les survivantes, les travailleurs de première ligne et les familles des femmes et filles autochtones disparues pour trouver la meilleure façon d’aller de l’avant.

Pour elle, ça ne vaut la peine de proposer cet outil s’il n’est pas bien utilisé ou pas utilisé du tout.

Nous voulons être sûres que cela soit fait d’une façon qui va fonctionner pour sauver les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones.

Inclure les t-shirts rouges

Dans son rapport final de 2019, la Commission d’enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées avait demandé aux gouvernements provinciaux et territoriaux de créer un numéro d’urgence national.

Une femme derrière un micro regarde la caméra.

Marion Buller, qui a dirigé l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), estime que le gouvernement agit trop lentement sur la mise en place d'un système d'alerte. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

L’ancienne commissaire en chef Marion Buller, qui a dirigé l’enquête, trouve décevant qu’Ottawa prenne des mesures seulement maintenant.

Débuter des consultations quatre ans et demi, voire cinq ans plus tard, me fait penser qu’il y a un manque de volonté politique pour prendre des actions fermes contre ce génocide que nous avons clairement identifié dans notre rapport final.
Une citation de Marion Buller, ancienne commissaire en chef de l'Enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

Buller a aidé l’État de Washington à développer son propre système d’alerte en cas de disparition de personnes autochtones, le premier du genre en Amérique du Nord.

Tout en soutenant l’initiative Robe rouge, Buller rappelle que n’importe quelle alerte attirant l'attention du public sur le cas d’une personne autochtone disparue serait utile, car les premières 24 heures sont absolument vitales pour la localiser.

Certains défenseurs autochtones voudraient aussi que le gouvernement inclue les hommes et les garçons dans le système d’alerte.

C’est le cas de Sheila North Wilson, qui a lancé le mot-clic #MMIW (Missing and Murdered Indigenous Women - Femmes autochtones disparues et assassinées) il y a plusieurs années déjà. Pour elle, il est temps de commencer à inclure les t-shirts rouges.

Celle qui est en lice pour devenir la prochaine cheffe de l’Assemblée des Premières Nations estime en effet que tous les Autochtones devraient être inclus dans les notifications d’alerte d’urgence.

J’ai un petit-fils de trois ans, et cela me fait penser à nos hommes et à nos garçons, qui ont autant de valeur, bien sûr, que les autres, explique-t-elle.

Nous devons être vigilants et protéger tous les membres de nos familles de la même façon.

Sheila North Wilson, chef de l'organisation Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO), qui représente 30Premières Nations du nord du Manitoba.

Pour Sheila North Wilson, le gouvernement devrait également se pencher sur les cas des hommes et des garçons disparus.

Photo : Radio-Canada

Dan Martel, le président-directeur général d'Aboriginal Alert, une organisation qui diffuse de l’information sur les cas de disparitions de personnes autochtones, est d’accord avec elle.

Depuis 2017, Martel, qui est métis, envoie des notifications sur les cas de disparitions à son réseau, qui compte environ 800 membres

La majorité des cas concernent des femmes et des filles autochtones, mais Martel remarque tout de même que les hommes et les garçons représentent plus d’un quart des disparus. Ils sont aussi importants, dit-il.

Un pas dans la bonne direction

Pour M. Martel, le gouvernement fédéral devrait également s’intéresser à ces cas et en comprendre les raisons. Il est en train de rater son coup.

Si les détails du programme doivent encore être précisés, Pam Damoff espère que le système va éveiller les consciences sur l’urgence de la situation.

Si je disparaissais, je sais que des gens me chercheraient, rappelle Pam Damoff. Ce n’est pas le cas pour Leah [Gazan] ni pour les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones de ce pays.

Leah Gazan voit le début des consultations comme un pas dans la bonne direction. Elle souhaite toutefois que le Nouveau Parti démocratique continue à maintenir la pression jusqu’à ce que le programme soit en place.

C’est une chose de changer les lois coloniales, mais c’en est une autre de changer les comportements coloniaux dans cet endroit, qui sans aucun doute, a une histoire de violation des droits des personnes autochtones, résume Mme Gazan.

D'après les informations d'Olivia Stephanovich, de CBC

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