1. Accueil
  2. Politique
  3. Éducation

François Legault demande aux syndicats d’enseignants « d’arrêter la grève »

François Legault en mêlée de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault, enjoint aux enseignants de rentrer au travail malgré l'absence d'une entente en vue de renouveler leurs conventions collectives.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

RCI

La série de débrayages qui se multiplient dans les écoles primaires et secondaires du Québec a assez duré, estime le premier ministre François Legault, qui demande aux syndiqués de revenir au travail « pour le bien de nos enfants ».

On doit arrêter cette grève, a répété M. Legault en se rendant au Salon bleu vendredi matin.

Ça va nuire à la réussite de nos enfants. Il y a déjà eu la pandémie, donc il faut arrêter ça là, s'il vous plaît, a plaidé le premier ministre, faisant écho aux inquiétudes de certains experts quant aux impacts potentiels du débrayage sur les élèves en difficulté (nouvelle fenêtre).

Plus de 800 écoles primaires et secondaires de Montréal, de Laval, des Laurentides, de l'Outaouais, de la Capitale-Nationale et de la grande région de Granby sont fermées depuis que les 66 000 membres de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) ont entamé une grève générale illimitée, la semaine dernière.

Plus de 368 000 élèves sont touchés.

En outre, le Front commun – dont fait partie la Centrale des syndicats du Québec, qui représente 95 000 enseignants – a annoncé cette semaine sept nouvelles journées de grève, du 8 au 14 décembre, et la rencontre de ses dirigeants avec la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, mercredi soir (nouvelle fenêtre), ne s'est pas traduite par des avancées significatives.

Ce qui se passe actuellement, c'est mauvais pour nos enfants, a déclaré le premier ministre, qui s'est dit prêt à tout faire pour régler le conflit de travail.

M. Legault, qui a rappelé s'être déjà engagé à bonifier son offre salariale et à ajouter des aides à la classe, a toutefois réaffirmé qu'il ne pouvait pas accéder à la demande principale des syndicats, soit de réduire la taille des groupes. On n'a pas assez d'enseignants pour ça, a-t-il fait valoir.

M. Legault, les profs de la Fédération autonome de l'enseignement rejettent le chantage émotif, a aussitôt répliqué la Fédération sur le réseau X. Ce qui fait mal à l'école publique, c'est la détérioration du système qui s'est exacerbée depuis que vous êtes au pouvoir.

Les [négociations] sont en cours et c’est aux tables que ça se passe, a ajouté la Centrale des syndicats du Québec. Ces déclarations du [premier ministre] n’aident en rien.

Des enseignants en grève, dehors.

Les syndiqués de la FAE sont en grève depuis le 23 novembre. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Depuis jeudi, la Fédération autonome de l'enseignement rencontre virtuellement ses syndicats affiliés pour déterminer la suite des choses. Une déclaration publique est attendue plus tard vendredi. En fin d'après-midi, les pourparlers se poursuivaient.

Selon nos informations, des progrès ont été accomplis cette semaine aux tables de négociations (nouvelle fenêtre), mais on ne sait pas encore si ces avancées seront suffisantes pour convaincre les syndicats affiliés à la Fédération autonome de l'enseignement de suspendre leur grève.

Pendant ce temps, la tension monte sur les lignes de piquetage.

Le Centre de services scolaire de Montréal a d'ailleurs comparu en cour vendredi afin de demander une injonction visant à interdire aux syndiqués de bloquer le passage aux travailleurs de la construction embauchés pour rénover les écoles pendant la grève. Le juge a pris l'affaire en délibéré.

Pour permettre à ces travailleurs de la construction d'accéder aux écoles, la police est intervenue à de nombreuses reprises depuis la semaine dernière (nouvelle fenêtre), sans qu'aucun gréviste ne soit arrêté, les avertissements des forces de l'ordre ayant suffi à convaincre ces derniers de collaborer.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec dépose des propositions de règlement

La Fédération autonome de l'enseignement et le Front commun, cela dit, sont loin d'être les seules unités syndicales à être engagées dans des négociations difficiles avec le gouvernement Legault.

Celui-ci négocie également avec la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, notamment. Des pourparlers sont en cours depuis plusieurs mois, mais aucune entente n'a encore été annoncée.

À bout de patience, certaines unités, comme la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, ont accru leurs moyens de pression dans les dernières semaines. De nouvelles journées de grève sont d'ailleurs prévues du 11 au 14 décembre (nouvelle fenêtre).

Les négociations avec la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec se seraient intensifiées cette semaine, et ce, malgré la sortie de François Legault, jeudi, selon laquelle les pourparlers seraient compliqués avec les infirmières.

Des propositions de règlement ont été déposées, un règlement est atteignable d'ici Noël, a fait savoir une source syndicale à Radio-Canada. On attend un retour du gouvernement.

Une campagne publicitaire de 300 000 $

Pour faire valoir ses arguments auprès de la population, le gouvernement Legault a lancé il y a une dizaine de jours une vaste campagne publicitaire qui, selon des informations du quotidien Le Soleil confirmées par Radio-Canada, a coûté 300 000 $ d'argent public.

Il est important pour les Québécois qu'on prenne le temps et les moyens de leur faire connaître les mesures qui sont sur la table, s'est défendue Sonia LeBel, vendredi matin, en arrivant à l'Assemblée nationale. Après tout, [...] c'est leur argent.

Sans surprise, l'opposition a réagi tout autrement, vendredi matin. Trois cent mille dollars, c'est beaucoup d'argent, a commenté le chef libéral par intérim, Marc Tanguay, selon qui le gouvernement devrait dépenser en publicités de façon plus parcimonieuse et raisonnable.

Québec solidaire, pour sa part, pense qu'un tel investissement n'aura pas d'impact sur l'opinion publique. Les citoyens et citoyennes appuient les gens, a indiqué le député Guillaume Cliche-Rivard. Donc, ils pourraient investir 400 000 $, 500 000 $, 600 000 $, les gens [resteront] derrière les travailleurs, travailleuses.

Le péquiste Paul St-Pierre Plamondon, pour sa part, a accusé la Coalition avenir Québec (CAQ) de faire de la désinformation en soutenant dans ces publicités que son offre globale aux employés du secteur public était de 14,8 %, un chiffre dopé par les hausses « différenciées » que le gouvernement souhaite imposer aux syndicats.

Je demande tant aux syndicats qu'au gouvernement [...] de rentrer dans une pièce, de fermer [la porte] à clé, et de ressortir de là quand il y aura une solution, plutôt que de se battre à même les fonds publics et à même les ressources des syndicats dans une campagne [pour gagner la bataille de l'opinion].
Une citation de Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

L'ancien directeur québécois du SFCP Marc Ranger, qui agissait comme porte-parole de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec lors de la dernière ronde de négociations en 2021, ne se surprend pas quant à lui que la bataille de l'opinion publique se retrouve au cœur du conflit de travail.

Pour les syndicats, c'est une carte à jouer, a-t-il expliqué à Tout un matin, vendredi (nouvelle fenêtre). Non seulement parce qu'ils souhaitent mettre en lumière les conditions de travail désavantageuses de leurs membres, mais aussi parce qu'ils sont conscients que la Coalition avenir Québec, depuis qu'elle gouverne, [est] beaucoup à l'affût de l'opinion publique.

Avec les informations de Mathieu Gohier, de Pascal Robidas et de La Presse canadienne

À la une