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Le contrat à Boeing n’est pas un retour d’ascenseur à Washington, se défend Duclos

Pour remplacer ses avions de surveillance, le gouvernement de Justin Trudeau a préféré le géant américain Boeing à Bombardier, et a accordé le contrat sans appel d'offres.

Jean-Yves Duclos debout dans la Chambre des communes.

Jean-Yves Duclos, ministre fédéral des Services publics et de l’Approvisionnement et député de la circonscription de Québec, a eu à défendre le choix d'Ottawa de procéder sans appel d'offres pour accorder un contrat à Boeing, plutôt qu'à Bombardier. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

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Anne Marie Lecomte

Le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Jean-Yves Duclos, dément que l'achat d'avions de surveillance à Boeing par le gouvernement fédéral ait pu être un retour d'ascenseur du Canada envers les États-Unis en échange de changements apportés à l'Entente sur les tiers pays sûrs (nouvelle fenêtre).

En entrevue à Tout un matin, sur ICI Première (nouvelle fenêtre), vendredi, le ministre fédéral a défendu la décision du gouvernement de Justin Trudeau d'acheter au moins 14 avions de surveillance Boeing (nouvelle fenêtre) pour plus de 10 milliards de dollars, dont 5,9 milliards pour les appareils eux-mêmes.

En accordant un contrat de gré à gré au géant américain Boeing, Ottawa a ignoré les demandes de l'avionneur canadien Bombardier, qui réclamait un appel d’offres en bonne et due forme.

Le seul appareil capable de remplir les exigences des Forces armées et disponible d'ici 2030, c'est le Boeing P-8A.
Une citation de Jean-Yves Duclos, ministre des Services publics et de l'Approvisionnement

Le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, qui a négocié cette transaction, s'est vu demander par l'animateur Patrick Masbourian si l'on pouvait déduire que ce contrat accordé à Boeing sans appel d'offres est un retour d'ascenseur aux États-Unis pour avoir accepté, à la surprise générale, de modifier l'Entente sur les tiers pays sûrs.

Pas du tout, ça n'a absolument rien à voir [avec] le contexte qui a mené à l'annonce importante [de jeudi], a rétorqué Jean-Yves Duclos, avant d'enchaîner en énumérant les impacts majeurs que le choix de Boeing entraînerait pour l'industrie aéronautique à travers le pays.

À Québec, Montréal, Mirabel, Longueuil, Saint-Hubert, beaucoup d'entreprises ont déjà des contrats et des relations solides avec Boeing, affirme-t-il, et ces contrats seront appelés à s'accroître et à se solidifier.

Le ministre Duclos ajoute que 550 fournisseurs de Boeing au pays, y compris au Québec, ont hâte de travailler encore davantage avec Boeing pour faire profiter à l'ensemble de l'industrie aéronautique canadienne des retombées de l'annonce [de jeudi].

En ce qui a trait à l'Entente sur les tiers pays sûrs, le président américain Joe Biden avait confirmé, lors d'une visite au pays en mars dernier, la conclusion d'un accord avec Ottawa pour en élargir la portée et la moderniser. Et ce, dans le but de décourager les migrations irrégulières. Radio-Canada avait appris qu'Ottawa était parvenu à convaincre Washington au terme d'âpres négociations (nouvelle fenêtre).

Un choix qui déçoit Bombardier et Québec

Bombardier a, dans ses cartons, un appareil de surveillance qui est une version modifiée de son avion d'affaires Global 6500. Le constructeur affirme que l'avion aurait pu être prêt au début des années 2030, conformément aux besoins du gouvernement canadien.

Malgré de multiples conversations avec le gouvernement au cours desquelles nous avons sollicité une demande de propositions (DDP) ou un cadre plus détaillé afin de présenter les faits et les capacités clés de nos produits, aucun suivi de la sorte n'a été offert à Bombardier ou à ses partenaires.
Une citation de Extrait du communiqué de Bombardier du 30 novembre 2023 à la suite de l'annonce d'Ottawa

Le choix de Boeing déçoit Québec; le premier ministre François Legault a qualifié de malheureux le fait qu'Ottawa n'ait pas lancé un appel d'offres. On oublie une belle compagnie québécoise, Bombardier, a-t-il déploré.

L'expert Mehran Ebrahimi parle quant à lui d'une décision incompréhensible. On a créé une fausse urgence, dit ce professeur à l’Université du Québec à Montréal qui dirige l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile.

Par contre, des entreprises aéronautiques canadiennes avaient fait pression en faveur de Boeing (nouvelle fenêtre) dans l'espoir que sa venue entraîne, pour elles, des occasions d'affaires. Un professeur en gestion de l'aviation de l'Université McGill, John Gradek, avait par ailleurs dit que le facteur temps dans la livraison des appareils était à considérer, même si les appareils actuels des Forces canadiennes n'allaient pas s'écraser en plein vol.

Un échéancier beaucoup trop rapide pour un appel d'offres

Un avion P-8A Poseidon en vol.

Construit par Boeing, le P-8A Poseidon est un avion de reconnaissance et de surveillance maritime multitâches. (Photo d'archives)

Photo : The Associated Press / Sang Tan

Les 16 appareils P-8A Poseidon achetés à Boeing remplaceront les appareils CP-140 Aurora de l'Aviation royale canadienne, en service depuis plus de 40 ans.

En 2030, les CP-140 Aurora ne pourront plus être utilisés, plaide le ministre Duclos, et cet échéancier est beaucoup trop rapide pour qu'Ottawa recoure à un appel d'offres pour les remplacer.

Pour expliquer sa décision, le gouvernement canadien a déclaré par voie de communiqué que les premières livraisons d’aéronefs devraient commencer en 2026, et tous les aéronefs devraient être livrés avant la fin de 2027, ce qui permettra de faire progresser la capacité opérationnelle initiale jusqu’en 2028 et de la rendre pleinement opérationnelle d’ici 2033.

L'appareil conçu par Boeing est celui qu'utilisent tous les alliés du Groupe des cinq – les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – et d’autres partenaires de défense, précise Ottawa.

Ça a été mon travail et celui de l'ensemble de mes collègues de valider cet exercice, explique M. Duclos. Moi, ma job est de m'assurer que l'exercice est fait de manière rigoureuse et de manière à remplir, respecter et appuyer les besoins de la Défense nationale.

On veut aider Bombardier, assure le ministre Champagne

Je suis un fervent défenseur de Bombardier, a déclaré pour sa part François-Philippe Champagne à Midi info, vendredi, sur ICI Première (nouvelle fenêtre). Mais, pour le ministre fédéral de l'Industrie, dans ce cas-là, ce n'était pas un choix entre deux avions, puisque celui de Bombardier n'est qu'à l'état de concept alors que 160 exemplaires de celui de Boeing sont opérés par les alliés du Canada et cumulent 500 000 heures de vol.

Le ministre Champagne affirme qu'Ottawa entend par ailleurs travailler avec Bombardier pour établir comment militariser l'un des jets privés qu'a déjà l'avionneur canadien. Certains appareils développés par Bombardier effectuent déjà, d'ailleurs, des missions de reconnaissance en haute altitude et c'est génial, de dire M. Champagne, on veut les aider.

Sauf que dans le cas des appareils remplaçant les CP-140 Aurora, ils se livreront à des missions de surveillance des côtes, et de détection des sous-marins se rapprochant des côtes, fait valoir François-Philippe Champagne, et il y a un appareil qui fait ça aujourd'hui et c'est celui de Boeing.

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Anne Marie Lecomte

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