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Une députée conservatrice demande une réponse « en anglais » de la ministre St-Onge

Rachael Thomas a fini par s'excuser dans une lettre adressée à la présidente du comité parlementaire où a eu lieu cet échange.

Une femme blonde est debout dans la Chambre des communes.

Rachael Thomas, députée conservatrice de l'Alberta et porte-parole en matière de patrimoine

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

RCI

Le Canada a beau être un pays officiellement bilingue, le français ne convient pas toujours à certains élus. Jeudi, en plein comité parlementaire, une députée conservatrice de l’Alberta a insisté pour que la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, réponde à ses questions en anglais, ce qui a suscité la consternation de nombreux élus.

Je me rends bien compte que c'est entièrement votre choix, nous sommes un pays bilingue, mais, si c'est possible, j'aimerais que ce soit en anglais, a déclaré la députée Rachael Thomas en s'adressant à la ministre St-Onge.

Mme Thomas a affirmé que la ministre lui répondait systématiquement en français alors qu'elle n'avait pas de problème à répondre en anglais lorsque les questions provenaient des élus libéraux.

La députée de Lethbridge n'avait pas terminé sa phrase que des élus bloquistes, néo-démocrates et libéraux sont montés aux barricades. Il y avait au moins cinq personnes qui criaient, a lancé la présidente du comité du Patrimoine canadien, Hedy Fry, qui tentait péniblement de déterminer qui devait avoir la parole en premier.

« Insultant », « offensant », « inacceptable »...

C'est insultant pour les Québécois, ce que j'entendais, pour les francophones, a réagi le porte-parole bloquiste en matière de patrimoine, Martin Champoux. Les membres du comité et les témoins peuvent s'exprimer dans la langue officielle de leur choix, a-t-il rappelé, ajoutant que le service d'interprétation est extrêmement efficace et qu'il l'utilise régulièrement.

La libérale ontarienne Lisa Hepfner a tenu des propos semblables. Je ne pense pas qu'on peut lui demander de répondre dans une langue ou l'autre, a-t-elle dit en français.

Il est offensant pour tout le monde de remettre en question le bilinguisme au pays, a renchéri le porte-parole néo-démocrate en matière de patrimoine canadien, Peter Julian.

Un homme en complet parle devant un micro.

Le député fédéral néo-démocrate de Burnaby-New Westminster, Peter Julian

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Cependant, la députée Thomas n'avait pas dit son dernier mot. Plutôt que de reprendre ses questions, elle a choisi de réitérer sa demande. Je suis simplement curieuse de savoir si vous accepteriez de répondre en anglais, a-t-elle dit.

Cela n'a fait que raviver l'indignation. Cette demande du Parti conservateur du Canada va à l'encontre de tout ce sur quoi ce pays a été fondé, s'est désolé le libéral Michael Coteau.

C'est simplement inacceptable, a-t-il ajouté. Il doit être noté que ça ne devrait jamais se produire en comité, ça ne devrait jamais arriver à la Chambre des communes. C'est simplement quelque chose qui va à l'encontre de nos valeurs de base comme Canadiens.

La ministre se défend

La présidente du comité a à plusieurs reprises confirmé que le rappel au règlement est valide et que la ministre peut s'exprimer dans la langue officielle de son choix.

Étant donné l'évolution de la discussion, le député Peter Julian, du Nouveau Parti démocratique, a entrepris d'éduquer la députée. Pour avoir été élevé dans un environnement anglophone et avoir appris le français à l'école, il y a de nombreuses occasions où votre vocabulaire dans une langue vous permet de vous exprimer plus facilement dans cette langue, et c'est le principe du bilinguisme officiel, a-t-il dit.

Selon lui, il est absolument répréhensible de remettre en question cette notion. Je n'en reviens pas à quel point ce parti est rendu radical et extrême depuis que le député de Carleton [Pierre Poilievre] en a pris les rênes, a-t-il soutenu.

Pascale St-Onge.

La ministre Pascale St-Onge

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Lorsque le témoignage a repris, peu après, la ministre St-Onge a expliqué, en français, qu'elle répond dans sa langue maternelle parce qu'elle a beaucoup de respect pour les questions de [sa] collègue et qu'elle souhaite être certaine d'utiliser le bon vocabulaire et de répondre avec clarté et de façon adéquate.

Plus tard en journée, elle a qualifié la demande de Mme Thomas d'insultante.

Je suis francophone, je viens du Québec, je vais passer ma vie à défendre la langue française. [...] On a la chance d’être dans un pays qui a deux langues officielles [...]. Je vais continuer de parler en français.
Une citation de Pascale St-Onge, ministre du Patrimoine canadien

Devant le tollé suscité, Mme Thomas a fini par s'excuser dans une lettre adressée non pas à Mme St-Onge, mais à la présidente du comité parlementaire.

Comme vous le savez, les conservateurs soutiennent le bilinguisme officiel, la préservation de la langue française au Canada et le droit des Canadiens de communiquer dans la langue de leur choix, écrit-elle. Je vous demanderais de bien vouloir transmettre mes excuses à la ministre et aux autres membres du comité.

Une « demande inusitée », selon une experte

La Loi constitutionnelle précise que le français et l'anglais sont les langues officielles du Canada, qu'ils ont un statut ainsi que des droits et des privilèges égaux quant à leur usage dans les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada.

Dans une entrevue avec Radio-Canada, Geneviève Tellier, professeure en études politiques à l'Université d'Ottawa, reconnaît qu'il s'agit d'une demande inusitée à Ottawa, surtout dans un comité parlementaire.

Les ministres font très attention de répondre dans les deux langues quand ils sont questionnés dans la Chambre des communes, dit-elle, mais pas dans un comité, où les questions sont beaucoup plus techniques et ciblées.

L'experte indique que la députée conservatrice a probablement voulu avoir une réponse en anglais de la part de la ministre afin de la partager sur les réseaux sociaux.

On cherche sans doute une phrase qu’on pourrait utiliser ailleurs et que nos électeurs pourraient comprendre, explique-t-elle.

Avec les informations de La Presse canadienne et de Laurence Martin

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