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Guerre Israël-Hamas : les Autochtones ont des avis divergents

De nombreux militants et universitaires établissent des comparaisons entre le sort des Palestiniens de Gaza et les expériences des peuples autochtones d'Amérique du Nord, mais d'autres s'interrogent sur la question.

Une manifestation propalestinienne.

Plusieurs manifestations propalestiniennes se sont déroulées dans le centre-ville de Montréal. Des Autochtones ont participé à certaines d'entre elles. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

RCI

Ellen Gabriel, militante kanien'kehá:ka (mohawk), estime qu'il existe des parallèles.

Nous vivons sous un régime autoritaire dans nos communautés en raison de la Loi sur les Indiens, a-t-elle déclaré.

Jusque dans les années 1940, les membres des Premières Nations du Canada ont été contraints de vivre dans des réserves et devaient obtenir un laissez-passer pour en sortir. La Loi sur les Indiens dicte encore le statut des Premières Nations et, pendant des années, elle a marginalisé les femmes et refusé les droits issus des traités à un grand nombre d'entre elles en les obligeant à s'émanciper.

Ellen Gabriel a été la porte-parole de la communauté de Kanesatake pendant la crise d'Oka en 1990.

Un Warrior Mohawk installé sur une barricade.

Des Autochtones font le parallèle entre la crise d'Oka de 1990 et ce qui se passe actuellement en Palestine. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

L'impasse de 78 jours entre la communauté mohawk, la Sûreté du Québec (SQ) et, plus tard, l'armée canadienne concernait une zone contestée connue comme la pinède, située au nord-ouest de Montréal.

Le ravitaillement de la communauté a été interrompu et, selon certaines informations, la police aurait battu des membres de la communauté au cours d'interrogatoires.

On nous a refusé de la nourriture, des médicaments et le libre passage pour nos gens, a-t-elle ajouté.

Ils ont torturé des hommes. Ils ont torturé des Mohawks, l'armée canadienne et la SQ, et pour quoi? Pour un terrain de golf.
Une citation de Ellen Gabriel

CBC Indigenous a contacté la Sûreté du Québec par téléphone et par courriel au sujet des allégations de torture, mais aucune réponse n’avait été fournie au moment de la publication de cet article.

Ellen Gabriel est appuyée sur une clôture de bois.

Ellen Gabriel est la porte-parole des Rotinonhseshà:ka, les Mohawks traditionalistes de Kanesatake. Elle est vue ici l'été dernier dans la pinède d'Oka, qui était au centre de la crise de 1990. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mme Gabriel a déclaré qu'à l'époque, elle, d'autres défenseurs des terres et la Mohawk Warrior Society avaient été qualifiés de terroristes.

Elle a participé à des manifestations à Montréal pour soutenir les Palestiniens. Nous devons nous élever avec ceux qui sont impuissants, comme les Palestiniens, a déclaré Mme Gabriel.

Une prison à ciel ouvert

Raja Khori, coauteur de The Wall Between : What Jews and Palestinians Don't Want to Know about Each Other avec son collègue juif Jeffrey Wilkinson, est né de parents palestiniens et a été commissaire aux droits de la personne dans la province de l'Ontario.

Il a rappelé que 2,2 millions de personnes vivent à Gaza et sont assiégées depuis 16 ans, depuis la prise de pouvoir par le Hamas, et qu'elles ne sont pas libres de leurs mouvements.

L'Égypte a fermé son point de passage avec Gaza à la suite de la prise de pouvoir du Hamas, et les Palestiniens n'ont pas le droit de quitter Gaza, à moins d'obtenir une autorisation de sortie délivrée par Israël, ce qui n’est accordé qu'à certains travailleurs et patients.

M. Khori a expliqué à CBC Indigenous que si une jeune femme de Gaza souhaite aller à l'université dans un autre pays, elle doit attendre deux ou trois ans pour obtenir un permis de sortie des Israéliens, parfois en vain.

Selon lui, la nourriture qu'Israël autorise à entrer dans la bande de Gaza ne répond pas non plus aux normes.

On a souvent parlé d'une prison à ciel ouvert. Dans une prison, il y a des criminels. Ici, il y a des familles, a déclaré M. Khori.

Un organisme autochtone récolte 60 000 $ pour les Palestiniens

Quill Christie-Peters, une artiste anishnabe, a lancé un appel pour que des artistes autochtones fassent don de leurs œuvres, et plus de 100 personnes ont répondu à l'appel. Ces œuvres ont été mises en tombola. Les 60 000 $ récoltés seront distribués à une société d'équipement médical qui imprime des fournitures médicales en 3D, une autre partie au Mouvement de la jeunesse palestinienne au Canada et des fonds ont été donnés à des initiatives d'aide menées par des communautés.

Jeffrey Wilkinson, dont les travaux universitaires sur les traumatismes en Israël et en Palestine sont axés sur la réparation, a déclaré que l'expérience des Palestiniens est presque entièrement occultée dans notre récit occidental et que l'expression de leur expérience est assimilée à des actes terroristes.

Pour les Palestiniens, les conséquences du sionisme sont les colonies juives et l'apartheid, affirme Jeffrey Wilkinson.

Alors que les tragédies actuelles se déroulent, nous sommes incapables de voir qu'elles peuvent être évitées... et je pense que cela ne peut se produire que parce que nous avons humanisé un groupe et pas l'autre, a-t-il déclaré.

Consterné par ces comparaisons paresseuses

Tout le monde n'est pas d'accord avec ces parallèles.

Chris Sankey, ancien conseiller élu et homme d'affaires de la bande de Lax Kw'alaams en Colombie-Britannique, a récemment écrit dans une chronique pour l'Institut Macdonald-Laurier qu'il était consterné par ces comparaisons paresseuses avec le sort des Palestiniens.

M. Sankey n'a pas répondu à une demande d'entrevue de CBC Indigenous.

Ce qui m'a le plus troublé, c'est la fréquence avec laquelle la lutte de mon peuple pour la réconciliation a été invoquée pour justifier l'effusion de sang, souvent par de soi-disant "experts" du monde universitaire, a écrit M. Sankey dans son article.

Les Canadiens autochtones et les Palestiniens sont deux mondes différents.
Une citation de Chris Sankey

Il a déclaré que les peuples autochtones ont été en mesure de progresser vers la réconciliation en utilisant des moyens non violents et que les appels à l'action lancés par les Autochtones pour soutenir les Palestiniens ont jeté la honte sur leurs communautés respectives et embarrassé tous les Canadiens autochtones.

Dans son article, M. Sankey écrit que l'État d'Israël, bien qu'imparfait, est un excellent exemple de reconquête autochtone, car, selon lui, le peuple juif était là bien avant les Arabes et les musulmans.

Les Juifs ne sont ni des colonisateurs ni des occupants, écrit-il.

Une histoire méconnue

Gabor Maté est un survivant de l'Holocauste qui a émigré au Canada en 1956. Il a travaillé dans les communautés autochtones sur la guérison des traumatismes et des dépendances.

Un homme signe une carte.

Dr Gabor Maté a travaillé dans les communautés autochtones sur la guérison des traumatismes et des dépendances. Né en Hongrie, il a survécu à l'Holocauste et a émigré au Canada en 1956.

Photo : Tony Hoare

Lorsque notre premier ministre, Justin Trudeau, affirme qu'Israël et le Canada ont les mêmes valeurs, je réponds que c'est malheureusement vrai. Ce sont deux pays fondés sur l'extrapolation des cultures autochtones et le déplacement des peuples autochtones, dit-il.

Selon lui, de nombreux Israéliens ignorent l'histoire de leur pays, tout comme l'histoire des pensionnats pour Autochtones, qui était autrefois absente des programmes scolaires canadiens.

Il est tout à fait possible de grandir dans ce pays sans savoir ce qui s'y est réellement passé, a-t-il déclaré.

M. Maté a ajouté que son peuple avait subi une histoire tragique de victimisation et de traumatisme, mais cela n'a rien à voir avec ce que vit le peuple autochtone de Palestine.

MM. Khori et Wilkinson ont précisé que les deux peuples partagent une expérience de douleur-victime et qu'il est important que chaque partie soit en mesure de l'entendre et de la reconnaître.

M. Wilkinson a conclu qu'il considérait sa foi comme un devoir de droits et de libertés, non seulement pour nous, mais pour tout le monde... C'est en fait mon judaïsme qui me pousse à insister sur l'égalité des droits pour les Palestiniens.

D'après un texte de Candace Maracle, CBC Indigenous

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