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Grève de la FAE : du progrès aux tables, la tension monte devant les écoles

En attendant un règlement, le débrayage se poursuit pour une sixième journée dans 800 écoles du Québec.

Une ligne de piquetage bloquant l'accès à une école.

Des syndiqués de l'Alliance des professeures et des professeurs de Montréal bloquaient l'accès à l'école spécialisée Irénée-Lussier de Montréal, jeudi matin.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Un photo de type « portrait » de Jérôme Labbé.
Jérôme Labbé

Les négociations avancent entre le gouvernement Legault et la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), en grève générale illimitée depuis la semaine dernière. Sur les lignes de piquetage, toutefois, les syndiqués sont à fleur de peau, si bien que la police a encore dû intervenir, jeudi matin, devant une école de Montréal.

En entrevue au 98,5 FM, en début de journée, la présidente de la Fédération autonome de l'enseignement, Mélanie Hubert, a évoqué du mouvement aux tables de négociation – de quoi encourager les parents des 368 000 élèves touchés par le débrayage. Les choses avancent, a-t-elle reconnu.

Cette déclaration a ravi le ministre de l'Éducation, Bernard Drainville, qui a déclaré à son arrivée à l'Assemblée nationale qu'il avait toujours espoir de s'entendre avec les syndiqués d'ici Noël.

M. Drainville a toutefois répété qu'il était inquiet des retards d'apprentissage qui pourraient s'accentuer en raison du débrayage des enseignants (nouvelle fenêtre) et qu'une longue grève demeurait quelque chose d'envisageable.

Mélanie Hubert devait s'entretenir par visioconférence avec les dirigeants des neuf syndicats affiliés à la Fédération autonome de l'enseignement, jeudi, pour faire le point sur l'avancement des négociations – une rencontre prévue depuis longtemps susceptible de durer jusqu'à vendredi.

C'est cette instance qui, en fonction des comptes rendus fournis par le comité de négociation, devait déterminer la suite des choses.

Selon des informations du 98,5 FM confirmées par Radio-Canada, il n'était pas exclu que la Fédération accepte de suspendre sa grève à la suite de cette réunion en cas de progrès importants dans les négociations.

D'autres scénarios étaient également sur la table, dont celui de faire appel à un médiateur ou de poursuivre telle quelle la grève générale illimitée.

Nos Mordus se prononcent sur l'état des négociations.

Interrogé sur le sujet jeudi matin, le premier ministre du Québec, François Legault, n'a pas voulu s'étendre sur l'état des négociations menées par la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel.

Je trouve que ça va bien avec les enseignants, [mais] avec les infirmières et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, c'est plus compliqué, s'est-il contenté de dire, avant de prendre la direction du Salon bleu.

Une grève qui s'envenime

Pendant ce temps, néanmoins, la tension monte sur les lignes de piquetage au fur et à mesure que le conflit s'étire.

La police a d'ailleurs dû intervenir devant l'école spécialisée Irénée-Lussier, jeudi matin, alors que des syndiqués en grève de l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal, un syndicat affilié à la Fédération autonome de l'enseignement, empêchaient des travailleurs de la construction de pénétrer à l'intérieur de l'établissement pour effectuer des réparations.

Depuis le début de la grève, la situation s'est reproduite dans de nombreux établissements d'enseignement de la métropole (nouvelle fenêtre), dont l'école Sophie-Barat, l'école Robert-Gravel, l'école Jeanne-Mance, l'école Saint-Émile et l'École des métiers de la construction.

Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a d'ailleurs fait parvenir une mise en demeure à l'Alliance des professeures et professeurs, mercredi, pour intimer aux syndiqués de permettre aux personnes autorisées de traverser les lignes de piquetage.

En début de soirée, le Centre de services scolaire de Montréal a aussi confirmé avoir demandé une injonction pour forcer les enseignants en grève à laisser passer les travailleurs de la construction. Nous sommes en attente d’une heure de présentation devant la Cour supérieure, a fait savoir Alain Perron, le responsable des relations de presse.

Nous croyons que certains projets de construction doivent continuer de progresser, et ce, tant en raison de nos obligations contractuelles que pour éviter toutes conséquences futures négatives pour nos communautés éducatives touchées par ces chantiers.

Une cour d'école vide.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

À Montréal, à Laval et dans plusieurs autres régions du Québec, les cours d'écoles sont vides depuis que la FAE a entamé sa grève générale illimitée, jeudi dernier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À ce jour, les policiers n'ont arrêté personne, leurs avertissements ayant suffi à convaincre les grévistes de coopérer.

La situation est particulièrement frustrante pour eux, d'autant plus que les travailleurs de la construction engagés pour réparer les écoles sont bien souvent membres de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, une centrale elle aussi engagée dans les négociations visant à renouveler les conventions collectives des employés du secteur public.

D'enseignant à tuteur ou gardien d'enfants

Les syndiqués de la Fédération autonome de l'enseignement sont d'autant plus contrariés qu'ils ne disposent d'aucun fonds de grève.

Pour joindre les deux bouts, plusieurs d'entre eux se sont d'ailleurs tournés vers le tutorat et le gardiennage, selon le quotidien Le Devoir, qui a répertorié des dizaines d’annonces du genre sur Internet.

Mis au fait de la situation, jeudi, aucun des trois partis d'opposition n'a voulu blâmer ces enseignants, se limitant à dire qu'un règlement entre le gouvernement et la Fédération autonome de l'enseignement était la meilleure façon de mettre un terme à cette situation, jugée par certains parents comme inéquitable envers les familles incapables de se payer de tels services.

La Fédération autonome de l'enseignement représente plus de 65 000 enseignants qui travaillent dans quelque 800 écoles, réparties dans des centres de services scolaires de Montréal, de Laval, des Laurentides, de l'Outaouais, de la Capitale-Nationale et de la grande région de Granby.

Mais le gouvernement Legault négocie aussi avec d'autres unités syndicales, comme le Front commun (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Confédération des syndicats nationaux, Centrale des syndicats du Québec et Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux), la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec. Des pourparlers sont en cours depuis plusieurs mois, mais aucune entente n'a encore été annoncée.

À bout de patience, certaines unités, comme la Fédération autonome de l'enseignement, ont accru leurs moyens de pression dans les dernières semaines.

Les dirigeants du Front commun – qui ont rencontré Sonia LeBel en personne, mercredi, sans que la réunion ne débouche pour autant sur des avancées significatives (nouvelle fenêtre) – ont annoncé cette semaine sept nouvelles journées de grève, du 8 au 14 décembre inclusivement. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec débrayera également du 11 au 14 décembre (nouvelle fenêtre).

Enfin, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec a annoncé jeudi matin que ses membres observeront une journée de grève le 14 décembre dans 10 cégeps – des établissements qui, de toute façon, seront probablement déjà fermés ce jour-là, puisque les enseignants du niveau collégial sont membres du Front commun.

Avec les informations de Mathieu Gohier et de Pascal Robidas

Un photo de type « portrait » de Jérôme Labbé.
Jérôme Labbé

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