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Immigration : plus de 122 000 demandes de résidence permanente en attente au Québec

Des mains entrelacées sur un sac orné d'une feuille d'érable et du mot Canada.

Environ le tiers des dossiers concernent la réunification familiale.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Alexandre Duval, journaliste à Radio-Canada.
Alexandre Duval

« C’est une situation complètement inacceptable » aux yeux de Monsef Derraji, porte-parole en matière d’immigration pour le Parti libéral du Québec (PLQ). En date du 13 octobre dernier, un total de 122 400 personnes étaient en attente de leur résidence permanente au Québec.

Près du tiers des demandes de résidence permanente, soit 38 400, étaient dans la catégorie du regroupement familial, c’est-à-dire des personnes qui attendent de venir rejoindre un proche au Québec. Souvent, il s’agit d’un conjoint vivant à l’étranger. Parfois, il peut même s’agir d’enfants.

Il y a beaucoup de familles séparées. Les doléances augmentent chaque jour. Les gens nous interpellent, nous appellent, indique M. Derraji, qui a obtenu ces données après avoir interpellé le gouvernement Legault à ce sujet à l’Assemblée nationale.

Pour le Parti libéral du Québec, ces inventaires dans la catégorie du regroupement familial sont une aberration.

Le gouvernement tente de pallier la pénurie de main-d’oeuvre notamment grâce aux travailleurs étrangers temporaires, mais pendant ce temps, des dizaines de milliers de personnes attendent depuis des années de venir rejoindre un conjoint ou une conjointe.

Le gouvernement continue à organiser des missions de recrutement à l'international, continue à chercher des gens, mais il oublie de limiter l'inventaire que lui-même a créé! C'est le gouvernement caquiste qui est responsable de l'inventaire qu'on a aujourd'hui.
Une citation de Monsef Derraji, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration
Monsef Derraji parle aux médias.

Monsef Derraji est porte-parole du PLQ en matière d'immigration.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Les années passent, on vieillit

Marie-Claude Simard, 39 ans, fait partie des personnes pour qui le regroupement familial est un long chemin de croix.

Il y a sept ans, elle est partie rejoindre son conjoint au Brésil. En 2019, ils ont entamé les démarches pour revenir s'installer au Québec, mais à ce jour, le processus de regroupement familial n’est pas encore terminé.

Autrement dit, si Mme Simard rentrait au bercail comme elle le souhaite, elle devrait accepter de le faire sans son conjoint, du moins temporairement.

Pour nous, c’est inconcevable. On est non seulement un couple, mais maintenant une famille, explique-t-elle, car ils ont désormais un enfant de trois ans.

Les années passent, on vieillit, on ne cumule pas pour la retraite. Ça amène de l'anxiété, de l'inquiétude.
Une citation de Marie-Claude Simard

Mme Simard a la chance de vivre dans le pays d’origine de son conjoint, ce qui n’est pas le cas de bien des couples qui sont carrément séparés durant le processus de regroupement. Mais elle constate toute l’ironie de sa situation personnelle.

Travailleuse sociale de formation, elle enseigne aujourd’hui le français à des Brésiliens qui veulent immigrer au Québec; certains y sont déjà parvenus, alors qu’elle et son conjoint attendent toujours.

Elle souligne aussi qu’elle est qualifiée dans deux domaines actuellement en manque de main-d’oeuvre au Québec. Son conjoint travaille quant à lui en marketing et a fait des études universitaires.

Je ne suis pas inquiète quant à notre intégration au Québec! rigole-t-elle, tout en n’ayant pas d'idée du moment où elle pourra enfin revenir sur sa terre natale accompagnée de son conjoint et de leur enfant.

Aveuglement volontaire

Il y a vraiment un ajustement à faire, un aveuglement de la part du Québec ou une mauvaise compréhension de ce qui se passe sur le terrain, commente Me Stéphanie Valois, coprésidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI).

Dans le plan d’immigration (nouvelle fenêtre) déposé le 1er novembre dernier par la ministre Christine Fréchette, le gouvernement a fixé un seuil d'environ 10 400 dans la catégorie du regroupement familial.

Une version antérieure de ce texte mentionnait à tort que le seuil fixé par le gouvernement du Québec pour le regroupement familial était d'environ 3500 par année. Il s'agissait d'une erreur.

Comme ils sont près de 40 000 à attendre à l’heure actuelle, Me Valois s’inquiète de la possible augmentation des délais pour obtenir la résidence permanente, délais qui frôlent déjà trois ans en moyenne pour les conjoints et qui sont plus élevés au Québec qu’ailleurs au Canada.

Il faudrait que tout le monde puisse se parler pour voir comment on va régler cette situation-là.
Une citation de Me Stéphanie Valois, coprésidente de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration
Stéphanie Valois, avocate spécialiste en droit des réfugiés.

Me Stéphanie Valois, coprésidente de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration

Photo : Radio-Canada

On doit pouvoir admettre les résidents permanents dans la catégorie du regroupement familial de façon continue, sans vraiment de restrictions, car c'est un droit pour le Canadien résident d'être réuni avec sa famille.

Me Valois s’inquiète aussi pour les 36 400 réfugiés qui attendent aussi une résidence permanente au Québec.

Le cabinet de la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, admet être préoccupé par les inventaires, mais rejette la faute sur Ottawa, qui a la responsabilité de traiter ces dossiers.

Nous avons des échanges constants avec le gouvernement fédéral pour améliorer les délais et les processus, indique par écrit Maude Faniel-Méthot, l’attachée de presse de la ministre, sans toutefois commenter les conséquences des seuils d’immigration établis par le gouvernement provincial.

Personnes en attente d’une résidence permanente au Québec, en date du 13 octobre 2023

  • Immigration économique : 34 600
  • Regroupement familial : 38 400
  • Réfugiés et personnes en situation semblable : 36 400
  • Autres immigrants : 13 000

Source : MIFI

Alexandre Duval, journaliste à Radio-Canada.
Alexandre Duval

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