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Complot d’assassinat contre un sikh : les États-Unis inculpent un ressortissant indien

Des manifestants tiennent des drapeaux du mouvement Khalistan et une pancarte avec le visage de Hardeep Singh Nijjar.

L’acte d’accusation américain révèle des informations selon lesquelles des assassinats étaient aussi prévus au Canada. En juin, des manifestants se sont rassemblés à Vancouver après le meurtre de Hardeep Singh Nijjar, président d’un temple sikh de Surrey. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / ETHAN CAIRNS

Raluca Tomulescu est journaliste à Vancouver.
Raluca Tomulescu

Le département de la Justice des États-Unis (DOJ) a dévoilé, mercredi, un acte d’accusation contre Nikhil Gupta, un ressortissant indien, pour sa participation présumée à un complot déjoué visant à assassiner un citoyen américain à New York qui a publiquement plaidé en faveur de la création d'un État souverain pour les sikhs.

L’acte révèle plusieurs informations selon lesquelles des assassinats étaient aussi prévus en sol canadien.

Dans un communiqué, le département de la Justice des États-Unis affirme qu’en mai 2023 ou aux alentours de cette date, un employé du gouvernement indien qui n’est pas nommé aurait recruté Nikhil Gupta pour orchestrer l'assassinat de la personne visée aux États-Unis.

Sur les instructions de l’employé gouvernemental, Nikhil Gupta aurait contacté un individu qu’il croyait être un associé criminel afin d'obtenir de l'aide pour engager un tueur à gages pour assassiner la victime à New York. L’individu était en fait une source confidentielle travaillant avec l’Agence antidrogue américaine (DEA), selon le département de la Justice des États-Unis.

Après avoir fourni des informations personnelles et des photographies de surveillance de la personne visée à l’agent infiltré, Nikhil Gupta lui aurait demandé de commettre le meurtre dès que possible, poursuit le département de la Justice des États-Unis.

Il lui aurait toutefois donné pour instruction spécifique de ne pas commettre le meurtre à l'époque où des rencontres étaient prévues entre des représentants des gouvernements américain et indien. Cette période semble coïncider avec la visite du premier ministre indien, Narendra Modi, à Washington en juin 2023.

Le 18 juin, Hardeep Singh Nijjar, le président d’un temple sikh de Surrey, en banlieue de Vancouver, en Colombie-Britannique, a été tué par balles dans le stationnement du bâtiment (nouvelle fenêtre).

Selon le département de la Justice des États-Unis, le lendemain, Nikhil Gupta aurait confié à l’agent infiltré que, à la lumière du meurtre de Hardeep Singh Nijjar, qui était également la cible, il n'y avait plus besoin d'attendre pour tuer la victime aux États-Unis et, plus tard, qu’il s’agissait d’une priorité.

L'acte d'accusation indique par ailleurs que Nikhil Gupta aurait dit à l’agent infiltré, lors d'un appel audio, qu'ils avaient quatre travaux à terminer avant le 29 juin, un à New York et trois au Canada.

Washington avait déjà interrogé l’Inde

La semaine dernière, le gouvernement américain avait affirmé avoir interrogé les autorités indiennes (nouvelle fenêtre) au sujet des allégations à propos d'un complot d'assassinat déjoué visant un citoyen américano-canadien. La cible alléguée de ce complot était le militant sikh Gurpatwant Singh Pannun.

Un article du Financial Times avait également rapporté que les autorités américaines auraient déjoué un projet d'assassinat qui ciblait Gurpatwant Singh Pannun, l'avocat général de Sikhs for Justice, sur le sol américain.

Gurpatwant Singh Pannun n’est toutefois pas nommé dans l’acte d’accusation des États-Unis, mais il a publié une déclaration mercredi dans laquelle il s'identifie comme cible.

Dans cette déclaration, il accuse le gouvernement indien d'avoir tenté de le tuer pour avoir lancé l'idée d'un référendum pour la création d’un État sikh dans le Pendjab.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau assis avec le premier ministre de l'Inde, Narendra Modi.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une rencontre bilatérale avec son homologue de l'Inde, Narendra Modi.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Réactions politiques au Canada

Lors d’une mêlée de presse, mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a rappelé avoir révélé en septembre l'existence d'« allégations crédibles » (nouvelle fenêtre) reliant le gouvernement de l'Inde au meurtre de Hardeep Sighn Nijjar, un « Canadien en sol canadien ».

Aucune accusation n'a toutefois été portée au Canada concernant cet assassinat.

Les nouvelles en provenance des États-Unis soulignent encore davantage ce dont nous parlons depuis le tout début, à savoir que l’Inde doit prendre [cette situation] au sérieux et que le gouvernement indien doit travailler avec nous pour garantir que nous allions au fond des choses, a-t-il souligné.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, s’est aussi fait questionner par les journalistes sur les raisons pour lesquelles les autorités américaines avaient réussi à déjouer un complot présumé, alors que le Canada n'y était pas parvenu.

Mélanie Joly a déclaré qu'elle ne ferait aucun commentaire sur une affaire criminelle américaine, mais elle a ajouté qu'elle s’attendait à davantage de coopération de l'Inde, qui a expulsé des dizaines de diplomates canadiens.

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Dominic LeBlanc, a affirmé que les autorités canadiennes et américaines coopèrent étroitement.

En ce qui concerne l’enquête en cours sur le meurtre survenu en Colombie-Britannique, il se dit convaincu que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) fait le travail rigoureux et important qui est attendu d’elle. Nous allons la laisser conclure son enquête, a-t-il ajouté.

Le département de la Justice des États-Unis précise que Nikhil Gupta, 52 ans, a été accusé de meurtre pour le compte d'autrui, ce qui est passible d'une peine maximale de 10 ans d'emprisonnement. Il est également accusé de conspiration en vue de commettre un meurtre pour le compte d'autrui, aussi passible d'une peine maximale de 10 ans de prison.

Nikhil Gupta a été arrêté en République tchèque à la demande des États-Unis.

De son côté, le gouvernement indien a annoncé mercredi qu'il mènera une enquête de haut niveau sur les allégations contenues dans l'acte américain.

Aucune des allégations n'a encore été prouvée en cour.

Avec des informations d'Alexander Panetta

Raluca Tomulescu est journaliste à Vancouver.
Raluca Tomulescu

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