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Même les villes riches comme Whistler ont besoin d’une banque alimentaire

« Whistler n’est qu’un rêve, mais tu ne peux pas te rassasier. »

Des denrées sont présentées sur des étagères.

La banque alimentaire de Whistler ressemble à une petite épicerie.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Julie Landry est journaliste à Vancouver
Julie Landry

La ville de Whistler, qui est réputée pour son centre de villégiature luxueux et ses maisons à prix fort, se voit tout de même obligée d'offrir un service de banque alimentaire. Même si beaucoup d’argent y circule, de plus en plus de personnes ont du mal à joindre les deux bouts.

Willy Cabrel est arrivé du Cameroun avec sa famille il y a un peu plus d’un an. Il admire les beautés de Whistler et voudrait bien en profiter, mais il ne peut pas se le permettre. Whistler n’est qu’un rêve, mais tu ne peux pas te rassasier, confie le résident qui travaille dans le secteur de la restauration.

Un homme est assis sur un banc à l'extérieur d'un immeuble.

Willy Cabrel est arrivé du Cameroun en 2022 pour travailler dans le secteur de la restauration.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Tout est beau, tout autour de toi, tout est brillant, mais c'est juste à vue d'œil, pas palpable.
Une citation de Willy Cabrel, utilisateur de la banque alimentaire de Whistler

Ces problèmes financiers finissent par peser lourd sur la santé psychologique, et Willy se compte chanceux de pouvoir bénéficier de la banque alimentaire.

Un besoin grandissant

Comment se fait-il qu’à Whistler, où l’argent coule à flots, des résidents doivent recourir à la banque alimentaire? C’est la question qui est la plus souvent posée à la directrice de la Whistler Community Services Society (WCSS), qui gère la banque alimentaire, Jackie Dickinson. Les montagnes ne résolvent pas les problèmes, déclare celle qui travaille dans le secteur depuis plus d’une décennie.

Nous nous laissons parfois enfermer dans une perception d'une communauté qui est très éloignée de la réalité.
Une citation de Jackie Dickinson, directrice de WCSS

Selon l’organisme Living Cost, le coût moyen de la vie à Whistler est de 2417 $ par mois, ce qui la place dans le peloton de tête des villes les plus chères du monde, principalement à cause du coût du logement.

Un homme dont on ne voit que le milieu du corps tient un panier devant un réfrigérateur. Une autre personne est à côté de lui et tient la porte du frigo ouverte.

Les utilisateurs circulent dans la banque alimentaire avec leurs paniers qu'ils remplissent, comme à l'épicerie.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Qui a recours aux services de la banque alimentaire? La faim, en ce moment, n’est pas discriminatoire, constate sa directrice, qui ajoute que la majorité des usagers vit dans l’insécurité liée au logement. Plus de 60 % des gens qui viennent dépensent plus de 60 % de leurs revenus dans leur logement, précise-t-elle.

Comme au marché

La distribution de nourriture se fait les lundi, mercredi et vendredi, et est organisé comme un petit marché. Une fois inscrits, les utilisateurs prennent leur panier d’épicerie et circulent dans le marché pour prendre la nourriture qu’ils vont consommer.

La superviseure par intérim du programme de sécurité alimentaire, Anna Stuckey-Weinberger, organise une visite de la banque alimentaire. D’un côté, il y a l’entrepôt avec les énormes congélateurs, les réfrigérateurs et des étagères remplies de denrées. D’énormes sacs d’avoine et de riz ont été séparés en portions individuelles par des bénévoles.

Sans bénévole, rien ne serait possible, explique Anna Stuckey-Weinberger. Une vingtaine d’entre eux viennent chaque semaine pour vérifier la qualité des aliments, trier les aliments et remplir les étagères des denrées données par les épiceries du coin et les particuliers. D’autres ont la tâche d’accueillir les gens avec un sourire et une petite conversation pour s’assurer qu’ils vont bien.

Anna replace des petits sacs de riz sur une étagère devant une autre personne qui remplit le réfrigérateur de légumes frais.

La superviseure Anna Stuckey-Weinberger parle avec grand respect des employés et des bénévoles de la banque alimentaire de Whistler.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Toute l’équipe veut s’assurer que la collecte des aliments est empreinte de dignité et de bienveillance.

Cette attention a été remarquée et appréciée dès la première visite de Willy et de sa famille. Lorsque tu descends en famille, tu deviens réellement comme une star. Tu es comme chez toi, dit-il, gardant le sourire malgré les défis. C’est ce qui donne la force à tout un chacun de ne pas toujours vouloir se plaindre, mais de pouvoir supporter.

La solution passe par la compassion

Willy Cabrel, tout comme la directrice Jackie Dickinson, croit que la solution au problème de sécurité alimentaire passe d’abord par l’aide au logement. M. Cabrel croit aussi que ceux qui ont des permis de travail liés à un employeur devraient pouvoir se trouver un autre emploi pour joindre les deux bouts.

Une femme se tient à l'extérieur devant l'affiche de la Whistler Community Services Society.

La directrice de la Whistler Community Services Society, Jackie Dickinson, lance un appel à la compassion.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

La solution, la baguette magique, c’est la compassion , ajoute Jackie Dickinson. Elle croit que la société doit arrêter de penser qu’il y a deux camps définis : ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. Entre ces deux camps, il faut choisir, selon elle.

Elle aimerait qu'il y ait plus de réciprocité entre ceux qui sont dans le besoin et ceux qui peuvent aider financièrement, parce que chacun peut apprendre des choses des autres et que la frontière entre les deux est beaucoup plus mince qu’on pourrait le croire.

Je suis toujours émue de rencontrer des gens qui me disent : "L'année dernière, j'étais donneur et cette année, je suis dans votre file et je reçois de l'aide", conclut-elle.

Julie Landry est journaliste à Vancouver
Julie Landry

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