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Les Innus d’Essipit dévoilent un immense projet d’aire protégée

Le caribou forestier et de nombreuses autres espèces pourraient profiter de ces habitats protégés.

Vue aérienne d'une forêt verdoyante et de lacs.

Les Innus souhaitent protéger des massifs forestiers qui ont été peu perturbés.

Photo : Fournie par le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit

David Rémillard, journaliste pour Radio-Canada.
David Rémillard

Les Innus d'Essipit sont résolus à protéger 30 % de leur territoire d'ici 2030, soit l'objectif international déterminé à la COP15 de Montréal, l'an dernier. Pour y arriver, cette Première Nation a dévoilé un vaste projet d'aire protégée et d'habitats connectés.

Le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit a présenté mercredi Essipiunnu-meshkanau, une aire protégée de 1202 km2 qui ferait passer de 12,6 % à 30 % la superficie protégée sur son Nitassinan, à savoir son territoire ancestral.

L'aire protégée projetée, qui recoupe la Côte-Nord et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, posséderait différents noyaux de conservation liés entre eux. Elle serait également connectée sur des territoires protégés déjà existants, comme la réserve de biodiversité de la vallée de la rivière Sainte-Marguerite.

Une carte de l'initiative Essipiunnu-Meshkanau et de ses zones de connectivité avec d'autres aires protégées.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Une carte de l'initiative Essipiunnu-meshkanau (1202 km2) et de ses zones de connectivité avec d'autres aires protégées.

Photo : Fournie par le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit

Avec ce projet, nous voulons protéger et relier les secteurs d’importance pour notre communauté, pour les espèces comme le caribou et pour la biodiversité en général. Nous visons la mise en place d’un véritable réseau de conservation, indique Michael Ross, directeur du développement du territoire pour la Première Nation des Innus Essipit.

Les Innus d'Essipit prévoient déposer leur proposition au ministère de l'Environnement du Québec à l’hiver 2024 et souhaitent la mise en réserve des secteurs identifiés d’ici 2025.

Espèces en péril

Le territoire ciblé par les Innus d'Essipit abrite de nombreuses espèces en péril ou menacées. Une partie est notamment comprise dans l'aire de répartition du caribou du Pipmuacan, dont la harde est en déclin marqué depuis plusieurs années.

Outre le caribou, des oiseaux comme le garrot d'Islande et la grive de Bicknell figurent parmi les espèces vulnérables qui vivent sur le territoire d'Essipiunnu-meshkanau.

C'est une zone intéressante parce que ce sont de hauts plateaux et des sommets avec des écosystèmes et des espèces liés à ce genre de milieu-là, souligne Michael Ross. C'est un type de milieu assez rare ici, au Québec.

Des montagnes entre lesquelles coule une rivière.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Les Innus d'Essipit veulent protéger la biodiversité, dont plusieurs espèces vulnérables.

Photo : Fournie par le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit

Autodétermination

Ce projet d'aire protégée permet par ailleurs au Conseil de la Première Nation des Innus Essipit d'assumer un leadership sur son territoire. Rappelant le principe d'autodétermination des peuples autochtones, la Première Nation présente son projet dans l'espoir de s'asseoir avec le gouvernement du Québec pour en constituer les balises juridiques.

C'est une proposition qu'on rend publique pour la première fois et c'est un exemple de gouvernance autochtone de notre propre territoire, explique Michael Ross.

M. Ross convient que des projets similaires n'ont pas encore donné de résultats avec le ministère de l'Environnement du Québec.

Une île en plein milieu du réservoir Pipmuacan.

Les Innus de Pessamit, voisins des Innus d'Essipit, tentent depuis des années de protéger le réservoir Pipmuacan et sa population de caribous.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Les Innus de Pessamit, par exemple, réclament depuis 2019 la création d'une aire protégée (nouvelle fenêtre) au réservoir Pipmuacan, mais sans succès. Dans la région de Québec, les Hurons-Wendat ont obtenu l'engagement de la province pour créer une aire protégée d'utilisation durable, mais le projet fait du surplace (nouvelle fenêtre).

Les Innus d'Essipit entendent malgré tout aller de l'avant. Ils iront prochainement à la rencontre des acteurs locaux dans l'espoir d'obtenir un consensus autour du projet d'aire protégée. M. Ross s'attend à frapper un mur à quelques endroits, notamment du côté de l'industrie forestière et des communautés qui en dépendent davantage.

À ce sujet, les Innus ne sont pas fermés à toute exploitation forestière sur le territoire ciblé, mais ils envisagent de désigner des noyaux de conservation où les règles seraient plus strictes. On n'est fermés à aucun concept en ce moment, affirme Michael Ross.

Connectivité nécessaire

Les Innus d'Essipit sont soutenus dans leur projet par la Société pour la nature et les parcs, section Québec (SNAP Québec). Cet organisme y voit un respect de tous les principes pour la biodiversité adoptés et reconnus dans l'accord de Montréal conclu à la COP15.

Une des principales causes de la perte de biodiversité, c'est la fragmentation du territoire, donc c'est le fait d'avoir des milieux isolés qui perdent leurs fonctions au niveau écosystémique. Non seulement il faut protéger les habitats, mais il faut s'assurer de connecter les aires protégées, explique Alice de Swarte, directrice principale à la SNAP Québec.

Cet organisme, qui se présente comme un partenaire pour soutenir les Innus, croit au savoir-faire autochtone dans l'atteinte des objectifs de protection du territoire. Les peuples autochtones sont en première ligne des changements environnementaux, mais ce sont souvent eux qui ont des solutions à amener et une vision qui bénéficie à tous, souligne Mme de Swarte.

Un test pour Québec

La SNAP Québec fait pression sur le gouvernement du Québec afin qu'il concrétise les engagements pris à la COP15 l'an dernier. Le projet des Innus, selon Mme de Swarte, arrive à un moment charnière. Elle y voit une épreuve-test pour voir si Québec va travailler main dans la main, de nation à nation. Elle accuse la province d'avoir livré peu de résultats en la matière jusqu'à présent.

Il faut démontrer assez rapidement qu'ils sont prêts à passer de la parole aux actes.

De son côté, le gouvernement fédéral a accepté de soutenir le projet des Innus d'Essipit. Une enveloppe de 1 million de dollars a été attribuée par Environnement et Changement climatique Canada.

David Rémillard, journaliste pour Radio-Canada.
David Rémillard

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