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« Les nouvelles coûtent cher » : des compressions dans l’air à Cogeco Média

Le logo de Cogeco, à ses bureaux à Montréal.

Les dirigeants de Cogeco Média ont témoigné devant le CRTC dans le cadre des consultations sur la nouvelle Loi sur la diffusion continue en ligne.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Valérie Gamache

Sans la création d’un nouveau fonds réservé à la radio commerciale, le réseau Cogeco Média craint de devoir mettre la hache dans la production de nouvelles.

La nouvelle… Elle coûte très cher et malheureusement, si on a des coupures à faire, c’est là qu’on va regarder, a laissé tomber le vice-président aux affaires réglementaires de Cogeco, Paul Beaudry, lors de son témoignage dans le cadre des consultations du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur la nouvelle Loi sur la diffusion continue en ligne, issue du projet de loi C-11.

On est acculés au pied du mur et on est dans une position où on doit prendre des décisions importantes rapidement.
Une citation de Paul Beaudry, vice-président aux affaires réglementaires de Cogeco

On se rend compte que certains de nos pairs dans l'industrie ont pris des décisions d’affaires difficiles. On ne l’a pas fait… encore, a dit Paul Beaudry en insistant sur le dernier mot. Il faisait notamment référence aux dernières compressions annoncées à TVA (nouvelle fenêtre), où 547 postes ont été supprimés.

Cogeco Média, qui exploite 21 stations de radio à travers le Québec, dont le 98,5 FM à Montréal, dit ne plus avoir de marge de manœuvre et déplore le fait qu’aucun programme d’aide financière ou de subvention ne soit offert pour la radio commerciale.

La présidente de Cogeco Média, Caroline Paquet, a soutenu que la radio était complètement oubliée. Elle a pressé le gouvernement et le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Sans l’instauration de règles équitables pour les radiodiffuseurs traditionnels, des centaines de stations vont fermer et des milliers d’emplois vont disparaître. Nous assisterons à la création de déserts médiatiques d’un océan à l’autre, s'est-elle désolée.

Caroline Paquet.

La présidente de Cogeco Média, Caroline Paquet, a témoigné devant le CRTC mardi.

Photo : capture d'écran du CRTC

La croissance des entreprises en ligne non réglementées, comme le site d'écoute de musique en continu Spotify, fait mal aux radios privées, qui ont subi une baisse de 20 % de leurs revenus publicitaires en cinq ans. La présidente de Cogeco a aussi ciblé Radio-Canada, qui ne vend pas de publicité à la radio, mais qui, en revanche, diffuse ses contenus radiophoniques sur le web, où la société d'État sollicite des annonceurs.

Un nouveau fonds réservé à la radio commerciale

Pour sauver ce qui reste, il faudra agir rapidement, affirme la présidente de Cogeco. Il est minuit moins une, dit Caroline Paquet en entrevue à Radio-Canada.

L’entreprise demande maintenant au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes de diminuer les contributions financières imposées aux radios commerciales, mais réclame surtout que le gouvernement crée un nouveau fonds réservé uniquement aux stations de radio commerciales pour la production de nouvelles.

Cogeco propose que ce nouveau fonds soit en partie financé par les entreprises en ligne qui, comme Meta (maison mère de Facebook et d'Instagram), refusent d’offrir des compensations aux producteurs et aux créateurs de nouvelles.

Cette requête arrive une semaine après que le gouvernement a annoncé une bonification de son aide pour la presse écrite. Dans l’énoncé économique de l’automne présenté mardi dernier, les libéraux ont fait passer de 25 à 35 % le crédit d’impôt pour la main-d'œuvre journalistique, mais la mesure ne concerne que les médias écrits.

Pascale St-Onge à la Chambre des communes.

La ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a eu une rencontre avec la présidente de Cogeco Média en marge du témoignage de cette dernière devant le CRTC.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Mardi matin, en marge de son témoignage, la présidente de Cogeco Média a rencontré la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, pour plaider sa cause. Elle sent l’urgence, mais elle fait partie d’un gouvernement, elle doit convaincre également ses collègues du bienfait, dit-elle pour résumer la rencontre.

Questionnée à savoir pourquoi l’aide gouvernementale se limite à la presse écrite, la ministre répond : On a juste prolongé une aide existante, mais on regarde les autres façons qu’on peut mieux aider l’ensemble des médias.

La balle est dans le camp du CRTC, du gouvernement, sans quoi on va faire comme les autres.
Une citation de Caroline Paquet, présidente de Cogeco Média

Le cri du cœur de Cogeco s’ajoute à ceux de Bell Média (nouvelle fenêtre) et de Québecor, qui ont témoigné la semaine dernière  (nouvelle fenêtre)devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Bell, qui a remercié plus de 1300 employés (nouvelle fenêtre) en juin dernier, demande aussi la création d'un fonds spécial pour l’information.

Quant au PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, il a également insisté sur l’urgence d’agir, faisant valoir qu'avec la suppression de 31 % de ses effectifs, Groupe TVA est maintenant poussé dans ses derniers retranchements pour ce qui est de la production de nouvelles locales.

Valérie Gamache

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