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Négationnisme des pensionnats pour Autochtones : éduquer ou intenter des poursuites?

« Ce n'est pas quelque chose que nous pouvons cacher sous le tapis et prétendre que cela ne s'est jamais produit », estime l'avocat autochtone Martin Bayer.

Des Autochtones marchent, vêtus de chandails orange.

En 2021, Michael Eshkawkogan a couru, marché et fait du vélo sur une distance de 150 kilomètres de Wiikwemkoong jusqu'au pensionnat pour Autochtones de Spanish que sa grand-mère a été obligée de fréquenter.

Photo : Avec la permission de Michael Eshkawkogan

RCI

Même si le ministère de la Justice du Canada a récemment confirmé qu’il envisageait différents mécanismes pour interdire la pratique consistant à nier ou à minimiser les abus subis par les enfants autochtones dans les pensionnats, des représentants autochtones soulignent l’importance de l’éducation pour aborder le problème.

Michael Eshkawkogan dit comprendre comment et pourquoi le déni des pensionnats se produit.

Certains ne croient pas que les églises ou les gens soient capables de cela, affirme celui dont la grand-mère a été forcée de fréquenter le pensionnat pour filles autochtones de Spanish, dans le Nord-Est de l'Ontario, avant sa fermeture en 1965.

Ces églises, ces gens pensaient faire une bonne chose. Tuez l'Indien, sauvez l'homme.
Une citation de Michael Eshkawkogan

Ce n'était pas si grave, ils en ont tiré une éducation, est le genre de commentaires que Michael Eshkawkogan dit avoir vu en parcourant les réseaux sociaux.

Il croit que les gens auraient des pensées différentes s’ils comprenaient mieux ce qui a été perdu dans ces établissements.

L'ampleur de ce que nous avons perdu en si peu de temps est difficile à comprendre, déclare celui qui est né et a grandi dans le territoire non cédé de Wikwemikong et qui travaille maintenant comme coordonnateur du bien-être de la communauté.

Des conversations nécessaires

L'avocat autochtone de Sudbury, Martin Bayer, espère que les provinces soutiendront une loi fédérale si elle est adoptée.

Mais au-delà de la législation, il espère que les provinces feront de l’éducation sur les pensionnats une partie obligatoire du programme des écoles primaires, secondaires et postsecondaires.

L'avocat autochtone Martin Bayer de la région de Sudbury.

L'avocat Martin Bayer est né à Sudbury et a grandi dans la Première Nation M’Chigeeng sur l’île Manitoulin.

Photo : Avec la permission de Martin Bayer

Ce n'est pas quelque chose que nous pouvons cacher sous le tapis et prétendre que cela ne s'est jamais produit, affirme Martin Bayer, qui a grandi dans la Première Nation M'Chigeeng sur l'île Manitoulin. Il y a toujours des choses que nous pourrions apprendre de ces expériences.

Plus chacun sera instruit et compréhensif, plus cela favorisera une réconciliation saine et des relations plus saines entre les Canadiens et les peuples autochtones, ajoute-t-il.

Quant à Michael Eshkawkogan, il craint que les lois puissent étouffer les conversations.

Il n'est pas intéressé à discuter avec des gens qui nient avec véhémence l'existence des pensionnats, mais croit plutôt qu’il est possible de discuter avec ceux qui minimisent ou comprennent mal ce que les Autochtones ont vécu dans les pensionnats.

Un projet de loi possible

La députée néo-démocrate fédérale de Winnipeg, Leah Gazan, a déclaré qu'elle serait prête à présenter un projet de loi d'initiative parlementaire visant à criminaliser le déni des pensionnats, sans toutefois fixer un échéancier.

Les modifications précédentes du Code pénal interdisant la négation et la minimisation de l’Holocauste ont eu un effet limité jusqu’à maintenant.

Leah Gazan.

Leah Gazan, députée néo-démocrate de Winnipeg-Centre, a présenté avec succès en 2022 une motion demandant au Parlement de reconnaître le système des pensionnats pour Autochtones comme un génocide.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Le ministère fédéral de la Justice n'a connaissance d'aucune accusation ou poursuite au titre de l'infraction créée pour négationnisme de l'Holocauste, a indiqué un porte-parole dans une déclaration, le 9 novembre.

Dans le passé, des cas très médiatisés de négationnisme de l’Holocauste ont été poursuivis en vertu d’autres lois, notamment celles liées à la Charte des droits et libertés et à la diffusion de fausses nouvelles.

Avec les informations d'Aya Dufour de CBC

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