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Attaque de London : l’accusé coupable du meurtre prémédité d’une famille musulmane

Dessin de cour de Nathaniel Veltman.

Nathaniel Veltman a été déclaré coupable jeudi. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

katherine brulotte, journaliste
Katherine Brulotte

Nathaniel Veltman a été reconnu coupable des meurtres prémédités de quatre membres de la famille Afzaal au volant de sa camionnette en juin 2021. Il est aussi coupable de tentative de meurtre contre le plus jeune de la famille, qui a survécu à l'attaque au camion-bélier.

Yumna Afzaal, ses parents, Madiha Salman et Salman Afzaal, ainsi que sa grand-mère, Talat Afzaal, sont morts le 6 juin 2021 (nouvelle fenêtre). L'enfant a survécu mais a été gravement blessé.

Le jury délibérait depuis la fin de l'après-midi mercredi. Nathaniel Veltman est demeuré impassible à la lecture du verdict.

À sa sortie du tribunal, l'avocat de la défense Christopher Hicks a expliqué que son client est sous le choc parce qu'il sait qu'il fait face à 25 ans de prison.

L'avocat a d'ailleurs précisé qu'il n'écarte pas la possibilité de porter cette décision en appel. Nous allons commencer par absorber ce verdict, puis nous allons recevoir des instructions de notre client. Et nous verrons ce que nous allons faire.

Les quatre personnes tuées dans l'attaque avaient posé pour une photo de famille dans un parc quelque temps auparavant.

De gauche à droite, les quatre personnes tuées lors de l'attaque du 6 juin 2021 à London : Yumna Afzaal, 15 ans; sa mère, Madiha Salman, 44 ans; sa grand-mère paternelle, Talat Afzaal, 74 ans; et son père, Salman Afzaal, 46 ans.

Photo : Photo fournie par la famille Afzaal

Des larmes

Avant même que les jurés n'entrent dans la salle, la tension était palpable.

La juge a demandé aux personnes présentes dans la salle d'audience d'éviter de réagir de manière visible au verdict. Or, les membres de la communauté musulmane présents dans la salle au moment du prononcé du verdict n'ont pas pu s'empêcher d'exprimer leur soulagement. Certaines personnes ont versé des larmes et plusieurs se sont étreintes.

La juge a remercié les jurés pour leur travail.

Puis, à sa sortie du tribunal, Tabinda Bukhari, la mère de Madiha Salman, a lu une déclaration préparée, entourée des proches des victimes.

Des membres d'une famille autour des micros des médias.

Tabinda Bukhari a lu une déclaration pendant qu'elle était entourée de proches des victimes.

Photo : Radio-Canada / Katherine Brulotte

Premiers intervenants, police, personnes présentes sur les lieux, témoins, procureurs de la Couronne, jury, juge, personnes impliquées dans cette quête de justice : nous ne vous remercierons jamais assez, a-t-elle déclaré, la gorge nouée.

Il avait l’intention d’instiller la peur et la terreur dans nos cœurs. Cependant, il s’agissait non pas d’une attaque contre tous les musulmans mais d’une attaque contre la sûreté et la sécurité de tous les Canadiens.

De son côté, le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a souligné le verdict sur le média social X. Aujourd'hui, justice a été rendue pour la famille Afzaal et pour une communauté toujours en deuil. Rien ne peut ramener les vies innocentes perdues dans ce meurtre insensé. Honorons leur mémoire en continuant à lutter contre l’islamophobie sous toutes ses formes, peut-on lire dans sa publication.

La notion de terrorisme toujours en suspens

Il s'agit d'une victoire pour la Couronne, qui avançait que les gestes commis constituaient un meurtre prémédité dans des circonstances de terrorisme. Toutefois, elle n'a pas déposé spécifiquement d'accusations de terrorisme. Le contexte terroriste a plutôt été avancé comme une des théories qui pouvaient expliquer la préméditation des gestes.

Dans ses instructions au jury mercredi, la juge de la Cour supérieure de l’Ontario Renée Pomerance avait expliqué aux jurés que deux explications pouvaient mener à un verdict de meurtre prémédité :

  • l'accusé devait avoir eu l’intention de tuer les victimes;
  • l'accusé devait avoir planifié le geste ou devait avoir souhaité instiller de la peur parmi un groupe de personnes puis commis un acte de terrorisme.

Lors des audiences sur la peine, la juge devra analyser la preuve et pourrait déterminer s’il s’agissait d’un geste de terrorisme. Les deux parties pourront offrir leur opinion à cet effet et présenter des éléments de preuve supplémentaires.

Me Hicks a expliqué aux journalistes présents que la juge pourra adopter sa propre vision des faits. La décision du jury ne dit pas s'il a déclaré [mon client] coupable de meurtre au premier degré en vertu du Code criminel [...] ou en raison des allégations de terrorisme. Nous ne le savons pas. Nous ne pouvons poser aucune question au jury. Nous verrons ce que la juge dira lors de l'audience de détermination de la peine.

Un portrait de Christopher Hicks.

L'avocat de la défense Christopher Hicks a répondu aux questions des journalistes à sa sortie du tribunal.

Photo : Radio-Canada

En vertu de la loi canadienne, les délibérations du jury et les motifs d'un verdict sont secrets, de sorte que les avocats et le public ne sauront ni comment ni pourquoi le jury est parvenu à sa décision. Le jury n’a pas à préciser si le terrorisme a été un facteur dans sa décision.

Une cause qui fait jurisprudence

Me Hicks a d'ailleurs précisé que cette cause est historique : il s'agit du premier procès au Canada pour meurtre prémédité devant jury où le terrorisme est considéré comme un facteur.

Elle influencera la manière dont les actes violents seront traités en justice au Canada, estime Jack Rozdilsky, professeur de gestion des urgences et expert en radicalisation à l’Université York.

Cette cause va aider à dessiner une carte pour déterminer la manière dont nous traitons les actes de violence commis par des extrémistes au Canada.
Une citation de Jack Rozdilsky, professeur de gestion des urgences à l’Université York

Une audience de détermination de la peine aura lieu le 1er décembre.

Selon le Code criminel du Canada, un meurtre prémédité est passible d’une peine d’emprisonnement à perpétuité.

katherine brulotte, journaliste
Katherine Brulotte

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