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Des locataires liés par le « traumatisme » des réno-évictions militent pour les arrêter

Une grande affiche avec le mot Avis est placée devant un immeuble d'appartements.

L'organisme No Demovictions déplore la démolition d'immeubles destinés à la location à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

RCI

Lindsay Blackwell adore son quartier du centre-ville de Toronto, mais elle craint devoir le quitter en raison de la démolition imminente de l'immeuble d’appartements où elle habite avec sa famille. « Nous sommes dans un climat d’incertitude », dit-elle au sujet de la situation qu'elle et les autres locataires de sa tour vivent.

Comme plusieurs autres locataires torontois, Lindsay Blackwell attend de savoir quand elle devra quitter son logement et où elle habitera par la suite. Dernièrement, la Torontoise s’est associée à d’autres gens dans sa situation et fait maintenant partie du groupe No Demovictions, qui milite pour les locataires forcés de quitter leur maison en raison d’une démolition.

D’après une liste colligée par la conseillère municipale Ausma Malik et obtenue par l’organisme, environ 70  demandes ont été soumises à la Ville pour démolir des immeubles et les reconstruire. 

Portrait de Lindsay Blackwell sur une place publique, avant une manifestation.

Lindsay Blackwell est l'une des organisatrices du groupe No Demovictions.

Photo : Radio-Canada

Le bâtiment de Lindsay Blackwell fait partie du lot. En juillet, le conseil municipal a voté en faveur d’une motion permettant la démolition du bâtiment de 14 étages et 82 appartements pour le remplacer par une tour de 62 étages et 720 logements. Cela inclut d'offrir aux locataires actuels 82 logements de taille similaire à ceux qui seront démolis.

Lindsay Blackwell affirme que les membres de No Demovictions se sont liés par l’entremise du traumatisme qu’ils ont vécu en raison de leur déplacement forcé. Le groupe demande maintenant un moratoire provincial sur les réno-évictions, un message qu’il a porté jusqu’aux portes de Queen’s Park lundi.

Peu d’effets positifs

Le chercheur postdoctoral de l’Université Carleton Andrew Crosby, qui s’intéresse à la justice en matière de logement, n’a jamais vu d’effets positifs à la suite d’une réno-éviction. Pour les gens qui ont besoin d’un logement abordable, ce n’est pas une bonne chose, dit-il. 

D’après le chercheur, les villes cherchent à se densifier, ce qui a pour conséquence d’encourager les promoteurs immobiliers à cibler de vieux immeubles dont les loyers sont sous la moyenne du marché pour ensuite les rénover ou tout simplement les démolir pour les reconstruire.

Sur son site web, No Demovictions affirme que le parc immobilier de logements construits pour la location à Toronto est démoli à une vitesse plus rapide que celle à laquelle de nouveaux immeubles sont construits

Les données recueillies cet hiver par différents organismes liés au milieu de l’habitation, dont le Building Industry and Land Development Association, donnent raison à No Demovictions. Au cours des 10 dernières années, les logements construits pour la location ne représentaient que 9 % des nouveaux logements dans le Grand Toronto.

Certaines protections

Lindsay Blackwell et les autres locataires de son bâtiment ont milité pour que le promoteur qui s’apprête à démolir leur immeuble leur offre de bonnes conditions de rechange durant les travaux, qui pourraient commencer l’année prochaine. La Torontoise est allée jusqu’à saluer la collaboration du promoteur dans une lettre au conseil municipal.

Des protections sont offertes par la province et la Ville de Toronto aux locataires dont le bâtiment sera démoli. En vertu de la Loi sur la location à usage d'habitation, un propriétaire doit verser au locataire une indemnité financière égale à trois mois de loyer ou offrir un autre logement s’il planifie démolir un logement locatif.

Un groupe de personnes marchent avec des pancartes demandant la fin des réno-évictions.

Des manifestants ont marché de l'hôtel de ville de Toronto à l'Assemblée législative de l'Ontario pour demander à différents ordres de gouvernement de mettre fin aux rénos-évictions.

Photo : Radio-Canada

En vertu des règles municipales, les locataires existants ont le droit de premiers refus sur leur nouvel appartement, c'est-à-dire qu’ils ont le droit d’y revenir. Le logement de remplacement doit aussi avoir un loyer semblable à l'appartement qui était occupé auparavant. Finalement, la Ville doit aussi fournir aux locataires de l’aide pour trouver un autre logement durant les travaux.

Au mois d’avril, le gouvernement de l’Ontario a renforcé les protections pour les locataires (nouvelle fenêtre) faisant face à des réno-évictions. En vertu de la loi 97, les propriétaires doivent notamment préparer un rapport expliquant pour quelle raison les travaux ne peuvent être réalisés sans une expulsion.

Le groupe No Demovictions réclame toutefois davantage. Ses membres demandent aux différents ordres de gouvernement des mesures qui assurent que les locataires sont mieux appuyés financièrement pendant les travaux et lorsqu’ils déménagent.

Avec les informations de CBC

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