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Crise des réfugiés à Toronto : des églises à bout de patience et de ressources

Miriam Kutesa en gros plan.

Miriam Kutesa est la gestionnaire adjointe de l'église Dominion International Toronto, une des deux qui accueille actuellement des réfugiés.

Photo : Radio-Canada

Théodore Doucet.
Théodore Doucet

Le recours à des églises torontoises pour héberger des centaines de réfugiés devait être temporaire, le temps pour la Ville de fournir des espaces supplémentaires dans son système de refuges. Voilà pourtant deux mois que la Dominion Church International Toronto, dans le nord de la ville, maintient à grand-peine ses portes ouvertes pour aider des personnes au bord du sans-abrisme.

Il s'agit d'une des deux églises torontoises à le faire, avec le Pilgrim Feast Tabernacle, dans le même quartier.

Le pasteur Eddie Jjumba, qui officie à Markham, mais fait du bénévolat à Dominion, témoigne d'un surpeuplement de l'abri d'urgence installé dans le lieu de culte. Nous accueillons en moyenne 200 personnes chaque jour, dit-il, soit une cinquantaine de plus que la limite sécuritaire évaluée par le personnel municipal.

Nous nous retrouvons parfois avec 70 personnes assises sur des chaises, sans lit.
Une citation de Eddie Jjumba, pasteur et bénévole à l'église Dominion International Toronto

Les chaises servent de lits, parfois, atteste Miriam Kutesa, gestionnaire adjointe du refuge temporaire à l'église Dominion. Même si on indique qu'on est plein, certains viennent directement de l'aéroport. Ce sont des gens qui ne connaissent personne, qui ne savent pas comment se repérer dans la ville donc on est obligé de les prendre.

Les gens deviennent malades

Les lits de camp installés dans les salles du lieu de culte sont entassés, ce qui favorise les éclosions de maladies. Nous avons dû envoyer 10 personnes aux urgences rien que la semaine dernière, continue Mme Kutesa. Il y a une douche pour les hommes et une autre pour les femmes et l'eau est froide [...] Ça cause un problème sanitaire.

Des lits de camp.

L'église a installé des lits de camp pour héberger les réfugiés qui en ont besoin.

Photo : Radio-Canada

Claude et Bellevina sont arrivées au Canada il y a une dizaine de jours.

Radio-Canada a accepté de leur accorder l'anonymat afin de les protéger de tout préjudice.

La nuit, souvent, il fait très froid. J'arrive même pas à imaginer comment je vais faire avec l'hiver ici, s'inquiète Claude, originaire de la République du Congo.

Les lignes sont ouvertes avec les services municipaux, qui relogent régulièrement des réfugiés, mais cela se fait au compte-gouttes et ne suffit pas à réduire la demande, résume Mme Kutesa. Leur prise en charge a un peu accéléré ces dernières semaines, mais quand vous prenez 8 personnes sur 220, c'est un grain de sable. Quand 10 personnes partent, vous en avez 20 autres qui arrivent.

Ce dont nous avons besoin c'est d'un grand espace, assez grand pour loger nos résidents, qui respecte les codes sanitaires et qui soit assez chaud.
Une citation de Miriam Kutesa, gestionnaire adjointe du refuge temporaire à l'église Dominion International

La pasteure Judith James, qui tente de coordonner les services municipaux et l'aide apportée aux réfugiés sans logement, assure que plusieurs endroits plus adéquats ont été proposés à la Ville, faute de solution durable pour l'instant. Nous avons trouvé un bâtiment qui n'a pas de locataires depuis des mois. Si la Ville nous aidait à l'acheter, il pourrait accueillir jusqu'à 500 personnes, dit-elle.

La Ville a les mains liées

On n'écarte aucune solution, répond la directrice des communications de la Ville de Toronto, Lindsay Broadhead, en entrevue à Radio-Canada. Mais on a les mains liées. Il y a une crise du logement à Toronto qui ne touche pas que le marché locatif. Même la population sans-abri que nous essayons désespérément de loger n'a pas de place dans un refuge, constate-t-elle.

Toronto attend toujours de recevoir le financement promis (nouvelle fenêtre) par Ottawa en juillet dernier, prévu pour couvrir une partie des dépenses municipales pour le logement des réfugiés. Nous n'avons pas reçu ces 97 millions $; ils ne sont pas encore arrivés dans nos caisses, poursuit Mme Broadhead.

La Ville ne s'attend pas à recevoir ces fonds avant le début de 2024. Elle prépare toutefois un plan d'intervention pour le logement d'urgence cet hiver, qui sera présenté le 24 octobre.

Pour l'heure, un financement de 750 000 $, que le conseil municipal a approuvé début septembre, va être fourni sous peu aux deux églises afin de couvrir leurs frais.

4500 réfugiés sans domicile fixe

Le nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile sans domicile fixe à Toronto a quadruplé en deux ans, selon les dernières données municipales.

L'ombudsman de la Ville, Kwame Ado, a annoncé la semaine dernière le lancement d'une enquête (nouvelle fenêtre) pour déterminer si Toronto a manqué à ses obligations dans le traitement des réfugiés lorsque certains d'entre eux ont été contraints de dormir dans la rue durant l'été. Des militants avaient alors accusé (nouvelle fenêtre) la Ville d'utiliser cette situation afin de demander à Ottawa de lui octroyer plus de financement pour les lieux d'hébergement.

Avec des informations de Mirna Djukic

Théodore Doucet.
Théodore Doucet

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