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Hommage à un ex-soldat d’une unité nazie : Anthony Rota démissionne

L'élection du nouveau président de la Chambre des communes aura lieu mardi prochain, selon les informations obtenues par Radio-Canada.

Anthony Rota debout en Chambre.

Le président de la Chambre des communes, Anthony Rota, a annoncé sa démission mardi.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

RCI

Le président de la Chambre des communes, Anthony Rota, a démissionné mardi dans la foulée de l’hommage rendu à un vétéran ukrainien qui a combattu aux côtés des nazis, lors de la visite du président Volodymyr Zelensky à Ottawa.

C'est avec le cœur lourd que j'informe les députés de ma démission en tant que président de la Chambre des communes, a déclaré M. Rota devant les parlementaires. J'ai assumé les responsabilités de ce poste au meilleur de mes capacités. Le travail dans cette Chambre est plus grand que nous tous et je dois donc démissionner, a-t-il ajouté.

Anthony Rota a réitéré ses excuses pour avoir invité Yaroslav Hunka, 98 ans, un résident de sa circonscription ayant été membre de la Division SS Galicie, une unité de volontaires sous le commandement nazi de la Waffen-SS, durant la Seconde Guerre mondiale.

Sa démission entrera en vigueur à la fin de la journée de mercredi, a-t-il précisé, ce qui nous permettra de préparer l'élection d'un nouveau président. Entre-temps, ce sont les vice-présidents des Communes qui superviseront les séances et les délibérations de la Chambre.

L'élection du nouveau président de la Chambre des communes aura lieu mardi prochain, selon les informations obtenues par Radio-Canada.

Entre-temps, en vertu d'une motion adoptée aux Communes, le doyen de la Chambre, le député bloquiste de Bécancour–Nicolet–Saurel, Louis Plamondon, est réputé élu président intérimaire de la Chambre des communes jusqu’à ce qu’un nouveau président soit élu.

Le reportage de Christian Noël

Plus tôt dans la journée, M. Rota avait perdu l'appui de tous les partis au Parlement. Après le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois lundi, le Parti conservateur du Canada ainsi que plusieurs ministres libéraux se sont exprimés à leur tour, mardi, en lui demandant de démissionner.

En matinée, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, avait notamment exhorté Anthony Rota, lui-même député du Parti libéral, à écouter les députés et à présenter sa démission.

Ce qui s’est passé vendredi est complètement inacceptable. Nous avons été mis dans l’embarras en tant que Canadiens et c’est certainement aussi un embarras pour la Chambre des communes. [...] Il n’y a pas d’autres alternatives [que la démission], c’est la chose à faire.
Une citation de Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères

On doit prendre acte de ce qui s’est passé, c’est une question de leadership, a-t-elle ajouté.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, s'adresse aux journalistes lors de la retraite du Cabinet libéral à Charlottetown, le lundi 21 août 2023.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Si j’étais dans ses souliers, je démissionnerais, avait de son côté dit aux journalistes la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Diane Lebouthillier.

La veille, plusieurs ministres libéraux (nouvelle fenêtre) s'étaient exprimés sous le couvert de l'anonymat pour partager leur malaise de voir Anthony Rota s'accrocher à ses fonctions.

« Gênant pour le Canada », selon Trudeau

Mardi matin, le premier ministre Justin Trudeau avait dit que les excuses présentées par M. Rota étaient une bonne chose, mais que l'incident était gênant pour le Canada. Je suis certain qu'il est en train de réfléchir à comment il va rétablir la dignité du Parlement à partir de maintenant, avait-il ajouté.

La leader du gouvernement à la Chambre des communes, Karina Gould, qui a réaffirmé mardi que ni le gouvernement ni la délégation ukrainienne n'avaient été mis au courant de l'initiative d'Anthony Rota, avait appelé ce dernier à se rendre à l'évidence. Je ne vois pas comment il continuera à avoir le soutien des députés libéraux, a-t-elle dit.

Les néo-démocrates ont souligné mardi que M. Rota avait pris la bonne décision en démissionnant.

 Peter Julian lors d'une conférence de presse.

Le député néo-démocrate Peter Julian (photo d'archives)

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Peter Julian, député néo-démocrate et leader parlementaire du Nouveau Parti démocratique à Ottawa, avait été le premier, lundi, à exiger la démission du président de la Chambre des communes, affirmant que le lien de confiance [avait] été brisé. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, avait abondé dans le même sens plus tard dans la journée, évoquant les dégâts causés par l'erreur de la présidence.

Le chef de l'opposition officielle, Pierre Poilievre, avait demandé à son tour mardi la démission du président libéral de la Chambre des communes, alors que la veille, le Parti conservateur s'était limité à des attaques contre le gouvernement libéral de Justin Trudeau, l'accusant de se défiler de ses responsabilités.

Après que M. Rota eut officialisé sa démission, M. Poilievre a affirmé sur la plateforme X (anciennement Twitter) que cela n'excusait pas le fait que Justin Trudeau n'avait pas fait en sorte que son énorme appareil diplomatique et de renseignement vérifie et empêche d'honorer un nazi. Le chef conservateur demande qu'une analyse approfondie soit menée pour comprendre ce qui s'est exactement passé.

La réputation du Canada n’est pas entachée, assure Bob Rae

En entrevue avec Anne-Marie Dussault à l’émission 24•60, sur ICI RDI, l’ambassadeur du Canada à l’Organisation des Nations unies, Bob Rae, a affirmé que l’affaire qui secoue Ottawa n’a pas eu d’impact sur la réputation du Canada au siège de l'organisation internationale, à New York.

Pas beaucoup, franchement. Je connais les difficultés de la situation, mais ce n’est pas une chose dont on a discuté avec moi. Les gens sont préoccupés par leurs propres problèmes […] ce n’est pas le centre de l’attention du monde, a dit M. Rae.

Quand vous considérez ça à côté de l’agression russe en Ukraine, du vrai problème qui existe dans cette région en raison de la guerre qui a été causée par les Russes, il faut un certain degré de proportion. Il faut comprendre la réalité des choses, a-t-il ajouté.

Quant aux commentaires de responsables russes sur ce qui s’est passé à la Chambre des communes, M. Rae a réagi en disant qu'il ne faut pas exagérer la situation et c’est ce que vous êtes en train de faire. […] Il y a des gens à Moscou qui sont spécialistes de la propagande. Est-ce que c’est ça qui va dicter les activités de Radio-Canada? Je ne le pense pas. […] Naturellement, ils vont tirer avantage d’une situation.

M. Rae a estimé que les médias accordent une importance disproportionnée à cette affaire.

Vous prenez la même période de temps pour discuter [de la présence d'un ex-soldat d'une unité nazie aux Communes], mais c’est la guerre qui compte, c’est la tragédie économique qui compte. Une erreur, il faut tourner la page. Les médias sont préoccupés par des choses qui ne sont pas toujours les préoccupations des autres, a lancé l'ambassadeur. On aime la confusion.

« Cette affaire soulève toutes sortes de questions »

Un homme en entrevue à Radio-Canada.

Ferry de Kerckhove, ancien ambassadeur canadien et professeur à l’Université d’Ottawa (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Cette affaire soulève toutes sortes de questions, a déclaré l'ancien diplomate et professeur à l'Université d'Ottawa Ferry de Kerckhove en entrevue à l'émission Le 15-18 (nouvelle fenêtre) diffusée sur ICI Première. Il souligne qu'il y a déjà eu des précédents.

Notamment en 2018, quand la délégation canadienne avait invité un ancien extrémiste sikh reconnu coupable de tentative d'assassinat lors d'une réception qui ponctuait le voyage du premier ministre libéral en Inde.

Selon M. de Kerckhove, le service de renseignement qui a été à l'origine d'une série de problèmes par le passé devrait d'ailleurs avoir à rendre des comptes.

Plus globalement, l'ancien diplomate voit dans cette affaire le symptôme du manque d'envergure et de vision de la politique étrangère canadienne.

M. Trudeau a pris des engagements au début de son mandat, mais il n'y a eu absolument aucune réverbération, avec le résultat qu'on ne prend pas vraiment le Canada très au sérieux, même si nous sommes une des grandes puissances dans le monde sur les plans économique et géographique, affirme-t-il.

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