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La plupart des homardiers de la Nouvelle-Écosse sont aptes à devenir électriques

Des dizaines de homardiers sont amarrés à un quai.

Un quai et des bateaux de pêche au homard en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

La Presse canadienne

Un groupe environnemental a conclu qu'environ 2300 bateaux de pêche au homard qui opèrent au large de la Nouvelle-Écosse sont de bons candidats pour passer du moteur diesel au moteur électrique, un changement qui réduirait les émissions de GES de l'industrie.

La pêche au homard de la province est en bonne position pour ouvrir la voie vers une pêche sans émissions de gaz à effet de serre si les gouvernements aident le secteur de la construction de bateaux à mettre au point ces nouvelles technologies, indique un rapport publié jeudi par l'organisme Oceans North.

Selon ce groupe établi à Ottawa et qui défend la conservation marine, 70 % des bateaux pêchent dans un rayon de 20 kilomètres autour de leur port d'attache, ce qui signifie que les embarcations peuvent compter sur l'énergie électrique en toute sécurité.

La flotte de homardiers de la Nouvelle-Écosse produit environ 82 millions de kilogrammes d'émissions de carbone chaque année, soit l'équivalent de celles d'environ 35 000 voitures, selon cette étude.

Un bateau plein de casiers à homards à l'aube près du rivage.

Le premier jour de la saison de pêche au homard le 30 novembre 2020 à West Dover, en Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Le directeur de l'action climatique marine chez Oceans North, Brent Dancey, a déclaré jeudi que le passage aux moteurs électriques serait plus efficace pour les nouveaux navires, pour lesquels des coques à faible consommation d'énergie pourraient être conçues afin qu'ils soient adaptés aux besoins des batteries.

Toutefois, il a ajouté que les bateaux actuellement en service pourraient également être équipés de systèmes électriques, tout particulièrement lorsque leurs moteurs diesel doivent être réparés.

Il y aura des possibilités, pour les bateaux, de réaliser cette conversion en utilisant la coque d'origine, a-t-il expliqué. Cela nécessitera des évaluations d'ingénierie et de faisabilité au cas par cas. Mais nous nous attendons à ce qu'il y ait des possibilités de conversion.

Oceans North affirme que le coût total d'un système électrique est compétitif par rapport au diesel sur un horizon de 20 ans, car le prix d'achat plus élevé est compensé par des coûts d'exploitation inférieurs.

Selon l'analyse simplifiée de cet organisme, pour le système de propulsion d'un navire de 12 mètres, en supposant que le bateau consommerait environ 260 kilowattheures d'énergie par jour, le prix d'un moteur diesel serait de 70 000 $, contre 170 000 $ pour un système électrique à batterie.

Au fil du temps, les coûts d'exploitation et de maintenance sur 20 ans d'un moteur diesel s'élèveraient à environ 280 000 $, soit bien plus que les quelque 85 000 $ pour un bateau mû par une batterie.

Des homardiers au large.

Des bateaux de pêche au homard quittent le port de West Dover, en Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

L'organisme souligne qu'une étude plus approfondie est nécessaire sur les arguments économiques en faveur de l'électrification, qui incluent les augmentations attendues du prix du diesel, la hausse probable du prix des émissions de carbone ainsi que l'inclusion de subventions et d'incitations au changement de carburant.

M. Dancey a fait valoir que la clé pour amorcer ce changement est l'envoi d'un signal à l'industrie par les gouvernements en fixant des objectifs clairs de réduction des émissions, comme cela s'est produit dans le secteur automobile.

L'étude appelle Ottawa à inclure la pêche commerciale dans le Plan d'action du Canada pour les océans et à fixer l'objectif d'avoir au moins 10 % de la flotte de homardiers, soit environ 300 bateaux, propulsés à l'électricité ou avec des carburants à émissions nulles comme l'hydrogène vert d'ici 2030. Elle suggère également au gouvernement fédéral d'interdire la vente de nouveaux bateaux de pêche commerciaux propulsés au diesel d'ici 2035.

Une voiture électrique se fait recharger.

60 % des voitures vendues au Canada devront être électriques d'ici 2030. Oceans North voudrait qu'un objectif aussi clair soit fixé pour les bateaux de pêche commerciale.

Photo : Radio-Canada

Ottawa s'est déjà fixé comme objectif qu'une automobile sur cinq vendue au pays d'ici 2026 soit à émissions nulles et que 60 % d'entre elles le soient d'ici 2030. De plus, le Canada a l'intention d'interdire la vente de nouvelles voitures à moteur à combustion interne à compter de 2035.

En 2020, le gouvernement fédéral a annoncé que le Canada avait pour objectif de réduire à zéro ses émissions nettes de carbone d'ici 2050.

Le rapport soutient que si le Canada jouait un rôle de premier plan dans la transition vers les bateaux électriques, cela créerait un élan majeur pour l'industrie de la construction navale du pays.

Il indique qu'il y a 15 000 petits bateaux de pêche au Canada et 25 000 bateaux de taille similaire aux États-Unis. Tous ces bateaux devront être remplacés ou convertis, ce qui fait en sorte que la modernisation de la flotte de pêche du Canada aurait une valeur estimée à au moins 10 milliards de dollars, lit-on.

En développant l'expérience et l'expertise [...] avant les autres pays, provinces et territoires, la Nouvelle-Écosse sera en mesure d'engranger des bénéfices économiques et sociaux plutôt que d'avoir à importer de l'expertise et de la technologie, indique le rapport.

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