1. Accueil
  2. International
  3. Crises politiques

[Reportage] Le Canada exhorté à condamner les violations des droits de la personne au Pérou

Les Canado-Péruviens exhortent le premier ministre canadien Justin Trudeau et la ministre canadienne des Affaires étrangères Mélanie Joly à dénoncer « clairement et fermement » la mort de 60 personnes, ainsi que de possibles cas de torture et de violations des droits de la personne contre des civils au Pérou.

Des membres du Collectif de solidarité Québec-Pérou devant les bureaux montréalais du diffuseur public canadien CBC/Radio-Canada dans le cadre de leurs activités de sensibilisation à la crise politique et sociale au Pérou.

Le 11 février dernier, des membres du Collectif de solidarité Québec-Pérou se sont rendus devant les bureaux montréalais du diffuseur public canadien CBC/Radio-Canada dans le cadre de leurs activités de sensibilisation à la crise politique et sociale au Pérou.

Photo : RCI (Radio Canadá Internacional) / Colectivo Solidaridad Quebec-Perú

Une femme regarde la caméra et sourit légèrement.
Paloma Martínez Méndez

Le Collectif de solidarité Québec-Pérou, formé au début du mois de janvier, a jusqu'à présent organisé plusieurs manifestations, des remises de lettres aux politiciens canadiens ainsi que des activités culturelles.

L'objectif est toujours le même : attirer l'attention du public montréalais et québécois sur la crise politique au Pérou, mais surtout dénoncer les violations des droits de la personne et l'usage arbitraire de la force contre les populations civiles par la police et l'armée.

L'appel à des enquêtes rapides, impartiales et efficaces sur les 60 morts et 1200 blessés a également été lancé par le bureau de l'Ombudsman péruvien, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) de l'Organisation des États américains (OEA) et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), ainsi que par des groupes de la société civile tels qu'Amnistie internationale et Human Rights Watch, entre autres.

Un homme et deux femmes, l'air sérieux, regardent la caméra.

Alonso Gamarra Montesinos, Rossio Motta Ochoa et Iminovich González sont porte-parole du Collectif de solidarité Québec-Pérou. Ils se disent préoccupés par « les morts arbitraires et les violations des droits de la personne » dans leur pays d'origine.

Photo : RCI (Radio Canadá Internacional) / Paloma Martínez Méndez

Tous les membres du Collectif de solidarité Québec-Pérou, aussi différents soient-ils, s'entendent pour dire qu'une déclaration canadienne est indispensable.

Nous venons de différentes tendances politiques, de droite, de gauche et du centre. Il y a des étudiants, des retraités et des travailleurs, tous si divers et tous désireux d'aider le pays. Ce qui nous unit, c'est la défense des droits de l'homme. Il ne s'agit pas seulement des vies perdues, ce qui est certainement central, mais de toutes les autres violations.
Une citation de Rossio Motta Ochoa, porte-parole du Collectif de solidarité Québec-Pérou
Elle est debout dans un corridor.

Rossio Motta Ochoa est membre du Collectif de solidarité Québec-Pérou.

Photo : RCI (Radio Canadá Internacional) / Paloma Martínez Méndez

Pour cette anthropologue qui est également professeure associée à l'École de travail social de l'Université de Montréal, un autre point de convergence entre les membres du Collectif est la conviction que la communauté internationale a un rôle essentiel à jouer dans la résolution du conflit au Pérou.

Nous sommes unis par l'intention de faire pression sur le Canada, dont nous sommes citoyens, pour qu'il exprime publiquement son rejet de la violation des droits de l'homme, déclare Mme Motta Ochoa.

Pourquoi la dénonciation internationale est-elle essentielle?

Pour Iminovich González, professeure d'espagnol et membre du Collectif, la déclaration du gouvernement canadien serait importante en raison de la visibilité qu'elle donnerait à ce qui se passe.

Il y a beaucoup de gens au Canada qui ne savent même pas où se trouve le Pérou. D'autres ne savent pas que le Pérou et le Canada ont des liens économiques et politiques importants. C'est pourquoi nos manifestations et une position claire du Canada rendraient la situation visible.
Une citation de Iminovich Gonzalez, porte-parole du Collectif de solidarité Québec-Pérou
Elle regarde vers sa droite.

Iminovich González est membre du Collectif de solidarité Québec-Pérou.

Photo : RCI - Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Pour sa part, l'anthropologue et membre du Collectif de solidarité Québec-Pérou Alonso Gamarra Montesinos estime qu'il est important que le Canada exprime son rejet de la situation, car les personnes qui subissent les violations viennent pour la plupart du sud du pays, sont autochtones et sont marginalisées.

Au Pérou, il y a une histoire de hiérarchisation de la valeur des vies humaines entre la capitale et les provinces. Il est important que la communauté internationale s'exprime afin de continuer à marquer un changement dans le niveau de conscience que toutes les vies péruviennes ont la même valeur.
Une citation de Alonso Gamarra Montesinos, porte-parole du Collectif de solidarité Québec-Pérou
Il fixe la caméra.

Alonso Gamarra Montesinos

Photo : RCI (Radio Canadá Internacional) / Paloma Martínez Méndez

Selon ce chercheur de l'Université McGill, si la communauté internationale reste silencieuse, ce qu'elle accepterait, c'est cette idée très antidémocratique que les personnes exécutées de manière extrajudiciaire peuvent passer inaperçues, que ces morts ne comptent pas, dit-il.

Alonso Gamarra Montesinos estime que ces morts ne sont pas sans importance. Selon l'anthropologue, il s'agit de la mort d'êtres humains qui existent dans un imaginaire et une hiérarchie qui les poussent en marge de l'État, du marché et de la société.

Le chercheur affirme également que le silence peut avoir des conséquences globales.

Pour M. Gamarra Montesinos, le fait que les morts et les plaintes pour abus des forces de l'ordre contre les manifestants passent inaperçus dans un pays démocratique comme le Pérou revient à accepter que la démocratie est injuste.

Une Amérindienne devant une rangée de policiers.

Sur la base de données fournies par le bureau du défenseur du peuple du Pérou, Amnistie internationale a déclaré que « le nombre des possibles morts arbitraires dues à la répression de l'État » était « concentré de manière disproportionnée dans les régions où la population autochtone est majoritaire ».

Photo : afp via getty images / ERNESTO BENAVIDES

Lettre à Justin Trudeau et à Mélanie Joly

Le 31 janvier dernier, le Collectif de solidarité Québec-Pérou est allé porter en personne une lettre aux bureaux montréalais du premier ministre canadien Justin Trudeau et de la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly.

Radio Canada International a également pris contact avec eux pour demander des informations sur la position du Canada concernant les allégations de violations des droits de la personne depuis l'investiture de la présidente péruvienne Dina Boluarte et sur la réponse des politiciens à la lettre envoyée par le Collectif.

Mélanie Joly en point de presse aux côtés du premier ministre Trudeau.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, et le premier ministre Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Lors des échanges avec les équipes de relations avec les médias des deux dirigeants canadiens, Radio Canada International a également demandé si le Canada pouvait ou non jouer un rôle dans la résolution de la situation au Pérou, compte tenu de l'importante relation commerciale qu'il entretient avec le pays sud-américain et de la reconnaissance du Canada comme acteur mondial.

Sabrina Williams, porte-parole des relations avec les médias pour le ministère canadien des Affaires étrangères, a indiqué à Radio Canada International que le Canada est profondément préoccupé par l'agitation sociale et la violence contre les manifestants.

Elle explique dans son message écrit que le Canada continuera à souligner l'importance d'un dialogue inclusif, d'une procédure régulière et du respect des droits de la personne comme moyen pour le gouvernement péruvien, la société civile et le peuple péruvien de surmonter la crise actuelle.

Les droits de la personne sont au premier plan de la politique étrangère canadienne. Nous n'hésitons pas à exprimer nos préoccupations concernant les droits de la personne chaque fois que cela est justifié, et nous avons exprimé nos préoccupations lors du récent Examen périodique universel du Pérou au Conseil des droits de l'homme des Nations unies.
Une citation de Sabrina Williams, porte-parole des relations avec les médias, ministère des Affaires étrangères du Canada
Une foule entourant des cercueils.

Funérailles des 18 personnes tuées lors des manifestations à Juliaca, dans le sud du Pérou, à la mi-janvier.

Photo : afp via getty images / JUAN CARLOS CISNEROS

De plus, le Canada a exprimé sa position sur l'usage excessif de la force par les autorités et la nécessité de rendre des comptes sur les violations des droits de la personne au Conseil permanent de l'Organisation des États Américains, a ajouté Sabrina Williams.

Selon la fonctionnaire, le Canada a salué l'engagement de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme à documenter et à enquêter sur les violations présumées des droits de la personne depuis le début de la crise au Pérou.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Une femme regarde la caméra et sourit légèrement.
Paloma Martínez Méndez

À la une