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[Reportage] Saccages à Brasilia : « C’est la chronique d’une catastrophe annoncée »

Deux chercheurs à Montréal expriment leur inquiétude quant aux événements survenus à Brasilia (nouvelle fenêtre). Ils estiment que l'occupation des lieux de pouvoir par les partisans de l'ancien président Jair Bolsonaro était prévisible.

Montage de photos des deux hommes

Les professeurs universitaires Francisco A. Loiola et Jean-François Mayer sont basés à Montréal.

Photo : RCI (Radio Canadá Internacional) / Paloma Martínez Méndez

Paloma Martínez Méndez

Pour Francisco A. Loiola, l’invasion d'importantes institutions dans la capitale brésilienne a été « une occupation lâche, typique des traîtres à la patrie sans scrupule ni souci de décence ».

Le professeur de pédagogie à l'Université de Montréal explique que les actions des partisans de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro sont des actes contre un gouvernement élu démocratiquement à deux tours de scrutin, « sans fraudes ni irrégularités ».

Au Brésil, nous avons depuis de nombreuses années un magnifique système [électoral] qui nous permet de savoir en peu de temps qui a gagné. Il est un exemple pour le monde entier.
Une citation de Francisco A. Loiola, professeur à l'Université de Montréal

Dans un entretien avec Radio Canada International (RCI), le chercheur canado-brésilien basé à Montréal depuis les années 1990 cite l’historien Manuel Domingos Neto, qui a publié récemment un article d’opinion intitulé Lula, assuma o comando! (« Lula, prends les commandes! »), dans le journal numérique Brazil 247.

Ce n'était pas une invasion ou une occupation, c’était une effraction, du pur vandalisme. Les objectifs : mettre fin à la joie de la victoire, effrayer le peuple, épuiser le gouvernement, démoraliser le président, nourrir le chaos, encourager l’extrême droite, créer un climat de rupture institutionnelle, projeter la guerre civile.
Une citation de Manuel Domingos Neto, historien brésilien
De la fumée s'élève parmi la foule.

La police est intervenue en force pour déloger les émeutiers.

Photo : Reuters / Ueslei Marcelino

Pour Francisco A. Loiola, qui est également membre du Collectif Brésil-Montréal, les raisons évoquées par Domingos Neto justifient de rester vigilant face à ce mouvement social puisqu'il représente « le premier acte du mouvement putschiste brésilien ».

Ça fait longtemps que ce mouvement putschiste s'est articulé. Maintenant, il s’est ouvert et nous devons y faire face avec prudence et rigueur et sans trop d'exagération. Lula a été très clair à cet égard, en rencontrant des représentants des autres pouvoirs, législatif et judiciaire, pour le confronter.
Une citation de Francisco A. Loiola, professeur à l'Université de Montréal

De son côté, Jean-François Mayer estime que ce qui s’est passé dimanche à Brasilia ne doit pas être pris à la légère.

Ce professeur mène depuis des années des projets de recherche anthropologique et sociale au Brésil. Il croit que ce moment de l’histoire politique brésilienne est symboliquement très important et loin d’être anodin.

C’est une véritable attaque frontale contre les principaux symboles de la démocratie dans le monde, plus particulièrement de la [démocratie] brésilienne et c’est extrêmement grave. C’est aussi, et cela continuera d’être, un grand défi pour le gouvernement Lula et pour la continuité de la démocratie brésilienne.
Une citation de Jean-François Mayer, professeur de science politique à l'Université Concordia
Un émeutier brandit un drapeau du Brésil.

Les partisans de l'ex-président Bolsonaro ont envahi plusieurs bâtiments, dont le Congrès et la Cour suprême.

Photo : Reuters / Adriano Machado

Les deux professeurs conviennent que l'attaque à Brasilia était prévisible.

Jean-François Mayer, spécialiste des mouvements sociaux et des politiques relatives à la main-d'œuvre en Amérique latine, explique qu’il a observé récemment une reprise des échanges en ligne, notamment sur WhatsApp, entre membres de groupes bolsonaristes appelant à l'invasion de Brasilia, faisant même certaines allusions au soutien de membres ou d'anciens membres de l'armée brésilienne.

Ils voulaient un coup d’État et espéraient qu’il serait mené par leurs propres actions, mais aussi avec le soutien de l’armée.
Une citation de Jean-François Mayer, professeur de science politique à l'Université Concordia

Selon le chercheur canadien, le fait que ces manifestants aient pu rejoindre Brasilia pour manifester et s'emparer très rapidement des lieux physiques du pouvoir permet aux observateurs de se poser certaines questions sur l'efficacité de l'intervention policière, en particulier celle de la police militaire au Brésil.

C’est la chronique d’une catastrophe annoncée. Ce n’est pas une surprise [...], car parmi les bolsonaristes il y avait une volonté très claire de rejeter non seulement les résultats des élections présidentielles, mais le processus électoral lui-même.
Une citation de Jean-François Mayer, professeur de science politique à l'Université Concordia

Pour Francisco A. Loiola, les événements de dimanche à Brasilia ont révélé deux choses : le caractère criminel des forces politiques défaites aux urnes et l'intention de préparer « l'éternel plan B de l'extrême droite », le coup d'État.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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