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La GRC a suspendu son contrat avec Sinclair Technologies, liée à la Chine

L’entreprise Sinclair Technologies est située à Aurora, en Ontario.

L’entreprise Sinclair Technologies est située à Aurora, en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

RCI

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a suspendu son contrat avec Sinclair Technologies, confirme le cabinet du ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino. La veille, Radio-Canada révélait qu’un contrat gouvernemental avait été octroyé à cette entreprise étroitement liée à la Chine (nouvelle fenêtre) pour fournir et entretenir de l'équipement radio de la GRC.

Sinclair Technologies a obtenu le contrat d'un demi-million de dollars canadiens pour un système destiné à sécuriser les communications radio terrestres de la police fédérale canadienne en octobre 2021, après avoir remporté un appel d’offres du gouvernement canadien.

Basée en Ontario, l'entreprise est contrôlée depuis 2017 par la société chinoise Hytera Communications. Et il se trouve que l’État chinois, par le biais d’un fonds d'investissement, détient environ 10 % d’Hytera.

Dans le cadre du processus lancé par Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), le plus bas soumissionnaire allait pouvoir fournir à la Gendarmerie royale du Canada des équipements pour répondre au besoin d’un nouveau filtrage RF. Cette technologie vise à faire en sorte que personne d’autre que les membres de la Gendarmerie royale du Canada ne puisse écouter les conversations qui se déroulent sur ses systèmes de radiocommunication terrestres mobiles.

Radio-Canada a également révélé jeudi matin que le gouvernement fédéral s’est abstenu de recourir au Centre de la sécurité des télécommunications (CST) pour évaluer les risques (nouvelle fenêtre) que pouvait comporter le nouvel équipement acquis par la Gendarmerie royale du Canada et destiné à son système de radios mobiles terrestres.

Sur la liste noire américaine

En agissant ainsi, Ottawa a aussi ignoré de multiples signaux d’alarme qui lui avaient été transmis quelques mois plus tôt pour prévenir et réduire les dangers liés à ce type d’appel d’offres.

À compter d'il y a presque deux ans déjà, les autorités américaines considéraient que le groupe Hytera posait un risque inacceptable à la sécurité nationale ou la sécurité et la sûreté des personnes américaines.

Le nom Hytera est ainsi apparu sur une liste noire à Washington et l'entreprise fait face à 21 chefs d'accusation dans une affaire d'espionnage d'envergure. Selon le département américain de la Justice, l’entreprise chinoise a conspiré pour voler des secrets commerciaux à Motorola.

La GRC a confirmé à Radio-Canada que les premiers travaux d’installation ont eu lieu, sans préciser le nombre de ces nouveaux appareils en activité sur son réseau. Elle ne considère cependant pas que cela représente un problème de sécurité actuel ou futur.

Pour l'instant, le ministre Mendicino a simplement annoncé que la Gendarmerie royale du Canada a suspendu le contrat avec la firme Sinclair Technologies, sans donner d'information sur les travaux déjà en cours.

Ce que j'ai dit dans ma stratégie indo-pacifique, c’est qu'on devait s'assurer d’avoir une lentille liée à la sécurité nationale dans tout ce qu'on fait, particulièrement en matière de contrat et d'approvisionnement, a quant à elle réagi la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.

Donc, ce contrat n'aurait jamais dû être signé par la fonction publique. Point.
Une citation de Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères

« C'est extrêmement inquiétant », selon l'opposition

C’est extrêmement inquiétant, a lancé le député bloquiste de La Prairie, Alain Therrien, lors de la période de questions à la Chambre des communes. On sait que le contrat vient d'être annulé, mais le gouvernement a quand même donné à une compagnie appartenant au gouvernement chinois l'accès aux fréquences secrètes de la GRC. [...] Personne n’a jugé nécessaire de faire des vérifications de sécurité. Comment le premier ministre peut-il nous expliquer ça?

Nous sommes très préoccupés par cette situation, a répondu le premier ministre Justin Trudeau. C'est pour ça qu'on a demandé aux ministres et aux fonctionnaires de faire les suivis sur deux éléments : d'abord, qu'est-ce qu'on doit faire pour assurer l'intégrité et la sécurité de nos télécommunications maintenant, mais aussi, comment on peut améliorer le système pour s'assurer qu'il n’y ait pas de problème comme ça dans l'avenir.

L'affaire rebondit en comité parlementaire

Le contrat de la GRC avec Sinclair a également été évoqué lors d'une réunion du comité de la défense nationale de la Chambre des communes, au cours de laquelle la conseillère à la sécurité nationale du premier ministre, Jody Thomas, comparaissait pour témoigner sur la sécurité dans l'Arctique.

Nous examinons ce qui s'est passé avec ce contrat, a précisé Mme Thomas. Les termes de référence pour l'examen que nous faisons, nous sommes justement en train de les créer. Je suis toujours en train de recueillir des informations auprès des ministères concernés.

La Chine est revenue à plusieurs reprises sur le tapis lors de la réunion du comité parlementaire. Mme Thomas a notamment indiqué que les ambitions de Pékin dans l'Arctique découlaient de son désir de sécuriser des routes maritimes plus courtes vers l'Europe et de tirer parti des vastes réserves de ressources naturelles de la région.

[Les autorités chinoises] ont un appétit vorace pour les hydrocarbures, les minéraux de terres rares et le poisson, a-t-elle expliqué. Ils voient [l'Arctique] comme un élément essentiel de leur durabilité en tant que nation. Nous devons donc nous assurer que les riches ressources de l'Arctique canadien sont protégées.

Avec des informations de Marc Godbout, Louis Blouin et de La Presse canadienne

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