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Une reconnaissance de diplômes semée d’embûches en C.-B., selon des infirmiers étrangers

Laurent Chan assis, dos à la fenêtre de son salon.

Laurent Chan, un infirmier français, a commencé sa procédure de reconnaissance de diplôme en Colombie-Britannique en octobre 2018. Il attend toujours d'être autorisé à pratiquer.

Photo : Radio-Canada / Adjata Camara

Adjata Camara est journaliste à Vancouver.
Adjata Camara

Chaque année, de nombreux infirmiers étrangers choisissent de s’établir en Colombie-Britannique. En entamant leur procédure de reconnaissance de diplôme, ils font face à de longues démarches administratives qui retardent leur intégration dans le système de santé.

Dans certains cas, le processus de reconnaissance de diplôme peut prendre plus de quatre ans. C’est le cas de Laurent Chan, un infirmier diplômé en France en 2015.

Après quatre ans d’expérience dans un hôpital de la banlieue parisienne, il a décidé de venir rejoindre sa petite amie, originaire de Surrey, en Colombie-Britannique, en août 2019.

Pour sa compagne et lui, le choix est évident : le Canada et la Colombie-Britannique offrent une meilleure qualité de vie que la France.

Tout au long de mes études et tout au long de ma carrière d'infirmier, on m'avait toujours dit que le Canada, c'était le paradis pour l'hôpital, le monde soignant et le monde infirmier.
Une citation de Laurent Chan, infirmier formé en France

Avant de s’établir dans la province, il a commencé sa procédure de reconnaissance de diplôme en octobre 2018. Après quatre ans et plus de 10 000 $ dépensés, il n’est toujours pas autorisé à pratiquer sa profession.

Un processus aux multiples étapes

Tout au long de la procédure, Laurent Chan déchante et se heurte à de nombreux obstacles, comme les procédures administratives et les temps d’attente pouvant excéder plusieurs mois, voire des années.

Par exemple, pour pouvoir enregistrer son profil sur le Service national d'évaluation infirmière (SNEI), il doit obtenir des documents de son ancien employeur français en anglais, ce qui cause des erreurs et retarde le traitement de son dossier.

On doit faire face grosso modo à deux grandes administrations, l'administration canadienne et l'administration française. Et il faut faire le pivot un peu entre les deux, explique-t-il.

Un autre obstacle est l’examen d'anglais, qui comprend des volets de compréhension écrite, de compréhension orale, d'expression écrite et d'expression orale.

Après quatre tentatives infructueuses, il finit par obtenir cette certification en mai 2020.

Cristian Villers, debout, à la baie des Anglais, à Vancouver.

En arrivant dans la province, Cristian Villers s'attendait à des barrières, mais pas autant.

Photo : Radio-Canada / Adjata Camara

Cristian Villiers, un autre infirmier formé en France, s’installe à Vancouver en 2021 pour être plus proche de son fils résidant en Colombie-Britannique. Comme Laurent, il déplore le manque d’information et d’accompagnement durant la procédure.

Je suis déçu, parce que je sais que j'ai travaillé pour obtenir un diplôme, j'ai des compétences, même si les compétences françaises ou européennes ne sont peut-être pas tout à fait les mêmes.
Une citation de Cristian Villiers, infirmier formé en France
Marie Daniaud est assise à son bureau, au Douglas College.

Depuis quatre ans, Marie Daniaud accompagne des infirmiers étrangers dans leur processus de reconnaissance de diplôme.

Photo : Radio-Canada / Adjata Camara

Marie Daniaud, mentore au programme Career Path du Collège Douglas, travaille depuis quatre ans avec des immigrants qualifiés, dont des infirmiers étrangers, sur leur procédure de reconnaissance de diplôme.

On a vraiment besoin de faire du travail plus inclusif, je pense, pour les infirmiers étrangers. Parce que, si on a vraiment besoin d'infirmiers dans nos hôpitaux et dans nos services de santé, demain, il va falloir faire en sorte qu'il y en ait moins en train de travailler à Tim Hortons ou dans les entrepôts.
Une citation de Marie Daniaud, mentore, Douglas College

Durant ce processus, beaucoup n'ont d'autre choix que d'occuper des emplois temporaires. Marie Daniaud dit que la procédure d’équivalence de diplôme peut prendre au minimum deux ans. Pendant ce temps, les infirmiers étrangers ne sont pas autorisés à travailler dans leur domaine, ce qui peut entraîner une perte de leurs connaissances.

Pour éviter une telle perte, Cristian Villiers a décidé de retourner en France pendant quatre mois pour pratiquer sa profession.

Le gouvernement veut réajuster sa procédure

La Colombie-Britannique reconnaît qu'il y a un manque de main-d'œuvre dans le système de la santé. Depuis le mois de février, la province a mis en place un certain nombre de mesures pour accélérer le processus de reconnaissance des professionnels de la santé formés à l’étranger pour pallier les besoins du système. C'est essentiel, a affirmé le ministre de la Santé, Adrian Dix.

Il faudrait que la province soit plus flexible parce que le système de santé canadien a déjà mis en place des examens standards, comme le NCLEX [l'examen qui autorise les infirmiers à pratiquer dans la province], qui s’assure que ceux qui le réussissent sont capables d’exercer la profession, dit la Dre Saima Hirani, professeure adjointe au programme de l'École en soins infirmiers de l'Université de la Colombie-Britannique. Selon elle, la province n'a pas besoin d'ajouter d'autres examens.

Laurent Chan en train d'étudier, devant son ordinateur et divers livres.

À présent, Laurent Chan se prépare pour la dernière étape de son périple, l'examen du NCLEX.

Photo : Radio-Canada / Adjata Camara

Aujourd'hui, Laurent Chan se prépare à passer l'examen du NCLEX. Malgré toutes les frustrations, malgré tout mon périple, je suis quand même heureux d'être ici, dit-il.

Quant à Cristian Villiers, il espère que, avec le temps, la procédure sera plus rapide. En attendant, il espère travailler dans un hôpital de Vancouver en tant que brancardier.

Adjata Camara est journaliste à Vancouver.
Adjata Camara

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