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À Listuguj, autonomie politique et protection du territoire vont de pair

Une nouvelle politique vise spécifiquement la conservation de l'orignal et la souveraineté territoriale des Mi’gmaq de cette communauté.

Panneau indiquant que les personnes non membres de la communauté de Listuguj doivent se procurer un permis pour pratiquer la chasse et la pêche sur le territoire.

En 2022, le gouvernement mi'gmaw de Listuguj a mis en œuvre la Listuguj Tia'm Harvesting Policy pour la conservation et la protection des ressources en Tia'm (orignal) sur le Gespe'gewa'gi, territoire de la petite communauté autochtone. La politique détermine qui peut chasser et comment la chasse peut avoir lieu.

Photo : Radio-Canada / Paloma Martinez-Mendez

Paloma Martínez Méndez

Le premier jet d'un protocole de chasse a été élaboré e 2019 avec les Mohawks de Kahnawake, mais ce n'est qu'en 2022 qu’il a été mis en œuvre, plus amplement, par la direction des Ressources naturelles de Listuguj et appliqué par les Rangers.

Pour Darcy Gray, ancien chef de Listuguj, c'est une période excitante de l’histoire de sa communauté.

Lorsqu’il a pris les rênes de Listuguj en 2016, Darcy Gray dit avoir été témoin d'inquiétudes quant à la quantité d’orignaux chassés par les membres de la petite communauté mi’gmaw située à la croisée de chemins entre le Québec et le Nouveau-Brunswick.

Or, l'inquiétude venait aussi des chasseurs d’autres Premières Nations qui venaient chasser et pêcher sur le territoire traditionnel des Mi’gmaq.

Selon l’ancien chef, dont le mandat a pris fin en novembre, certaines personnes étaient invitées par des résidents de la Première Nation pour chasser sur son territoire, d'autres arrivaient en pensant qu'ils pouvaient chasser ici librement, comme si c'était leur territoire traditionnel.

Mais le faire ainsi, c'est de ne pas honorer les traditions. Dans la période précontact*, nous avions des façons d'interagir – arrangements, traités et protocoles – entre les nations. Il semble qu'avec le temps, nous nous soyons éloignés de cela. Voilà pourquoi au cours des six dernières années, nous avons essayé de ramener cela dans nos pratiques actuelles.
Une citation de Darcy Gray, chef de la nation de Listuguj de 2016 à 2022
Darcy Gray pose pour la caméra devant un panneau de la communauté de Listuguj.

Darcy Gray, psychologue de formation, a été le chef de la communauté mi'gmaw de Listuguj entre juin 2016 et novembre 2022.

Photo : Radio-Canada / Paloma Martinez-Mendez

En 2018, Listuguj a organisé un grand rassemblement appelé Honorer notre Terre qui portait sur la chasse à l'orignal. Aussi, lors du Grand Conseil de 2019, des représentants de partout au Mi'gma'gi, territoire traditionnel des Mi'gmaq, ont partagé leurs diverses pratiques de chasse et de gestion des originaux.

Mais ce qui a été discuté de manière plus approfondie a concerné les pratiques traditionnelles et actuelles des visiteurs, Autochtones ou non, ne résidant pas dans les communautés pendant des périodes de chasse.

Nous avons reconnu qu'il devait y avoir des protocoles à respecter. On ne peut pas simplement entrer dans la cour de quelqu'un et faire ce qu'on veut. On doit parler à notre voisin. C'est un signe de respect. Nous avons donc adopté notre protocole et l’avons instauré avec d'autres nations qui viennent ici. Que ce soit des Innus, des Atikamekw ou des Mohawks ou un Quechua du Pérou.
Une citation de Darcy Gray, chef de la nation de Listuguj de 2016 à 2022

L’ancien chef dit que ce mécanisme d’entente permet à sa nation de savoir qui vient sur le territoire, de connaître ses intentions afin de pouvoir ainsi émettre une autorisation de chasser, s'il y a lieu.

La tête d'un orignal accrochée sur le mur d'un chalet. Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

La politique de récolte des Tia'm de Listuguj est établie pour la conservation et la protection des ressources des Tia'm au sein de Gespe'gewa'gi et est basée sur la Proclamation de Listuguj sur la récolte de l'orignal adoptée par le Mawiomi Honouring our Land le 23 mars 2019 .

Photo : Radio-Canada / Paloma Martinez-Mendez

Respect et sécurité

Ce n’est pas une question de contrôler pour contrôler, affirme Darcy Gray. Ce protocole est une question de sécurité et de respect pour le territoire et la nation.

On s’assure qu'ils ne font pas de la récolte excessive, qu'ils respectent nos valeurs. On détermine l'endroit où ils chassent, et comment ils le font. Ainsi, on s’assure qu’ils sont en sécurité. Et quand ils ont un guide, il faut que cette personne soit appropriée, qu'il ne s'agisse pas d'un gamin de 14 ans qui essaie de gagner un peu d'argent d'extra, par exemple.
Une citation de Darcy Gray, chef de la nation de Listuguj de 2016 à 2022

Après que la pandémie a mis un frein au projet de protocole, c’est finalement en 2022 que le département de ressources naturelles de Listuguj est parvenu à le mettre en œuvre et à le faire respecter par les Rangers.

Don Arsenault de bout près d'un petit bateau.

Don Arsenault est le chef des Rangers de Listuguj.

Photo : Radio-Canada / Paloma Martinez-Mendez

Don Arsenault est le chef des Rangers de Listuguj. Il supervise à la fois la pêche aux homards au quai de Carleton et la chasse à l'orignal dans les bois.

Depuis cette année, plusieurs de ses hommes patrouillent dans les bois et approchent les chasseurs pour les identifier, vérifier s'ils ont la permission de chasser et, si ce n'est pas le cas, ils les escortent pour qu'ils puissent suivre les protocoles appropriés pour aller chasser.

Nous avons découvert que de plus en plus de gens allaient chasser de nombreux orignaux. On a entendu parler de camions frigorifiques transportant jusqu'à dix orignaux. Nous avons également entendu dire qu'ils les vendaient à des fins lucratives. Nous avons constaté que le nombre d'orignaux a diminué ces dernières années.
Une citation de Don Arsenault, chef des Rangers de Listuguj
Cinq hommes, Rangers de Listuguj, posent pour la photo devant une camionnette de ce service de sécurité civile.

La Direction des ressources naturelles de Listuguj, en collaboration avec les Rangers mi'gmaw, examine et traite les demandes de permis et gère la mise en œuvre de la politique de récolte de l'orignal de Listuguj et de ses directives.

Photo : Radio-Canada / Paloma Martinez-Mendez

Don Arsenault affirme que les Rangers sont là pour s’assurer que les gens pratiquent la chasse de manière légale et sécuritaire, mais aussi pour que les produits de la chasse servent à l’alimentation.

Il dit que la chasse est pratiquée par les Mi’gmaq depuis toujours et qu’elle doit être valorisée par ceux qui chassent sur leur territoire.

Ça fait partie intégrante de nos moyens de subsistance, de notre vie quotidienne, du partage, de l'entraide entre nous tous. Il y a des chasseurs dans la réserve qui partagent leur butin avec d'autres personnes pour s'assurer qu'ils sont nourris. Donc c'est douloureux de voir que les stocks baissent. Il en va de notre survie.
Une citation de Don Arsenault, chef des Rangers de Listuguj
Une plaque commémorative.

En 1981, des agents de la Sûreté du Québec sont entrés dans la communauté de Listuguj et ils ont saisi du matériel de pêche au saumon.

Photo : Radio-Canada / Paloma Martinez-Mendez

Nous sommes le territoire et le territoire c’est nous

Nous sommes sur ce territoire depuis des milliers d'années. Et comme on n’ira nulle part d’autre, alors on en prend soin.
Une citation de Darcy Gray, chef de la nation de Listuguj de 2016 à 2022

L’ancien chef de Listuguj explique que, dans sa communauté, quel que soit le développement, quels que soient les projets et les initiatives, ils gardent cela à l'esprit.

La langue mi’gmaw appartient au Miꞌgmaꞌgi, à cette terre, ajoute Darcy Gray.

L’ancien chef de Listuguj explique que chaque mot de sa langue est connecté au territoire des Mi’gmaq.

Ce territoire, et tout ce qu’il contient, c’est notre maison. Nous sommes cette terre. C’est elle qui centre toutes les valeurs et les enseignements de notre peuple. Notre histoire est fondée sur ce qu’on doit faire pour survivre ici, pour prospérer ici, pour prendre soin de cette terre, de ce territoire.
Une citation de Darcy Gray, chef de la nation de Listuguj de 2016 à 2022

Selon ce psychologue de formation, c’est ce qui explique pourquoi les Mi’gmaq s’affairent depuis tant d’années à défendre leur gestion du territoire.

Le protocole sur la chasse en est un exemple parmi d’autres, conclut-il.

* précontact : relatif à la période précédant le contact d'un peuple autochtone avec une culture extérieure.

Paloma Martínez Méndez

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