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COP15 : Antonio Guterres réclame un « pacte de paix avec la nature »

Ottawa promet 350 millions de dollars en financement international pour inverser la perte de biodiversité.

Antonio Guterres parle dans un micro.

« C’est à nous de réparer le monde que nous avons, à nous de chérir ce merveilleux cadeau », a affirmé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lors de la cérémonie d'ouverture de la COP15.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

RCI

Les phrases-chocs se sont succédé dans le discours du secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, à l'ouverture de la Conférence des parties (COP15) sur la biodiversité, à Montréal, mardi.

L’humanité est une arme de destruction massive contre la nature. Oublions les rêveries de certains milliardaires : il n’y a pas de planète B. Il faut signer un pacte de paix avec la nature. Cette conférence est notre chance de mettre fin à cette orgie de destruction. L’appel à l’action était clair.

Antonio Guterres a réclamé, en fait, trois actions concrètes. D’abord, de la part des gouvernements, des plans d’action nationaux qui englobent tous les ministères, tant les finances que l’alimentation, l’énergie et les infrastructures.

Deuxièmement, de la part des entreprises et des investisseurs, il a dit s’attendre à ce qu’ils soient des alliés de la nature et non des ennemis.

Le secrétaire général a dénoncé au passage les pesticides, les combustibles fossiles et les déchets plastiques qui empoisonnent, asphyxient et détruisent l'air, l'eau et la terre.

Il a souligné le rôle de la croissance à tout prix dans la destruction de la nature, écorchant les multinationales avec leurs comptes de banque bien remplis, soulignant que la perte de la nature et de la diversité a un coût humain très élevé : emplois perdus, faim, maladies et décès. La dégradation des écosystèmes produira d’ici 2030 des pertes annuelles estimées à 3000 milliards de dollars.

Finalement, Antonio Guterres a invité les pays développés à apporter un soutien financier massif aux pays du Sud, qui sont les gardiens des richesses naturelles de la planète. Cet appel faisait écho à la résolution historique de la COP27 (nouvelle fenêtre) qui porte sur les pertes et dommages climatiques des pays pauvres.

Je vous en conjure : faites ce qu'il faut. Agissez pour la nature. Agissez pour la biodiversité. Agissez pour l'humanité.
Une citation de Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU

Ottawa promet 350 millions pour la protection de la biodiversité dans le monde

Le premier ministre Justin Trudeau a profité de l'ouverture de la COP15 pour annoncer 350 millions de dollars en financement international pour inverser la perte de biodiversité. Ce montant s’ajoute à la somme de 1,6 milliard de dollars déjà promise à la fin de novembre (nouvelle fenêtre) pour lutter contre les effets des changements climatiques sur la perte de biodiversité, a-t-il précisé.

Le Canada fait des progrès comme jamais auparavant et s'engage à protéger 30 % du territoire au pays d'ici 2030, a souligné Justin Trudeau en faisant référence à un des principaux objectifs de la COP15, soit protéger 30 % des terres et des océans d'ici la fin de la décennie.

Le discours de Justin Trudeau a été interrompu pendant quelques minutes par un groupe de femmes autochtones qui dénonçaient la construction de pipelines en Colombie-Britannique.

Des femmes, un poing levé, manifestent en déployant une grande banderole.

Les manifestantes autochtones ont brandi une affiche sur laquelle il était écrit « Pour sauver la biodiversité, arrêtez l'invasion de nos territoires ».

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Trudeau est un colonisateur, ont chanté les militantes en jouant du tambour et en marchant vers la scène. Des officiers du service de sûreté et de sécurité des Nations unies ont escorté les manifestantes à l'extérieur de la salle de conférence, tandis que Justin Trudeau a souligné cette interruption en indiquant que la liberté d'expression est importante au pays.

Québec annonce un plan d’action de 650 millions sur sept ans

François Legault livre un discours à la COP15.

François Legault annonce un plan d'action de 650 millions de dollars sur sept ans, « le plus important investissement en matière de protection du territoire et de biodiversité » au Québec.

Photo : Radio-Canada

Le premier ministre du Québec, François Legault, a profité de la cérémonie d'ouverture de la COP15 pour réitérer que son gouvernement était prêt à protéger 30 % de son territoire d'ici 2030.

Il a aussi annoncé l'adoption d'un plan d'action de 650 millions de dollars sur sept ans. Il s'agira du plus important investissement en matière de protection du territoire et de biodiversité de l’histoire du Québec, a soutenu le premier ministre devant les délégués.

Le Plan Nature 2030 du gouvernement Legault servira à créer de nouvelles aires protégées sur des terres publiques et privées, notamment dans le sud du Québec.

Les sommes investies seront également utilisées pour protéger les espèces menacées et vulnérables, en luttant davantage contre les plantes aquatiques envahissantes, par exemple.

Enfin, Québec souhaite avec ce plan soutenir la création de nouvelles aires protégées d'initiative autochtone, a spécifié M. Legault.

Le Canada a accepté d'accueillir la Convention sur la diversité biologique des Nations unies à la demande de l'Organisation des Nations unies. La conférence, qui devait d'abord se tenir dans la ville chinoise de Kunming en 2020, avait été repoussée en raison de la pandémie.

La Convention sur la diversité biologique des Nations unies a finalement été divisée en deux. La première partie, largement virtuelle, s'est déroulée à Kunming en 2021 (nouvelle fenêtre), tandis que la seconde se tient cette année à Montréal, où se trouve le Secrétariat de la Convention. La COP15 demeure toutefois sous présidence chinoise.

« Il n’y a pas de temps à perdre », affirme Steven Guilbeault

Avant même le début officiel de la deuxième partie de la COP15, les négociations en vue de renouveler ce pacte mondial destiné à freiner la disparition des espèces étaient déjà bien engagées.

La lutte pour protéger la nature n'a jamais été aussi importante que maintenant, rappelait mardi matin le ministre canadien de l'Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault.

La crise de la biodiversité à laquelle nous faisons face requiert le même niveau d'effort et d'action à l'échelle mondiale que la crise climatique. Et il n'y a pas de temps à perdre! a-t-il soutenu en conférence de presse au Palais des congrès de Montréal.

Devant les journalistes, le ministre Guilbeault a rappelé que son gouvernement s'était engagé à protéger 30 % de son territoire d'ici 2030, précisant – à la demande de Radio-Canada – que ses efforts ne se concentreraient pas seulement dans le nord du pays, mais également dans le sud, où vivent majoritairement les Canadiens.

Il a aussi invité les autres pays à faire de même.

Le ministre Guilbeault en conférence de presse.

« La survie même de l'espèce humaine est en jeu, ainsi que celle de toutes les autres formes de vie sur Terre », a déclaré le ministre Guilbeault, mardi, quelques heures avant l'ouverture officielle de la COP15.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

M. Guilbeault était accompagné du ministre chinois de l'Écologie et de l'Environnement, Huang Runqiu; de la directrice générale du Programme des Nations unies pour l'environnement, la Danoise Inger Andersen; et de la secrétaire générale du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, la Tanzanienne Elizabeth Maruma Mrema.

Cette dernière a d'ailleurs remercié le Canada d'avoir pris le relais de l'organisation de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies de 2022 en si peu de temps, avant d'appeler les pays signataires à faire preuve de flexibilité dans les prochains jours afin de trouver un consensus.

Mme Mrema en conférence de presse.

« Les délégués doivent se concentrer sur le but ultime, le résultat final », a fait valoir mardi la secrétaire générale de la Convention sur la diversité biologique de l'ONU, Elizabeth Maruma Mrema.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Jusqu'ici, les négociations – qui ont cours depuis plus d'un an, mais qui se sont intensifiées depuis la fin de semaine dernière – ont permis de réaliser de bien maigres progrès, a déploré Mme Mrema. Je ne pense pas que les délégués soient allés aussi loin que nous l'avions prévu, a-t-elle déclaré.

Or, le temps presse. Depuis le début des années 1970, les populations de mammifères, d'oiseaux, d'amphibiens, de reptiles et de poissons ont connu un déclin de 69 %, en moyenne, selon une récente étude du Fonds mondial pour la nature (WWF), a rappelé Mme Mrema.

Le projet d'accord, qui porte le nom de Cadre mondial de la biodiversité pour l'après-2020, comporte 22 objectifs (nouvelle fenêtre).

Les yeux du monde entier tournés vers Montréal

Avec les 17 000 participants inscrits et les 900 journalistes accrédités pour couvrir les délibérations, l'événement qui se déroule sur 12 jours crée une petite ville à l'intérieur de Montréal.

Les mesures de sécurité autour du Palais des congrès sont importantes. En plus des immenses clôtures qui ceinturent l'édifice, le transformant en véritable forteresse, des policiers sont postés un peu partout, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Depuis plusieurs semaines déjà, des rues au centre-ville sont fermées, des trajets d'autobus, de métro et de vélo sont déviés afin d'assurer la protection des participants.

Cette responsabilité est celle du Groupe intégré de sécurité, qui rassemble des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), de la Sûreté du Québec (SQ) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

La conférence prendra fin le lundi 19 décembre.

Avec les informations de Jean-Philippe Robillard, Elisa P. Serret, La Presse canadienne, AFP et Reuters

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