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[Reportage] Appel aux dons de vêtements et d’accessoires d’hiver pour des demandeurs d’asile

Les organismes communautaires de Montréal appellent à la solidarité pour les milliers de réfugiés latino-américains qui arrivent dans la ville dans des conditions précaires.

Elle est de dos et regarde une cour enneigée.

Ximena (nom fictif) fait partie des milliers de demandeurs d'asile arrivés au Canada en 2022.

Photo : RCI - Radio Canadá Internacional / Martínez Méndez

Paloma Martínez Méndez

Ximena (nom fictif) est arrivée à Montréal le 2 juin 2022 en tant que demandeuse d'asile accompagnée de son mari Ricardo*.

Près de cinq mois plus tard, elle attend toujours un permis de travail. Sa situation économique ne lui permet pas de se procurer des produits de première nécessité comme de la nourriture ou des vêtements pour affronter l'hiver.

Le besoin principal, c'est d'avoir un travail, quelque chose de stable. Avec l'aide économique que nous accorde le gouvernement, nous n'avons que de quoi payer le loyer. Et maintenant, avec l'hiver qui arrive, les vêtements et les chaussures coûtent cher. Et si nous n'avons pas de travail, où allons-nous trouver l'argent pour acheter ces choses?
Une citation de Ximena, demandeuse d'asile au Canada

Ximena et Ricardo n'ont d'autre choix que de continuer d'essayer et de demander de l'aide, car un manteau neuf de bonne qualité pour l'hiver canadien coûte au moins 200 $. Les bottes sont à peu près au même prix. Et à cela, il faut ajouter l'achat de gants, d'une écharpe et d'une tuque.

Au total, le montant pourrait s'élever à environ 500 $ par personne, peut-être plus.

Pour cette raison, les vêtements d'occasion sont la meilleure option.

Des manteaux sont suspendus sur des cintres.

Des vêtements chauds à bas prix dans une friperie

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Appel à la solidarité

Emma Le Lain est la coordonnatrice d'une collecte de dons qui a eu lieu le 26 novembre à la paroisse Saint-Édouard de Montréal dans le cadre de la Foire latine, une initiative de la Casa de las Américas et de la Coaltion pour l'intégration latino-québécoise.

Nous avons pris conscience de l'urgence humanitaire que représente l'arrivée de ces milliers de personnes. Elles viennent principalement de Colombie, d'Haïti et du Mexique, et parmi eux se trouvent des femmes et des enfants. La majorité sont hispanophones, c'est pourquoi l'idée de mobiliser la communauté latino-américaine de Montréal est née.
Une citation de Emma Le Lain, coordonnatrice
Elle sourit.

Emma Le Lain est étudiante à la maîtrise en sociologie à l'Université du Québec à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Paloma Martinez-Mendez

Tous les produits et biens collectés ont été livrés au Programme régional d'accueil et d'intégration des demandeurs d'asile (PRAIDA (nouvelle fenêtre)) et au Collectif Bienvenue. (nouvelle fenêtre)

Il est à noter que la coordination de cette collecte était quelque chose de tout naturel pour Emma Le Lain. En plus de sa collaboration avec la Casa de las Américas et la Fondation Latinarte de Montréal, la jeune femme est étudiante à la maîtrise en sociologie à l'Université du Québec à Montréal (Université du Québec à Montréal).

Le sujet de sa thèse est le traitement des demandes d'asile des Mexicains au Canada.

Nous sommes débordés

Les quatre personnes posent près de l'affiche du café.

Des membres de l'Association montréalaise des entreprises mexicaines devant le Café Latino Comunitario, qui a ouvert ses portes en 2022.

Photo : Cortesía: ACOMM

L'organisme Café Latino, qui travaille auprès des nouveaux arrivants et des familles des entrepreneurs touchés par la pandémie, fait le même constat.

Beaucoup de nouvelles personnes sont arrivées récemment. Apparemment, ce sont des nouveaux arrivants qui ont demandé l'asile, raconte Irlanda Espinoza, fondatrice de l'Alliance de commerces mexicains de Montréal (ACOMM) et du Café Latino.

Selon ses propres chiffres, 672 demandeurs d'asile ont été enregistrés dans la base de données de l'organisme depuis janvier 2022. En 2021, il y en avait 564.

Ils viennent pour des produits de base, surtout pour l'hiver. Chapeaux, foulards, bottes, manteaux pour adultes, jeunes et enfants. Nous aimerions également pouvoir proposer des radiateurs, car nous savons qu'ils arrivent dans des logements dont les conditions ne sont pas optimales. Et il est fort probable qu'ils aient froid.
Une citation de Irlanda Espinoza, fondatrice de l'ACOMM et du Café Latino

La coordinatrice des activités de l'Alliance de commerces mexicains de Montréal affirme que les nombreux dons que reçoit son organisme trouvent tous preneur rapidement, et qu'il en faut donc davantage pour être en mesure de répondre à la forte demande.

La "feuille brune", un document officiel délivré par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Spécimen de la « feuille brune » délivrée aux demandeurs d'asile par le gouvernement canadien. Normalement, les demandeurs reçoivent le document à leur entrée, mais le processus a été retardé ces derniers mois en raison de l'afflux important de demandeurs.

Photo : Fuente: Gobierno de Canadá

Ximena et Ricardo n'ont toujours pas de manteau qui puisse leur servir pour les mois les plus rudes de l'hiver, en janvier et en février.

Cependant, la plus grande préoccupation du couple, c'est l'obtention d'une audience devant la Commission canadienne de l'immigration et du statut de réfugié (Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada), qui pourrait leur octroyer la feuille brune (voir photo ci-dessus), un document qui équivaut à une résidence temporaire et qui leur accorde donc tous les droits des personnes accueillies pour raisons humanitaires et politiques dans le pays.

Cela signifie le droit d'obtenir un permis d'études et de travail.

Un avocat accélère le processus pour le permis de travail. Immigration Canada a dit que ce serait à la fin de janvier ou au début de février, parce qu'il y a trop de migrants qui arrivent au Canada. Ils nous disent aussi que s'ils nous trouvent en train de travailler dans des usines, ils nous dénonceront immédiatement et nous aurons l'interdiction d'entrer au Canada pendant trois ans.
Une citation de Ximena, demandeuse d'asile

Le cas de Ximena et de Ricardo est loin d'être exceptionnel et les constats des organismes d'accueil et d'aide aux migrants sont confirmés par les chiffres de la Commission : il y a une augmentation très importante du nombre de demandes.

Entre janvier et octobre 2022, le Canada a reçu 71 840 demandes d'asile, soit presque trois fois plus qu'en 2021 (24 930 demandes) et près d'une fois et demie plus qu'avant la pandémie.

Cette augmentation du nombre de demandes est en grande partie due à l'augmentation du nombre de personnes qui traversent irrégulièrement la frontière terrestre entre les États-Unis et le Canada à la suite de la levée des restrictions sanitaires frontalières en novembre 2021.

Entre janvier et octobre 2022, 31 003 personnes ont été interceptées par la Gendarmerie royale du Canada (Gendarmerie royale du Canada). Ce nombre représente plus du double de celui d'avant la pandémie (13 702 personnes de janvier à octobre 2019) et 80 % de plus qu'en 2017, lorsque les entrées irrégulières ont atteint leur sommet.

Comme les années précédentes, la grande majorité des entrées irrégulières (99 %) ont lieu au Québec. La plupart se font par le chemin Roxham, à la frontière avec l'État de New York.

*Radio Canada International a accepté de protéger l'identité de ces personnes parce qu'elles craignent d'être pénalisées dans le traitement de leur demande d'asile.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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